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Full text of "Revue critique d'histoire et de littérature"

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REVUE CRITIQUE 



D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 



PUBLIÉE SOUS LA DIRECTION DE 



MM. P. MEYER, CH. MOREL, G. PARIS. 



Secrétaire de la Rédaction : M. Auguste Brachet. 



CINQUIÈME ANNÉE 



PREMIER SEMESTRE. 




PARIS 

LIBRAIRIE A. FRANCK 

F. VIEWEC, PROPRIÉTAIRE 
67, RUE RICHELIEU, 67 

1870 



jaAi 



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1007 
1.9 



AJVNËE 1870 



TABLE DU PREMIER SEMESTRE 



Art. Pages 

AcKERMANN, Lcs Indo-Gcrmains (<{/.) 69 245 

Acta Publica, p. p. Palm (R. Reuss) 36 124 

Anacréon, p. p. Rose (X.) 9 S 361 

Annuaire de la Gazette des Beaux-Arts (E. Mûntz) 52 174 

Archives historiques de la littérature finnoise {E. Beauvois) 96 36? 

Aristote, Fragments, p. p, Heitz (Ch. Thurot) 44 148 

AscoLi, Leçons de phonétique comparative (M. Bréal) 94 357 

AuMALE (d'), Histoire des princes de la maison de Condé (R. Reuss). 45 1 5 j 

AVEZAC (d'), VOy. GONNEVILLE. 

Baguenault de Puchesse, Jean de Morvillier (T. de L.) m 419 

Bastian, Les Races humaines et leur variabilité (R. C.) Î2 112 

Baumgarten, Glossaire des idiomes populaires du nord et du centre 

de la France (P. M.) 68 242 

Beal, voy. Fah-Hian. 

Benoit de Sainte-More, voy. Joly. 

Bergmann, Résumé d'études d'ontologie et de linguistique (*') . . 90 334 

Bernard, Mœurs des Bohémiens de la Moldavie et de la Valachie 

(P. Bataillard) 93 352 

Bladé, Études sur l'origine des Basques (*), premier article. ... 53 177 

— — deuxième article. . . 56 197 
Blanchemain, voy. Gauchet. 
Bluemner, De la représentation de Vulcain d'après les monuments 



VJ TABLE DES MATIÈRES. 

Art. Pages 

figurés (W. Cart) 106 406 

Botten-Hansen, La Norvège littéraire (E. Beauvois) 81 290 

Brachet(A.), Dictionnaire étymologique de la langue française (a.). 97 569 

Buddhaghosha, Paraboles, tr. p. Rogers, avec une introd. p. Max 

MûLLER (L. Feer) 98 373 

Budenz, Études sur les langues ougriennes (Ed. Sayous) 15 57 

Bunsen, L'Unité des religions (G. Maspéro) 25 81 

Burgaud des Marets, voy. Rabelais. 

Burkhardt, voy. Gœthe. 

Burnier, La Chartreuse de Saint-Hugon en Savoie (U. C). ... 20 67 

Cartulaire de N.-D. de Léoncel, p. p. Chevalier (T. de L.). . . . 70 246 

Cartulaires de la cathédrale de Grenoble, p. p. Marion(U. Chevalier). 12 38 

Caspari, Le livre de Daniel (M. Nicolas) ............ 88 325 

Catalogue de la Bibliothèque du musée autrichien pour Vart et l'industrie 

(E. Mûntz) 104 397 

Catalogue de la Bibliothèque communale de Marseille 37 i2j 

Catalogue universel des livres d^ art (^. HlmXz) 104 397 

Celler, Types populaires au théâtre (E. Campardon) iio 416 

Chaignet, Vie de Socrate (X.) 108 410 

Charras, Histoire de la guerre de 181 3 en Allemagne (H. Lot). . 73 258 
Chartes de V abbaye de S. -Pierre de Gand, p. p. Van Lokeren (L. 

Delisle S'> '95 

Chevalier, voy. Cartulaire de N.-D. de Léoncel. 

CicÉRON, De Finibus, p. p. Madvig (Ch. Thurot) 5 17 

Comparetti, Œdipe et la mythologie comparative (M. Bréal) ... 14 49 

Conspiration de Compessières {La), p. p. Plan (II.) 67 240 

CuRTius, Éléments d'étymologie grecque (M. Bréal) 49 163 

Czerwenka, Histoire de l'Église évangélique en Bohême (R, Reuss). 6 24 

Droysen, Gustave Adolphe (R. Reuss) 17 62 

Edwards, Bibliothèques publiques communales (P. M.) 27 89 

Ellendt, Lexique de Sophocle (Ed. Tournier) 107 407 

Elliott, Mémoires sur les provinces occidentales de l'Inde (L. 

Feer) 89 328 

Erdmannsdœrfer, Le comte Georges-Frédéric de Waldeck (Rod. 

Reuss) 30 107 

Fah-Hian, Voyages, tr. p. Beal (L. Feer) 43- «45 

Fehr, L'État et l'Église dans l'empire mérovingien (R. Reuss) . . n 34 

Gaffarel, Rapports de l'Amérique et de l'ancien continent avant 

Colomb (G. Maspéro) 63 229 



TABLE DES MATIÈRES. Vlj 

Art. Pages 

Garthausen, Conjectures sur Ammien (W. Cart) 34 117 

G A.UCHET, Le Plaisirs des champs, p. p. BL^}iCHE}'\kiti ■. 8 ji 

Geiger, L'Élude de l'hébreu en Allemagne pendant la première 

moitié du xvi^ siècle (J. Derenbourg) 54 191 

Gin DELY, Histoire de la guerre de Trente-Ans (Rod. Reuss). ... 66 237 

Gœthe, Entretiens avec Frédéric de Miiller, p. p. Burkhardt (K. H.) 58 208 

GoNNEViLLE, Campagne du navire VEspoir, p. p. d'AvEZAC (T. de L.). 51 172 

Grein, Sources du poème d'Héliand (G.-A. Heinrich) 100 387 

Grœndal, Vie de Rafn (E. Beauvois) 47 158 

Halberg, Wieland (Ch. Joret) 62 222 

Haneberg, Antiquités religieuses de la Bible (A. Carrière) .... 28 97 

Hartmann, Philosophie positive de Schelling (Y.) 7 26 

— Philosophie de l'inconscient (Y.) ' 7 26. 

Heitz, voy. Aristote. 

Hettner, Histoire de la littérature du XVIII* siècle (K. H.). ... 21 70 

HiTZiG, Histoire du peuple d'Israël (J. Derenbourg) 82 293 

Hotho, Histoire de la peinture chrétienne (E. Mùntz) 16 59 

Huebner, Inscriptions latines de l'Espagne (G. Boissier) 40 129 

H UCT, Beaumarchais en Allemagne 84 504 

Humbert, Molière, Shakespeare et la critique allemande (K. H.) . 3 9 

Jacobi, Correspondance, p. p. Zœppritz (K. H.) 41 133 

JoLY, Benoît de Sainte-More (L. Pannier) 71 247 

Kamp, Inscriptions d'objets antiques (J. Kl.) 83 301 

Kampschulte, Jean Calvin (R. Reuss) 80 288 

Kanngiesser, Étude sur Mendelssohn (Ch. Joret) 46 158 

Kern, Les Glosses de la loi salique (K. Bartsch) 2 7 

Kirchmann, Bibliothèque philosophique (Y.) 109 411 

Knonau (de), Annuaire historique de la Suisse (R. Reuss) .... 92 3JI 

Kreutzwald, Contes Esthoniens, tr. p. Lœwe 38 127 

Laferrière (de), Chasses de François I" (P. M.) 79 286 

Lanfrey, Histoire de Napoléon I", t. IV (Lot) 87 316 

Laubert, Les mots allemands tirés du grec 25 85 

Lebrun (M""^ Vigée), Souvenirs (J.-J. Guiffrey) 31 109 

Lévitiijue et Nombres d'après h version de Vltala (à.) 91 J41 

Liebenau (de), Histoire de l'abbaye de Kœnigsfelden (X. Moss- 

mann) 57 206 

Liebert, De la science de Tacite (C. de la Berge) i 5 

Lœwe, voy. Kreutzwald. 
LoiSELEUR, voy. Raguier. 
Lokeren (van), voy. Chartes de l'abbaye de S.-Pierre de Cand. 



viij TABLE DES MATIÈRES. 

Art. Pages 
Madvig, Grammaire latine tr. p. Theil (Ch. Thurot) 99 ^80 

— VOy. CiCÉRON. 

Marchant, Notice sur Rome (X.) 64 232 

Marion, voy. Cartulaire de la cathédrale de Grenoble. 

Mendel, Dictionnaire de Musique j9 128 

Meyer (h.), Dissertation sur Roland (G. P.) 29 98 

MiiLLER (H.-D.), Hermès-Sârameyas (M. Bréal) 14 49 

Mûller (Max), Le Nihilisme bouddhique (L, Feer) 98 373 

— voy. Buddhaghosha. 

Naglër, Dictionnaire des Artistes (J.-J. Guiffrey) 4 14 

NicHOLLS, Vie de Sébastien Cabot (*) 75 264 

Nœldeke, Recherches sur la critique de l'Ancien Testament (A. 

Carrière) 24 83 

Palm, voy. Acta publica. 

Peiper, Gautier de Châtillon (Ch. Thurot) 35 121 

Peyrusse, Mémorial et archives (H. Lot) 76 270 

PiGNOT, Histoire de l'ordre de Cluny (P. M.) 74 261 

Pio, La légende d'Ogier le Danois (G. P.) 29 98 

Pitre, Étude sur les chants populaires siciliens 9 32 

Plan, voy. Conspiration de Compessières. 

Proust, La justice révolutionnaire à Niort (J.-J. Guiffrey) .... 22 78 

Rabbinowicz, Grammaire latine (Ch. M.) 60 21 j 

Rabelais, Œuvres, p. p. Burgaud des Marets et Rathery (G. P.). 102 390 

Rathery, voy. Rabelais. 

Raguier, Compte des dépenses de Charles VU, p. p. Loiseleur (T. 

de L.) 72 256 

Rœdiger, Les noms de verbes arabes (H. Derenbourg) 48 i6i 

Rogers, voy. Buddhaghosha. 

KosE, voy. Anacréon. 

Rousset (C), Les volontaires de 1791-1794 (H. Lot) 103 392 

Sassenay (de), Les Brienne de Lecce et d'Athènes (G. Monod). . 50 165 

ScHMiDT, Tableaux de la Révolution française (J.-J. Guiffrey) ... 42 1 38 
ScHŒBEL, Démonstration de l'authenticité du Lévitique et des 

Nombres (A. Carrière) 10 33 

Scriptores rerum germanicariim, p. p. Pertz(U. C.) 78 283 

SÉMicHON, La paix et la trêve de Dieu (R. Reuss) 77 277 

Teissier (Oct.), La noblesse de Marseille en 1693 18 64 

Theil, voy. Madvig. 

Thomsen, Influence des langues gothiques sur les langues finnoises 



TABLE DES MATIÈRES. IX 

Art. Pages 

(E. Beauvois) 19 65 

Thurot (Ch.), Extraits de divers mss. latins pour servir à l'histoire 

des doctrines grammaticales au moyen-âge (P. M.) 61 215 

TozER, V'oyage dans la Turquie d'Europe (L. Léger) 59 209 

Unger, De quelques passages d'Ammien Marcellin (W. Cart). . . 34 117 

Variétés : Une annonce anglaise 276 

— Les Codici d'Arborea (P. M.) 506 

— La Revue des langues romanes (P. M.) 336 

— Vers pour la fête d'un poète grec du vi* s. (H. Weil) . . 401 
VioLLET (P.), Œuvres chrétiennes des familles royales de France 

(T. de L.) 65 234 

VOLKMANN, Philosophie de Plutarque (76.) loi 389 

Wackernagel, Jean Fischart de Strasbourg (X. Mossmann) ... 26 86 

Walther de la Vogelweide, Œuvres, p. p. Wilmanns 13 47 

Weber, Études indiennes (S. Goldschmidt) 85 J09 

Wette (de), Manuel d'histoire critique de l'Ancien Testament 

(J. Derenbourg) J3 11 j 

Wilmanns, voy. Walther de la Vogelweide. 

Zchokke, Grammaire aramaique (St. Guyard) 105 40$ 

Zeller, La philosophie des Grecs (Ch. Thurot). 86 512 

Zœppritz, voy. Jacobi. 



PÉRIODIQUES ÉTRANGERS 



ANALYSÉS SUR LA COUVERTURE, 



Academy (The) a monthly record of Literalure , Learning Science and 

Art. N" 

N'"4 4 

5 »2 

6 14 

7 19 

8 25 

Archiv fur das Studium der neueren Sprachen, hgg. von Herrig. 

XLV, 5-4 21 

Athenaeum (The), Journal of English and foreign Litteratur, Science and 
the fine Arts 

1 8 décembre i 

25 décembre,, i" janvier . . , 2 

8-1 5 janvier 5 

22-29 janvier 7 

5-12 février 10 

I9février 12 

26 février — 26 mars M 

2 avril — 4 juin 19 — 24 

Beitraege fur vergleichenden Sprachforschung, hgg. v. Kuhn. 

VI, 3 • ; 16 

Germania, hgg. v. K. Bartsch. 

2^ série, II, j 5 

2" série, II, 4 7 

2" série, III 21 

Hermès. IV, 2-3 22 

Historische Zeitschrift, hgg. von H. von Sybel. 

1870, 1 8 

Jahrbuch fur Kunstwissenschaft. 

1869, 3Mivraison »6 

Jahrbuch fur romanische und englische Literatur, hgg. von Lemcke. 

X,4 »2 

XI, 1-2 19-^0 



TABLE DES MATIÈRES. XJ 

Journal Ministerva Narodnago prosvetschiena. n- 

Novembre 1869 — Mars 1870 2j 

Journal (The) of philology, edit. by Clark, Mayor and Wright. 

II, 4 2? 

Literarisches Centralblatl fur Deutschiand, hgg. von Zarncke. 

N°'48 : . - ; : >l.^-\ I 

52 î 

>,2 9 

5, 6, 8 17 

9> " 21 

12 25 

15 — 15 .:iUîJ'iiiJ./io.b70D?3 yîiiTaoSî.sA . . . 25 

Mittheilungen des k. k. œsterr. Muséums fur Kunst und Industrie. 

N'^" 49-51 i6 

Philologus. 

Rheinisches Muséum fur Philologie. XXIV, ? ; XXIV 4; XXV, i . . . 11 

Trubner's American and Oriental Literary Record. 

24 décembre 10 

Zeitschrift fur bildende Kunst, hgg. von C. von Lutzow. 

Livr. 1-? 14 

Zeitschrift fiir deutsche Philologie, hgg. von Zacher. 

II, 1-2 18 

Zeitschrift fur vergleichende Sprachforschung, hgg. von Kuhn. 
Zeitschrift fur wissenschaftliche Théologie, hgg. v. A. Hilgenfeld. 

1870, I, Il 10 






v.ov 



REVUE CRITIQUE 



D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 



NOGENT-LE-RÛTROU , IMPRIMERIE DE A. GOUVERNEUR. 



N* 1 Cinquième année 1" Janvier 1870 

REVUE CRITIQUE 

D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

RECUEIL HEBDOMADAIRE F'UBLIÊ SOUS LA DIRECTION 

DE MM. P. MEYER. CH. MOREL, G. PARIS. 



Secrétaire de la Rédaction : M. Auguste Brachet. 



Prix d'abonnement : 

Un an, Paris, 156". — Départements, 17 fr. — Etranger, le port en sus 
suivant le pays. — Un numéro détaché, 50 cent. 

PARIS 
LIBRAIRIE A. FRANCK 

F. VIEWEG, PROPRIÉTAIRE 
67, RUE RICHELIEU, 67 



Adresser toutes les communications à M. Auguste Brachet, Secrétaire de la 

Rédaction (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu). 

« 

ANNONCES 

En vente à la librairie A. Franck, F. Vieweg propriétaire, 
67, rue Richelieu. 

JD A TT1\/T/^ A D T^ T7 1\.T Glossaire des idiomes popu- 
. O A U M U A K 1 L IN laires du Nord et du Centre 
de la France, contenant: 1° les patois normand, picard, rouchi, wallon, man- 
ceau, poitevin, champenois, lorrain, bourguignon, ainsi que ceux du Centre de 
la France; 2» les termes populaires et néologiques du langage parisien, qui 
manquent dans tous les dictionnaires ; 3° les termes populaires qui se rencontrent 
dans les auteurs tant anciens que modernes ; 4° la prononciation des idiomes 
populaires; 5° des notices historiques sur la prononciation de la langue litté- 
raire. 

Cet ouvrage sera publié par livraisons de i o à 15 feuilles d'impression et sera 
complet en 10 livraisons au plus. 

Prix de chaque livraison de 10 feuilles. ' 2 fr. 50 

Id. 15 — * ?fr. 75 

La i""* livraison est en vente. î fr. 75 



I T7 113 î A r^ 17 Études sur l'origine des Basques, i fort vol. 



grand in-S". 1 fr. 



PERIODIQUES ETRANGERS. 

Literarisches Centralblatt fur Deutschland. N° 48. 20 novembre. 

Histoire. Zumpt, Das Geburtsjahr Christi (Leipzig, Teubner; article très-long 
et détaillé, signé A. von G., et dont voici la conclusion: «On peut proposer ce 
» livre sous tous les rapports comme un modèle de la façon dont une recherche 
» chronologique ne doit pas être faite »). — Honegger, Die Zeit der Restau- 
ration (Leipzig, Weber : deuxième partie d'une intéressante histoire générale de 
la civilisaiion contemporaine^. — Schmidt, Der americanische Bûrgerkrieg, livr. 
1-12 (Philadelphie, Schsefer; bon livre). — Linguistique. Histoire littéraire. 
Lauer, Grammatik der classischen armenischen Sprache (Wien, Braumùller; 
ouvrage très-bien fait). — Weber, Indische Streifen, t. II (Berlin, Nicolaï; 
nous rendrons prochainement compte de ce livre). — Polak, Observationes ad 
Scholia in Homeri Odysseam (Voy. Rev. crit., 1869, t. II, art. 199). — Nagel, 
Franzœsisch-engHsches etymologisches Wœrterbuch (voy. Rev. crit., 1869, t. II, 
art. 234). — Stark, Die Kosenamen der Germanen (voy. Rev. crit., 1868, t. II, 
art. 219). — Sancta Agnes, hgg. von Bartsch (voy. Rev. crit., 1869, art. 184). 

The Athenaeum. 18 décembre. 

D'Bence Jones, The Life and letters of Faraday; Longmans. — Inman, Ancient 
Faiths embodied in Ancient Names; printed for the author; ouvrage sans valeur 
scientifique. — E. Du Meril, Histoire de la Comédie ancienne; Didier; art. très- 
défavorable. — Peile, An Introduction to Greek and Latin Etymology, Macmillan; 
cours professé à Cambridge; ce livre paraît avoir une réelle valeur scientifique. 
— J. VON TscHUDi, Reisen durch Sud-Amerika; Leipzig, Brockhaus. — Jone 
Williams, A Hisîory of Wales, derived from authentic Sources ; laborieuse compi- 
lation. 



BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE 
DES PRINCIPALES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES. 



AVIS. — On peut se procurer à la librairie A. Franck tous les ouvrages 
annoncés dans ce bulletin , ainsi que ceux qui font l'objet d'articles dans la 
Revue critique. Elle se charge en outre de fournir très-promptement et sans 
frais tous les ouvrages qui lui seront demandés et qu'elle ne posséderait pas en 
magasin. 



Dufeu (A.). La mer de glace et les Pyra- 
mides de Gizeh. In-fol. ijp. Paris (imp. 
Claye). 

Dussieux (L,). Généalogie de la maison 
de Bourbon, de 1256 à 1869. In-8*, 
ijS p. Paris (Lecoffre fils et C*). 

Evangelia, quatuor sacra, Matthaei, 
Marci, Lucae, Johannis in harmoniam 
redacta. Textum recognovit, selectas 
varias lectiones adjecit. D' J. H. Fried- 
iieb. Editio altéra. Gr. in-8% xvj-i94 P- 
Regensburg (Manz). 56-. 3 j 

Forges (A. -P. de). Le général Leclerc 
(Victoire-Emmanuel), beau-frère de Na- 
poléon I". Notice historique et biogra- 



phique d'après les documents officiels. 
In-8*, 39 p. Paris (imp. P. Dupont). 

Gantier (A.). Nouvelles recherches sur la 
ville de Calagurris Convenarum. In-4% 
3 J p. et 2 pi. Toulouse (imp. Bonna! et 
Gibrac). 

Gœll-Fels (T.). Rœmische Ausgrabungen 
im letzen Decennium. Die Cailistus-Kata- 
komben. Der Palatin. Die Unterkirche 
San Clémente. Mit 3 Plasnen (in eingedr. 
Hoizschn. u. auf 2 Steintaf. in gr. 4°) u. 
2 Ansichten (in eingedr. Hoizschn). Gr. 
in-8*, 112 p. Hildburghausen (Bibl. 
Institut). 3 fr. 

Haag (F.). Vergleichung des Prakrit mit 



REVUE CRITIQ^UE 

D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

N* 1 — 1" Janvier — 1870 

Sommaire : A nos lecteurs. — i. Liebert, De la science de Tacite. — 2. Kern, 
Les Glosses de la Loi Salique. — 3. Humbert, Molière, Shakspeare et la critique 
allemande. — 4. Nagler, Dictionnaire des Artistes. 

A NOS LECTEURS. 

Conformément à notre usage, nous venons aujourd'hui, le premier jour de 
notre cinquième année, remercier de leur concours persévérant nos collaborateurs 
et nos abonnés et leur soumettre quelques réflexions sur notre œuvre qui est 
aussi la leur. C'est grâce à eux qu'elle a pu se fonder définitivement et que nous 
avons démenti les prévisions sinistres dont on ne nous avait pas fait grâce à 
nos débuts. Les personnes les mieux disposées pour notre entreprise n'en augu- 
raient rien de bon : « Je crois, nous écrivait alors un savant membre de l'Institut 
» qui nous portait de l'intérêt, que le temps n'est pas aux choses sérieuses et 
» équitables, et je n'aperçois pas dans votre direction le charlatan ignare qui 
» pourrait captiver les sympathies du public, n Nos abonnés appartiennent à un 
autre public que celui dont les goûts étaient ainsi appréciés ; mais, il faut le recon- 
naître, ils n'auraient pas été assez nombreux, surtout au début, pour faire vivre 
la Revue, si nous n'avions eu la bonne fortune de rencontrer un de ces éditeurs, 
devenus de plus en plus rares, qui savent à l'occasion se passer de bénéfices. 
Enfin, tout le monde y mettant du sien, l'existence de la Revue est assurée : avis 
à nos amis et à nos ennemis, si nous en avons. 

Nous devons en avoir. En quatre ans nous avons librement apprécié les œuvres 
de plus de mille auteurs : s'il y a quelque chose d'étonnant, c'est que nous ayons 
pu toucher à tant d'amours-propres sans soulever contre nous un toile général. 
On nous permettra d'attribuer ce résultat à la rigueur avec laquelle nous sommes 
demeurés fidèles à nos principes : nous avons toujours scrupuleusement respecté 
la personne des auteurs, nous avons donné à nos critiques la forme la plus sévère 
et la plus abstraite, nous nous sommes refusé même, la plupart du temps, ces 
plaisanteries qui tentent le critique et amusent le lecteur, mais qui souvent 
paraissent plus malignes que justes et irritent l'auteur sans servir au public. 
Il est clair cependant que nous avons contre nous tous les auteurs de mauvais 
livres dont nous avons rendu compte sans ménagement: bien peu ont osé 



I 



IX 



2 REVUE CRITIQUE 

répondre dans la Revue, qui sera toujours ouverte aux réclamations sérieuses, 
mais plusieurs ont poussé plus ou moins publiquement des cris qui ont fini par 
inquiéter même quelques-uns de nos amis sincères. Aussi avons-nous reçu bien 
des fois encore cette année un conseil que sans doute on nous répétera souvent 
encore : a Ne pourriez-vous, nous dit-on, être moins sévères pour les mauvais 
» livres? Vous froissez les habitudes françaises, vous oubliez souvent les formes 
» polies qui distinguent notre critique ; vous prenez plaisir au métier de tortu- 
» reurs. » Dans un article extrêmement bienveillant pour nous, M. Mézières a 
formulé ainsi cette critique : « Peut-être les rédacteurs de la Revue pourraient-ils 
» apporter dans leurs jugements un peu moins d'âpreté. La finesse française 
» n'aime pas les formes de discussion trop dures. Il leur serait facile de dire 
» exactement les mêmes choses en termes plus doux. Ils n'y perdraient aucun 
» de leurs arguments, et ils y gagneraient d'avoir raison de leurs adversaires 
» sans exciter en leur faveur la pitié du public '. » Nous croyons que si notre 
aimable censeur, au lieu de nous donner un article de temps à autre, avait à 
diriger la Revue, il changerait d'opinion. Nous ne voyons pas qu'il soit possible de 
dire « en termes plus doux » exactement les mêmes choses que nous disons; nous 
pensons qu'en général les termes de blâme que nous employons sont les seuls 

dont on puisse se servir. Soit cette proposition : « M, X n'est pas au courant 

» des derniers travaux faits sur le sujet qu'il a voulu traiter; « c'est généralement 
sous cette forme même, la plus simple et la plus courte, que nous exprimerons 

le fait, après quoi viendront les preuves à l'appui, M. X sera blessé, c'est 

fort probable, et il trouvera que nous employons des formes trop dures, mais 
quels termes « doux » pourrions-nous choisir pour faire connaître le fait au public ? 
Et le profit que nous obtiendrions par de longues et habiles périphrases vaudrait- 
il la peine que nous prendrions et la place que nous perdrions ? Si le résultat 
devait être exactement le même, s'il devait en fin de compte résulter de nos 

phrases, pour le lecteur, que « M. X n'est pas au courant, etc., » nous ne 

voyons pas quel avantage y trouverait soit le public, soit l'auteur. 

Nous avons déjà répondu, dans la Préface de notre seconde année, à cette 
accusation de sévérité. Qu'il nous soit permis d'ajouter une raison encore. Un 
journal qui ne fait que de la critique est tenu avant tout de la proportionner, 
autant qu'il lui est possible, à la valeur des ouvrages qu'il examine. Or on ne 
peut atteindre cette proportion qu'en parlant sévèrement des mauvais livres ; 
sans cela où sera la différence entre un ouvrage qui a des défauts graves, mais 

I. Voy. le journal Le Temps, du mardi 23 novembre 1869. 



d'histoire et de littérature. 3 

où on trouve du travail et de la conscience, et une de ces productions mépri- 
sables, où on ne remarque pas même de bonne volonté et dont les auteurs ne se 
sont aucunement souciés de bien faire ? Autre chose est de faire un article de 
critique dans un recueil ordinaire , autre chose est de juger un livre dans une 
revue où les sévérités qui ont atteint précédemment d'autres ouvrages ne per- 
mettent pas une indulgence qui deviendrait une injustice. C'est donc après mûre 
réflexion que nous le déclarons : nous ne pouvons être moins sévères que nous 
sommes, et nous renoncerions à notre œuvre si nous ne croyions pas possible 
de la continuer telle que nous l'avons faite jusqu'ici. 

D'autres personnes nous ont dit : « Si vous pensez servir la science en France 
» et notamment en province par vos articles brefs et souvent durs, vous vous 
» trompez. Ces articles étonnent et découragent ; les travailleurs de province , 
» qui regardent comme des autorités et voient bien au-dessus d'eux des gens 
» que vous traitez de haut en bas , posent à jamais la plume en vous lisant et 
» renoncent à une entreprise qui leur paraît insensée. Encouragés et guidés, ces 
» mêmes hommes auraient pu faire de bons travaux et être utiles à la science. » 
A cela nous répondons : chacun sert la science à sa manière , comme il peut et 
comme il veut. Un recueil de vulgarisation, destiné à faire connaître dans un 
cercle étendu les méthodes et les principes des sciences historiques, à en enre- 
gistrer les découvertes, à en noter la marche, serait une œuvre excellente et 
certainement fructueuse. Qu'on l'essaie, nous y applaudirons, nous l'aiderons de 
tout notre pouvoir ; mais ce n'est pas ce que nous avons voulu faire. Nous 
écrivons pour les travailleurs déjà avancés, au courant des méthodes scientifiques 
et qui savent de quoi on leur parle. A ceux-là nous avons voulu fournir 
l'appréciation rigoureuse et impartiale du plus grand nombre possible des livres 
qui paraissent en Europe dans le domaine des sciences historiques, et nous 
croyons leur rendre un vrai service. Qu'on veuille bien comprendre notre but 
et notre point de vue : ce n'est pas pour les auteurs des livres critiqués que nous 
écrivons, c'est pour les lecteurs ; les auteurs sont la matière sur laquelle nous 
travaillons et point du tout le public auquel nous nous adressons. Si notre Revue 
était absolument telle que nous la concevons, — et nous savons mieux que per- 
sonne qu'il s'en faut de beaucoup, — elle servirait à ceci : tout travailleur, après 
avoir lu un article, saurait exactement : i° ce qu'il y a de nouveau dans le livre 
en question ; 2° si ce nouveau est bon ou mauvais, certain ou douteux, bien ou 
mal présenté; 3° comme résumé de ces deux points, s'il doit se procurer le livre. 
C'est une tâche, on le voit, modeste, mais éminemment utile, si nous ne nous 



4 REVUE CRITIQUE 

trompons, que celle que nous remplirions ainsi ; c'est celle que déjà nous essayons 
de remplir. Il n'est pas raisonnable de nous adresser des critiques qui aboutis- 
sent à dire que nous aurions mieux fait de faire autre chose ; ce qui est intéres- 
sant et utile, c'est de savoir si nous faisons bien ce que nous voulons faire. 

Il reste un point sur lequel certaines personnes, induites apparemment en 
erreur par des gens qui avaient leurs motifs, ont cru devoir blâmer la Revue. On 
nous a accusés, on nous accuse tous les jours d'être systématiquement hostiles à 
l'Université. Si nous donnions place dans ce recueil à une hostilité systématique 
quelconque, nous serions tout à fait indignes de la tâche que nous nous sommes 
donnée. Mais notre conscience ne nous reproche rien à cet endroit. Nous pouvons 
répéter bien haut, après quatre ans, ce que nous avons dit dans notre programme, 
et ce que nous avons toujours pratiqué : « A nos yeux, le livre seul est l'objet de la 
» critique; l'auteur pour elle n'existe pas. » Ces imputations sont ridicules. Il suffirait 
de parcourir la liste de nos collaborateurs pour y trouver un grand nombre de noms 
universitaires et , nous pouvons le dire , des meilleurs ; et nous saisissons cette 
occasion pour remercier vivement M. Michel Bréal, qui, dans un journal univer- 
sitaire, a bien voulu apprécier notre Revue avec une bienveillance dont sa colla- 
boration est d'ailleurs la meilleure preuve, et la recommander spécialement aux 
professeurs ' . Il est bien vrai que nous avons critiqué avec franchise des ouvrages 
signés de membres de l'Université, et nous sommes prêts à le faire encore au 
besoin; mais nous en avons loué d'autres, et ni l'éloge ni le blâme n'ont été 
influencés par la qualité des auteurs. Un seul fait peut paraître autoriser ce reproche: 
nous avons signalé la faiblesse de certaines thèses de doctorat es lettres de la 
Faculté de Paris, et nous avons laissé voir qu'à nos yeux une partie du blâme 
mérité par ces ouvrages retombait sur la Faculté elle-même, qui n'aurait pas dû 
les accepter comme thèses. C'est là une critique peut-être désagréable à entendre, 
mais parfaitement justifiée, comme le savent très-bien plusieurs des professeurs 
eux-mêmes. Cette critique, nous la répéterons toutes les fois que l'occasion s'en 
présentera, et si nous finissons par contribuer à relever le niveau des thèses de 
doctorat , il nous semble que bien loin de nuire à la Faculté , nous lui aurons 
rendu un véritable service. 

En terminant cette apologie, — où peut-être quelques-uns de nos lecteurs seront 
bien aises de voir réfuter des accusations qui ont pu leur paraître graves, — nous 
annoncerons à nos abonnés un perfectionnement, dans l'organisation du recueil, 
qui leur profitera aussi bien qu'à nos collaborateurs. Le travail matériel de la 

I. Voy. Revue de l'Instruction publique. 



d'histoire et de littérature. 5 

direction du journal, fait jusqu'ici à tour de rôle par chacun de nous, manquait 
souvent d'unité, de régularité et de suite ; et le service de la Revue en souffrait, 
aussi bien que la correspondance. Dorénavant ce travail sera exclusivement 
confié à M. Auguste Brachet , auquel toutes les communications devront être 
adressées. Nos lecteurs connaissent les excellents travaux de M. Brachet; en 
acceptant le rôle de secrétaire de la rédaction , il rend à la Revue critique un 
service signalé, et son entrée dans notre comité sera certainement regardée par 
tout le monde comme le meilleur gage de l'affermissement et du perfectionne- 
ment de notre œuvre. 



I. — N. LiEBERT. De doetrina Taciti. Wirceburgi apud Stuber, 1868. In-8', 
122 p. — Prix: 2 fr. 50. 

L'auteur a voulu montrer comment Tacite s'était préparé à écrire l'histoire, 
quelles études préliminaires il avait faites, quelles sources il avait consultées et 
comment il en avait tiré parti. 

M. Liebert est grand admirateur de l'historien dont il s'occupe, il voit en lui 
une personnification du génie romain {Tacitus cujus indoles omnis Romanam ingé- 
nue naturam profiîebatur, p. 8); il lui attribue des connaissances étendues et 
profondes dans tous les genres. Cette opinion est visiblement exagérée, mais 
comme l'auteur apporte, dans ses efforts pour la faire prévaloir, de la bonne foi 
et de la méthode, il instruit ceux mêmes qu'il ne range pas à son avis. 

M. L. cherche d'abord à démontrer à priori que Tacite possédait une instruc- 
tion encyclopédique approfondie. Car, il était, dit-il, élève de Quintilien. Or, dans 
le plan d'éducation tracé par celui-ci , l'enfant apprenait les langues latine et grecque, 
la grammaire, la géométrie et la musique ; devenu jeune homme il s'adonne à la 
rhétorique et, s'il se destine à la carrière du barreau, il doit lire et relire non- 
seulement les orateurs, mais les historiens, les philosophes et les poètes. Tacite 
nous le savons d'autre part, fut un des avocats distingués de son temps : donc 
il avait dû, à l'école de Quintilien, enrichir son esprit de ces connaissances variées 
que le maître jugeait utiles à celui qui embrassait cette profession. 

Et comment M. L. sait-il que Tacite fut élève de Quintihen? Parce que le 
dialogue de Oratoribus offre quant aux idées, et parfois même quant à la forme, 
une grande analogie avec les Instiîutiones oratoriae. M. L. énumère les idées 
communes aux deux livres. Cette preuve est-elle bien forte ? Il est permis d'en 
douter. Tacite et Quintilien disent que quelques critiques trouvaient Cicéron 
« fractuî. )) Mais le mot est de Brutus lui-même, comme nous l'apprend Tacite, 
qui a dû le lui emprunter directement aussi bien que Quintilien. De même l'épi- 
thète exultans donnée à l'orateur romain par tous deux, est tirée d'un critique 
contemporain de Cicéron. Ils se moquent l'un et l'autre de la formule esse videa- 
tur, mais cette moquerie devait être habituelle dans les écoles, et rien ne prouve 
que Tacite l'ait apprise à celle de Quintilien. Au contraire on pourrait, je crois 



6 REVUE CRITIQUE 

démontrer, que l'auteur du dialogue a pris immédiatement dans Cîcéron plusieurs 
de ses pensées et de ses phrases. Ainsi le dabunt Academici pugnacitaîem que 
M. L. rapproche de ce passage de Quintilien : Academiam quidam utilissimam 
(altercaîionibus) credunt, quod mos, etc. (Quint. XII, 2. 25), ne doit-il pas l'être 
plutôt de ce passage des Academica où un philosophe de la secte s'exprime 
ainsi : Ego de omni statu consilioque vitae cerîare eum aliis pugnaciter velim (IV. 
20). 

Il existe une source plus sûre ouverte à nos informations sur la science de 
Tacite : c'est l'ensemble des excursus ou digressions éparses dans ses ouvrages. 
Lorsque Rome se trouve en contact pour la première fois avec un peuple, lors- 
qu'une institution est modifiée p^r l'empereur dont Tacite raconte le règne, 
lorsqu'un monument célèbre est cité dans le cours du récit, l'auteur fait briève- 
ment l'histoire de ce peuple, de cette institution, de ce monument. M. L. a 
compté jusqu'à 95 excursus dans les œuvres conservées du grand écrivain. Il en 
a discuté spécialement quatre et se propose d'étudier plus tard les autres. Là se 
trouvent les preuves à posteriori de la science de Tacite, que M. L. compare à 
ses devanciers : il rapporte tout ce qui a été dit sur le sujet par les auteurs anté- 
rieurs au II® siècle ou contemporains, dégage les vues personnelles de Tacite et 
en discute la valeur. 

I. De Britannia et Hibernia Excursus ad Agr. 10-17 et 24. il résulte du dépouil- 
lement de César, Pline, Strabon et Mêla, fait par M. L. lui-même, que Tacite ne 
dit rien de plus que ces auteurs, et pèche plusieurs fois par omission. Je ne 
conçois donc pas comment Tacite a osé écrire que ses prédécesseurs avaient 
parlé éloquemment de choses qu'ils ignoraient. M. L. devrait le lui reprocher. 

Ici une légère inadvertance de M. L. qui s'exprime ainsi : Ex iis quae proférât 
Britannia, Tacitus Agric. 1 2 oleam vitemque et cetera calidioribus terris oriri sueta 
solus nominat. En se reportant au passage cité, on voit clairement que Tacite dit 

juste le contraire : Solum, praeter oleam vitemque et cetera patiens frugum, 

c'est-à-dire que la Bretagne produit les végétaux utiles saufla vigne, l'olivier et 
les autres plantes des climats chauds. 

II. Germania. Ce livre peut être considéré suivant une idée ingénieuse de 
l'auteur, comme un excursus qui avait sa place marquée dans les Histoires, à 
propos de la guerre des Suèves, et que Tacite publia à part et avant son grand 
ouvrage, le sujet s'étant étendu avec ses recherches et présentant d'ailleurs un 
intérêt spécial très-marqué. Tout ce qui concerne le climat de la Germanie, sa 
flore, sa faune, l'aspect physique des habitants, se trouve dans les auteurs qui 
ont précédé Tacite et peut en avoir été extrait par lui. Seul, au contraire, il 
nous a fait connaître, d'une part les noms des dieux germains, et de l'autre tout 
ce qui est relatif aux législations civile, criminelle et pénale de ces barbares, à 
la condition des esclaves, aux funérailles, à l'amour des Germains pour le jeu, à 
leur danse armée, etc. On sait avec quelle abondance et aussi quelle exactitude 
il a développé ce tableau des institutions germaniques : M. L. n'a peut-être pas 
assez insisté sur cette particularité qui révèle chez Tacite une prédilection et une 



d'histoire et de littérature. 7 

aptitude très-développées pour les observations politiques, contrastant avec son 
indifférence pour les sciences naturelles. 

Il va de soi que cette partie du mémoire, où un allemand feuillette et annote 
son libellas aureus est très-étudiée et très-intéressante. 

III. De CapiîoUo Excurs. ad Hist. III. 72. Tacite seul dit que Servius Tulliusfit 
travailler au Capitole. Becker et Schwegler lui reprochent d'avoir confondu le 
Capitole avec le temple de Diane sur l'Aventin. M. L. veut laver son écrivain 
favori de ce reproche. L'excursus, dit-il, est plein de particularités intéressantes, 
et qui prouvent des recherches personnelles considérables. C'est là, par exemple, 
que se trouvent ces mots précieux dedita urbe grâce auxquels Tacite seul nous a 
appris que Rome se rendit à Porsenna. Ce dernier fait est admis par tous les 
historiens modernes. Pourquoi ne pas croire que Tacite a puisé à une bonne 
source, à nous inconnue, ce qu'il dit du Capitole ? 

IV. De quaestura Excurs. ad Ann. XL 22. Tacite dit que la questure existait 
sous les rois, et fait brièvement l'histoire de cette magistrature. M. L. rapporte 
les passages de tous les auteurs anciens et de la plupart des auteurs modernes 
qui ont traité la question, et nous met ainsi en état de constater leur complet 
désaccord. M. L. se défend mal contre un découragement qui gagne le lecteur. 
En vain il réduit la question à savoir où Tacite a pris les dates et les faits rap- 
portés dans ce chapitre des Annales. Cette demande discrète reste sans réponse : 
rien ne prouve en effet, M. L. le démontre^ que ce soit, comme on l'avait pré- 
tendu, dans les livres de Varron. 

L'auteur se propose de continuer cette série de dissertations sur Tacite. Nous 
espérons qu'il y apportera autant de soins et de méthode que dans celles-ci. 

C. DE LA Berge. 

2. — Die Glossen in der Lex Salica und die Sprache der salischen Franken. Bei- 
trag zur Geschichte der deutschen Sprache von H. Kern. Haag, Nijhoff, 1869. In-8*, 
186 p. — Prix : 5 fr. 35. 

On sait que dans plusieurs manuscrits de la Loi Salique, c'est-à-dire de 
l'ancien droit des Francs Saliens, on rencontre, au milieu du texte latin, un 
grand nombre de mots qui évidemment ne sont pas latins, et qui sont précédés 
de l'indication Malberg. ou Malb. Ces mots, connus sous le nom de glosses mal- 
bergiques, se présentent dans les manuscrits sous des formes si divergentes et si 
altérées, qu'autrefois on ne savait même à quelle langue les rapporter. La loi où 
ils se trouvent étant celle des Francs, le plus naturel et le plus simple était 
évidemment de regarder ces mots comme appartenant à la langue franque ; mais 
bien que plusieurs de ces mots eussent une tournure évidemment germanique, 
la plupart ne se laissaient ramener à aucune des lois phoniques connues. C'est 
ce qui suggéra à M. H. Léo l'idée de regarder ces mots comme celtiques : en 
effet le pays où la loi a été rédigée avait été habité par des Celtes, et c'est eux 
qui suivant lui nous auraient laissé dans ces glosses des restes de leur droit et 
de leur langue. Mais son opinion, exprimée dans un ouvrage spécial (die Malber- 



8 REVUE CRITIQUE 

gische Glosse, i-2, Halle, 1842-45), ne trouva guère d'approbation : elle souleva 
au contraire des contradictions énergiques; aujourd'hui on peut dire que le sys- 
tème de Léo ne compte plus un seul partisan, et lui-même sans doute y a 
renoncé. L'interprétation scientifique des glosses, au point de vue germanique, 
n'a fait de progrès que depuis l'édition de la Loi Saliqne de Merkel (Berlin, 
.1850), qui a rassemblé les matériaux critiques et donné les variantes des divers 
manuscrits. C'est en se servant de ces matériaux que Jacob Grimm, dans la 
Préface de cette même édition, a donné une explication générale de ces glosses, 
qui aujourd'hui encore doit être regardée comme le fondement des études à faire 
sur ce point. Peu de temps après (1852) A. Holtzmann essayait une interpréta- 
tion qui, tout en s'appuyant sur les mêmes principes, arrivait à des résultats 
sensiblement différents, et admettait des formes plus archaïques même que 
celles du gothique. On est également revenu de cette opinion, parce qu'on a 
reconnu qu'à l'époque de la composition de la Loi, dont les plus anciens élé- 
ments remontent au v* siècle, la langue des Francs ne devait guère posséder de 
formes appartenant à une période linguistique antérieure à celle du gothique. 

La singulière altération que les glosses présentent dans les manuscrits s'expli- 
que par ce fait que ces mss. ont été copiés à une époque et dans des pays où la 
langue des Francs ou n'était plus en usage ou avait beaucoup changé depuis 
l'époque des glosses. Pour ce qui concerne le but de ces glosses, l'opinion la 
plus vraisemblable et la plus plausible est celle qui les regarde comme des 
explications destinées aux juges, ceux-ci le plus souvent ne possédant de la 
langue latine qu'une connaissance imparfaite : ainsi les tarifs de chaque compo- 
sition pécuniaire sont accompagnés de glosses qui fournissaient un point de repère 
aux juges chargés de rendre une sentence. Il arrivait souvent que l'expression 
propre allemande n'avait pas d'équivalent en latin, ou que le terme latin pouvait 
donner lieu à une équivoque : dans ces cas on écrivait à côté le mot allemand ; 
on en faisait autant pour des formules juridiques consacrées que le latin ne pou- 
vait rendre exactement, 

M. Kern, — savant hollandais, qui dans son travail, vu l'intérêt général de 
la question, se sert de la langue allemande et la manie, comme la plupart des 
savants ses compatriotes, avec aisance et clarté, — prend avec raison pour point 
de départ les recherches de Grimm. Il signale une difficulté particulière du sujet : 
la place qu'une glosse occupe dans le texte ne nous apprend pas à coup sûr où 
il faut la rapporter et quels mots du texte elle interprète ; ces glosses étaient 
originairement écrites au dessus des lignes, et les scribes, qui ne les compre- 
naient pas, les ont souvent intercalées dans le texte à une mauvaise place. Au 
reste, à tous les points de vue, l'interprétation de ces glosses offre de grandes 
difficultés. M. K. ne l'a essayée qu'au point de vue linguistique : c'est au même 
qu'il faut se placer pour contrôler et juger son travail. L'auteur montre qu'il est 
parfaitement familier avec les différentes régions du domaine germanique : sa 
méthode est judicieuse et circonspecte. Nous devons dire que dans beaucoup de 
cas son travail aurait gagné à s'appuyer sur l'étude de la signification des glosses 



d'histoire et de littérature. *9 

dans leur rapport avec le contexte de la loi ; et à ce point de vue nous avons été 
surpris de ne voir ni utilisé ni même cité l^excellent ouvrage de Weitz, das Alte 
Recht der Salischcn Franken (1846). Mais d'autre part rien ne saurait être plus 
satisfaisant pour l'auteur que le fait, que dans plusieurs passages l'explication 
qu'il donne en ne s'appuyant que sur la philologie est confirmée par le sens de 
l'ensemble : rien ne saurait appuyer plus fortement son opinion que cette coïnci- 
dence dont il n'a pas eu conscience. Naturellement, toutes ses explications ne 
sont pas confirmées de la sorte, et en général il y en a plus d'une qui ne pourra 
se maintenir; mais la méthode mérite notre entière adhésion. Il va sans dire 
qu'on peut souvent lui reprocher trop de hardiesse ; mais il faut de la hardiesse 
pour arriver à un résultat quelconque avec des matériaux aussi étrangement 
dégradés. Aussi regardons-nous le travail de M. Kern comme marquant un 
progrès réel et important dans notre intelligence de la Loi Salique et de ses 
glosses. Dans les détails, je l'ai déjà dit, il y aurait plus d'une objection à faire; 
ainsi dans l'explication de la première formule (p. 5) malthô, d'après notre avis, 
n'a rien de commun avec meldôn, c'est une métathèse de maîhlô , et ce verbe, 
qui est ainsi identique au goth. mathljan, doit être rapporté non à la première, 
mais à la deuxième conjugaison faible. 

Nous espérons que cet ouvrage ramènera l'attention sur le point qui y est 
traité et fera faire de nouveaux pas à l'interprétation des glosses ; les résultats 
qu'on peut en attendre sont également importants pour la connaissance de l'an- 
cien droit des Francs et pour celle de leur langue, dont le temps nous a envié 
tous les monuments. Il serait à désirer que M. Kern réunît déjà et groupât 
méthodiquement ceux que lui ont fait obtenir ses récherches de détail; cet utile 
résumé trouverait facilement sa place dans un des recueils allemands consacrés 
à la philologie germanique. 

K. Bartsch. 

3. — Molière, Shakspeare und die deutsche Kritik von !> C. Humbert. 
Leipzig, Teubner, 1869. In-8*, p. xx-51 1. — Prix : 12 fr. 

Voici un livre curieux et qui serait appelé à faire beaucoup de bruit en Alle- 
magne si l'on ne s'y détournait de plus en plus de la critique esthétique pour se 
vouer presque exclusivement à l'histoire et à la philologie. Ce n'est pas nous 
qui nous plaindrons de cette direction des idées ; et, pour mesurer tout le mal 
qu'a fait à l'Allemagne l'esthétique si fort à la mode il y a trente ans à peine, on 
n'aurait qu'à lire le volume même que nous annonçons. Ce livre en effet est un 
symptôme significatif de la réaction qui s'est opérée dans les esprits allemands 
contre l'abus des jugements littéraires ; et il forme pour ainsi dire la contre-partie 
en même temps que le complément des Shakspearestudien de M. Rùmelin. On sait 
que M. Rùmelin a eu le courage de s'élever contre le culte idolâtre dont le poète 
anglais a été l'objet de la part des Allemands; M. Humbert de son côté a entre- 
pris de démontrer l'injustice de l'abandon où reste Molière au delà du Rhin. 

Cette admiration et ce mépris remontent également à l'école romantique. 



10 REVUE CRITIQUE 

Lessing, Gœthe, Schiller avaient admiré Shakespeare, comme tous les esprits 
ouverts et qui ne sont points prévenus par des systèmes, doivent admirer le plus 
grand des génies poétiques, c'est-à-dire quoique, non parce que. Ils étaient loin 
de voir dans son théâtre le comble de l'art réfléchi, plus loin encore de proposer 
chacune de ses boutades comme l'expression d'une haute pensée philosophique, 
chacune de ces excroissances comme un mérite littéraire. Ces mêmes hommes 
avaient été nourris dans leur jeunesse, comme toute l'Allemagne du xviu* siècle, 
de poésie française. Corneille, Racine, Molière surtout, avaient été leurs princi- 
paux maîtres et ils les voyaient si bien établis dans l'estime générale des Alle- 
mands, qu'ils ne songeaient même pas à les vanter, comme ils firent pour 
Shakespeare qu'il s'agissait d'introduire dans leur pays; ils se permettaient même, 
au moins en ce qui regarde certaines pièces de Corneille, des critiques assez 
sévères. Ils ne se doutaient pas qu'un temps viendrait où l'Allemagne ne ferait 
plus que balbutier la langue de Molière et ne connaîtrait plus les classiques fran- 
çais que par ouï-dire. Ils songeaient moins encore qu'eux-mêmes contribueraient 
à ce résultat en dotant leur pays d'une poésie originale qui lui permettrait de se 
passer des poésies étrangères. Vint l'école romantique, laquelle proclama Shaks- 
peare le plus infaillible des poètes, après Caldéron, et comme elle ne prisait 
guères que l'imagination — probablement parce qu'elle en était complètement 
dépourvue elle-même, — comme elle faisait métier de dédaigner h froide et stérile 
intelligenceet\evulgairesenscommunqm,kVencroive,avaknise\x\sprésidéa\ixœ\ivres 
classiques des Français, elle n'avait pas assez de dénigrements pour leur poésie. 
Au fond, cette antipathie était fort bien motivée; car ce que ces néophytes 
mystiques, ces amis du clair-obscur, ces apôtres de la vie poétique et de la poésie 
vécue, de la fleur bleue et du « christianisme germanique, » détestaient le plus 
au monde, c'était la clarté et le bon sens, lequel est né français, comme tout le monde 
sait. Le grand public qui admire- si volontiers sur parole , suivit d'autant plus 
coraplaisamment les chefs de l'école , que parmi eux se trouvaient des critiques 
fort autorisés, qu'ils surent exploiter les idées de Lessing déjà populaires alors, et 
qu'enfin l'Allemagne commençait déjà à désapprendre le français et partant à 
devenir moins apte à contrôler les jugements tout faits qu'on lui imposait. 

Il était donc presque devenu article de foi en Allemagne qu'il ne pouvait y 
avoir rien de plat ou de médiocre en Shakespeare, ni rien de bon dans la poésie 
française. M. Rûmelin s'est élevé courageusement contre le fétichisme du Shaks- 
pearcultus, M. Humbert attaque avec une égale indignation le mépris injuste 
dont on couvre Molière et les Français en général. Car ce plaidoyer en faveur du 
grand comique devient à tout instant un plaidoyer en faveur de la nation fran- 
çaise. Qui eût dit, il y a cent ans, qu'on en viendrait là! Et pourtant cela est 
nécessaire aujourd'hui où la prévention contre l'esprit français a atteint sa dernière 
limite en Allemagne. Toutefois une nouvelle réaction commence à s'opérer: il suffit, 
pour s'en convaincre, de lire les publications récentes de Julian Schmidt, d'Arndt, 
de Baudissin, et surtout le volume présent qui offre un très-grand intérêt et qu'on 
devrait donner en français, sinon en entier, du moins en partie. M. Humbert ne 



d'histoire et de littérature. II 

fait peut-être pas assez valoir la seule excuse qu'il y ait, à nos yeux, au mépris des 
Allemands pour la poésie classique des Français ; c'est qu'ils ne la connaissent 
pas; car ce n'est pas connaître un poète étranger que de l'avoir parcouru d'un 
bout à l'autre, pour l'acquit de la conscience plutôt que par intérêt et sans qu'on 
ait su se l'assimiler. Disons aussi à la décharge des Allemands qu'à côté des 
esprits systématiques et des ignorants, il y a toujours eu parmi eux des juges 
éclairés et non prévenus qui continuaient à professer pour Molière la prédilec- 
tion de Goethe, de Herder et de Schiller : M. Humbert lui-même cite parmi les 
défenseurs et admirateurs allemands du poète qui ont écrit depuis Schlegel, près 
de quarante noms bien connus et fort estimés au delà du Rhin. Et pourtant, il a 
raison de dire que, dans son ensemble et à la prendre en bloc, la critique alle- 
mande est hostile au comique français. 

Nous avons à peine besoin de dire que nous sommes du côté de M. Humbert 
dans cette lutte; et que nous souhaitons tout succès à sa courageuse levée de bou- 
clier, tout en pensant que la traduction de M.deBaudissin fera plus que tous les 
raisonnements du critique. Encore un coup, les Allemands ont désappris le fran- 
çais; ils ne sentent plus la cadence du vers dans le Misanthrope, m la fermeté de 
la prose dans VAvare. Le comte Baudissin a abandonné heureusement l'absurde 
habitude où étaient les traducteurs allemands de reproduire les poètes dans 
la mesure même de l'original — ou dans ce qu'ils avaient la naïveté de croire la 
mesure de l'original — au lieu de leur prêter la forme poétique qui dans la litté- 
rature allemande répond le mieux au caractère et à l'emploi de la forme poétique 
de l'original. Molière, traduit en ïambes de cinq pieds, au lieu de l'être en 
alexandrins , a bien vite reconquis et continuera à reconquérir sur les théâtres 
allemands sa popularité d'autrefois. 

Est-ce à dire que le livre de M. Humbert soit inutile? Loin de là. Étant donnés 
l'esprit allemand et les habitudes de cet esprit , cette polémique ne peut que 
faire beaucoup de bien. Elle a d'abord le grand avantage de se faire lire. Le 
style en est animé, clair et incisif. M. Humbert est de l'école de Lessing et de 
Schopenhauer pour la langue; ou plutôt il est de l'école du bon sens qui parlera 
toujours de la sorte quand il sera irrité par une métaphysique prétentieuse. Le 
ton provocateur du livre en fait même en grande partie le charme et lui assurera 
certainement des lecteurs; et l'auteur se défend fort bien et avec infiniment 
d'esprit (p. v et xviij) contre le double reproche de manquer de politesse et de 
patriotisme. Ce que je lui reprocherais plutôt, ce serait de n'avoir pas exclusive- 
ment adopté, pour confondre ses adversaires, la méthode historique employée 
par M. Rùmelin, et d'avoir encore trop sacrifié à Vesîhétique en voulant, par mille 
déductions, prouver ce qui ne se prouve guères, à savoir le droit qu'a Molière de 
nous plaire. Il ne se rend pas coupable de ce défaut dans la première partie de 
son livre (p. i à6i) où il démontre simplement l'originalité et l'indépendance de 
Molière \'is-à-vis de ses prédécesseurs et de ses contemporains; ni quand il 
oppose les critiques anglais, plus enthousiastes du comique français que du 
comique anglais, aux critiques allemands, toujours occupés à rabaisser Molière 



12 REVUE CRITIQUE 

en faveur de Shakspeare (p. 6 3 à 70); mais à partir de là, il se livre à une discussion 
sur le comique et sur Vidée dans l'œuvre d'art (p. 70a 141) qui est peut-être trop 
étendue. Au demeurant, c'est tout à fait le point de vue du sens commun, si 
dédaigné par les romantiques et les hégéliens, qu'occupe ici M. Humbert, et c'est 
plaisir de voir comme il fait justice des phrases creuses et prétentieuses de ses 
adversaires. Après l'exposé, l'application. M. Humbert analyse et discute sept 
comédies de Shakspeare et prouve contre M. Gervinus l'absence de toute idée 
générale dans ces pièces. Peut-être va-t-il un peu trop loin dans cette partie de 
son travail : qui veut trop prouver, ne prouve rien. Sans doute M. Humbert a 
mille fois raison, l'art de la caractéristique est sacrifié, dans les comédies de 
Shakspeare, à l'intrigue et à l'amusement du spectateur; sans doute il n'y a pas 
dans ses comédies,, comme dans ses tragédies et dans les comédies de Molière, 
de caractères principaux autour desquels l'action tout entière se concentre; 
mais le dessin des caractères est-il pour cela complètement absent dans ces 
jeux de l'imagination ? L'Hélène de Tout est bien qui finit bien n'est point 
certainement le caractère chaste et timide que veut en faire M. Gervinus; 
mais c'est pourtant une individualité très-vivante et à contours fort arrêtés ; il en 
est de même de Béatrice dans le Conte d'hiver, de Viola en Ce que vous voudra^ 
de Rosalinde en Ce qui vous plaira. 

Le chapitre du livre de M. Humbert qui m'a le plus frappé et qui me semble 
contenir le plus d'idées justes, bien exposées et fortement appuyées, est celui où 
il constate contre M. Ulrici (p. 256 à 279) que toute l'zWe'g de Shakspeare, poète 
comique, se trouve dans les événements aventureux, dans la fable de ses pièces. 
C'est à peu de chose près le jugement de M. Guizot sur la comédie shakspea- 
rienne qui, à vrai dire, n'est pas une comédie à caractères comme celle de Molière, 
mais une comédie fantastique dans le genre des Oiseaux d'Aristophane ou des 
Pitocchifortunati àeGozzi. Ainsi envisagées, elles regagnent en poésie, tout ce que 
l'analyse de M. Humbert leur a fait perdre du côté de l'étude des caractères. On 
n'a qu'à lire les grands drames de Shakespeare — Hamlet, Macbeth, Othello, 
Lear, Roméo — pour savoir que, si le poète anglais a des inconséquences dans 
ses caractères comiques, c'est que là il ne s'est pas soucié de faire le caractère 
comique comme le comprenait Molière : 

Qualis ab incessu procès sent, et sibi constet. 

N'a-t-il pas dit lui-même dans l'épilogue d'un Songe d'une nuit d'été que ce sont 
là contes d'enfants, féeries, semblables à des songes.? Le tort de M. Humbert, 
c'est d'établir dans les genres une hiérarchie que rien ne justifie. Pourquoi la 
comédie à caractères serait-elle supérieure à la comédie fantastique, pourquoi 
l'Arioste serait-il inférieur à Cervantes, et Rembrandt au Corrège ? Ce sont là 
affaires de goût, et M. Humbert aurait dû se rappeler jusqu'au bout les mots 
de la Critique de l'école des Femmes qu'il cite au commencement de son livre : 

« La grande règle de toutes les Yègles est de plaire et je ne demande point 

» si les règles d'Aristote me défendent de rire. » Or le Songe d'une nuit d'été et 



d'histoire et de littérature. I? 

le Petit Poucet me font rire ou me touchent, me plaisent, en un mot, autant que 
le Festin de Pierre ou le Malade imaginaire , et point n'est besoin, ce me semble, 
d'établir des comparaisons et de mesurer le degré de plaisir qu'on éprouve. 

Un troisième chapitre, dirigé contre MM. Bohtz, Laun et Marckwaldt (279 
à 44 j), contient un long parallèle entre Shakspeare et Molière. L'auteur y étudie 
successivement la valeur idéale, la forme, les sujets des deux comiques et finit 
partout par donner la palme au poète français. C'est avec intention que je dis /Joèf«, 
car M. Humbert s'applique tout particulièrement à revendiquer pour son client 
non-seulement la profondeur, la vérité, la gaieté, mais encore l'/zurnouretla poésie. 
Tout ceci est querelle de mots ou je me trompe. Qu'est-ce que la poésie ? et 
M. Humbert croit-il avoir défini ce terme élastique en analysant toutes les œuvres 
poétiques? Il y a une acception de ce mot, — celle où il est presque identique 
d'imagination et de fantaisie — qui me semble en effet plus applicable à l'auteur 
de Comme il vous plaira qu'à celui de Tartufe. Il y a un sens du mot humour — 
M. Humbert a eu grand tort de ne pas définir ce mot — qu'on ne saurait lui 
donner en parlant de Molière et qui revient parfaitement à Shakspeare : c'est le 
sens primitif même de ce mot, le sens étymologique et philosophique à la fois : 
celui où il veut dire le bon plaisir arbitraire du poète qui, au lieu de se proposer 
un plan, de poursuivre un but, de se conformer à des règles, n'écoute que son 
humeur momentané, rit ou pleure, s'agite ou rêve selon les ordres qu'il reçoit de son 
seul maître, le caprice. Entendez- vous au contraire par poésie , comme vous 
semblez le faire, l'art de créer des êtres fictifs qui vivent, par humour, la gaieté 
spirituelle et originale, oh, alors vous avez mille fois raison de reconnaître à Molière 
plus de poésie et plus d'Aumourqu'à Shakspeare le comique. Il est à regretter que 
M. Humbert n'ait pas pris la peine de définir préalablement ces deux termes, 
comme il avait fait pour les mots idée et caractères. — Un chapitre charmant est 
celui où M. Humbert peint le caractère de Molière (p. 445 à 480), où il prouve 
victorieusement aux Allemands qu'un grand poète comique comme Molière ne 
saurait être un homme de raison froide, dépourvu de sentiment, d'imagination, 
de délicatesse , et où il nous montre le reflet de la touchante personnalité du 
poète dans ses comédies. 

M. Humbert nous annonce à la fin un ouvrage étendu de M. Paul Lindau sur 
la Vie de Molière et il nous en donne un avant-goût fort agréable par des citations 
intéressantes (p. 483 à 490). Quelques extraits d'une traduction en prose des 
comédies de Molière terminent le volume (p. 491 à 510). 

En somme , et malgré bien des réserves de détail que nous aurions à faire , 
nous pouvons chaudement recommander ce volume qui se distingue par le savoir, 
Je style, la logique et le bon sens le plus charmant ; et nous réitérons notre vœu 
de voir un directeur de Revue en choisir quelques chapitres pour les donner au 
public français. K. H. 



14 REVUE CRITIQUE 

4. — Allgemelnes Kûnstler-Lexicon. Unter Mitwirkung der namhaftesten Fach- 
gelehrten des in- und Auslandes, herausgegeben von D' Julius Meyer. Zweite gaenzlich 
neubearbeitete Auflage von Nagler's Kùnsller Lexicon. ErsterBand. Erste Lieferung. 
Vorbericht I-XII. Text : Seite 1-72 (Signatur 1-9). Leipzig, Verlag von Wilhelm En- 
gelmann, 1870. — Prix de la livraison : 1 fr. 75; sur papier collé : 2 fr, 25. 

Cette première livraison n'est à proprement parler qu'un spécimen du grand 
ouvrage entrepris en Allemagne par M. Julius Meyer avec la collaboration de nom- 
breux historiens et critiques, tant allemands qu'étrangers. Bien peu de français, 
même de ceux qui consacrent à l'histoire de l'art des études particulières, con- 
naissent et emploient le grand dictionnaire de Nagler. Cette compilation en vingt- 
deux volumes, publiée en 18^ j, offre cependant les renseignements les plus 
étendus sur les artistes de tout genre et de tout pays. La rareté de ce dictionnaire 
et sa date déjà ancienne rendaient nécessaire une nouvelle édition. M, Julius 
Meyer a conçu le projet de réaliser cette grande entreprise en remplaçant l'an- 
cien Nagler par un nouveau Dictionnaire général des beaux-arts conçu sur le 
plan le plus vaste. La première livraison vient de paraître après quelques essais 
sous sa forme définitive. On pourra mieux apprécier plus tard, quand un 
volume entier ou deux auront été publiés , comment le directeur de cette vaste 
entreprise s'est acquitté de la lourde tâche qu'il a acceptée ; pour aujourd'hui 
nous nous contenterons de donner quelques renseignements sur le plan général 
du nouveau dictionnaire, d'indiquer les principales améhorations apportées à 
l'ancien lexique. 

Que Nagler ait composé et rédigé seul les vingt-deux volumes qui forment la 
compilation à laquelle il a attaché son nom, on ne peut le supposer. Cependant 
aucun des collaborateurs de l'ancien dictionnaire n'est nommé ; le directeur de 
l'entreprise, s'il assume toute la responsabilité, revendique pour lui seul toute la 
gloire du travail commun. Ces procédés ne sont plus de mise aujourd'hui, et 
M. J. Meyer en s'assurant la collaboration de presque tous les écrivains spéciaux 
de l'Allemagne et des autres pays de l'Europe a laissé à chacun la garantie et 
l'honneur de son œuvre. Tous les articles sont signés par leur auteur qui assume 
ainsi toute la responsabilité de son travail. En faisant acte de justice M. J. M. a 
trouvé en même temps le meilleur moyen de stimuler l'amour-propre de ses 
collaborateurs. Faut-il citer des noms ? Sur cette longue liste figurent d'abord 
tous les écrivains de l'Allemagne, qui se sont fait un nom par des travaux sérieux, 
au nombre de quarante-trois ; parmi eux, les conservateurs des grandes collec- 
tions publiques de Vienne, de Dresde, de Munich, de Francfort, Weimar, puis 
les directeurs des revues d'art les plus estimées au delà du Rhin; enfin les écri- 
vains que des recherches importantes et des études spéciales sur quelque grande 
personnalité artistique recommandaient à l'attention de l'éditeur. 

Parmi les collaborateurs étrangers, le soin de ne confier qu'à des auteurs tout 
spécialement préparés les articles de leur compétence est encore plus apparent. 
Les Italiens appartiennent de droite MM. Crowe et Cavalcaselle ; les Hollandais 
ne pouvaient être confiés à de meilleures mains qu'à celles de MM. Schelhema, 



d'histoire et de littérature. I 5 

van der Willigen, van der Kellen et van Wastrheene ; nul ne connaît mieux les 
écoles espagnoles que M. P. Lefort; quant aux Flamands ils se séparent en 
autant de branches que la Belgique compte de centres artistiques; si M. James 
Weale revendique l'école brugeoise, nul ne connaît mieux les Anversois que 
M. Théod. van Lérius, MM. Siret, Pinchart et Wauters se divisent le reste de la 
besogne. M. J. M. a des rédacteurs spéciaux pour l'Angleterre, la Suède et la 
Norwège, la Russie, la Pologne, la Suisse et la France. Déjà les collaborateurs 
étrangers atteignent le nombre de trente-quatre ; encore la liste qui est publiée 
n'est-elle pas tout à fait complète. Cette répartition du travail, si elle offre quel- 
ques inconvénients, si elle menace l'œuvre collective de certaines disproportions, 
présente cet immense avantage de condenser dans un livre unique les travaux 
isolés que chaque pays a accomplis depuis trente années; elle permet d'espérer 
que le dictionnaire actuel échappera au défaut habituel de ces sortes de compi- 
lations très-complètes et très-soignées dans certaines parties , très-défectueuses 
dans d'autres. 

Il est fâcheux, et nous n'exprimons ce regret qu'après l'avoir entendu répéter 
par plusieurs collaborateurs de M. J. M., que ce livre international n'ait pas été 
rédigé dans une langue plus accessible que l'allemand à beaucoup de ceux qui 
seront appelés à le consulter. Cette circonstance nuira sans doute au succès de 
l'ouvrage, non-seulement en France; mais peut-être aussi en Belgique, en 
Angleterre, en Italie et en Espagne; tandis que s'il eût été imprimé en français, 
bien peu d'Allemands eussent été, sinon gênés, du moins tout à fait empêchés 
de s'en servir. 

Une excellente innovation du nouveau Nagler consiste à faire suivre chaque 
biographie de l'énumération des ouvrages consultés par l'auteur ; il devient ainsi 
facile de remonter à l'origine des faits et d'apprécier la valeur historique de la 
notice. On évitera de cette manière de perdre la trace d'artistes à peu près 
inconnus : le dictionnaire de Nagler contient un certain nombre de noms fort 
obscurs et comme il ne cite jamais ses autorités, à moins d'un hasard, on ne 
saurait découvrir par quels auteurs anciens ou par quels documents manuscrits 
ces noms avaient été révélés ; et d'un autre côté on ne saurait accepter sans 
contrôle la brève mention intercalée dans une compilation de ce genre, ainsi ces 
notices consacrées à des hommes presque inconnus se trouvaient à peu près sans 
utilité. 

L'éditeur annonce l'intention de donner à la suite de la biographie de chaque 
artiste une énumération complète, non-seulement des pièces gravées par lui, 
mais même des estampes faites d'après ses œuvres. Nous croyons cette partie 
du programme à peu près irréalisable. Le dictionnaire nouveau qui comprendra 
aussi bien des orfèvres, des émailleurs, des verriers, que des peintres, des 
sculpteurs et des graveurs , ne pourra jamais suppléer aux répertoires iconogra- 
phiques; qu'il donne les renseignements généraux indispensables, que dans 
certains cas particuliers il entre dans des détails plus circonstanciés sur quelques 
œuvres d'un intérêt capital, c'est tout ce qu'on peut lui demander ; mais il y a 



l6 REVUE CRITIQUE d'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE. 

là une question d'interprétation très-délicate qu'on doit laisser résoudre par les 
érudits spéciaux et qui ne saurait être soumise à une règle invariable. Il peut 
être beaucoup plus important d'énumérer les différents états, de citer les prix de 
vente d'une planche exceptionnelle que de donner seulement les titres de dix ou 
vingt autres gravures. Nous insistons sur ce point parce que les éditeurs nous 
semblent, d'après la première livraison, avoir une tendance marquée à accorder 
une trop grande place aux catalogues d'estampes. Il adviendra pour eux dans ce 
cas ce qui arrive en ce moment à l'auteur du Dictionnaire des artistes de l'école 
française : un homme d'un mérite inférieur prend souvent par la sèche énuméra- 
tion d'œuvres sans intérêt une importance bien plus considérable qu'un autre 
artiste qui a laissé seulement un petit nombre de chefs-d'œuvre. La proportion 
est ainsi rompue, mais cet inconvénient n'est peut-être pas encore le plus grave. 
Le livre surchargé de développements superflus dépasse bientôt de beaucoup 
l'étendue qui lui était assignée. On annonçait quinze volumes et à la fin du qua- 
torzième on arrive à peine à la moitié de l'ouvrage ; le lecteur et l'éditeur se 
plaignent chacun de leur côté. On abrège, on écourte, on mutile les dernières 
lettres et on produit ainsi une œuvre diffuse et indigeste au début, incomplète et 
tronquée vers sa fin. C'est un sérieux danger qui nous paraît menacer le nouveau 
dictionnaire des artistes si on n'y prend garde. La première livraison compte 
72 pages, elle va jusqu'à Adam. Le Nagler primitif qui compte 22 volumes avait 
cpnsacré 20 pages à cette partie de la lettre A; ainsi le nouveau Nagler serait au 
moins triple de l'ancien à en juger par son début; si les volumes sont plus gros ; 
il en faudrait encore au moins deux fois autant que dans l'ancienne édition et 
cependant l'éditeur promet que l'ouvrage complet ne dépassera pas quinze 
volumes. 

Ces réserves faites, il convient de rendre hommage à la courageuse initiative 
de M. J. Meyer. Son œuvre rendra de grands services aux travailleurs; et à 
l'histoire de l'art. Nous en suivrons avec intérêt la publication. 

J.-J. GUIFFREY. 



LIVRES DÉPOSÉS AU BUREAU DE LA REVUE. 

Bunsen, die Einkeit d. Religionen, I (Berlin, Mitscher und Rœstell). — Duhring, 
Kritische Geschichte d. Philosophie (Berlin, Heimann). — Ebrard, Handbuch d. Mit- 
telgaelischen Sprache (Wien, Braumùller). — Hitzig, Geschichte d. Vœlker Israël, 2' 
partie (Leipzig, Hirzel). — Kirchmann, Philosophische Bibliothek (Berlin, Heimann). 
— Mendel, Musikalisches Conversations-Lexicon (Heimann). — Prato, Il Paradiso 
degli Alberti, a cura di Wesselofsky (Bologna, Romagnoli). — Perkins, les Sculp- 
teurs italiens (Renouard). — Rozenkranz, Hegel (Duncker u. Humblot). — Tabulae 
Ordinis Theutonici, éd. Strehlke (Berlin, Weidmann). — Tobler, Mittheilungen aus 
Altfranzoesischen Handschriften (Leipzig, Hirzel).— Van der Mey, Studia Theognidea. 

Nogent-le-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur. 



den romanischen Sprachen. Gr. in-8*, 
68 p. Berlin (Calvary et G*). 2 fr. 75 

Hefele (D. G. J.). Conciliengeschichte. 
Nach den Quellen bearb. VII. Bd. 1. 
Abth. Geschichte des Goncils von Con- 
stanz. In-8*, iv-jyj p. Freiburg (Herder). 

4fr. 85 

Hergenrœther (J.). Monumenta graeca 
adPhotium ejusque historiam pertinenlia, 
ex variis codicibus manuscriptis collecta. 
In-8*, 182 p. Regensburg (Manz). 6 fr. 

Photius, Patriarch v. Gonstantinopel, 

sein Leben, seine Schriften u. das grie- 
chische Schisma. Nach handschriftl. u. 
gedr. Quellen. 3. Bd. Gr. in-8*, xvj- 
887 p. Regensburg (Manz). 18 fr. 15 

Hermann (G. F.). Lehrbuch der grie- 
chischen Privatalterthûmer m. Einschiuss 
der Rechtsalterthûmer. 2. Aufl. unter 
Benutzungd. vom Verf. hinterlass. Hand- 
exemplars bearb. v. K. B. Stark. In-8*, 
I. Abth. 272 p. Heidelberg (Mohr). 10 f. 

Hilgenfeld (A.). Messias Judaeorum libris 
eorum paulo ante et paulo post Ghristum 
natum conscriptis illustratus. In-8*, Ixxvj- 
492 p. Leipzig (Fues). 14 fr. 7 s 

Junge(F.). De Giliciae Romanorum pro- 
vinciae origine ac primordiis. Gr, in-8*, 
iij-56p. Berlin (Galvary et G*). 2 fr. 1 5 

Kamp (J.). Die epigraphischen Anticaglien 
in Kœln. Gr. in-4*. 17 p. m, eingedr. 
Holzschnitten Gceln (Heberlé). j fr. 

Kiepert (H.). Atlas antiquus, 12 Karten 
zur alten Geschichte entworfen u. bear- 
beitet. 5. neu bearb. u. verm. Aufl. In-f* 
12 color. Steintaf. Berlin (D. Reimer). 

6fr. 

Kohts (R.). De reditibus templorum grae- 
corum. Dissertatio inauguralis. In-8*, 
S 5 p. Gœttingen (Vandenhoeck et Ru- 
precht). t fr. 3 J 

Lutjohann (C.). Commentationes Pro- 
pertianae. In-8*, iij- 1 08 p. Kiel (Schwers). 

2 fr. 7J 

Nagel (S.). Franzœsisch-englisches ety- 
mologisches Wœrterbuch innerhalb. des 
Lateinischen. Fur Studir, u. Lehrer des 
Franzœs. u. Engl. an hœheren Unter- 
richts-Anstalten. In-8*, vii-378 p. Berlin 
(Calvary et G*). 12 fr. 

Neubauer (R.), Commentationes epigra- 
phicae. Adjectae sunt tabulae quatuor. 
In-fol. et in-8*, iij- 176 p. Berlin (Galvary 
et G*). 10 fr. 75 

Palaestinae descriptiones ex saeculo IV, 
' V et VI. Itinerarium Burdigala. Hieroso- 



lymam — peregrinatio S, Paulae — Eu* 
durius de locis sanctis. Theodorus de situ 
terrae sanctae. Nach Druck- u. Hand- 
schriften m. Bemerkgn. hrsg. v. T. To- 
bler. In-8*, 149 p. St. Gallen (Huber et 
G*). 3 fr. 50 

Puyroche (A.). La Saint-Barthélémy à 
Lyon et le gouvernement de Mandelot. 
In-8*, 54 p. Paris (imp. Meyrueis). 

Renner (G.). Commentationum Lysiaca- 
rum capita duo. Dissertatio inauguralis. 
In-8*, 45 p. Gœttingen (Vandenhoeck et 
Ruprecht). i fr. 3 5 

Roux (A.). Histoire de la littérature ita- 
lienne contemporaine. In- 18 jésus, v- 
517 p. Paris (Durand etPedone-Lauriel). 

4fr. 

Samarin (J.). Ueb. GhomaekofF. Ein Bei- 

trag zur Kenntniss der neuesten theolog. 

Bestrebungen in Russiand. Aus d. Russi- 

schen. Gr. in-8*, 56 p. Berlin (Behr). 

2 fr. 

Schmidt (J. H. H.). Die antike Gompo- 
sitionslehre , aus den Meisterwerken der 
griechischen Dichtkunst erschlossen. Text 
u. Schemata der lyr. Partien bei Aristo- 
phanes u. Sophocles. In-8*, xx-907 p. 
m. eingedr. Holzschn. Leipzig (Vogel). 

24 fr. 

Schnitzler (J.-H.). L'empire des tsars au 
point actuel de la science. T. 4. Les in- 
térêts matériels et privés (agriculture, 
industrie et commerce). In-8', viij-948 p. 
Strasbourg (V" Berger-Levrault). 

Souchet(J.-B.). Histoire du diocèse et de 
la ville de Chartres. Publiée d'après le 
manuscrit original de la bibliothèque 
communale de Chartres. T. 3. i" partie. 
In-8*, 276 p. Chartres (imp. Garnier). 

Trivoli (J.). Collection de monuments 
pour servir à l'étude de la langue néo- 
hellénique. N* 3. Histoire de Tagliopietra. 
Texte grec. In- 12, 23 p. Paris (Maison- 
neuve et G'). 1 fr. 50 

Volkmann (R.). Leben, Schriften und 
Philosophie d. Plutarch v. Chaeronea. 
2. Theil. Plutarchs Philosophie. In-8*, 
xvj-344 p. Berlin (Calvary et G'). i2fr. 

"Wattenbach (W.). Anleitung zur latei- 
nischen Palaeographie. In-4*, iv-44 p. 
Leipzig (Hirzel). 2 fr. 75 

■Wollheim (D'). Die National-Literatur 
sasmmtlicher Vœlker d. Orients. Eine 
prosaische u. poet. Anthologie aus den 
besten Schriftstellernd. gesammten Orients 
m. eriasut., krit., literar., u. biograph. 
Notizen. i. Lfg. Gr. in-8*, 56 p. Beriin 
(Hempel). i fr. 35 



BIBLIOTHÈQUE 

DE L'ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES 

publiée sous les auspices du Ministère de l'Instruction publique. 
Sciences philologiques et kistoriques. 

I" fascicule. La Stratification du langage, par Max Mùller, traduit par 
M. Havet, élève de l'École des Hautes Études. — La Chronologie dans la for- 
mation des langues indo-germaniques, par G. Curtius, traduit par M. Bergaigne, 
répétiteur à l'École des Hautes Études. In-8o raisin. 4 fr. 

Forme aussi le i*"" fascicule de la Nouvelle Série de la Collection philologique. 

2" fascicule. Études sur les Pagi de la Gaule, par A. Longnon^, élève de 
l'École des Hautes Études. In-80 raisin avec 2 cartes. 3 fr. 

Forme aussi le i^'^ fascicule de la Collection historique. 

AT ^ TV T /^ TV T /->w TV T Lc Lîvre des Vassaux du Comté de 
• L-iV_/i>l Vjr IN W 1 >l Champagne, 1 172-1222, publié d'après 
le manuscrit unique des Archives de l'Empire, i fort vol, in-S». 7 fr. 50 

En vente chez M. Heimann, à Berlin, et se trouve à Paris, à la 
librairie A. Franck (F. Vieweg), 67, rue Richelieu. 

FT T T T 17 17 r?' 17 D ^^^ Trobador Guillem de Cabestanh. 
• 11 U L-i r r Ci iv Sein Leben und seine Werke. i vol. in- 
8°. 2 fr. 

En vente chez N. Guttentag, libraire à Berlin, et se trouve à Paris, à la 
librairie A. Franck (F. Vieweg), 67, rue Richelieu. 

j ^^ O t? D "PV î /^ TX ^^^ Rœmer feindlichen Bewegungen 
J • vJ DEjlvUlLirv. im Orient waehrend der letztin Haelfte 
d. dritt. Jahrh. nach Christus (254-274). Ein Beitrag zur Geschichte d. rœm. 
Reichs unter den Kaisern. i vol. in-8°. 4 fr. 85 

En vente chez Vûgel , à Leipzig, et se trouve à Paris, à la 
librairie A. Franck (F. Vieweg), 67, rue Richelieu. 

K"D A D T^ C r^ I-J Altfranzœsische Romanzen und Pastou- 
• D A rv 1 oLi O rellen. i vol. in-S». 9 fr. 6j 

En vente à l'imprimerie impériale à Vienne, et se trouve à Paris, à la 
librairie A. Franck (F. Vieweg), 67, rue Richelieu. 

AT T A ç o A TV T Kurzgefasste Grammatik der vulgaer-arabischen 
• l~l/\00/\l> Sprache m. besond. Rûcksicht auf den segypti- 
schen Dialekt. i vol. in-8°. 8 fr. 

Nogent-le-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur. 



N* 2 Cinquième année 8 Janvier 1870 



REVUE CRITIQUE 

D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

RECUEIL HEBDOMADAIRE PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION 

DE MM. P. MEYER. CH. MOREL, G. PARIS. 



Secrétaire de la Rédaction : M. Auguste Brachet. 



Prix d'abonnement : 

Un an, Paris, 156-. — Départements, 17 fr. — Etranger, le port en sus 
suivant le pays. — Un numéro détaché, 50 cent. 

PARIS 
LIBRAIRIE A. FRANCK 

F. VIEWEG, PROPRIÉTAIRE 
67, RUE RICHELIEU, 67 



Adresser toutes les communications à M. Auguste Brachet, Secrétaire de la 
Rédaction (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu). 

ANNONCES 

En vente à la librairie A. Franck, F. Vieweg propriétaire, 

67, rue Richelieu. 

î "DATIA/l/^ADT'ÏT'KÎ ^'°ssaire des idiomes popu- 
J . D A U iVlUr A rv 1 EL IN laires du Nord et du Centre 
de la France, contenant: i° les patois normand, picard, rouchi, wallon, man- 
ceau, poitevin, champenois, lorrain, bourguignon, ainsi que ceux du Centre de 
la France; 2» les termes populaires et néologiques du langage parisien, qui 
manquent dans tous les dictionnaires ; 3"* les termes populaires qui se rencontrent 
dans les auteurs tant anciens que modernes ; 4° la prononciation des idiomes 
populaires; 5" des notices historiques sur la prononciation de la langue litté- 
raire. 

Cet ouvrage sera publié par livraisons de 10 à 15 feuilles d'impression et sera 
complet en 10 livraisons au plus. 

Prix de chaque livraison de 10 feuilles. 2 fr. 50 

Id. J5 — 3fr. 75 

La I '* livraison est en vente. 5 fr. 7 5 



y T^ R î A r^ ï^ Études sur l'origine des Basques, i fort vol. 



grand in-8°. 10 fr. 



PERIODIQUES ETRANGERS. 

The Athenaeum. 2 $ décembre. 

Une grande partie de ce n° et du suivant est occupée par des revues du 
mouvement littéraire en Allemagne, en France, en Belgique, dans les Pays-Bas, 
en Russie, en Italie, en Hongrie, en Arménie, dans l'Amérique du Nord, en 
Angleterre, en Espagne, en Portugal et en Danemark. De ces diverses revues, 
celles qui ont pour objet une littérature peu étendue étaient naturellement les 
plus faciles à faire, et sont aussi les plus satisfaisantes. Telles sont celles qui 
concernent la Belgique , les Pays-Bas, l'Espagne, le Portugal, le Danemark. 
Dans toutes, l'érudition proprement dite et les sciences en général occupent une 
certaine place. Dans la revue de la littérature française cette partie est développée 
au point de ne laisser aux Belles-lettres proprement dites qu'une colonne environ 
sur sept. Ce qui est plus fâcheux, c'est que dans cette revue l'appréciation des 
ouvrages d^érudition, à laquelle l'auteur a accordé tant d'espace, est entièrement 
dépourvue de compétence, et n^est même pas exempte d'erreurs matérielles. — 
A Reply to Cobbet's « History ofthe Protestant Reformation in England and Ireland », 
compiled and edited by C. H. Collette; Partridge and C". — Lettre (i8 déc. 
1869) sur les dernières découvertes faites à Pompeii. 

!*'■ janvier. 

[Ce n" est imprimé en caractère moins fm et plus interligné ; un léger agran- 
dissement du format compense la diminution de matières qui résulte de cette 
innovation.] 

Littérature du peuple. Revue générale des traités et périodiques destinés aux 
classes les moins éclairées, contient d'intéressants détails sur la production 
actuelle de la presse périodique de Londres. — Gen. Fr. Ravv^don Chesney, 
Narrative of the Euphrates Expédition carried on by order ofthe British Government; 
Longmans and C°. — Hilgenfeld, Messias Judaeorum, libris eorum paulo ante 
et paulo post Christum natum conscriptis illustratus; art. très-favorable. — Midy, 
Le régime constitutionnel ; Paris, Dunod; art. peu favorable. — The Satires, Epistles 
and Art of Poetry of Horace, translated into English Verse by J. Conington; 
Bell and Daldy; traduction aussi remarquable par son aisance que par sa fidélité. 
— La langue islandaise , remarques critiques sur le dictionnaire islandais-anglais 
de Cleasby et Vigfusson (cf. l'Athenaum du 27 nov.). — J. Forbes, Lettre sur 
la topographie de Jérusalem. — Demmin, Weapons of War, being an History of 
Arms and Armour from the earliest Period to the présent Time, translated frora the 
german; Bell and Daldy. 

BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE 
DES PRINCIPALES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES. 



peut se procurer à la librairie A. Franck tous les ouvrages 
:e bulletin , ainsi que ceux qui font l'objet d'articles dans la 



AVIS. — On 
annoncés dans ce 

Revue critique. Elle se charge en outre de fournir très-promptement et sans 
frais tous les ouvrages qui lui seront demandés et qu'elle ne posséderait pas en 
magasin. 



Actes de la société philologique. N° 2. 
Juin 1869. In-8% 16 p. Paris (lib. Chal- 
lamel aine). i fr. 25 

Adels Lexicon. Neues allgemeines deut- 
sches, im Verein m. mehreren Historikern 



hrsg. v. Prof. D' E. H. Kneschke. 9. 
Bd. 3. Abth. In-8*(9. Bd. 321-464 p.). 
Leipzig (Fr. Voigt). 5 "". 3 $ 

Bartsch (C). Altfranzœsische Romanzen 
und Pastourellen. In-8*, xvj-400 p. Leip- 



REVUE CRITIQ^UE 

D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 



N* 2 — 8 Janvier — 1870 

Sommaire : 5. Cicéron, De Finibus, p. p. Madvig. — 6. Czerwenka, Histoire 
de l'Église Évangélique en Bohême. — 7. Hartmann, Philosophie de l'inconscient; 
Philosophie positive de Schelling.— 8. Gauchet, Le Plaisir des Champs.— 9. Pitre, 
Étude sur les chants populaires siciliens. 



f . — M. Tulli Ciceronis de finibus bonorum et malonun libri quinqtie. 

D. lo. Nicolaus Madvigius recensuit et enarravit. Editio altéra emendata. Hauniae, 
1869, Gyldendal. In-S*, lxix-868 p. — Prix : 30 fr. 

M. Madvig, professeur de philologie classique à l'Université de Copenhague, a 
publié de nouveau , avec bon nombre de modifications dans le détail, l'édition 
critique et exégétique du traité de Cicéron de Finibus (1839), qui l'avait placé, 
à l'âge de trente-cinq ans, au premier rang des latinistes de l'Europe. Quoiqu'il 
ait soutenu sa réputation par d'importants travaux sur la grammaire latine, sur 
Cicéron et sur Tite-Live ', tel est l'état de la philologie latine parmi nous, que le 
nom elles ouvrages de M. Madvig sont à peine connus en France et qu'il est 
■nécessaire de les recommander à l'attention, comme s'il s'agissait d'un débutant. 

M. M. est un des premiers philologues qui aient nettement compris que tous 
les manuscrits ne pouvaient être indifféremment employés à la constitution du 
texte qu'ils nous ont transmis. Il a établi que des deux familles entre lesquelles 
ses prédécesseurs avaient déjà distribué les manuscrits du de Finibus , il en était 
une (et précisément la plus nombreuse) qui était absolument sans valeur et sans 
autorité. Elle dérive d'une copie infidèle du manuscrit auquel remontent tous 
ceux qui nous sont parvenus, d'une copie qui a été interpolée et corrigée arbi- 
trairement, au temps de Charlemagne, si je comprends bien la désignation un 
peu vague de M. M. (p. xxvj) « circa prima et rudia renascentium litterarum 
» initia. » M. M. montre que les seuls manuscrits de ce traité qui aient de l'au- 
torité sont le manuscrit du Vatican (i 5 1 }) et deux manuscrits l'un du Vatican 
(1525), l'autre d'Erlangen (38), qui reproduisent (ces deux derniers indé- 
pendamment du premier) le manuscrit archétype , sans les interpolations et les 
corrections arbitraires qui se rencontrent dans tous les autres. Il y avait encore 
au XVI* siècle et au commencement du xvii* quelques bons manuscrits, aujourd'hui 
perdus ou cachés, dont nous ne connaissons les leçons que par d'anciens éditeurs. 
Je puis attester, pour l'avoir vérifié, que tous nos manuscrits de la Bibliothèque 
impériale (6331 xii^ s., 6375 xiv«s., 11122, 14761, 16589 tous trois du xv* s.; 

1. Lateinische Sprachlehre fur Schulen (1" éd. 1841, 4* 1869). — Bemerkungen ûber 
verschiedene Puncte des Systems der lateinischen Sprachlehre, 1844. — Opuscula Aca- 
demica, I, 1834. II, 1842. — Emendationes Livianae, 1860. — T. Livii ab urbe con- 
dila libri, 1 861- 1864. 

IX 2 



l8 REVUE CRITIQUE 

le ms. 6591 écrit en 1441 manque aujourd'hui) appartiennent à la classe des 
mauvais manuscrits du de Fin. Je donnerai pourtant ici quelques détails sur le 
manuscrit 6^31, que M. M. juge l'un des moins mauvais parmi les mauvais et 
dont il a eu une collation qu'il soupçonne à très-juste titre de n'être pas 
exacte. 

Le caractère de l'écriture et les capitales coloriées en vert datent incontesta- 
blement ce manuscrit du xii^ siècle , et non du xiii^, comme le marque le cata- 
logue imprimé, qui rajeunit souvent l'âge des manuscrits. En beaucoup d'endroits 
le texte a été corrigé d'une main très-semblable à celle du copiste. En marge du 
texte ainsi corrigé, une autre main qui est évidemment du xii° siècle, a écrit 
quelques remarques admiratives sur le texte', et en 82 endroits des variantes 
précédées d'une / barrée signifiant vel. Ces variantes proviennent évidemment 
d'un manuscrit de la bonne famille, qui n'avait pas l'interpolation (II, 18, 59) 
et qui avait même une leçon que nous n'avons conservée que par Nonius (V, 
15, 42). On trouve encore des corrections d'une autre encre et d'une autre main 
très-postérieure, probablement du xiv® siècle. Je communique ici toutes les 
variantes de l'annotateur du xii'' s., suivies d'un supplément complémentaire et 
rectificatif à la collation du texte du manuscrit que donne M. M., seulement pour 
le V*^ livre. Je n'ai pas tenu compte des variantes d'orthographe : elle est celle 
du moyen-âge. Seulement, en un certain nombre de passages que j'ai tous 
relevés, l'accusatif en es est écrit is. Le copiste n'a jamais écrit ii, Us, iisdem, 
mais toujours /z/, his, hisdem^. 

65,9 argumentum (vel 5 augmentatum) |1 77, i tu (tun id est tu ne) [| i8j, 3 
odrilicium (chorinthium) [| 210, 6 mirriferâs (miraforas seu moriferas) |] 221, 8 
menti (venientem datamque hanc r.) que (et acrem et vigentem e. ce.) hanc 
rem || 231, 9anverum (non) || 238, i nummum (numerum nuilum) |j 12 agetur 
(adietur) j) 243, 8 sed (sed impunité tamen. fecisseenim quis coarguere possit.?) 

possit II 249, 8 constringendam (constringenda) || 10 sciscitarentur (cita- 

rentur) |( 2 5 1 , 5 aut (aut superiore illo beatior) superior illo beatiorve foret || 
262, 8 maius (magnis quicquid) quicquam || 271, 6 vos (nos) |] 274, 7 victu 



1. Par exemple, en marge de « ista animi tranquillitas ea ipsa est beata vita (V, 8, 
» 23) I) on lit : « Gloriosa béate vite notio, que certe nichil aliud est quam vacaU et videte 
» ^uam dulcis est dominus, id est a seculi actibus alienum se facere. » 

2. Je cite par la page et la ligne de l'édition de M. M. Le texte est celui du manuscrit. 
La leçon de M. M. est suivie d'un crochet. Les mots ou portions de mots en italiques, 
suivis de (corr.) sont récrits par le correcteur du XII' siècle (et de manière à effacer com- 
plètement la première main); non suivis de cette indication, ils sont barrés dans le ma- 
nuscrit par un trait rouge. Je n'ai indiqué la seconde main (corr.) que dans quelques 
passages , où la chose me paraissait avoir de l'intérêt ; de même pour les corrections du 
XIV" siècle (corr. XIV). Les signes de ponctuation sont ceux du manuscrit. Je mets plu- 
sieurs points, quand il n'est pas besoin de reproduire le texte tout entier. L'abréviation 
om. signifie omisit. 

j. J'ai supprimé cette conjonction dans tout ce qui suit. L'annotation marginale est 
placée entre parenthèses immédiatement après le mot marqué du signe de renvoi par l'anno- 
tateur. 



d'histoire et de littérature. 19 

(fructu) alligatus |l 280, 1 4 insulas (infulas) |j 307, 1 4 impetratorie (imperatorie) 
Il 318, 5 redeamus (videamus) |j 7 tropha (trophaeorum) eorum (,' 320, 5 et 
prona (prima queque aiebat sepiusquae) queque ut aiebai sepius relinquit causa 
(/'s ajoutée à ce mot de seconde main) || 323, 3 a te] lite (late) || 336, i eligerem 
(exigerem) || 336, 9 egregius (aequius) || 337, 2 levius (lenius) !| 342, 6 ex ea 
(ex ea ve natam) venenatara |[ 346, 3 politione (politiore elegantia) elegantia || 
348, 5 prolatis (prolationis) j| 350, 3 ope rei (re ipse) se || 4 helluo (belluaris la 
seconde l pointée) H 3$i, 3 notam (natam) j| 3JJ, i resideamus (residamus) |j 7 
sicut (non sepe) scis || 372, 2 secuntur (sequitur deinceps) deinceps {] 382, 7 ut 
(corr.) (non) Il 388, 2 consectari (consectaria) |j 397, 5 autem (aut) || 403, 2 
risus (rursus) [| 405, 9 iudicia (indicia) jl 413, 6 animo (omnino) || 419, i in- 
corporearum (in corpore harum) || 424, 2 item (ita) || 428, 5 in nobis 
(bonis) Il 439, 1 iara (nam) [| 479, 2, 3 in vita (in tam vel vitam) [| 486, 15 
compescenda(capessenda) {| 491, 8 argumenti (argumenta) |j 9concIusi(conclusa) 
Il 494, II quomodo] quo (quod) || 510, i quem] quis (quid) [| 514, 2 plane 
(plene) |1 525, 3 advecta (adiuncta vel adiecta) |1 535, i frangere (fingere) |j 
535, 3 is] eis (is) |j 548, 9 acta (apta) || 551, 7 ne (minimam an quid mo.) 
minimum t]uidem\\ 554, i4viciosius (melius) [| 571, 6 spem (speciem) |j 581, 

6 ad (at quo. u. h. a. a ad probandum) quod utuntur homines acuti argumente 
approbandum II 58(3, 13 differre (distare) 1| 609, 4 tamen (michi) |I 610, i 
cupiam (cuipiam) || 6 1 1 , 2 ex sede que (quam orbatara desiderare) ipsa i]uam 
ipsa II 61 5, 3 ad que (atque) !| 647, 2 captât (ceptat) || 654, 3 necesse est quod 
(quidem) \\ 6^j, 14 quemque (quemquam) [1658, 2 quidem (quod) [| 664, 5 
possit (possint) |[ 674, i iam (etiara) || 4 que (quam) || explicanda (explicandam) 

Il 676, 5 atque] et (ut) j| 678, 1 doctum (ductum) || 682, 4 vespas (nepas) [| 
690, 1 moveamur (moveatur) || 695, 5 nos] non (nunc) j| tenemus (canemus) || 
706, 3 cognitioque (ve) jj 714, 10 ambos (ambo ergo sibi unam necem inpre- 

cantur. quotiens hoc agitur quandove sine admir. m. ?) maximis || 728, 2 

spe gloria (spe gloriae) 1| 745, 2 respondet? (respondes?) || 776, 3 ne (nisi) 
ea. 

606, 12 illa ipsa || 14 non] nunc I| 607, 4 dicta || 609, 3 preteriebaraus || 610, 
8 cogitemus] cogitem cum |{ 612, 8 pericii || sepulchrum Ij 614, 3 poteris i| abire 
sic II 61 5, 8 te autem || 616, i Staseam] stans eam [| 2 compluris || mensis || 618, 

7 oratora (sic) |J 9 exercitatio est] exercitatione j| 624, 6 lisias || 630, 9 
perfectam || 632, 4 viris |{ 634, 4 oratio |j 635, i etiamsi] aut si || 3 etiamsi eam 
non consequare non dolendi jj 642, 3 ipsa est || 643, 5 dicimus || 644, 8 siraul et 

Il 647, 2 sentit apta || 653, 6 re ab se jj 1 1 quid || 1 3 odit || 654, i aliquod || 
656, 7 ususest II fac || 657, i malis || 659, 3 timidos anguis jj 663, 2queom. || 
66 '^y 5 ad naturam om. \\ 668, 5 congruentis || 669, 2 omnis || 670, 7 ut] et || 
10 discenda || 671, i esse] ea jj 677, i tuendas (/'s est pointée) \\ 678, 5 initio] 
incio (I 682, 3 aneticulas || 683, 7 glorificari || 684, 3 habent in se \\ 684, 9 forti- 
tudinem (sans que) || 686, 3 deo] de eo |j 687, 6 ante (corr. XIV) || 688, 10 
genus sequaraur |j 691, i ut ante si om. \\ 10 partis jj 1 1 nichil non est || 692, 4 



20 REVUE CRITIQUE 

multos dignos [| lo hac (/'h est pointée) || 693, 10 et (corr.) aliquid [| 694, 14 
quidam (quedam corr. XIV) || 1 5 qui (vel quin XIV) || 695, 4 horas j| 1 1 sint || 
1 5 attentus i| 696, i quidem om. \\ 6 peragratas esse {avec les signes qui indiquent 
qu'il jaut transposer) \\ 697, 6 qu/^ (corr.) || 698, i tabulas (fabulas corr. XIV) 
Ij dici (duci corr. XIV) [| 699, i \nv\lamenta (corr.) |j 4 sapientum i| 6 requi- 
rentis [| 700, 6 tholomeum || 701, 4 ei om. \\ 5 anfidio || 702, 6 etiam om. (| 1 1 
nimius om. \\ 1 3 arbitrantur [| 703, 3 ne] nec || 6 sonnis [j endumionis j| 7 son- 
num II 704, 4 sem/drculos (corr.) || 705, i privati mali quid || 8, 9 aut in \\ 10 
cum] tamen [j 706, 6 et fcorr.) {) 708, 10 confirmationem || 709, 5 quod ves- 
trum II 711, 6 sint || 71 1, 8 ;2olunt (corr.) || 9 ferunt || 715, 5 numitorum i| 714, 

1 in legendo (corr.) || 720, 3 quod his exoritur || 721, 6 tum] tamen || 725, 4 
insunt || 7 inquam || bonum om. \\ quisque |j 727, 3 continerentur || 730, i asserit 

Il Persem] per se || 3 animo animo \\ 5 omnis || 733, i hoc || 8 erillus || 1 3 esse 
om. Il 734, 4 primo dumtaxat || 5 consuetudinem || 735, i ei |[ 738, 1 alia || 4 

quia] quam || /stas eam (j)rem. main) \\ 741, 2 nisi quod posse percipi trans- 

posuit post ^ possh II 742, 2 omnis |j 3 quomodo] quo || 6 repugnet || 7 quomodo] 
quo II 744, 4 es om. \\ j/\j, 3 dicunt quidem (avec le signe de transposition) \\ 749 

2 contra hoc || 750, 8 augur fuisset || 75 3, 2 concinnant (la première n est pointée) 
Il 754, 2 pro divi currit|J7$5, 3 retexeris |j 756, i quia igitur || 3 miserum 

(um est pointé) \\ -J $7 , i «culeo (corr.) || 758, 5 idque res |( 8 qui etiam in 
Il non erit II 13 est oratio || 761, i Acrionem || 762, 6 athamiam || 763, 5 
dubitant [| 765, 8 nobiscum || interprètes [| 768, 14 igitur (corr.) |j 773, 4 an 
hoc II 6 ageliastus || 774, 1 in mari || 775, 2 oronte j| 3 at] ac \\ 6 sapientum 
Il 9 met/untur (corr.) |j 7 est enim || hoc || quos] <^uis (corr.) jj 777, 5 esset fe- 
rendum viro (corr.) || 781, i quidem om. \\ 5 est om. || 

M. M. a reconstitué le texte de l'archétype du de Finibus au moyen des manus- 
crits de la meilleure famille, et il a considéré tout ce qui n'était pas dans ce texte 
soit comme une faute, soit comme une conjecture plus ou moins digne d'être 
prise en considération. Mais cet archétype lui-même était loin d'être exempt de 
fautes, et il faut bien avoir recours aux procédés de la critique pour donner un 
texte correct et intelligible. Voici comment M. M. expose lui-même ses principes,, 
qui ne sont d'ailleurs que ceux de la science philologique (p. xlvij) : « In coniec- 
» tura necessitatem specto et evidentem mendi demonstrationem, quae conficitur 
» aut e codicum bonorum scriptura aut ex oratione aut ex sententia aut ex horum 
» concursu, eaque omnia sic exigo, non ut, quid perse rectum sit quaeram, sed 
» quid a Cicérone etiam minus recte et eleganter scribi potuerit , et quid eura 

)) testimonia argumentaque scripsisse ostendant Ita cum distinctum est, 

» quid constet non esse corruptum aut saltem nulia sit idonea causa cur corrup- 
» tum putetur, quid non constet esse corruptum, quid corruptum esse constet, 
» sequitur emendationis investigatio, ut id reperiatur, quod omnibus codicum 
J) indiciis et sententiae et orationi ita simul satisfaciat, ut nihil aliud iis respondere 
)) appareat. In quo ut est félicitas quaedam et sagax animi motus in iis celeriter 
» excogitandis, quae scriptoris animo offerre sese potuerint, cum eodem temporis 



J 



d'histoire et de littérature. 21 

» momento ex altéra parte occurat, e qua vera forma haec, quae fracta nunc 
» restet, nata sit, ita prudentis est scire, quousque progredi possit. Nara alia vi- 
» débit prorsus a se sanari posse, alia ita, ut sententia et universa orationis for- 
» ma demonstretur, alia relinquenda esse. » 

Cette méthode sévère, M. M. la pratique avec une rigueur qui ne se relâche 
jamais. Il est bien peu de fautes du texte qui échappent à l'une des attentions les 
plus vigilantes dont jamais philologue ait été armé, et il est difficile de manier la 
critique avec plus de circonspection et de sagacité. Aussi n'a-t-il pas laissé grand 
chose à faire après lui; et ceux qui l'ont contredit se sont le plus souvent 
trompés. Cependant, au risque de tomber dans le même inconvénient, je soulè- 
verai quelques difficultés au sujet de certains passages du V^ livre que j'ai parti- 
culièrement étudié. — V, I, 2. « Cura autem venissemus in Academiae non sine 
» causa nobilitata spatia, solitudo erat ea, quam volueramus. Tum Piso : natu- 
» rane nobis hoc, inquit, datum dicam an, etc. » Il me semble que les idées se 

suivraient plus naturellement, si l'on considérait «solitudo volueramus » 

comme une sorte de parenthèse, et « tum Piso inquit » comme la suite 

de «cum venissemus. » Cet emploi du plus-que-parfait du subjonctif désigne 

une succession dans les faits qui ne se trouve pas ici dans la phrase, ponctuée 
comme elle l'a été jusqu'ici. — V, 7, 20 « Ne vitationem quidem doloris ipsam 
» per se quisquam in rébus expetendis putavit, nisi etiam evitare posset. » 
M. M. fait remarquer fort à propos que vilare signifie chercher à éviter et evitare, 
éviter. Ne faudrait-il pas lire ici « evitari, » puisque c'est une maxime générale ? 
— V, 16, 44 « lubet igitur nos Pythius Apollo noscere nosmet ipsos; cognitio 
» autem haec una nostri , ut vim corporis animique norimus sequamurque eam 
» vitam, quae [rébus] iis perfruatur. » Il me semble que le sens interdit de 
construire « sequamur » avec « ut » comme l'exige le texte. Le moyen de nous 
connaître nous-mêmes, c'est de connaître notre corps et notre âme, mais non de 
suivre un genre de vie qui nous permette de jouir des biens du corps et de l'âme. 
Il faut nous connaître nous-mêmes, pour suivre ce genre de vie. Il me semble qu'il 

faudrait lire : « norimus, ut sequamur eam vitam etc. » Le premier u/ serait 

explicatif, et le second exprimerait le but, comme dans V, 31, 95 : « quis est 
» enim, qui hoc cadere in sapientem dicere audeat, ut, si fieri possit, virtutem 

» in perpetuum abiciat, uf doloreomni liberetur? » — V, 21,60 « Nostrura 

» est ad ea principia, quae accepimus, consequentia exquirere, quoad 

» sit id, quod volumus, effectura ; quod quidem piuris sit haud paulo magisque 
» ipsum propter se expetendum quam aut sensus aut corporis ea, quae diximus, 
» quibus tantum praestat mentis excellens perfectio, ut vix cogitari possit, quid 
» intersit. » Je ne vois rien qui motive l'emploi du subjonctif « piuris sit » de 
préférence à l'indicatif « piuris est, » qui me semble mieux convenir, puisque 
cette proposition n'est évidemment pas au style indirect. 

Ce n'est pas sans défiance que je hasarde cette dernière observation. Car M. M. 
a un tact grammatical des plus délicats, sensible aux moindres aspérités. Et sa 
fmesse est exempte de toute subtilité. Son commentaire et sa grammaire latine 



22 REVUE CRITIQUE 

(qu'on devrait bien traduire en notre langue), témoignent de l'étendue de ses 
connaissances et de la justesse de ses vues en grammaire. Il ne donne jamais 
dans ces distinctions chimériques et arbitraires, dont certains latinistes modernes, 
Hand en particulier', sont si prodigues. On peut signaler comme des modèles 
de discussion grammaticale les excursus de l'édition du de Finibus où M. M. traite 
de l'anacoluthe, où il prouve que dissidium n'est pas latin et qu'il faut toujours 
écrire discidium, que du temps de Cicéron nec n'est jamais employé avec la valeur 

de ne quidem, ni quisque avec celle de quicumque, et que nec quidem n'est 

pas latin. Je trouve à compléter ce qu'il dit (p. 208) du subjonctif employé 
comme dans le vers de Virgile (8, 643) «Attu dictis, Albane, maneres» «Mais 
» Albain, tu devais rester fidèle à ta parole. « M. M. dit : « lussivus est modus; 
» itaque in negando dicitur ne, ut ad Att. II, i, 3 {auî ne poposcisses), in Verr. 
» III, 195 (ne émisses). » On lit dans Plaute {Trinummus, i, 2, 96) : « Call. 
)) Non ego illi argentum redderem .? — Meg. Non redderes, || neque de illo 
)) quicquam neque emeres neque venderes. » Ailleurs (p. 754) M. M. discutant 
la question de savoir si l'on doit écrire v proclive » ou « proclivi currit oratio 

» (V, 28, 84) » dit : « utro modo scripserimus, non ablativus erit, cuius 

» natura ab hoc usu abhorret (aliter enim dicitur recta ire, ut hac, ea de viae 
)) tenore), sed, quod etiam e comparativo procUvius perspicitur, adverbium 
» eiusdem formae aX(\\xe facile, sublime (quod recte quidam comparant, sed frustra 
» inde efficiunt proclive Ciceronem scripsisse), hoc est, quod, quemadmodum 
)) neutrum genus adiectivorum, nulla propria terminationis nota insigniatur, sed 
)) levem et communem litterae vocalis sonum pronuntiandi gratia asciscat (qui 
» idem in abunde, paene, prope, saepe, ceteris, est, quae e brève habent), eadem 
» pronuntiandi ambiguitate in i vocalem transeuntem, qua antiquiores heri pro 
» hère dicebant et scribebant (Quintil. l, 4, 8, I, 7, 22). (Eadem vocali antiquis- 
» simi die quarte et die quarti dicebant, extrita propria declinationis nota). » Il 
me semble difficile d'admettre quel'e final de facile, difficile, etc., soit une sorte 
de voyelle euphonique et qu'il ait la même origine que celui de saepe, hère, etc. 
N'est-il pas plus naturel de considérer ces adjectifs comme des accusatifs adver- 
biaux analogues à primum, secundum, verum qui paraissent bien avoir le caractère 
d'accusatifs .? Alors 1'/ de proclivi et de brevi ne serait-il pas analogue à l'o de 
necessario, vero, qui sont des ablatifs, plutôt qu'à 1'/ de heri? Enfin je trouve (ibid.) 

une assertion qui me semble avoir besoin d'être démontrée : « quicumque 

» i vocalem in fine verbi Latini plane exprimebat necessario producebat. » 

l. Il me semble que M. M. n'est pas trop sévère pour l'auteur du TurselUnus seu de 
particulis lalinis, quand il dit (p. xlviij, i) : « Quoniam mentio facta est veteris sermonis 
» libère se et naturaliter nec subtiliore, quam quae in nostro est, arle moventis, non 
» tacebo, in hoc génère ne Handium quidem, cuius eruditionem et industriam non minus 
» laudo quam ceteri, mihi satisfacere, eamque esse causam, cur non paucis locis contra 

» ejus sententias in Tursellino positas mihi dicendum fuerit Acceduntet nimis minu- 

» tatim concisae particularum significationes et quaedam parum probabiliter excogitatae 
» et in ea re et loci scriptorum contra sententiae cohaerentiam non rare expositi et menda 
» defensa pertinacius. » 



d'histoire et de littérature. 23 

M. M. n'est pas moins attentif à l'exactitude logique dans les définitions, les 
divisions et l'argumentation, qu'à la régularité du langage. Il relève toutes les 
inexactitudes, les obscurités et même les non-sens qui ont échappé à Cicéron 
dans la composition hâtive de cet ouvrage, auquel ses travaux antérieurs et la 
situation douloureuse où il écrivait, ne le préparaient pas. M. M. prend soin lui- 
même de rappeler ces circonstances atténuantes, et il dit fort bien (p. Ixv) : 
« Nos vero Ciceronem admiremur in orationibus; in libris de philosophia acci- 
» piamus talem, qualis esse potuit, habearausque debitam gratiam, quod et latine 
» philosophiam docuit et tantam materiam ad graecorum philosophiam cognos- 
» cendam nobis servavit. » Car si M. M. ne peut être accusé d'avoir une admi- 
ration superstitieuse pour son auteur, il n'est pas moins éloigné de l'injustice 
révoltante (disons ce que nous avons sur le cœur) avec laquelle un savant émi- 
nent, mais passionné, a traité ce grand homme. 

Une sérieuse difficulté qu'offre l'interprétation des ouvrages philosophiques de 
Cicéron, c'est qu'ils sont traduits librement de philosophes grecs contemporains 
dans une langue qui ne se prêtait pas à rendre avec précision les termes tech- 
niques des auteurs originaux. M. M. n'a pas moins bien réussi à se tirer de cette 
difficulté que des autres. Là aussi il est malaisé de ne pas être de son avis. 
Cependant il est quelques points sur lesquels j'ai des observations à présenter. 
Cicéron dit (V, 4, 9) des travaux des péripatéticiens sur la science de la nature : 
« Cum de rerum initiis omnique mundo locuti essent, ut multa non modo pro- 
» babili argumentatione, sed etiam necessaria matheraaticorum ratione conclu- 
» derent, maximam materiam ex rébus per se investigatis ad rerum occultarura 
» cognitionem attulerunt. Persecutus est Aristoteles animalium omnium ortus , 
» victus, figuras, Theophrastus autem stirpium naturas omniumque fere rerum, 
» quae e terra gignerentur , causas atque rationes ; qua ex cognitione facilior 
» facta est investigatio rerum occultissimarura. » M. M. a très-bien compris (en 
remarquant justement que l'expression est loin d'être claire) qu'immédiatement 
après « concluderent, » Cicéron passe des traités sur la physique générale et 
l'astronomie , comme les physicae auscultationes , de generatione et corruptione , de 
caelo, aux ouvrages d'histoire naturelle; mais il n'explique pas ce que Cicéron 
entend par res occultissimae. Cette expression, ici comme ailleurs (V, 19, 51. 
21, 58), me paraît désigner, principalement par opposition aux phénomènes 
(fà çatvôfAEva) célestes , les causes cachées des faits physiologiques discutés par 
Aristote dans le de partibus et le de generatione, par les péripatéticiens dans les 
problèmes; par exemple, pourquoi les mulets sont inféconds, pourquoi les petits 
enfants ont les yeux bleus, pourquoi les insectes diptères ont l'aiguillon à la 
partie antérieure du corps et les tétraptères, à la partie postérieure. Dans ce 
même passage de Cicéron, je ne pense pas que « necessaria ratio dicitur, quae 
» necessitatem affert assentiendi, ut apud Platonem (Soph. 265 D) îretôw àvayxaîa- » 
Cette expression me parait répondre plus précisément à àîcoSstxttxol avû/ijur^oi, et 
signifier des raisonnements composés de propositions nécessaires, au point de vue 
de ce que les logiciens appellent la modalité. Enfin je persiste à ne pas admettre 



24 REVUE CRITIQUE 

l'opinion de M. M. sur la question tant controversée du sens de l'expression 
oî È?wTepixoi y.oyot dans Aristote. M. M., dans le remarquable excursus VII, où il 
établit si bien que Cicéron n'avait pas lu ni pu lire les ouvrages d'Aristote que 
nous avons conservés', dit (p. 845) : « Qui apud ipsum è^wTEpixol ),6Yot comme- 
)) morantur, ii non libri sunt, sed communes hominum non rudium extra scholam 
» sermones notionesque. » Il a parfaitement raison de penser que cette expres- 
sion ne désigne pas des livres, mais des raisonnements, des considérations; mais 
il me semble encore aujourd'hui ^ que È^wTsptxoi signifie dialectiques, se rapporte 
aux disputes en usage dans les écoles des philosophes, et non aux conversations 
des gens du monde, qui auraient eu quelque peine à suivre des raisonnements 
aussi abstraits que ceux qu'Aristote qualifie de è^wTspixoi dans Phys. ausc. IV, 10. 
Mais c'est là un détail dont M. M. n'a écrit que sous forme de digression et qui 
ne tenait pas à son sujet, qu'il a traité de manière à ne laisser, à aucun point de 
vue, grand chose à désirer. 

Si j'ai longuement insisté sur les qualités qui recommandent l'ouvrage de 
M. Madvig, ce n'est pas pour lui adresser de vains compliments, dont la supé- 
riorité de son mérite n'a pas besoin et auxquels la hauteur de son caractère 
paraît assez indifférente : qui le flatterait pour être payé de retour, calculerait 
fort mal. Il me paraît désirable, dans l'intérêt des études philologiques et des 
lettres anciennes en France, qu'on connaisse et qu'on pratique des travaux où 
un critique éminent ne craint pas (dût sa solidité paraître un peu pesante) d'ex- 
pliquer dans le dernier détail comment le texte qu'il traite doit être compris, en 
quoi il est altéré, et comment il faut le restituer. Rien n'est plus propre à former 
à la philologie. Et nous en avons grand besoin. 

Charles Thurot. 



6. — Geschichte der evangelischen Kirche in Bœhmen. Nach den Quellen 
bearbeitet von Bernhard Czerwenka. Bd. I. Bielefeld und Leipzig, Velhagen u. Kla- 
sing, 1869. In-8', xxij-420 p. — Prix : 6 fr. 50. 

L'auteur de cette Histoire de l'Eglise évangélique en Bohème est un ecclésiastique 
protestant de la Styrie, qui s'est fait connaître déjà par une bonne monographie 
sur les comtes de Khevenhiller, dont la famille a joué un rôle marquant dans 
l'histoire autrichienne, au xvi" et au xvii'' siècle. Le présent ouvrage fait partie 
d'une suite de volumes, devant être publiés successivement par M. Czerwenka, 
et qui embrasseront l'histoire complète du protestantisme dans les pays soumis 
à la domination des Habsbourgs. Ce premier volume fait bien augurer de toute 
la série. L'auteur y retrace les origines de l'Église chrétienne en Bohême et son 
développement jusqu'à la mort du roi George Podiebrad en 1471. Il suit en 
général les meilleures sources, et s'est aidé surtout des nombreuses et savantes 

1. Cicéron n'avait pas même pratiqué les Topiques d'Aristote, quoic|u'iI se donne l'air 
de les connaître dans la préface de ses Topica, Voir mes Etudes sur Aristote, p. 275. 

2. Etudes sur Aristote, p. 209-223. 



d'histoire et de littérature. 25 

publications de M. François Palacky, le doyen des historiens tchèques'. On 
pourrait peut-être reprocher à l'auteur le titre même de son ouvrage, qui ne 
semble annoncer qu'une histoire de l'Église protestante de Bohême, tandis que 
toute cette première partie se rapporte à l'époque antérieure à la Réforme. 
L'introduction du christianisme dans le royaume, et ses premiers progrès sont 
sommairement retracés au chapitre I », Le second chapitre est consacré à un 
résumé concis, — trop concis peut-être pour être fort utile — de l'état général 
de l'Église au moyen-âge. L'intérêt du présent volume se concentre tout entier 
sur les chapitres III-VI qui renferment l'histoire religieuse de la Bohême de 1 545 
à 141 5. Nous y trouvons avec de grands détails, l'histoire de la fondation de 
l'Université de Prague (1348), le tableau de l'activité qu'y déployèrent les pré- 
décesseurs de Hus, Conrad de Waldhausen, Matthias de Janow, etc., enfin 
l'histoire de Jean Hus lui-même et celle de son ami Jérôme de Prague. Les cha- 
pitres VII-XV, nous racontent les mouvements qui éclatèrent en Bohême après 
les décisions du concile de Constance, la guerre des hussites sous Ziska et Pro- 
cope, la mort du roi Wenceslas, l'avènement de son frère Sigismond, les négo- 
ciations des révoltés avec le concile de Bâle ouvert en 1431, la signature des 
Compactais de Bâle en 1435, les dissensions intestines de la Bohême, la lutte 
sanglante entre les Taborites et les Utraquistes, enfin le règne glorieux de George 
Podiebrad de 1457 à 147 1. M. C. a su nous dépeindre avec un talent impartial 
la lutte de Hus contre les puissances temporelles et spirituelles de son temps, 
sans faire de lui un protestant (dans le sens confessionnel du mot) comme beau- 
coup de ses collègues. Il a appuyé, autant que devait le faire un historien véri- 
dique, sur les tendances fortement nationales du réformateur issu de l'Université 
de Prague. C'est un point de vue trop souvent négligé par les écrivains alle- 
mands, qui considèrent plus volontiers Jean Hus comme antagoniste universel 
de la hiérarchie romaine, tandis qu'il fut certainement avant tout le champion des 
tendances politiques et des antipathies religieuses de la Bohème. C'est ce que 
prouve, p. ex. sa conduite lors de la lutte qui éclata en 1409 entre les différentes 
nations de l'Université de Prague et qui se termina par la retraite des profes- 
seurs et des étudiants allemands, lesquels allèrent en Saxe fonder l'Université de 
Leipzig. 
Ce que nous apprécions beaucoup dans le livre de M. C. c'est la mesure dans 



1. Monumenta Conciliorum generalium seculi XV. Consilium Basileense. Scriptorum 
tom. \. éd. F. Palacky et Ed. Birk. Vindob. 1857. — Fontes rerum austriacarum, Ab- 
theil. IL Urkunden zur Gesch. Bœhmens im Zeitalter Geor^s von Podiebrad. herausg. v. 
F. Palacky. Wien, 1860. — Les Documenta Mag. Johannis Hus vitam, doctrinam, cau- 
sam illustrantia , du même auteur, dont nous rendrons compte prochainement, n'avaient 
pas encore paru au moment où M. C. publiait son livre. Il a dû se servir des Scriptores rerum 
hussiticarum, sur lesquels il partage complètement le jugement sévère de M. Palacky dans 
son ouvrage : Die Gcschichte des Hussitenthums und Prof. Constantin Hœfler (voy. Revue 
critique, 1868, II, p. 281). ' 

2. M. C. y parle avec un peu trop de confiance peut-être de l'activité de Cyrille en 
Bohême; dans cet amas de légendes on ne saurait marcher d'un pas trop prudent. La 
légende du tableau miraculeux qui produit la conversion des Bulgares est d'origine bien 
récente et sans valeur. Voy. Léger, Cyrille et Méthode, p. 87. 



26 REVUE CRITIQUE 

les jugements et le tact historique dont il fait preuve partout où son récit l'oblige 
à toucher à l'un des points du malencontreux conflit qui épuise et paralyse 
aujourd'hui la Bohême, en y mettant aux prises sans cesse et sur toutes les ques- 
tions les deux races qui se partagent le pays. Nous avons été heureux de 
retrouver dans la préface d'un livre écrit en allemand par un auteur d'origine 
slave^ comme son nom l'indique, nos propres opinions sur la nécessité d'unir 
enfin dans une même et sérieuse liberté les deux nationalités hostiles dont le 
perpétuel conflit ne saurait aboutir qu'à l'écrasement de l'une par l'autre, et, 
par suite, de quelque côté que penche la victoire, à la honte de la civilisation 
moderne. L'ouvrage même de M. C. montre fort bien qu'on peut nourrir les 
sympathies les plus sérieuses pour les malheurs de la nation bohème dans le passé, 
sans appeler pour cela de ses vœux le retour d'un passé, impossible à reconstituer. 
Quelques mots, avant de finir, sur des points de détail. Dans l'énumération 
des sources (p. xij) M. C. cite VHistoire d'Allemagne de Wirth. Je ne vois pas 
trop, comment cet abrégé si sommaire et si peu scientifique a pu servir à un 
travail aussi sérieux que le sien. D'autre part, puisqu'il citait les ouvrages de 
seconde main, comme Neander et Ulmann, il aurait pu mentionner également 
les estimables travaux de notre compatriote M. E. de Bonnechose sur les Lettres 
de Jean Huss et Les Réformateurs avant la Réforme. La partie de ce second 
ouvrage, relative à Hus, a même été traduite en allemand, il y a quelques 
années'. — A la p. 14, il ne faudrait pas dire, sans preuves, que c'est « un 
» poète de cour romanesque » qui inventa, immédiatement après la mort du 
vicaire Jean de Pomuck, l'histoire de la confession de la reine Sophie; il semble 
établi au contraire que c'est au xvi* siècle seulement que les jésuites introdui- 
sirent en Bohême cette légende sur saint Jean de Nepomuk, précisément pour 
faire oubHer Jean Hus^. — P. 54. M. C. dit que l'origine de la Nobla Leyczon 
remonte au xii" siècle. C'est plus que douteux. — Sur l'organisation de l'Uni- 
versité de Paris, dont M. Czerwenka parle, p. 72-7$, il aurait pu consulter 
encore avec fruit l'ouvrage de notre savant collaborateur, M. Ch. Thurot : De 
l'organisation de l'enseignement dans l'Université de Paris au moyen-âge. Paris, 1 8 $0. 
— En somme, bon livre, dont nous attendons la suite avec un vif intérêt. 

Rod. Reuss. 



7. — Philosophie des Unbewusten. Versuch einer Weltanschauung von E. von 
Hartmann D' phil. Berlin, 1869, Duncker. In-8*, 678 p. 

Schellings positive Philosophie aïs Einheit von Hegel und Schopenhauer von E. 
VON Hartmann. Berlin, Lœwenstein, 1869. In-8*. — Prix : 2 fr. 

M. E. de Hartmann se donne lui-même (Philosophische Monatshefte herausg. 
von Bergmann, H, 457-469) pour un disciple conséquent de Schopenhauer : 

1. E. de Bonnechose, Joh. Huss und das Costnitzer Concil. Leipzig, Lorck's Haus- 
bibliothek. 

2. O. Abel, Die Légende vom heiligen Johann von Nepomuk, eine geschichtliche Abhand- 
lung. Berlin. 1855. 



d'histoire et de littérature. 27 

Sa philosophie de Vinconscient résulte, suivant lui, nécessairement du système de 
Schopenhauer dégagé de ses contradictions. 

M. de H. réunit sous la dénomination difficilement traduisible en français 
« das Unbewuste » « l'inconscient » toutes les opérations d'intelligence et de 
volonté qui s'accomplissent sans que le sujet où elles s'accomplissent en ait 
conscience. Il étudie ces faits d'inconscience d'abord dans le physique des êtres 
vivants, ensuite dans leur moral. 

Voici ceux qu'il relève dans leur physique : 1° une volonté inconsciente dont 
le siège est dans la moelle épinière se reconnaît dans les mouvements communi- 
qués aux viscères par le grand sympathique ; 2° tout mouvement volontaire 
suppose une idée inconsciente de la position de l'extrémité du nerf qui sert à 
produire ce mouvement, toute autre explication de l'action de la volonté sur les 
muscles est insuffisante; 3° l'instinct des animaux n'est pas le résultat de la 
réflexion, il n'est pas la suite de leur organisation, ni le résultat d'un mécanisme 
cérébral, ni l'effet d'une cause étrangère à l'animal. Le but en vue duquel les 
animaux agissent instinctivement est pensé et voulu sans qu'ils en aient conscience. 
L'auteur compare les faits d'instinct aux faits de seconde vue, qu'il ne rejette pas 
comme indignes de créance (p. 75); 4° toute volonté est tendance à passer d'un 
état présent à un autre état. Par conséquent toute volonté est accompagnée 
nécessairement de l'idée de l'état présent et de celle de l'état à venir. Quand la 
volonté est inconsciente, ces deux idées sont aussi inconscientes ; s^ l^s physio- 
logistes appellent mouvement réflexes les mouvements qui se produisent quand 
l'excitation d'un nerf est transmise à un centre nerveux qui la transmet à un 
nerf moteur, lequel produit une contraction musculaire. Le rire produit par le 
chatouillement, par exemple, est le résultat d'une action réflexe. M. de H. 
attribue ces mouvements à une intelligence et à une volonté inconscientes résidant 
dans les centres nerveux; 6" il attribue la reproduction d'organes entiers qui 
s'observe chez certains animaux à l'idée inconsciente de la nécessité de ces 
organes pour l'entretien de la vie; chaque partie de l'animal a l'idée inconsciente 
du type de l'espèce, conformément auquel elle reproduit l'organe enlevé, comme 
le colimaçon répare sa coquille. L'auteur explique ainsi toute régénération des 
tissus. Ainsi, par exemple, les fractures ne guérissent pas dans les grossesses, 
parce que toute la force de la volonté inconsciente est concentrée sur la forma- 
tion de l'enfant; il n'en reste pas assez pour régénérer l'os; 7° l'idée d'un effet 
déterminé peut exciter la volonté inconsciente à le produire, exemple : les envies 
de femmes grosses ; 8° l'organisation ne peut être formée et développée que par 
l'action inconsciente de l'âme. Tout être organisé est son œuvre à lui-même. 

Au moral M. de H. signale Vinconscient : 1° dans les instincts naturels comme 
la crainte de la mort, la pudeur, le goût de la toilette chez les petites filles, etc. ; 
2° dans l'amour; 3° dans le plaisir et la douleur; ce que ces sentiments offrent 
d'obscur et d'inexplicable vient de ce qu'on n'a pas conscience des idées qui les 
accompagnent ; 4" dans la manière complètement inconnue dont la volonté se 
comporte à l'égard des différentes classes de motifs qui peuvent la déterminer et 
qui constitue ce qu'on appelle le caractère; les causes qui décident la volonté 



28 REVUE CRITIQUE 

échappent à la conscience; 5" dans la sensibilité au beau et dans la production 
des œuvres d'art; 6" dans la naissance du langage qui est le produit d'un instinct 
collectif irréfléchi ; 7° dans les opérations de la pensée qui conçoit au moment 
où il faut l'idée qu'il faut concevoir , dans ce que nous appelons l'intuition ; 
8° dans la perception sensible , particulièrement dans la manière dont nous 
acquérons l'idée d'espace ; 9° dans le mysticisme, dont l'essence est que l'esprit 
est rempli par la conscience d'un sentiment, d'une pensée, d'un désir qui sort 
involontairement de la portion de notre être où il s'est formé sans qu'on en ait 
conscience; 10° dans le développement historique des sociétés. 

Après avoir établi par l'induction l'existence et l'action d'un principe d'intel- 
ligence et de volonté inconscientes, M. de H. en raisonne métaphysiquement. 
Vinconscient n'est pas sujet à la maladie ni à la fatigue; il est indépendant des 
formes de la sensation, dont la conscience dépend dans toutes les opérations 
qu'elle perçoit, et par conséquent nous ne pouvons nous faire aucune idée de la 
forme sous laquelle l'inconscient a ses idées; il ne doute ni n'hésite jamais; il 
n'a besoin ni de se souvenir ni de comparer; la volonté et la pensée (Vor- 
stellung) sont indissolublement unies en lui ; il est indépendant du fonctionne- 
ment cérébral, auquel la conscience ou le sentiment des idées et des volitions en 
tant qu'idées et volitions est assujetti. La conscience ainsi définie est la stupéfac- 
tion de la volonté inconsciente en présence d'une idée qui lui est imposée par la 
matière organisée sans qu'elle l'ait voulue ni produite. 

M. de H. ne reconnaît pas de différence radicale entre la matière et l'esprit. 
Il n'y a pas de matière : il n'y a que des centres de forces d'attraction et de 
répulsion. L'attraction est une tendance (streben) qui a un but. La tendance 
existe avant de s'être exercée; elle n'existe plus quand elle s'est exercée. Par 
conséquent le mouvement qui résulte de la tendance n'est pas en réalité dans la 
tendance avant qu'elle se soit exercée; et d'autre part on ne peut pas dire qu'il 
n'y soit contenu en aucune façon, puisqu'alors la tendance ne serait pas tendance, 
ne devant pas plus s'exercer dans un sens que dans un autre. Concluons que le 
mouvement est dans la tendance à l'état d'idée, et la tendance qui constitue la 
force est une volonté inconsciente qui a pour idée inconsciente l'objet de la ten- 
dance (p. 422-423). C'est une illusion que de croire que le monde extérieur et 
que notre cher moi soient quelque chose de réel. Le monde extérieur n'est qu'une 
somme de volitions du principe inconscient et notre moi n'est qu'une autre 
somme de volitions du même principe. Quand l'action des premières croise celle 
des secondes, le monde est sensible pour moi ; quand l'action des secondes croise 
celle des premières, je me suis sensible à moi-même. Ce que nous appelons 
réalité se produit quand une volution entrant en opposition avec une autre elles 
se résistent réciproquement. Cette action des volitions les unes sur les autres 
n'est intelligible que si elles appartiennent à un seul et même être. Que le prin- 
cipe inconscient change la combinaison de volitions qui me constitue , et je 
change ; qu'il fasse cesser leur action, et je cesse d'être. Je ne suis qu'une appa- 
rence comme l'arc-en-ciel dans la nuée; comme lui je suis le produit d'un con- 
cours de circonstances ; je change à chaque seconde, parce que ces circonstances 



d'histoire et de littérature. 29 

chan^^ent à chaque seconde; et je m'évanouirai, quand le concours de circon- 
stances dont je suis le produit se dissoudra. Ma substance n'est pas mon moi. 
Un autre arc-en-ciel peut se produire à la même place, parfaitement semblable 
au précédent; mais il ne lui sera pas identique, parce que la continuité dans le 
temps fait défaut; de même un autre moi parfaitement semblable au mien peut 
en prendre la place, mais ce ne sera plus mon moi ; seul le soleil qui se réfracte 
dans la nuée brille éterneliement , seul aussi subsiste éternellement le principe 
inconscient qui se réfracte dans mon cerveau (p. 462). 

M. de H. applique ensuite sa métaphysique à la solution de différentes ques- 
tions comme la génération, le darwinisme et l'optipiisme. Il ne voit dans le bon- 
heur qu'un rêve irréalisable. Sa conclusion pratique c'est que les hommes 
doivent être tellement pénétrés de la vanité qu'il y a à vouloir et à exister, qu'ils 
doivent n'aspirer qu'à anéantir leur volonté et leur existence (p. 640). Il est 
persuadé que l'humanité finira par en venir là. 

Dans une brochure publiée après « la philosophie de l'inconscient» M. H. 
représente sa métaphysique comme le développement systématique d'idées 
énoncées par Schelling, lesquelles unissent les deux extrêmes en philosophie 
représentés par Hegel et Schopenhauer. La philosophie a pour tâche de 
retrouver dans tous les êtres que nous connaissons expérimentalement la volonté 
et la pensée comme éléments uniques de leur existence. Cette philosophie doit 
partir des données de l'expérience pour arriver inductivement à Vinconscient et 
se rencontrer ainsi sur le même terrain avec les sciences naturelles et historiques. 
M. de H. fait entendre qu'il y a une place à prendre dans la philosophie alle- 
mande. Kant n'est que le commencement de la révolution philosophique qui a 
commencé en Allemagne avec la révolution française; il n'en peut être la fin. 
Les hégéliens ne sont plus que les restes d'une école puissante, des disciples 
d'un maître à qui ils ont juré fidélité, dont les rangs s'éclaircissent de plus en 
plus sans faire de nouvelles recrues, Schopenhauer rencontre plus de sympathie 
pour les accessoires spirituels qui agrémentent son système que pour le fond 
même de ses idées. Herbart a une école qui a de l'importance parce qu'elle fait 
droit aux légitimes réclamations des sciences d'expérience et s'associe plus ou 
moins avec elles. Mais tout ce qui n'est pas de l'école de Herbart reconnaît d'un 
commun accord que Herbart n'est pas une étoile philosophique de première 
grandeur. Aucune des autres petites écoles de philosophie n'est en état de dominer 
la situation. 

M. de Hartmann sera-t-il plus heureux que ses devanciers ? Nous n'en savons 
rien. Nous craignons qu'il ne se fasse illusion en prenant pour épigraphe de sa 
philosophie de l'inconscient « résiihats métaphysiques obtenus par la méthode 
» inductive des sciences naturelles » « Spéculative Resultate nach inductiv- 
» wissenschaftlicher Méthode. » L'un des grands maîtres de la science moderne, 
Lavoîsier, exprime ainsi les conditions auxquelles est soumise la recherche de la 
vérité dans les sciences (Traiié élémentaire de chimie^ discours préliminaire) : 

« L'imagination qui tend à nous porter continuellement au delà du vrai; 

» l'amour-propre et la confiance en nous-mêmes qu'il sait si bien nous inspirer, 



JO REVUE CRITIQUE 

» nous sollicitent à tirer des conséquences qui ne dérivent pas immédiatement 
» des faits; en sorte que nous sommes en quelque façon intéressés à nous séduire 
» nous-mêmes. Il n'est donc pas étonnant que dans les sciences physiques en 
» général, on ait souvent supposé au lieu de conclure; que les suppositions 
» transmises d'âge en âge soient devenues de plus en plus imposantes par le 
» poids des autorités qu'elles ont acquises et qu'elles aient enfin été adoptées et 
» regardées comme des vérités fondamentales, même par de très-bons esprits. 
» Le seul moyen de prévenir ces écarts, consistent à supprimer ou au moins à 
» simplifier autant qu'il est possible le raisonnement, qui est de nous et qui seul 
» peut nous égarer; à le mettre continuellement à l'épreuve de l'expérience; à 
» ne conserver que les faits qui ne sont que des données de la nature , et qui 
» ne peuvent nous tromper; à ne chercher la vérité que dans l'enchaînement 
» naturel des expériences et des observations, de la même manière que les 
» mathématiciens parviennent à la solution d'un problème par le simple arrange- 
» ment des données, et en réduisant le raisonnement à des opérations si simples, 
» à des jugements si courts, qu'ils ne perdent jamais de vue l'évidence qui leur 
» sert de guide. » 

M. de H. ne s'est pas imposé la loi « de ne déduire aucune conséquence qui 
» ne dérive immédiatement des expériences et des observations», «de ne jamais 
» suppléer au silence des faits (Lavoisier, ibid.). » Les faits eux-mêmes où il 
prend son point de départ sont très-mal connus. La structure du système 
nerveux est encore fort obscure ; on ignore comment les nerfs se terminent dans 
le cerveau et la moelle épinière. Leur fonctionnement est absolument ignoré. 
Des ténèbres épaisses couvrent la psychologie. L'instinct des animaux, la for- 
mation du langage, les causes par lesquelles les coutumes et les institutions des 
peuples naissent et changent, tout cela est très-imparfaitement connu ; et on ne 
peut guères espérer d'expliquer des faits encore aussi mal étudiés. Ensuite quelle 
idée peut-on se faire d'une volonté et d'une pensée inconscientes ? Nous ne 
pouvons nous représenter la volonté et la pensée que par analogie avec notre 
volonté et notre pensée, dont nous avons conscience; car nous n'en connaissons 
pas d'autres. Et précisément cette analogie nous manque quand il s'agit de 
Vinconscient. Comment raisonner sur ce dont nous ne pouvons même nous faire 
une idée ? C'est du reste à quoi nous sommes réduits en métaphysique. Les pro- 
blèmes de la métaphysique ont cette analogie avec celui de la quadrature du 
cercle qu'on ne peut démontrer qu'ils sont insolubles, et que les tentatives faites 
pour les résoudre échouent inévitablement. Ils en différent en ce qu'intéressant 
au plus haut point notre destinée et la manière de l'envisager, c'est-à-dire notre 
bonheur, on ne peut s'empêcher d'y pensif et même d'adopter une solution. 
Ainsi placés entre notre impuissance et notre intérêt pressant à résoudre ces 
questions, nous imaginons ce que nous ne pouvons démontrer. Chaque généra- 
tion recommence avec des variantes appropriées à ses goûts et à son esprit ce 
noble roman de la métaphysique. La rédaction de M. de Hartmann n'est pas 
plus invraisemblable que les autres. Elle n'est pas gaie; mais elle est ingénieuse 
et elle est claire. Schopenhauer et son école ont ce grand avantage, que l'on 



d'histoire et de littérature. 51 

comprend toujours ce qu'ils ont voulu dire ; et c'est au reste un mérite qui tend 
à devenir bien plus commun en Allemagne, qu'il ne l'était il y a une trentaine 
d'années. Y. 

8, — Le Plaisir des champs avec la vénerie, volerie et pescherie, poème 
en quatre parties, par Claude Gauchet, aumônier des rois Charles IX, Henry III et 
Henry IV. Édition revue et annotée par Prosper Blanxhemain. Paris, lib. A. Franck, 
1869, in-i2, xxxii-376 p. — Prix : j fr. (Collection elzevirienne). 

Le poème de Claude Gauchet est peu connu , même des personnes les plus 
versées dans la poésie du xvi^ siècle. Il en a été fait deux éditions, l'une en 
1 583, l'autre en 1603, et ces éditions, qui offrent des différences considérables, 
sont toutes deux extrêmement rares. Ce poème mérite cependant d'être lu , et 
nous pouvons affirmer qu'il donnera un grand plaisir à tous ceux qui le liront. 
Guillaume CoUetet, qui a donné place à Gauchet dans ses poètes français, était 
de cet avis: « Certes, dit-il, à propos du Plaisir des Champs, depuis que je 
» feuillette les livres, j'ose dire que je n'en ai point rencontré de plus divertis- 
» sant que celui-ci, soit que je sois d'humeur à aimer naturellement les choses 
» qu'il y traite, soit qu'elles y soient dignement traitées. » En effet, le livre de 
Gauchet est un trésor pour les chasseurs et autres amateurs de plaisirs cham- 
pêtres, mais même pour ceux qui n'y entendent rien il ne laisse pas d'être amu- 
sant. L'auteur peint les choses avec tant de naturel, de verve et de précision 
qu'on croit y assister. Le style n'est pas soigné ni même toujours correct , les 
phrases se terminent comme elles peuvent et les rimes ne brillent pas par leur 
richesse, mais, ce qui vaut mieux, Gauchet trouve presque toujours le mot 
propre, et ses récits ou ses peintures portent la marque incontestable d'une 
impression franche et vive. C'était un bon compagnon, un vrai Français, fort 
dégagé de toute préoccupation idéale, et, tout aumônier qu'il était, aimant fort 
les plaisirs honnêtes et même un peu les autres. Il ne s'en cache pas d'ailleurs, 
et son poème n'est qu'une joyeuse ripaille menée à travers champs et forêts, 
avec un entrain qui ne se lasse pas; certains détails parurent pourtant un peu 
vifs, vingt ans après, au bon Gauchet, qui les retrancha de sa seconde édition. 
Pour les descriptions techniques , surtout de ce qui concerne la chasse, mais 
aussi des diverses occupations campagnardes, ce poème n'a peut-être pas son 
pareil ; on y apprend beaucoup de choses intéressantes sur les mœurs et les 
coutumes d'autrefois, et on les y apprend de la façon la plus agréable. — 
M. Blanchemain nous a donc rendu un vrai service en mettant Gauchet à la 
portée de tous : son travail propre a consisté à donner en note toutes les variantes 
de la 2* édition, de façon que son livre réunit complètement le texte des deux 
éditions du Plaisir des champs. Les notes mises au bas des pages sont pour la 
plupart de Gauchet lui-même ; quelques-unes, peu importantes, de l'éditeur ; les 
deux séries ne sont pas toujours assez sévèrement distinguées. En tête du texte 
M, Bl. a imprimé la Vie de CoUetet (à joindre à la liste donnée par nous de celles 
de ces Vies qui sont publiées). — L'impression est élégante, mais les fautes ne 
sont pas rares. 



32 REVUE CRITIQUE d'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE. 

9. — Sui canti popolari siciliani, studio critico di Giuseppe Pitre. Palermo, 
tipografia del Giornale di Sicilia, 1868. In- 12, 160 p. — Prix : 1 fr. 80. 

Nous recommandons vivement à tous les amateurs de poésie populaire la 
lecture de ce charmant petit volume. L'auteur étudie les chansons de son pays 
à tous les points de vue et les compare à l'occasion avec ceux du reste de l'Italie. 
Il fait preuve dans cette étude de qualités très- distinguées d'observation et de 
finesse. Il dégage sans partialité les renseignements que la poésie populaire des 
Siciliens fournit sur leur caractère , et sous ce rapport son livre sera véritable- 
ment utile aux personnes qui voudront connaître cette race intéressante et sin- 
gulière; nous signalerons particulièrement le chap. IV : Prisons et prisonniers. Il 
existe dans la poésie populaire de la Sicile toute une branche à part contenant 
des chansons consacrées à ce thème : on y voit à merveille tout ce qu'il y a dans 
ce peuple de violent et d'indiscipliné, et en même temps de profond, de tendre 
et de gracieux. Ce qui y frappe le plus, c'est Vinconscience : on y trouve peu de 
traces de remords et de projets de résipiscence; la prison semble un accident, 
un malheur comme un autre, qu'on subit avec résignation sans en rechercher la 
cause. Quelques-unes des plus curieuses parmi ces chansons sont toutes récentes; 
on y parle de Turin et des Piémontais dans des termes qui ne permettent pas 
d'attendre dans un avenir prochain la complète assimilation de la Sicile à l'Italie. 

« De Turin est venue cette loi nouvelle, que pour un couteau on va treize ans 

» (p. 42; on va, c'est-à-dire en prison; la prison est tellement famihère à ce 
» peuple qu'il a ainsi des expressions proverbiales où elle est sous-entendue.» — 
L'ancienne prison de Palerme s'appelait la Vicaria; on l'a changée pour une 
autre qui alors se nomme la Vicaria nuova, et qui est bien plus détestée. L'auteur 
raconte qu'une vieille femme , déplorant le malheur de son mari mis en prison , 
lui disait , en parlant de l'ancienne Vicaria : « C'était là une prison ; on y était 
)) comme chez nous; je le voyais tous les jours, cette bonne âme de Turiddu 
» (dimin. de Salvaîore), et non-seulemçnt il m'était permis de le voir et de lui 
» parler, mais encore de le baiser et de l'embrasser; je dînais souvent et je 
» restais avec lui. Maintenant ils l'ont mis là-bas dans cette Vicaria nuova, et 
» depuis que sont venus ces Piémontais ils ~ ont défendu même de chanter » 
(p. 41). Aussi le Sicilien qui s'attend à aller en prison chante en regardant la 
nouvelle prison : « Qui la voit par dehors en devient amoureux, il ne sait pas en 
» dedans quels tourments il y a ; là il y a des chambres et des chambrettes 

» (cammareddi e cammarunà), des fenêtres qui ouvrent dedans et dehors 

» Portez-moi tout vif à la sépulture, ne m'enfermez pas à la Vicaria nuova! » 
— Le chap. II, la Femme et l'Amour, les chap. V et IX sur les Superstitions et les 
Usages, d'après les chansons populaires, sont pleins des renseignements les plus 
intéressants et des citations les mieux choisies. — Ajoutons que l'étude de 
M. Pitre est par bien des points tout à fait originale, et qu'à côté des recueils 
de Vigo et Salomone-Marino , il a souvent mis à contribution des collections 
inédites qu'il a faites lui-même ou qui lui ont été communiquées. 

Nogent-Ie-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur. 



zig (Vogel). 9 fr. 65 

Beulè (M.). Le sang-de Germanicus. 2' éd. 
In-8*, 405 p. Paris (lib. Michel Lévy 
frères). 6 fr. 

Blancard (L.). Essai sur les monnaies de 
Charles I", comte de Provence. In-8% 
p. 95 à 136 Toulon (imp. Laurent). 

Breysig (T.). Die Zeit Cari Martell's. 
In-8*, xiij-123 p. Leipzig (Dancker et 
Humblot). 3 fr. 25 

Brunner (H.). Das anglo-normannische 
Erbfolgesystem. Ein Beitrag zur Ge- 
schichte der Parentelenordnung nebst 
einem Excurs ûber die alteren norman- 
nischen Coutumes. In-8*, 88 p. Leipzig 
(Duncker et Humblot). 2 fr. 

Catalogue de la bibliothèque communale 
de Marseille. T. 3. Histoire. In-8*, 525 p. 
Marseille (imp. Barlatier-Feissat père et 
fils). 

Corpus reformatorum vol. 36. In-4*. 
Braunschweig (Schwetschke und Sohn). 

16 fr. 
Contenu : J. Calvini opéra quae super- 
sunt omnia. Edid. G. Baum, E. Cunitz, 
E. Reuss. Vol. 8 xxxv-871 p. 

Daumas (E.). La vie arabe et la société 
musulmane. In-8', xv-594 p. Paris (Mi- 
chel Lévy frères). 7 fr. 50 

Dreydorfif a. G.). Pascal, sein Leben u. 
seine Kaempfe. In-8*, x-462 p. Leipzig 
(Duncker et Humblot). 1 1 fr. 25 

Dulorens. Satires. Édition de 1646, 
contenant vingt-six satires, publiée par 
D. Jouaust et précédée d'une notice litté- 
raire par E. Villemin. In- 16, xx-240 p. 
et portr. Paris (Jouaust). 1 2 fr. 

Glossae hibernicae veteres codicis tauri- 
nensis. Edidit C. Nigra. In-8*, xxxij- 
72 p. Paris (lib. Franck). 6 fr. 

Hassan (A.). Kurzgefasste Grammatik der 

, vulgaer-arabischen Sprache m. besond. 

Rucksicht auf den sgyptischen Dialect. 

In-8*, viij-264 p. Wien (Hof- u. Staats- 

druckerei). g fr. 

Heuglin (M. T.). Reise in das Gebiet d. 
weissen Nil u. seiner westlichen Zuflûsse 
m den J. 1862-1864. Mit e. Vorwort v. 
P' A. Petermann. Nebst e. lithogr. Karte 
in-fol., so wie 9 in den Text gedr. 
Hoizschn. u. 8Taf., nach Originalzeich- 
nungen entworfen u. auf Holz ùbertragen 
V C. Heyn. Gr. in-8*, xii-382 p. Leipzig 
(Wmter). '^ ,é^fr^ 

Hinschius (P.). Das Kirchenrecht der I 



Katholiken u. Protestanten in Deutsch- 
land. L Bd. System des kathol. Kirchen- 
rechts m. besond. Rucksicht auf Deutsch- 
land. L Hœlfte. Gr. in-8*, x-308 p. 
Berlin (Guttentag). 10 fr. 7J 

Histoire du royal monastère de Sainct- 
Lomer de Blois, de l'ordre de Sainct- 
Benoist; recueillie fidellement des vieilles 
chartes du mesme monastère et divisée en 
quatre parties; par Dom Noël Mars, 
Orléanois, religieux bénédictin de la con- 
grégation de Saint-Maur, 1646. Manus- 
crit de la bibliothèque publique de Blois, 
publié textuellement, sous les auspices de 
la société des sciences et lettres ae Loir- 
et-Cher, avec notes, additions et tables 
par A. Dupré. Gr. in-8*, v-478 p. Blois 
(imp. Marchand). 

La Chenaye-Desbois et Badier. Dic- 
tionnaire de la noblesse, contenant les 
généalogies, l'histoire et la chronologie 
des familles nobles de la France , l'expli- 
cation de leurs armes et l'état des grandes 
terres du royaume possédées à titre de 
principautés, duchés, marquisats, etc. On 
a joint à ce dictionnaire le tableau généa- 
logique et historique des maisons souve- 
raines de l'Europe et une notice des fa- 
milles étrangères les plus anciennes, les 
plus nobles et les plus illustres. 3' édition, 
entièrement refondue, réimprimée confor- 
mément au texte des auteurs et augmentée 
d'une table générale de tous les noms de 
familles , de terres , de fiefs , d'alliances , 
cités dans le cours de l'ouvrage, ainsi que 
d'un armoriai représentant les blasons de 
maisons dont les généalogies sont com- 
prises dans cette édition. T. 14. 2' part. 
In-4*, à 2 col. 503 p. Paris (Schlesinger 
frères). 

Lecoq-Kerneven (J.-M.-R.). Traité de 
la composition et de la lecture de toutes 
inscriptions monétaires, monogrammes, 
symboles et emblèmes, depuis l'époque 
mérovingienne jusqu'à l'apparition des 
armoiries. In-8*, viij-422 p. 10 pi. et 6 
tableaux. Rennes (lib. Verdier). 

Mémoires lus à la Sorbonne dans les 
séances extraordinaires du comité impé- 
rial des travaux historiques et des sociétés 
savantes, tenues les 14, 1 5, 16 et 17 avril 
1868. Histoire, philologie et sciences 
morales. In-8*, 598 p. Paris (Imp. im- 
périale). 

présentés par divers savants à l'Aca- 
démie des inscriptions et belles-lettres de 
l'Institut impérial de France. 1" série. 
Sujets divers d'érudition. T. 8. In-4*, 
657 p. Paris (Imp. impériale). 



BIBLIOTHÈQUE 

DE L'ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES 

publiée sous les auspices du Ministère de l'Instruction publique. 
Sciences philologiques et kisîoriques. 

I" fascicule. La Stratification du langage, par Max Mùller, traduit par 
M. Havet, élève de l'École des Hautes Études. — La Chronologie dans la for- 
mation des langues indo-germaniques, par G. Curtius, traduit par M. Bergaigne, 
répétiteur à l'École des Hautes Études. In-8o raisin. 4 fr. 

Forme aussi le i"^' fascicule de la Nouvelle Série de la Collection philologique. 

2" fascicule. Études sur les Pagi de la Gaule, par A. Longnon, élève de 
l'École des Hautes Études. In-S» raisin avec 2 cartes. 5 fr. 

Forme aussi le i'"' fascicule de la Collection historique. 



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librairie A. Franck (F. Vieweg), 67, rue Richelieu. 

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curavit H. Genthe. Fasciculus L Grand in-8°. 2 fr. 75 



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• V_/ L> ILr rv lJ 1 V^ iv im Orient waehrend der letztin Hselfte 
d. dritt. Jahrh. nach Christus (254-274). Ein Beitrag zur Geschichte d. rœm. 
Reichs unter den Kaisern. i vol. in-S". 4 fr. 85 



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• Il r\0 0/\ 1 > Sprache m. besond. Rùcksicht auf den aegypti- 
schen Dialekt. i vol. in-8°. 8 fr. 

Nogent-le-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur. 



X* 3 Cinquième année 15 Janvier 1870 

REVUE CRITIQUE 

D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

RECUEIL HEBDOMADAIRE PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION 

DE MM. P. MEYER. CH. MOREL, G. PARIS. 



Secrétaire de la Rédaction : M. Auguste Brachet. 



Prix d'abonnement : 

Un an, Paris, 1 5 fr. — Départements, 17 fr. — Etranger, le port en sus 

suivant le pays. — Un numéro détaché, 50 cent. 

PARIS 
LIBRAIRIE A. FRANCK 

F. VIEWEG, PROPRIÉTAIRE 
67, RUE RICHELIEU, 67 



Adresser toutes les communications à M. Auguste Brachet, Secrétaire de la 
Rédaction (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu). 

ANNONCES 

En vente à la librairie A. Franck, F. Vieweg propriétaire, 
67, rue Richelieu. 

1 OAîTl\/r/^AD'X'l7NT ^^o^^aire des idiomes popu- 
J . D A U iVl VJ A rv 1 IL IN laires du Nord et du Centre 
de la France, contenant: 1° les patois normand, picard, rouchi, wallon, man- 
ceau, poitevin, champenois, lorrain, bourguignon, ainsi que ceux du Centre de 
la France; 20 les termes populaires et néologiques du langage parisien, qui 
manquent dans tous les dictionnaires ; j" les termes populaires qui se rencontrent 
dans les auteurs tant anciens que modernes; 4° la prononciation des idiomes 
populaires; 5° des notices historiques sur la prononciation de la langue litté- 
raire. 

Cet ouvrage sera publié par livraisons de 1 à 15 feuilles d'impression et sera 
complet en 10 livraisons au plus. 

Prix de chaque livraison de 10 feuilles. 2 fir. 50 

Id. 15 — ?fr-7J 

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PERIODIQUES ETRANGERS. 

Literarisches Centralblatt fur Deutschland. N" 52. 18 décembre. 

Théologie. Von Burger, Das Evangelium nach Johannes deutsch erklsert 
(Nœrdlingen , Beck; ouvrage sans valeur scientifique). — Schv/eizer, Die 
christliche Glaubenslehre, II (Leipzig, Hirzel; ouvrage remarquable d'un disciple 
de Schleiermacher). — Philosophie. Alberti, Sokrates (Gœttingen, Dieterich; 
rien de bien neuf). — Jordan, Das Kunstgesetz Homers und die Rhapsodik 
(Frankfurt; original). — Histoire. Moor, Geschichte von Currsetien und der 
Republik Graubùnden, 1-2 (Cur, Antiq.-Buchhdlg. ; faible et sans critique). — 
Julien et Champion, Industries anciennes et modernes de l'empire chinois 
(Paris, Lacroix; remarques intéressantes de M. Plath, auteur de cet article). — 
Klipffel, Étude sur l'origine et les caractères de la révolution communale dans 
les cités épiscopales romanes de l'empire germanique (cf. Rev. crit., 1869, t. I, 
art. 83). — Linguistique. Histoire littéraire. Weinfauff, Homerisches Handbuch 
fur Gymnasien (Kœln, Greven). — Archéologie. Tomaschek, Ueber Brumalia 
und Rosalia (Wien, Gerold ; très-intéressant pour l'histoire ancienne et la mytho- 
logie de la Thrace). — Mélanges. Humboldt, Briefe an Bunsen (Leipzig, Brock- 
haus; publications très-intéressante). 

(Le n" 5 3 ne nous est pas parvenu). 



BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE 
DES PRINCIPALES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES. 



AVIS. — On peut se procurer à la librairie A. Franck tous les ouvrages 
annoncés dans ce bulletin , ainsi que ceux qui font l'objet d'articles dans la 
Revue critique. Elle se charge en outre de fournir très-promptement et sans 
frais tous les ouvrages qui lui seront demandés et qu'elle ne posséderait pas en 
magasin. 

Bernard (H.). Mœurs des bohémiens de 
la Moldavie et de la Valachie. In- 18, 
I $6 p. Paris (lib. Maisonneuve et C'). 



BouUet. Sully, son château, son ancienne 
baronnie et ses seigneurs, ln-8% viij-94 p. 
et 6 pi. Orléans (lib. Herluison). 

Charras. Histoire de la campagne de 
181 5. Waterloo. 6* édition, réédition 
publiée en France. Avec un atlas de $ 
cartes. 2 vols. In-8*, iij-828 p. Paris 
(lib. Le Chevalier). 1 5 fr. 

Chon (M.). Étude sur le journal de Nar- 
bonne, premier commissaire de police de 
Versailles sous Louis XIV et Louis XV, 
publié par M. Le Roi, archiviste de Ver- 
sailles. In-8*, 54 p. Lille (imp. Danel), 

Cordier (E.). De l'organisation de la fa- 
mille chez les Basques. In-8*, 117 p. 
Paris (lib. Durand et Pedone-Lauriel), 

2fr. 

Deltuf (P.). Théodoric, roidesOstrogoths 
et d'Italie, épisode de l'histoire du bas- 



empire. In-8°, 486 p. Paris (Firmin 
Didot frères, fils e- C"). 

Fétis (J.-J.). Histoire générale de la mu- 
sique depuis les temps les plus anciens 
jusqu'à nos jours. T. 2. In-8°, vij-425 p. 
Paris (Firmm Didot frères, fils et C*). 

Homère. L'Iliade. Texte grec, revu et 
corrigé d'après les documents authen- 
tiques de la récension d'Aristarque , 
accompagné d'un commentaire critique 
et explicatif; précédé d'une introduction 
et suivi des prolégomènes et des préfaces 
de Wolf, de dissertations sur diverses 
questions homériques, etc. par A. Pierron. 
Chants 13-24. Gr. in-8*, 633 p. Paris 
(Hachette et C"). Les 2 vol. 16 fr. 

Jacquemart (A.). Les merveilles de la 
céramique, ou l'art de façonner et déco- 
rer les vases en terre cuite, faïence, grès 
et ]Dorcelaine, depuis les temps antiques 
jusqu'à nos jours. 3* partie. Occident 
(temps modernes) contenant 48 vignettes 
sur bois et 853 monogrammes. In- 18 



/ 



REVUE CRITIQ^UE 

D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 



N' 3 — 15 Janvier — 1870 



Sommaire : lo. Schœbel, Démonstration de l'authenticité du Lévitique et des Nom- 
bres. — II. Fehr, L'État et l'Église dans l'empire mérovingien. — 12. Cartulaire 
de la cathédrale de Grenoble, p. p. Marion. — 13. Waltherde la Vogelweide, 



Œuvres, p. p. Wilmanns. 



10. — Charles Schœbel. Démonstration de l'authenticité mosaïque du Lévitique et des 
Nombres (Extrait des tomes XVII et XVIII des Annales de philosophie chrétienne). Paris, 
Maisonneuve, 1869. In-8*, 132 p. 

Cet opuscule termine une série d'études destinées à prouver l'unité et l'authen- 
ticité mosaïque de tout le Pentateuque. Nous avouons ne pas connaître les autres 
parties du travail, mais si nous sommes en droit de les juger d'après le fragment 
que nous avons sous les yeux, il est bien peu probable que M. Schœbel ait 
converti un seul des adversaires qu'il attaque — parfois un peu rudement. 
Montrer que l'ordre le plus parfait règne dans le Lévitique et les Nombres, qu'il 
n'y a pas la moindre contradiction , que par conséquent les « rationalistes alle- 
» mands » ont tort d'en refuser la composition à Moïse, telles sont les principales 
thèses que soutient notre auteur, avec plus de courage que d'esprit critique. Nous 
ne perdrons point notre temps à rétorquer ses arguments, à lui prouver qu'il 
fait fausse route et n'a même pas compris la vraie manière dont se posent actuel- 
lement les diverses questions relatives au Pentateuque. Au risque de paraître à 
ses yeux plus « superficiel » encore que la « critique rationaliste » d'outre-Rhin, 
nous lui dirons franchement qu'il s'agit maintenant de tout autre chose. La 
critique, — je parie de la critique libre de tout préjugé, la seule qui soit autorisée 
à prendre le titre de scientifique,, — la critique n'en est plus à se demander si 
Moïse est bien l'auteur de l'un ou l'autre des livres que lui attribue la tradition ; 
à cet égard le procès est vidé , les juges compétents ont prononcé en dernier 
ressort et d'une manière définitive. Cela ne signifie pas que le problème soit 
complètement élucidé; au contraire, plus d'une difficuhé demeure encore à 
résoudre : distinguer les fragments de provenance diverse qui entrent dans la 
composition de ces livres , découvrir leur nature , leur tendance , et , si faire se 
peut, leur date; rechercher si le Pentateuque a reçu sa forme présente quelques 
années avant ou après la captivité de Babylone, etc. ; telles sont les questions 
débattues de nos jours, et sur lesquelles la lumière n'est point encore faite. 

M. S., qui voulait défendre l'opinion traditionnelle, aurait dû constater 
d'abord, réfuter ensuite cette manière, erronée selon lui, de conduire le débat. 
Au lieu de cela, qu'a-t-il fait? J'ouvre ici une parenthèse. Après avoir lu quelques 
pages de son opuscule, je me suis sérieusement demandé si je n'avais point affaire 
à un travail datant d'une trentaine d'années environ, auquel on aurait seulement 
ajouté un nouveau titre (ce que les Allemands appellent une Titel-Ausgabe) ; la 

IX 3 



34 REVUE CRITIQUE 

mention faite par l'écrivain du nom de M. Renou, m'a prouvé que j'étais dans 
l'erreur, mais cette erreur était excusable. Jugez plutôt; je ferme ici ma paren- 
thèse. 

Comment peut-il se faire qu'un auteur qui sait l'allemand, qui cite du moins 
au bas de chaque page des ouvrages allemands, soit assez peu au courant de la 
littérature du sujet qu'il traite pour ne connaître qu'un tout petit nombre de 
travaux, tous publiés avant \ 840 et quelques-uns dans les premières années du 
siècle? Vater, Hartmann, Gramberg, von Bohlen, de Wette (dont M. S. ne 
mentionne que le premier ouvrage, Beitrsge zar Elnleiîung in das A. T., 1806), 
Bertholdt, etc., furent sans aucun doute des savants d'un grand mérite, qui 
donnèrent au mouvement critique une vigoureuse impulsion. Mais ils sont loin 
de représenter l'état actuel de la science biblique ; tous sont morts, même de 
Wette que M. S. apostrophe comme « encaissant régulièrement des appointe- 
» ments qui lui paraissent bien gagnés » (p. 73); les questions se posent aujour- 
d'hui tout autrement que de leur temps; on ne les cite plus que rarement. 
Comment donc M. S., voulant combattre l'influence délétère de la science 
germanique, en est-il venu à choisir ses adversaires uniquement parmi les morts? 
C'est là un mystère que je ne me charge pas d'expliquer. 

Les noms de Knobel, Hupfeld, Bleck, Ewald, etc., dont les travaux ne sont 
pourtant pas les plus récents, brillent par leur absence dans l'opuscule de M. S., 
qui ne connaît pas même l'existence d'une traduction française de l'excellente 
Histoire critique de V Ancien Testament, par M. Kuenen (Paris, M. Lévy, 1867, 
I" vol.). Au lieu d'étudier ces ouvrages, et de réfuter les objections portées 
contre l'opinion qu'il veut maintenir, l'auteur préfère combattre Vater, Bertholdt, 
etc., ce qui n'est plus d'aucune utilité, même pour la cause qu'il défend. Libre 
à lui de choisir la méthode qui lui paraît la meilleure ; mais, quand nous le voyons 
avancer pesamment, prendre chapitre après chapitre pour y chercher une liaison 
absente, se lancer dans des considérations historiques qui n'expliquent rien, 
nous sommes parfaitement en droit de dire qu'une démonstration aussi peu pro- 
bante doit servir d'exemple, même aux apologistes, pour montrer comment il ne 

faut plus aborder les questions de critique biblique. 

A. Carrière. 



11. — Staat und Kirche im frsenkischen Reiche bis auf Karl den Grossen, 
von D' Joseph Fehr, a. 0. Professor der Geschichte an der Univ. Tùbingen. Wien, 
W. Braumùller, 1869. In-8*, viij-598 p. — Prix : 13 fr. 35. 

Le livre de M . Fehr n'est pas de ceux qui font avancer la science ; on trouve, 
en le lisant, bien des assertions, réfutées depuis longtemps par les écrivains les 
plus autorisés sur la matière, mais répétées ici parce qu'elles cadraient mieux 
avec les opinions dogmatiques de l'auteur. Le but du professeur de Tubingue a 
été de montrer qu'en dehors de l'Église, les barbares n'auraient eu ni vertus ni 
puissance, et que c'est grâce à l'Église seulement que les rois mérovingiens ont 
eu peu à peu conscience « du but élevé qu'ils ont poursuivi depuis, c'est-à-dire 
» la réalisation de l'état chrétien (p. 1 3). » Il s'agit donc de prouver que les 



d'histoire et de littérature. 3 5 

royaumes francs des Mérovingiens ont réellement été des états modèles, et cette 
tâche difficile, M. F. l'aborde sans sourciller. Seulement il en néglige bien vite 
une partie et au lieu de nous parler, selon les promesses de son titre et de sa 
préface, de l'État et de l'Église , il consacre presque exclusivement ses études à 
l'Église mérovingienne, dont il s'efforce de faire ressortir les tendances civilisa- 
trices. Il néglige ainsi la partie la plus curieuse de sa démonstration, à savoir, de 
nous fournir la preuve que l'État mérovingien s'était modelé dans la pratique sur 
les préceptes de l'Église. Mais même dans ce cadre plus restreint de l'activité 
de l'Église sous la première race , on peut remarquer bien des lacunes et les 
démonstrations passablement embrouillées de l'auteur exigent bien des efforts de 
qui veut les suivre jusqu'au bout. Nous allons signaler rapidement quelques points 
qui serviront à juger la méthode de M. F. et son peu d'esprit critique. Il part du 
principe que les peuples germaniques n'ont reçu la capacité de vivre (sind 
lebensf£hig geworden) qu'à partir du moment où le christianisme les a reçus dans 
son sein (p. j, 49, 292, etc.). Cette idée a déjà été combattue par nous dans la 
Revue. Sans méconnaître aucunement la grande influence du christianisme, nous 
croyons cependant que c'est l'élément germanique qui a \ivifié l'idée chrétienne 
et a formé ainsi une société nouvelle. Le christianisme seul, sans l'infusion d'un 
sang nouveau, n'aurait jamais régénéré le monde romain ; voyez plutôt ce qu'il 
a fait de l'empire de Byzance ! C'est donc précisément le contraire de l'assertion 
de M. F. qui nous semble vrai '. Ces barbares, non encore régénérés par le 
baptême, furent cependant reçus, selon M. F., par les sujets de Rome « comme 
» des anges sauveurs et libérateurs. » C'est au moins exagérer un fait tout local 
et qu'on ne saurait généraliser ainsi. Naturellement c'est Clovis qui est le héros 
de notre auteur, Clovis qui convertit les Francs au christianisme par suite d'une 
« méditation subite » à laquelle il se livre au milieu de la grande bataille contre 
les Mamans. C'est lui qui conçoit le projet « de réaliser l'idéal de l'État chrétien, » 
que ses successeurs poursuivent avec tant d'ardeur. Il faut avouer que M. F. ne 
place point son idéal bien haut s'il peut employer de pareils mots à propos des 
chefs barbares et corrompus, connus dans l'histoire sous le nom collectif de la 
dynastie mérovingienne. Il est vrai que M. F. se montre très-accommodant sur 
la piété de Clovis et que ses raisonnements rappellent un peu les naïves paroles 
de Grégoire de Tours sur le même sujet ». Des explications de ce genre per- 
mettent la facile réhabilitation de toutes les horreurs qui souillent l'histoire des 
chefs mérovingiens; ces crimes, on les explique facilement quand on tient 
compte de la barbarie de l'époque, mais les historiens d'une certaine école 
devraient renoncer une bonne fois à les cacher sous le voile de leurs pieuses 



1. En lisant Salvien et d'autres écrivains chrétiens de cette époque, on est en droit 
très-souvent de se demander en quoi les chrétiens de la Gaule et de lltalie se distinguaient 
à leur avantage des païens environnants. 

2. Ainsi pour démontrer que Clovis n'a point été cruel dans la guerre contre les Wisi- 
goths, M. F., après avoir avoué que < des masses d'hérétiques furent égorgés, • ajoute: 
* mais les couvents et les églises furent respectés. » D'ailleurs les trente-deux évêques du 
synode d'Orléans ont déclaré Clovis bon catholique! Cela suffit (p. 9). 



36 REVUE CRITIQUE 

arguties. La vérité vraie sur l'union de l'Église et de l'État à cette époque, est 
que les gouvernants barbares de la France d'alors , tout en restant payens par 
les mœurs^ ont adopté surtout le catholicisme pour mieux asseoir leur puissance 
en Gaule, et que les évêques catholiques de leur côté ont surtout flatté les princes 
francs pour s'en servir à leur tour comme d'instruments utiles contre les Ariens 
wisigoths et burgondes. Cela n'a donc été qu'une transaction politique, souvent 
négociée d'une façon peu digne et peu chrétienne et les mots d'idéal et d'Éîaî 
chrétien n'ont rien à faire ici. Quant à prouver que les canons des conciles ont, 
dans la pratique, servi de base à la législation mérovingienne (p. 49), je crois 
que M. F. aurait bien de la peine à le faire. On voit bien qu'il n'a point étudié 
la législation des peuples germaniques , ni ses développements historiques , ainsi 
qu'il en fait lui-même l'aveu (p, 38). D'ailleurs, même pour ce qui regarde la 
législation ecclésiastique , il nous semble que l'auteur n'a point connu tous les 
documents relatifs à cette époque ' . 

Pour étudier de plus près la manière curieuse dont M. F. comprend les devoirs 
de l'historien, on n'a qu'à relire chez lui l'histoire de S. Léger et d'Ebroïn. 
L'évêque d'Autun est naturellement « un parfait chrétien » à ses yeux, et l'au- 
teur, qui croit à tous les miracles de tous les saints (p. 450), enrichit même sa 
légende de quelques traits nouveaux. Ainsi, à la p. 10 1, il lui fait couper la 
langue et les lèvres et néanmoins à la p. 102, il lui fait prononcer plusieurs 
discours très-éloquents. Ebroïn est naturellement un monstre sanguinaire; 
cependant M. F. découvre en sa faveur une circonstance atténuante; il allait 
régulièrement à l'église! (p. 109). En général la dévotion rachète chez lui bien 
des peccadilles; les païens au contraire sont fort malmenés. Un chef danois, qui 
d'après M. F. lui-même, avait reçu d'une façon très-hospitalière le missionnaire 
Willibrord, devient « plus féroce qu'une bête fauve, et plus dur que la pierre la 
» plus dure » (p. 179), uniquement parce qu'il refuse de se convertir. 

Nous citerons aussi comme modèles d'une discussion à côté du sujet, ce que 
M. F. dit de la primauté du saint-siége, à propos de S. Remy et de l'interpré- 
tation du fameux passage de S. Irénée, relatif à ce sujet (p. 29$), ainsi que son 
argumentation sur l'appui prêté par le clergé aux superstitions populaires. Il se 
livre sur ce point à une polémique virulente contre Rettberg, qui avait accusé 
une partie du clergé franc de favoriser les pratiques païennes des habitants des 
campagnes. Les textes mêmes qu'invoque M. F. (S. Augustin, canons du synode 
de Vannes en 465, etc.) prouvent contre lui. Sa méthode critique est jugée 
d'ailleurs par l'aveu naïf qu'il laisse échapper dans sa colère : « Nous ne voulons 
» faire ressortir que ce que l'on a fait contre les superstitions populaires et nous 
» laissons de côté tout ce que Grégoire de Tours raconte de la superstition de 
» certaines personnes [du clergé] » (p. 449). C'est un procédé de discussion 
fort commode en vérité, mais il n'est point, je le crains, à portée des historiens 
scrupuleux. 

I. Ainsi i! ne cite nulle part les canons des deux synodes de Bordeaux et de S.-Jean- 
de-Losne, tenus sous Childéric II, dont M. Maassen a récemment découvert et publié le 
texte, en 1867. 



d'histoire et de littérature. 37 

Rien ne montre mieux que M. F. obéit dans ses études à ses penchants cléri- 
caux et non aux exigences de la science , que les nombreux passages de son 
livre, relatifs à la condition sociale et politique des Israélites sous les rois francs. 
On dirait que M. F. poursuit à leur égard une vengeance personnelle, tant il les 
accable d'accusations absurdes. Selon lui, la « judaïsation de l'État » {Die Verju- 
dung des Sîaates) c'est-à-dire, je suppose, l'oppression de l'élément chrétien par 
l'élément juif — n'a été empêché à cette époque, que grâce aux « très-utiles 
» mesures » prises par l'Église et l'État, contre les Israélites, qui existaient alors 
« en nombre effrayant » (p. 9, 5?, etc.). Ces utiles mesures (défense de sortir 
certains jours; défense de se livrer à l'agriculture, etc. ') ont été motivées par 
la conduite scandaleuse des Juifs à l'égard des chrétiens et par leurs impies 
blasphèmes. « Grégoire de Tours, il est vrai, ne nous raconte rien de pareil sur 
« le compte des Juifs, mais l'effronterie de leur conduite à des époques posté- 
« rieures, semble justifier notre avis » (p. 12). Après avoir détaillé ce qu'on 
faisait contre les Juifs pour les punir « de la folie de leurs pères » (p. 507), 
M. F. nous déclare que l'Église catholique a toujours protégé les Juifs et qu'elle 
ne s'est résignée à les punir que là où ils devenaient trop aggressifs à son égard. 
Sait-on par quels faits M. F. appuie cette assertion si peu vraisemblable, qui 
nous montre de malheureux opprimés s'attaquant de gaîté de cœur à l'institution 
la plus puissante de l'époque ? Il nous raconte gravement que des Juifs ont craché 
sur un crucifix en Syrie. Quand? M. F. ne le dit pas, mais il cite comme source 
là chronique de Sigebert de Gembloux! ! Une pareille preuve d'ineptie à la fois 
critique et logique, suffit, ce me semble, pour rendre inutile toute autre citation*. 
Le style de M. F. n'est pas toujours indigne de sa critique; le lecteur ne 
doit-il pas sourire involontairement en voyant les guerriers de Charles Martel 

« semblables à la glace éternelle du pôle moissonner les Arabes de leurs 

» épées .? » (p. 202). Quelques erreurs plus importantes de date, etc. sont indi- 
quées en note. 

Rod. Reuss. 



t. Nous reconimandons sur ce sujet en général, la lecture de l'ouvrage de M. Stobbe, 
Die Juden in Deutschland wxhrend des Mittelalters. Brunswick, 1866. 

2. Voici, du reste, cjuelques erreurs relevées à la lecture: P. 42. Adam de Brème n'est 
pas mort en 1072, mais vers 1076 (Potthast, Bibliotheca, p. 100). — P. 325. Le Concile 
de Sardique n'a pas eu lieu en 343, mais en 345 (voy. sur ce point notre discussion, 
Revue, 1867, II, p. 54). M. F. serait bien embarrassé si on lui demandait de nommer des 
évêques allemands (en dehors des Gaules) assistant à ce concile. — P. 306. S. Paul dans 
sa première épitre à Timothée, V, 19, ne dit pas du tout qu'on ne doit point recevoir de 
déposition contre un prêtre, mais il engage celui qui veut porter plainte contre un ancien 
de l'Église, de se munir d'un ou de deux témoins. — P. 481. M. F. exagère à dessein 
le rôle de Boniface, parce qu'il fut le champion de l'absolutisme papal; il y avait des 
chrétiens en Germanie longtemps avant lui, etc., etc. 



38 REVUE CRITIQUE 

12. — Cartulaires de Téglise cathédrale de Grenoble, dits Cartulaires 
de Saint-Hugues, publiés par M. Jules Marion {Collection de documents inédits sur 
l'histoire de France, publiés par les soins du Ministre de l'instruction publique, i" série: 
Histoire politique). Paris, impr. impér,, 1869. In-4', xcj-jjS p., tac-sim. — Prix : 
12 fr. 

Les Cartulaires de la cathédrale de Grenoble, connus sous le nom de Saint- 
Hugues ' et objet de la présente publication, sont au nombre de trois : 

Le premier ou Cartulaire A, conservé à la Biblioth. impér. (lat. 13879), est 
un petit in-4° de 89 feuillets, écrit en minuscule carrée, très-lisible, et contenant 
34 actes, dont le plus ancien est de Pan 739, le plus récent de 1 109; dans plu- 
sieurs le nom du scribe est en caractères grecs, avec transcription latine au- 
dessus. L'attribution de ce recueil à Pévêque de Grenoble saint Hugues (1080- 
1132) est de la dernière évidence, à considérer les caractères paléographiques 
du ms. (voir le fac-sim. placé en tète du texte), la date des pièces qu'il renferme, 
leur objet surtout, qui est toujours d'établir l'ancienneté du droit des évêques de 
Grenoble sur l'archidiaconé de Salmorenc (comme le révèlent clairement les 
rubriques), enfin le catalogue des évêques de Grenoble (n° 26) clos à saint 
Hugues; on peut même affirmer que la date de sa transcription n'est guère 
postérieure à la bulle du 18 avril 1 109, qui termina les différends de ce prélat 
avec l'archevêque de Vienne sur le sujet en question *. L'existence de ce cartu- 
laire aux archives de l'évêché de Grenoble est constatée en 1414? et 1499^ : 
elles durent en être dépouillées pendant les guerres de religion (i 562). Il était 
en 1660 entre les mains de l'historien dauphinois Nie. Chorier, qui disait le tenir 
d'Ant. de Marville, professeur en droit de l'Université de Valence. Passé dans 
la biblioth. du président de Harlay, il entra successivement dans celles de son 
fils (17 12), de Chauvelin (17 17), des bénédictins de Saint-Germàin-des-Prés 
(1755) et de la Nation (1792). 

Le deuxième ou Cartul. B, en dépôt ainsi que le 5^ aux archives de l'évêché 
de Grenoble 5, est de format in-8°-, il comprenait au xv* siècle (date du numé- 
rotage) CIIII feuil., dont les. 12 premiers manquaient déjà au xvii^ s. ; l'écriture 
en ressemble beaucoup à celle du' Cartul. A, sans être aussi soignée et présenter 



1 . Cette église possède un autre Cartulaire, désigné comme ceux-ci par le nom de l'au- 
teur de sa rédaction, Aimon I" de Chissé, évèque de Grenoble de 1388 à 1^27, qui a été 
récemment l'objet d'une Notice anal-jtique, suivie d'un choix de 26 pièces inédites prises 
parmi les plus intéressantes de ce volumineux recueil paléographique. 

2. C'est donc à tort que M. Guérard a écrit sur le f, de garde: « Codex exaratus, ut 
» videtur, circa ann. 11 30. » 

3. Notice analyt. sur le Cartul. d'Aimon de Chissé, n" 45, 62, 63, 64 et 65. 

4. Repertorium omn. instrumentorum, licterarum, jurium et aliorum documentorum episco- 
palium qui in archiviis episcopatus Cracionopolis continentur rédigé sur^ l'ordre de l'évêque 
Laurent Allemand par l'official François Dupuis (ms. 443 de l'évêché, f" Ile xxix). 

5. L'éditeur dit à tort (p. ij) qu' « ils appartiennent à la bibliothèque particulière de 
» l'évêché de Grenoble » : revendiquées par l'État contre une décision du conseil général 
de 1834, ces archives n'attendent qu'un local suffisant à la préfecture de l'Isère pour y 
être reintégrées. Elles ne sauraient toutefois y être d'un accès plus facile, car c'est à la 
libéralité de l'autorité épiscopale que nous devons d'avoir pu confronter tout à loisir la 
publication de M, M. avec les originaux. 



d'histoire et de littérature. 39 

aucun enjolivement'. Il contient 129 chartes, comprises entre les années loi 5 
et 1 1 20 environ ; dans ce nombre figurent 4 pièces transcrites postérieurement 
(n"^ 31, 84, 1062 et 129); en outre 4 ont été cancellées. Rien ne contredit l'at- 
tribution traditionnelle de ce recueil à l'évêque saint Hugues : l'écriture dénote 
certainement le premier tiers du xii*" siècle, la charte avec notes chronologiques 
la plus récente est de n 1 1 et aucune de celles qui en sont dépourvues ne dépasse 
l'épiscopat de Hugues I", enfin les pièces se rapportent en majeure partie à la 
reconstitution du patrimoine de son église, objet de ses efforts ; par contre, son 
successeur Hugues II (11 32-1 148) renvoie à plusieurs reprises (Cartul. C, 
n"* 122 et 125) à des chartes contenues in cartulario sancii HugoniSy qui se trou- 
vent justement dans le Cartul. B (n°' 48, 35 et 45). Encore aux archives de 
l'évêché en 1499 (Jnvenî. cité), ce recueil disparut comme le 1" au xvi^ siècle 
et se retrouva comme lui au xvii* dans la biblioth. de Chorier, qui affirmait l'avoir 
reçu en don de l'abbé de La Gran, vicaire général de l'évêque Scarron. Devenu 
la propriété du président de Harlay, il fut restitué par celui-ci, en 1708, à 
l'évêque de Montmartin pour les archives de son évêché, qu'il ne quitta plus. 

Le troisième ou Cartul. C est un pet. in-fol., qui se compose dans sa partie 
primitive de 64 ff., renfermant 124 documents qui vont de 1094 à 1 129 : nous 
y comprenons 5 pièces (n°' 18, 44 bis, 122, 123 et 1 24) insérées postérieure- 
ment; l'écriture est une minuscule régulière, avec titres et initiales en rouge. A 
ce recueil se rattachent '. a. tn tête un cahier de 4 ff. rongés par larges places, 
contenant 11 actes (de l'an 879 à env. 1140) transcrits sous l'épiscopat de 
Hugues II; b. entre les ff. 29 et 31 une feuille renfermant un terrier du xiii^ s. 
(et non xiv*) ; c. entre les ff. 68 et 69 deux bandes écrites en 1 1 40 env. ; d. à 
la fin un cahier de 6 ff. in-4° offrant 5 pièces copiées sous Hugues II. La date 
de ces divers appendices n'est ni importante ni difficile à établir; mais quel est 
l'auteur du Cartul. C? « Peut-être, dit M. M., commencé dans les dernières 
» années de l'épiscopat de saint Hugues...., le recueil a été continué et achevé 
» sous Hugues II et ses successeurs immédiats. Vouloir pousser plus loin l'expli- 
» cation et démêler dans ces feuillets de même famille la part exacte qui revient 
» à chacun de ceux qui les ont couverts d'écriture me paraît une entreprise chimé- 
» rique, toute pleine d'arbitraire et, qui plus est, sans véritable profit » (p. xlvij). 
Pourtant, de l'examen minutieux du cartulaire primitif il résulte pour nous : 
I ° que tous les actes avec titres et initiales en rouge sont de la même main et 
qu'aucun d'eux n'est certainement postérieur à saint Hugues, 2° que les 5 pièces 
mentionnées plus haut sont d'une écriture sensiblement postérieure. L'attribution 
du Cartul. C à Hugues I", sans être certaine, ne peut être formellement niée; 
comme il renferme une ch. de 1 1 29, il remonte au plus tôt à 1 1 30 ou 1 1 3 1 . Il 
était comme les autres aux archives de l'évêché en 1499; comme eux il entra 



1. En tête se trouve une Noua ms. sur ce Cartulaire par l'abbé François de Camps 
(t 1723), abbé de Signy (et non de Ligny, comme a lu l'éditeur). 

2. M. M. indique les n" 30, 82, 105, ce qui est conforme au numérotage du ms. ori- 
ginal, mais non à celui qu'il a fixé dans son édition. 



40 REVUE CRITIQUE 

dans la biblioth. de Chorier, à qui le cardinal Le Camus le racheta pour six louis 
d'or le 12 décemb. 1676. 

Sans vouloir indiquer ici tous les travaux historiques pour lesquels les trois 
recueils que nous venons de décrire ont été mis à profit, indication qui eût été à 
sa place dans la préface de l'éditeur, il importe de dire quelques mots des phases 
qu'a subies l'édition actuellement terminée. Le premier qui ait eu la pensée de 
publier intégralement les Cartulaires de Saint-Hugues est Jules Ollivier (de 
Valence), qui leur consacra une Notice dans le Bulletin de la Société de l'histoire 
de France de 183 s (t. II, p. 294), puis une autre (déc. 1838) plus développée 
dans ses Mélanges biographiques et bibliogr. (t. I, p. 233-92 '). A sa mort son ma- 
nuscrit fut remis à M. Guérard, pour être publié à la suite du Cartulaire de St- 
Victor de Marseille. M. le chanoine Auvergne, secrétaire général de l'évêché 
de Grenoble_, fut chargé en 185 1 de la partie géographique et fournit en 1853 
de nombreux matériaux préparatoires à l'édition. A la mort de M. Guérard (1854) 
ce travail fut confié à M. Marion. La longue incubation qu'a subie cette publica- 
tion serait faite pour justifier une certaine sévérité dans l'appréciation. 

En admettant la division des pièces adoptée par M. M., les trois cartulaires 
renferment 307 chartes ou actes de toute nature; dans ce nombre 6 se trouvent 
reproduites dans chacun des recueils et 82 dans deux d'entre eux : reste un total 
de 2 1 3 . 

Deux systèmes se présentaient à l'égard du classement de ces documents : 
celui qu'a suivi M. M. et dont M. Guérard avait donné l'exemple dans le Cartul. 
de Notre-Dame de Paris, consistant à disposer les recueils suivant leur ancienneté, 
à reproduire le i" intégralement, puis le 2" sauf les doubles, enfin le 3* sauf les 
doubles et les triples; l'autre chronologique, heureusement appliqué en ce 
moment à la publication des Cartulaires de Cluny, qui range les pièces suivant 
leur date certaine ou approximative et prend pour base le meilleur texte, en 
donnant les variantes des autres. Dans l'espèce, ce système seul était rationnel 
et il est fâcheux que l'éditeur n'ait pas été amené à l'adopter*. Si le motif qui a 
déterminé l'insertion de telle ou telle pièce est facile à saisir, il est impossible de 
reconnaître un ordre quelconque dans leur classement et l'éditeur n'a pas tenté 
de le préciser : des pièces de nature identique (bulles, catalogues, pouillés, 
terriers, etc.) se trouvent éparses dans les trois recueils. La seule difficuhé eût 
résidé dans l'absence de notes chronologiques pour un certain nombre d'actes : 
outre qu'ils se rapportent au seul épiscopat de saint Hugues, on eût rangé 
ensemble, avec profit pour les travailleurs, les terriers, les catalogues et les 
pouillés, qui fussent devenus la source de comparaisons fructueuses. — Au reste, à 



1. Notice histor. et bibliogr. sur les Cartul. de Saint-Hugues, mss. inédits de la fin du 
XI' siècle et du commenc. du XII', tirée à part (Valence, 1838, in-8') et reproduite dans 
les Documents histor. inédits de Champollion-Figeac (i8<fji, t. I, p. 262-297]. 

2. Il est vrai de dire que les chartes de Cluny se présentent dans des conditions diffé- 
rentes : les pièces isolées (en original ou en copie) qui existent en dehors des Cartulaires 
de cette abbaye sont si nombreuses qu'on ne pouvait songer à prendre ceux-ci pour base 
de la publication. 



d'histoire et de littérature. 41 

prendre la disposition qui a été adoptée, nous ne voyons pas pourquoi l'éditeur 
a joint au Cart. C les annexes b, c et d, formant un Cartul. D, sous le titre de 
Charîae supplementariae, de l'annexe a à laquelle il adjoint deux pouillés, l'un du xiv« 
s. et l'autre du xv% qui forment à eux seuls 1 50 pages : le Cartul. C devait com- 
prendre ses annexes. Ces anomalies justifient à elles seules la préférence que nous 
eussions donnée à l'ordre chronologique. 

Les observations que suggère l'examen de ce volume dans ses détails 
peuvent se ranger sous divers chefs, suivant qu'elles se rapportent au texte, à la 
chronologie, à la bibliographie et aux notes des chartes. 

Texte. Les remarques qu'a pu nous fournir cette partie (la plus importante 
assurément) de la publication de M. M. sont en petit nombre et témoignent ainsi 
des soins consciencieux et persévérants qu'il a apportés à donner un texte très- 
correct et reproduisant toujours fidèlement les originaux. — Il nous a semblé 
que les signes de ponctuation étaient beaucoup trop multipliés, par ex. : B. I : 
u Anno M°C°VIII° Incarn. Domin., Barn. Longob., infans, filius Barn. Long., 
» veteris, venit ante présent, d. Hugonis, episc. Gratian., in domum suara, 
» Gratianopolim , et laud.... »; les 2% 4% 8« et 9* virgules sont de trop. — 
Gro'nopolis doit être lu Gratio- et non Graîianopolis . — Les fautes de lecture pro- 
prement dites sont assez rares, cependant A. I, 6 ', au lieu de chabros, qui n'a 
aucun sens et que l'auteur s'est bien gardé d'introduire dans son index rerum, il 
y a CHABRONES : c'est un individu qui autorise l'évêque à prendre dans sa forêt 
des poutres, des « charbons, » etc."; B. VIII, titre i, intra = inîer; B. LXX, 
8, istam == predictam; B. CVII, 14, in Arces villa = in villa Arces, comme l'in- 
diquent les traits de transposition; 1 5, lire de coriis trencatis; B. CXIII, 19, allii 
= alii; B. CXXII, 14, Amatus C S R signifie canonicus Sancti Rufii; C. I, 
l'éditeur met à tort et à travers dans ce pouillé E ou yE comme initale d'ecclesia 
presque toujours cédillée; 2, Vo/vr«^o=7o/uréi/o (Vourey); p. 184, ^ï,Genovroso 
= Genevroso; 189, 2, valle Bones = Valle Bones (Valbonnais), 16, Chalma = 
Chalm; C. II, le texte porte tantôt duas tantôt duos sinodos; C. XIX, 32, Johannis, 
bovarii = Johannis Bovarii; C. XXXIX, 2, lonis = Jonis; C. XLIX, 1 5, inutile 
de suppléer Chrisîi; C. XCVI (B. XIV, 5), Himerii= Ymerii; C. CX (B. LVIII, 
16), Savoia = Savocia ; C. CXXIII, 1 5, la formule luna vicesima prima februarii 
est insolite dans ces chartes, aussi le ms. porte-t-il luna vicesima, prima feria; C. 
CXXXIII, i,ethom.^=etdehom. — L'éditeur a en outre commis diverses omissions 
qui, bien que volontaires, ne nous semblent pas justifiées; de ce que certaines chartes 
- du Cartul, B sont plus ou moins cancellées, il ne s'ensuit pas qu'elles soient indif- 
férentes à l'histoire : l'éditeur devait d'ailleurs, pour être conséquent, les admettre 

1 . La lettre (majuscule) désignera le cartulaire, le i " chiffre (romain) la charte et le 2' 
(arabe) la ligne. 

2. Le mot n'en manque pas moins à Du Cange, qui n'a pas même charbo. 

3. M. M. était d'autant moins admis à proposer la restitution Sancte Romane eccUsie 
que cet Amatus figure dans 57 chartes, d'ordinaire sans qualification; il se désigne deux 
fois par les mitiales c. S. R. (B. 3 et 122), trois ioh comme canonicus Sancti RufUB. 22, 
32 et 56), une fois comme chricus S. R. (B. 55) et une autre comme clericus episcopi 
(B. 83). 



42 REVUE CRITIQUE 

OU les rejeter toutes. Il eût été utile de donner, en note au moins, les variantes 
du 2« texte de B. IV (f' xvj v"). La ch. B. VIII bis (P xx v°) a été complète- 
ment omise et nous n'en voyons pas le motif (cf. p. viij), ce qui nous engage à 
en donner le texte en note ' ; des mots et des phrases batonnés, même ancien- 
nement, devaient être reproduits, ne fut-ce qu'en note, p. ex. B. XXXV, 1 5 
(f° xlij v^) opéra et mane opéra. Est de ipso feudo ante balmam Rovori pro duo- 
bus mansis, et med:, 16 Assonis, et mansus de Ramata, et clausus qui fuit de 
senioribus de Vallebonés, et XII, 17 Bonold, sicut dixit Jarento filius Jarentonis, 
et med.; dans C le f° 30 tout entier et diverses additions aux ff. 18 v", 19 r° et 
v, 20 r" et 29 r° ont été omis, sans doute à cause de leur date (xiii« s.); la ch. 
CXXXII fournit 1 1 lig. de plus en partie lisibles. D'autres parties ont été systé- 
matiquement gratées et l'application d'un réactif pourrait seule les faire revivre ; 
ces petites révélations ne seraient pas toujours sans intérêt , ainsi nous avons lu 
(B. XVI, 42, et XVII, 1 5) Joh. de Podio, qui multum diligebat comitem, et. Sans 
désirer l'indication absolument complète des variantes, nous aurions souhaité 
toutes celles qui affectent les noms de basse latinité, de personnes et de lieux ; 
nous ne noterons que les omissions qui se rapportent aux titres des chartes: C. XXV 
(B. XLV) Wikimi, C. XXVI (B. CIX) Savoia, C. XXXIII (B. CXV) vadimonio, 

C. XXXVIII (B. CXX) Chambariaco, C. LXXXVII (B. IX) cartone; après C. CV 
se trouve de nouveau C. LXXXI, ce qu'il fallait indiquer en donnant les variantes ; 

D. III donne pour titre à A. XXIV : Noîicia de Villa Nom. Nous n'en finirions 
pas avec ces minuties qui, en prouvant la conscience de notre examen, relèvent 
dans l'ensemble le mérite de l'éditeur 2. 

Chronologie. Sans nous préoccuper des bulles des papes et autres documents 
étrangers, nous nous restreindrons à la chronologie des chartes dauphinoises. 
Les deux diplômes de Louis l'Aveugle (A, XXXI et XXVII) sont connus (Bœhmer, 
Reg., 1448 et 1449) ; la ch. A. X « régnante rege Ludvici agusti » date bien de 
son empire; quant à la ch. A. XXIV, de 912, elle ne peut être postérieure au 
14 févr. : le 1 5 on eût mis « anno XII. » Les trois chartes où figure Conrad le 
Pacifique (A. XI, XVI et XXV) n'établissent rien sur la date de son avènement. 



1. « Alia carta de terra Raïambaldo. Ego Guigo conversus emi terram queestjuxta con- 
» daminam episcopi ab Reiambaido et filio ejus nomine Rainerio, ad opus episcopi Hugonis 
» et successoribus ejus. Et Morardus Jovencellus donavit tascham episcopo et laudavit 
» terram in manu )am dicti episcopi et successoribus suis, et tascham de terra Rosseti 
» similiter donavit episcopo, et terram si posset acquirere episcopus laudavit ei Morardus, 
» et terram Guile et infantum suorum Morardus laudavit episcopo , et laudavit terram 
» illorum hominum qui sunt participes terre Guile predicte, et terram Franconis Cassa 
» Pullum laudavit predicto episcopo. Et Bastardus dédit episcopo et laudavit terram pre- 
» dictam , et Morardus Senioratum laudat episcopo et successoribus suis et donationem de 
B terra predicti Raiambaldi et de terra Rosseti si potest illam episcopus habere, et terram 
» Guile et infantum suorum et terram Franconis Cassât Pullum. Propter hanc donatio- 
» nem donavit Guigo conversus Morardo predicto VI. solidos. Scripta ista carta X. kal. 
» decembris, anno millesimo centesimo VII* Incarnationis Dominice, indictione XV. S. 
» Guigonis conversi. S. Guilelmi Letardi. S. Asmundi. S. Guilelmi Martini. Amatus scripsit 
» hanc cartam. » 

2. Le r° et le v* des ff. eût été utilement indiqué sur les marges, comme dans d'autres 
Cartulaires de la même collection. 



d'histoire et de littérature. 4J 

Panni celles qui sont datées du règne de Rodolphe le Fainéant, il en est trois 
(A. VIII, IX et XXI) qui en font remonter le commencement avec certitude à 
994, mais comme elles sont des premiers mois de l'année on ne saurait en con- 
clure qu'il ait été pris de la mort de son père (19 oct. 99^; la ch. A. XIII laisse 
la même incertitude sur la manière dont on compta les années qui suivirent sa 
mort : on s'en servait en même temps que de l'empire de Conrad le Salique 
(A. XV). La ch. A. XIV constate l'interrègne qui suivit en Bourgogne la mort 
de l'emp. Henri III. — De quelle date faisait-on partir en Dauphiné l'ère chré- 
tienne? D'après M. M. « la chancellerie épiscopale de Grenoble, au moins sous 
«les pontificats de Hugues I", de Hugues II et de leurs prédécesseurs, a le plus 
» souvent suivi le système Pisan ; souvent aussi_,mais peut-être plus rarement, elle 
8 a suivi le système Florentin ou bien elle a pris le commencement de l'année à 
»Noël » (p. liv). Notons d'abord que toutes les chartes de ces Cartul., sans ex- 
ception, qui portent un millésime le prennent à l'Incarnation : on ne saurait citer 
aucun exemple de l'année prise à la Nativité. Des exemples fournis par l'éditeur 
en faveur du système Pisan un seul est concluant (A. III)'; une preuve d'un 
autre genre pourrait être tirée des années du pontificat de saint Hugues ^ qui, 
ordonné à Rome en 1 080 3 et dont la r^ année est fixée à cette date (B. LXXXV), 
devait être en 1 108 dans sa 29* année, en 1 109 dans sa 30% etc., mais cette 
supputation est contredite par la ch. B. VIII, la seule où l'indiction s'adjoigne 
à son pontificat. Le système Florentin a pour lui B. III, XX, XXXII et CIX (oïl 
l'ère d'Espagne est Jointe à l'ère chrétienne), outre l'usage suivi dans d'autres 
cartulaires dauphinois. Quant à l'indiction, M. M. assure qu' « en Dauphiné » 
elle « était comptée à partir du i " sept, (ib) » : il n'y eut pas de règle inva- 
riable à cet égard, et si on peut invoquer en faveur de ce sentiment B. IX, il a 
contre lui B. XXXI[4. 

Bibliographie. Sous ce nom nous entendons l'indication des sources mss. et 
imprimées de chaque pièce. Pour les premières l'éditeur s'est borné à renvoyer 
aux doubles ou aux triples des cartulaires eux-mêmes ; les originaux n'existant 

1 . A. XX (pas plus que A. XIII) ne prouve rien, en raison de la discordance des 
notes. 

2. Les données fournies à cet égard se résument ainsi : an. I: 1080; XXVIII : i" fév.- 
II juin 1108 (ou plutôt 30 mars 1108-1" fév. 1109); XXIX : 4 juin 1109; XXX : 11 
inai-2 nov. 11 10; XXXI : 21 avril- 16 mai mi. 

3. Sans doute au synode tenu par le pape le 7 mars (Jaffé, R. P. R., p. 434); c'est 
par erreur que M. M. dit que l'évèque ne revint à Grenoble qu'en 1081 (p. xxxj) : voir 
B. LXXXV et Cart. d'Oulx, n' CXC. 

4. Notons quelques erreurs de détail : A. XII , die VII' est l'équivalent déferla Vlh: 
la ch. est ainsi confinée entre le 2 mars loi 8 et le 30 mars 1029; A. XVII est du 21 nov. 
1033, où la lune 25 fut un mercredi; A. XVIII, 16 kal. junuz= 17 mai; B. X doit être 
du 12 juil. noo; B. XX est du 23 août, mais en lisant luna XIX au lieu de XX; B. 
XXVI, 5 id. maii = 1 1 mai ; B. XLVI est de 40 ans au moins plus récent : il- s'agit 
d'Aynard II; C. LU est de 1113, où le 22 nov. fut lune 10; G. GI, ce bref est de iioi- 
oj (Jaffé); G. CXXIII est du 2 déc, d'après une rectification précéd.; D. I serait de 899 
et non de 890, d'après le Règ. gin. {112 et 113), mais Ed. Mallet a joint à tort {Mém. 
et Doc. Soc. d'hist. de Gcn., t. IX, p. 456) à 1 15 la date de D. II. Nous omettons les 
rectifications de dates qu'amène le synchronisme des personnages qui figurent dans diverses 
ch. sans notes chronologiques. 



44 REVUE CRITIQUE 

plus et le Cartul. d'Aimon de Chissé ayant pris dans le recueil A de saint Hugues 
les pièces qui lui sont communes avec celui-ci, il n'y a rien à désirer à cet 
égard : seulement cette mention , au lieu d'être en note , devait figurer avant 
l'indication des- ouvrages qui ont déjà publié diverses pièces de ces recueils. A 
peu de chose près, les renseignements fournis par l'éditeur reproduisent ceux 
qu'avait donnés J. Ollivier dans sa Notice, et les compléments que nous avons 
recueillis sur ce point sont assez nombreux; pour éviter au lecteur une sèche 
nomenclature et abréger un compte-rendu dont les proportions tendent à 
dépasser la mesure, nous nous bornerons à signaler les pièces indiquées comme 
inédites qui ne l'étaient plus: A. V {Revue du Lyonnais, 3^ série, t. IV, p. 365), 

A. VIII (op. cit., p. 317), A. IX (1. c, p. 318'), A. XII {Docum.ined.relat.au 
Dauph., 6Miv., p. 29), A. XIII (op. cit., p. 30); B. XLV (Mabillon, Ann. 
Ben., t. V, p. 646; Valbonnais, Mém., p. 135, Hist., t. I, p. 133), B. XLVI 
(BoissiEU, Us. des fiefs, p. 488; Cartul. de Domina, p. 452), B. XLVII (Valbon., 
Mém., p. 358; Cart. de Dom., p. 379), B. XCV (Boissieu, op. cit., p. 447), 

B. CXIII ([Brizard], Généal. de Beaumont, t. II, p. 6); C. XV (Valbon., 
Mém., p. 135 ; Hist., t. I, p. 130); D. I {Mém. et Doc. Soc. d'hist. de Genève, 
t. IX, p. 455-6; Gai. Christ, nova, t. XVI, inst. c. 143)*. 

Notes. L'éditeur a jugé à propos de mettre au bas des pages de courtes anno- 
tations en latin, relatives particulièrement aux principaux personnages qui figurent 
dans les chartes; ces notules, qui se répètent volontiers à peu de distance, 
n'apprennent absolument rien de nouveau et l'auteur eût pu parfaitement s'en 
dispenser ou réserver ces renseignements pour l'index final. Ces annotauons ont 
même souvent le défaut de n'être pas au courant de la science. Prenons pour 
ex. les archevêques de Vienne (p. 62) : outre que l'auteur omet le jour de leur 
élection (quelquefois) et de leur mort (ordinairement connu), Rainfroi mourut en 
avril 907 (non 9 1 2) et fut dès cette année remplacé par Alexandre ; le successeur 
de ce prélat, Sobon, figure en deux diplômes de 927. L'existence de S. Thibaud 
n'est constatée que de 970 à 1000 env.; quant à son successeur, Burchard, que 
M. M. qualifie de saint (p. 30, 32 ' et 76) sans égard aux catalogues et au défaut 
de suite des démarches faites au xvii® siècle pour obtenir sa canonisation, il 
paraît dès ici i et mourut le 20 août 1030; donner à Léger pour dates extrêmes 
1037 et 1044, c'est ignorer l'existence du Cartulaire de Saint-Barnard de Romans 
publié par M. Giraud, où il est irrévocablement prouvé que ce prélat fut élu à 
lafmde 1030 et mourut le 12 juin 1070 (impart., t. II, p. 74); Armand n'est pas 



1. Et auparavant dans S. de Boissieu, Us. des fiefs, p. 493. 

2. Il y aurait diverses erreurs à relever, p. ex. A. XIX^ part. XXII pour part. II; B. 
XVI n'a été publié ni dans VHist. de Dauph. de Chorier, m par Valbonnais, m par J. Olli- 
vier, mais il l'a été dans le Cartul. de Domina, p. 387; D. II est dans Charvet, p. 657 
et non 239. 

3 . Ces deux notes sont d'ailleurs sans objet ; l'auteur s'y efforce vainement de concilier 
l'existence de Burchard archevêque de Vienne en 1042 avec l'épiscopat de Léger : dans 
ces ch. A. XIX et XX du comte de Savoie Humbert, il s'agit de Burchard III, arche- 
vêque de Lyon, alors dépouillé de son siège et relégué à son abbaye de Saint-Maurice en 
Valais, où il mourut le 10 juin 1046 (? De Gingins). 



d'histoire et de littérature. 45 

si inconnu que le dit l'auteur: c'est lui qui fut excommunié par Grégoire VII en 
févr. 1076 (Jaffé, p. 420), et non Warmond, qui lui succéda; la vacance qui 
suivit la mort de celui-ci, fut remplie par l'évêque de Valence Gontard, qui prend 
officiellement le titre d'archevêque de Vienne; Gui de Bourgogne, qui clôt la 
liste, fut élu en 1088 (non 108?). Une ou deux remarques encore : la ch. A. XX 
mentionne en 1042 un Aimo episcopus, « forsitan », dit en note M. M., « Aimo 
» vel Emmo archiepiscopus Tarentasiensis (p. ?2) » : le Carîul. de Romans lui 
aurait épargné cette conjecture erronée, car il mentionne (ch, 3 j) un Aimo Sedu- 
nensis episcopus atque Octodurensis, que M. de Vignet a supposé fils du comte 
Humbert (Mém. de VAcad. de Savoie, t. III, p. 278), hypothèse confirmée en 
1856 par M. Giraud à l'aide du cartul. A de Saint-Hugues encore inédit (1. c, 
p. 70) ' ; comme note à Guido Gebennensis [episcopus] (A. I) l'auteur écrit : 
« Guido I de Gebenna (cire. 1070-circ. 1 120) »; faisons observer : 1° que Fré- 
déric occupa le siège de Genève jusqu'en 1073 ; 2° qu'il eut pour successeur 
Borzadus; 3° que le Gui en question, qui vint après eux, était de Faucigny et 
non de Genève*. Pour finir remarquons que des doutes ont été élevés sur l'au- 
thenticité du diplôme de Charlemagne confirmatif du testament du patrice Abbon 
(Sickel, Acta Karol., K. 249*; qui range en outre parmi les spuria la confirma- 
tion de Louis le Débon., p. 42 j, 2°). 

Nous avons dit que l'auteur a inséré, parmi les Chartae supplementariae, deux 
pouillés, l'un du xiv% l'autre du xv* siècle. Le premier est publié d'après le ms. 
lat. 10031 de la Bibl. imp. (anc. Sup. lat. 982), qui comprend les pouillés des 
évêchés sufîragants de Lyon, Vienne, Besançon (en partie) et Tarantaise; ceux 
de Vienne, Valence, Die et Grenoble formaient déjà la 7^ livr. des Documents 
inéd. relat. au Dauphiné publiés par l'Académ. delphinale (Grenoble, 1868, in-8', 
ix-70 p.). Bornons-nous à quelques rectifications : p. 272, l. 5, Ville Navigii ^= 
Vallis Navigii; 7, Suta^= Sicca; 275, 20, Chapareillenc = Chaparail. ; 24, 
Ceneyo = Crueyo; 27, Balmarum -= Valm.; 276, 27, Chatelay = Chacel.; 29, 
Theyîhia = Theychia; 277, 8, Escomblainf— Escomblavif; ap. 1 1 ajouter: Capel- 
lanus Sancîi Xpisîofori de Scalis, xxv l.; 13, retrancher et; i8, Cartusia = Carta- 
séria. — Le 2* est l'œuvre de François Dupuis (officiai de Valence, puis officiai 
et vicaire général de Grenoble, enfin général des Chartreux), qui le dédia à 
l'évêque Laurent Allemand par lettre du i" janv. 1497. Le prétendu original, 
dont l'éditeur s'est servi pour sa publication, n'est malheureusement qu'une copie, 
superbe et correcte il est vrai; le véritable existe aux archives de l'évêché de 

1. Cet Aimon, évêque de Sion, figure encore dans ia ch. 212 du Cartul. de St-Anirc- 
It-Bas; il paraît en 1037 ^^ mourut le ij juillet 1054 {Mém. a Doc. Soc. Suisse rom., 
t. XVIII, p. 456). 

2. L'Odo episcopus des ch. A. VIII et IX était bien évêque de Belley, comme l'auteur 
l'a reconnu dans son errata. Il est étonnant que ces actes, non plus qu'une ch. d'échange 
entre ce prélat et Thibaud archevêque de Vienne (mss. arm. de Baluze, t. LXXV, ff. 354 
et 335 == Rev. du Lyon., y sér., t. IV, p. 75) n'aient pas été connus du continuateur 
du Callia Christ, qui lui consacre cette ligne (t. XV, c. 609) : « Odonis quoque veteres 
» soli codd. meminere • : il était évêque en 99 j (?), 1000 et 1003 ; ou Herdulftis doit le 
précéder, ou la ch. de 985 indiauée par D. Pitra (Arch. des mis., IV, loj) se rapporte 
a Hericius, nom plus rapproché d'Henricus que d'Herdulfus. 



REVUE CRITIQUE . 46 

Grenoble et nous l'avons sous les yeux. C'est un in-4° de papier, relié en par- 
chemin, qui renferme a. des statuts synodaux datés du 26 mars 1495, &, de 
nouveaux statuts du 13 mai 1495, c. le pouillé en question et d. un traité des 
visites pastorales : le tout écrit de la main de Franc. Dupuis, comme on peut 
s'en assurer en en comparant l'écriture avec celle de notes signées de lui au 
plat intérieur de l'Inventaire des archives épiscopales qu'il rédigea en 1499. Nous 
n'entreprendrons pas de donner ici la collation de ce précieux document, qui 
occupe à lui seul 1 52 pag. du volume de M. M. : nous préférons insister avec 
lui sur sa valeur incomparable ; comme il le dit fort bien (p. Ixxvj), « les érudits, 
» à quelque branche de la science qu'ils appartiennent, les géographes comme 
» les historiens, les statisticiens comme les économistes, trouveront un égal 
» profit à le consulter • . « 

Nous voici arrivé aux tables de l'ouvrage : i" index rerum (p. 423), sans expli- 
cation de la signification des mots 2; 2° index generalis nominum de tous les docu- 
ments publiés, D. XIII (le pouillé de 1497) seul excepté (p. 435); ■^° index gene- 
ralis magni polleli (p. 487); ^° index géographique (j^. 516). Dans i°et 2'' les 
renvois ont lieu par un chiffre indiquant la charte et une lettre signalant l'un des 
cartulaires : il eut été assez rationnel de suivre l'ordre inverse ; mais le système 
n'en eût pas moins été déplorable, car il est de principe qu'on ne doit renvoyer 
aux chartes que lorsqu'elles sont généralement plus courtes que les pages : le 
contraire ayant lieu ici, les recherches deviennent interminables, p. ex. dans A. 
XXII et les pouillés (C. I, D. XII et XIII). Il n'y avait aucune raison de former 
une table à part du pouillé de 1497, puisque l'index général renfermait des 
documents identiques. Bien que surchargé de renvois, l'index 2° ne fournit pas 
tous les renseignements qu'on peut être amené à lui demander, ainsi on ne trou- 
vera pas au mot Vienna quels archevêques de ce siège les cartulaires mentionnent. 
L'index géographique, dû à M. le chanoine Auvergne, doit laisser bien peu à 
désirer?, et ce n'est pas sans doute à lui qu'on doit la note suivante (p. 545) : 
« Saint-André-le-Bas, abbaye de l'ordre de Saint-Benoit, fondée en 11 64... » : 
la charte de fondation est de l'an 542 ! 

1. On trouve relaté dans le préambule historique de ce Pouillé (p. 299) un incident de 
la légende de Rolland approprie à Grenoble (cf. F. Meyer, dans Bibl. de l'Éc. des chart., 
6" s., t. III, p. 306), au sujet duquel nous avons retrouvé ce qui suit aux archives de 
l'Isère (reg. Liber copiarum civil. Grationop. [B. J07], f* xxxj) : De miraculo Rohlandi 
comitis quod apud Gracionopolim Deus per eum facere dignatus est, circa annum Domini octin- 
gentesimum. « Sed valde dignum est inter cetera ut ad Domini nostri Jhesu Xpisti decus 
» revocetur ad memoriam miraculum quod pro » suivi d'un malheureux etc. 

2. Voici le relevé de ceux qui manquent à Du Gange : Adstipulatio, Alpum, Archi- 
diaconia; Bateorium (au lieu de Battorium), Boxa, Buxia ; Garta mancipationis, Gartal- 
lum, Gasarica, Cavalcata, Gepis, Gespis, Ghabiscolus, Cintria, Givaa, Gorrea, Gorroa, 
Gyverium; Eimina, Eminaladge (et non Lemina Ladge), Eunucus, Expeaula; Fischalinus, 
Foiacia; Guadimonium; Investitio; Manglieria, Marescaldus, Molton, Monnerius ; Opilo- 
nicus; Paskerium, Polletus, Praepositalis ; Recipiens (agnus), Retroguarda; Sarclator, 
Sellionus, Siricarius; Treilla, Troienc; Ungli; Verbigarius, Vilania; Zin (manubria de). 

3. Au lieu d'être rangé suivant l'ordre des mots latins, il devait être rédigé à l'instar 
du dictionnaire géographique qui couronne si dignement les Cartulaires de Savigny et 
d'Ainay. 



d'histoire et de littérature. 47 

Ne rien dire de l'introduction serait injuste ; l'auteur l'a ainsi divisée : I. Des- 
cription et histoire des cartulaires, II. situation de l'évêché de Grenoble à l'avé- 
nement de saint Hugues, III. résumé de son épiscopat, IV. ses droits à la rédac- 
tion des trois cartulaires, V. remarques diverses tirées du texte des cartulaires 
(style et formules, protocoles et conclusions, sceaux, souscriptions, dates; con- 
ditions des personnes, dignités et titres honorifiques, professions diverses ; divi- 
sions territoriales, conditions des terres, fiefs et bénéfices; redevances et droits 
exigibles; mesures et monnaies), VI. pouillés. Elle tient bien ce qu'elle promet. 
Un certain bruit s'est fait autour du préambule de la ch. B. XVI, dans lequel 
saint Hugues expose comment les Sarrasins furent chassés du diocèse de Grenoble 
et quels furent les commencements de la souveraineté des comtes Guigues en 
Dauphiné. M. M. n'a pu se dispenser d'étudier la question, qui ne tendait à rien 
de moins qu'à enlever toute authenticité aux trois cartulaires ; sa conclusion est 
que « la charte XVI avec son préambule historique est inattaquable en tant que 
» document paléographique et moralement vraie; elle reproduit fidèlement, 
» sinon la vérité absolue des faits dans leurs détails, du moins la tradition popu- 
» laire dont l'évêque de Grenoble s'est fait l'écho (p. xxviij) » : ce jugement ne 
pourra guère être modifié, à moins d'exhumation de documents inconnus. Sans 
prétendre au mérite des savants prolégomènes dont M. Guérard a fait précéder 
les cartulaires publiés sous sa direction et qui, du reste, contiennent beaucoup de 
faits généraux qu'il n'est pas opportun de répéter à propos de chaque nouveau 
cartulaire, les remarques du § VI résument avec méthode les renseignements 
muluples que les trois cartulaires fournissent sur les institutions et les mœurs du 
moyen-âge. 

Sans être, absolument pariant, d'une très-grande importance pour l'histoire, 
cette publication sera un précieux auxiliaire pour tous ceux qui veulent étudier 
les XI* et xii'' siècles d'après des sources authentiques correctement éditées. Elle 
fait un incontestable honneur à l'érudition française. M. Marion a le droit d'être 
fier d'y avoir attaché son nom, et le soin avec lequel nous avons examiné son 
travail nous donne celui de l'en féliciter. 

U.C. 



13. — "Walther von der Vogel-weide, herausgegeben und erklsrt von W. WiL- 
MANNs. Buchhandlung des Waisenhauses, 1869. In-8*, viij-402 p. — Prix : 6 fr. 
(Gerraanistische Handbibliothek, hgg. von Julius Zacher, Ed. I). 

Les divergences qui se produisent entre les savants, quand elles conduisent à 
autre chose qu'à de stériles polémiques, tournent souvent à l'avantage du public. 
Les germanistes d'Allemagne sont depuis longtemps divisés en plusieurs groupes, 
qui ont poussé parfois l'hostilité plus loin qu'il n'aurait fallu, mais qui ont aussi 
exprimé leur antagonisme par une heureuse concurrence. La Bibliothèque dont 
M. Zacher a pris la direction est un fruit de cette tendance : elle est à la Zeit- 
schrift fiir deutsche Philologie ce que la collection des Classiques allemands, dont 
nous avons rendu compte, est à la Germania. On ne peut refuser à Pfeiffer, le 
regretté directeur de la Germania et le fondateur de la collection des Classiques^ 
le mérite d'une initiative que ses adversaires suivent après l'avoir combattue; 



48 REVUE CRITIQUE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE. 

mais en revanche il est naturel que l'exécution de la Bibliothèque soit supérieure 
à celle au moins des premiers volumes des Classiques, puisque les éditeurs groupés 
autour de M. Zacher peuvent profiter de toutes les façons, soit pour s'en appro- 
prier les bons côtés, soit pour éviter les côtés faibles des travaux des collabora- 
teurs de Pfeiffer et Bartsch. La comparaison du Walther de la Vogelweide de 
M. Wilmanns avec celui de Pfeiffer (voy. Rev. crit., 1866, t. I, p. 44), tourne 
en effet à l'avantage du dernier venu. Les deux entreprises, et spécialement les 
deux éditions du grand Minnesinger, ont le même but : rendre la lecture du 
texte moyen-haut-allemand possible même aux personnes qui ne font pas de 
l'ancienne littérature allemande leur étude spéciale. Les deux éditeurs s'y prennent 
de même façon, ou pour mieux dire M. Wilmanns a adopté le plan de Pfeiffer; 
chez l'un comme chez l'autre chaque pièce est précédée d'une courte notice et 
accompagnée de notes explicatives. Mais la manière dont ce commentaire est 
conçu diffère sensiblement dans les deux éditions : Pfeiffer suppose des lecteurs 
absolument étrangers à l'ancien allemand , et il leur donne des explications élé- 
mentaires très-complètes, mais, il faut le reconnaître, souvent trop complètes, 
prolixes et qui rappellent les notes de certains éditeurs d'auteurs latins au 
XVII* siècle; en outre il ne dépasse guère l'explication matérielle des mots et du 
sens. M. W. procède autrement : il s'adresse à des lecteurs qui sont déjà en 
possession des éléments de la grammaire du moyen-haut-allemand et il nous 
semble en effet que c'est à des lecteurs de ce genre qu'une édition de textes , 
même populaire, doit surtout s'adresser. Il évite ainsi ces explications souvent 
oiseuses et ces répétitions perpétuelles qui n'ont pas laissé à Pfeiffer de place 
pour un commentaire plus approfondi. Il cherche en revanche à pénétrer plus 
avant dans l'intention du poète, dans les finesses de la pensée et de l'expression, 
et à donner à ses lecteurs une connaissance exacte et vivante de la langue et de 
la poésie de Walther, par des rapprochements perpétuels entre le passage expliqué 
et d'autres tirés soit de Walther lui-même soit de ses contemporains. La notice 
introductive de chaque pièce n'est le plus souvent chez Pfeiffer qu'un argument; 
M. W. la consacre à une explication, généralement fort intéressante, des senti- 
ments sous l'empire desquels le poète a composé la pièce, de l'époque où il l'a 
écrite et de la forme poétique qu'il a adoptée. — L'Introduction, sur la vie, la 
langue, la poésie et la critique de Walther offrent les mêmes qualités, la même 
méthode strictement historique, la même abondance de renseignements précieux. 
— Les deux éditions se complètent l'une par l'autre ; grâce à elles, un Français 
qui ne sait que l'allemand moderne peut arriver à lire et à comprendre parfaite- 
ment le plu? grand poète lyrique allemand du moyen-âge , qui est en même 
temps, on peut le dire sans hésiter et d'une façon absolue, un très-grand poète. 
A celui qui voudrait le faire nous conseillerons de lire d'abord avec soin le texte 
dans l'édition de Pfeiffer pour être bien sûr de ce que le poète a dit, et de le lire 
une seconde fois dans celle de M. Wilmanns pour comprendre ce qu'il a voulu 
dire, pourquoi il l'a pensé et comment il l'a exprimé. 

Errata. — N» i, page 9, ligne 2 : « Weitz », lisez « Waitz ». 



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Nord. Les Casques de Falaise et d'Am- 
freville sous les Monts (Normandie). In- 
8*, 108 p. et 8 pi. Paris (lib. Didron). 

Longpërier (H. de). Tétradrachme iné- 
dit de Delphes. Attribution de diverses 
monnaies à la même ville. In-8*, 24 p. 
Paris (imp. Cusset et C*). 

Mardral. Conjecture sur l'origine et les 
commencements du Castrum nanciacum 
ou nanceium. In-8°, 16 p. Nancy (imp. 
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munauté des marchands fréquentant la 
rivière de Loir, etc. ; par M. P. Mantel- 
lier. Documents et glossaire. In-8*, 481 p. 
Paris (lib. Derache). 

Merx (A.). Grammatica syriaca, quam 
post opus Hoffmanni refecit. Partie II. 
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scaenico enarrando fontibus. Accedit de 
Polluccis libri secundi fontibus epimetram. 
In-8*, 91 p. Leipzig (Engelmann). 2 f. 75 

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Nationalphilosoph. In-8*, xxiv-347 p. 
Leipzig (Duncker et Humblodt). 8 fr. 

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Kûnste. 2. verb. u. verm. Aufl. III. Bd. 
2. Abth. Bearb. vom Verf. unter Mit- 
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étude historique. In-8*, viij-9$ p. Paris 
(libr. Durand et Pedone-Lauriel). 

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Magyars. Bohême et Hongrie, XV' s.- 
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interprètes edid. Prof. C. Tischendorf. 
EditioIV', 2 vols. In-8*, cxij-682u. 6i6p. 
Leipzig (Brockhaus). 16 fr. 

Zenker (J. T.). Dictionnaire turc-arabe- 
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Handwœrterbuch. 14. Hft. Cjr. in-4*, 
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N* 4 Cinquième année 22 Janvier 1870 



REVUE CRITIQUE 

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Secrétaire de la Rédaction : M. Auguste Brachet. 



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contre l'authenticité de ce drame). — Life of Mary Russel Mitford, told by her- 
self in letters, ed, by L'Estrange; Bentley (Simcox). — Rev. William Row- 
LANDs' Welsh Bibliography; edited and augmented by the Rev. Silvans Evans; 
Llanidloes, Pryse (H. Gaidoz). — Potier, Histoire de la faïence de Rouen; 
Rouen, Le Brument; R. Bordeaux, Les brocs à cidre en faïence de Rouen; 
Caen, Blanc-Hardel (F. Palliser). — Bleek, An Introduction to the Old Testa- 
ment, translated by Venables; Bell and Daldy; Keil, Manual of Historico-critical 
Introduction to the Old Testament, transi, by G. Douglas; vol. I; Edinburgh, 
Clark (Davidson). — Schulz, Alttestamentliche Théologie; Frankfurt a. M., 
Heyder u. Zimmer (Cheyne). — Bursian, Géographie von Griechenland , II; 
Leipzig, Teubner (Tozer). — Froude, History of England, vol. XI and XII; 
Longmans (Boose). — Kazwînî's Kosmographie, ùbersetz von D' Ethé; Leipzig, 
Fues (de Goeje). — De Vogué, Mélanges d'archéologie orientale (Nœldeke; cf. 
Rev. crit., 1869, art. 237). — Ovidii, Ex Ponto libri quattuor ed. Korn (R. Ellis). 
— RiTSCHL, Neue Plautinische Excurse (Nettleship, cf. Rev. crit., art. 107). — 
Ellendt, Lexicon Sophocleum, ed. altéra; Berlin (Campbell). 



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Correspondance de Napoléon I" publiée 
par ordre de Napoléon III. T. 32. In-4°, 
618 p. Paris (imp. Impériale). 

Coussemaker (E. de). Scriptorum de 



REVUE CRITIQ^UE 

D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

N* 4 — 22 Janvier — 1870 

Sommaire : 14. Comparetti, Œdipe et la mythologie comparative; Muller, 
Hermès-Sârameyas. — 15. Budenz, Études sur les langues ougriennes. — 16. Hotho^ 
Histoire de la Peinture chrétienne. — 17. Droysen, Gustave Adolphe. — 18. Teis- 
siER, État de la noblesse de Marseille. 

1 4. — Edipo e la mitologia comparata, saggio critico di Domenico Comparetti. 
Pisa, tipografia Nistri, 1867. In-8*, 90 p. 

Hermes-Sârameyas und die vergleichende Mythologie von Heinrich Dietrich Mul- 
ler. Gœttingen, Vandenbruck et Ruprecht. 1868. In-8*, 34 p. 

Nous avons réuni ces deux opuscules parce qu'on y trouve , sinon le même 
esprit , du moins une tendance analogue , ainsi que l'indiquent déjà les titres. 
L'un et l'autre veulent nous mettre en garde contre les abus de la méthode 
comparative en mythologie ; l'un et l'autre prennent un exemple sur lequel ils 
cherchent à faire la preuve de ces abus. Seulement, tandis que M. H. Dietrich 
MùUer s'attaque au fondateur de la mythologie comparée, à M. Adslbert Kuhn, 
le critique italien choisit son exemple moins haut : c'est sur un écrit composé 
par l'auteur du présent article qu'il fait sa démonstration. 

Quoique nous soyons de la sorte directement mis en cause, nous n'éprouvons 
aucun embarras pour remplir l'office de rapporteur. Il y a sept ans que nous 
avons composé notre essai sur le mythe d'Œdipe ' et nous nous sentons assez 
loin de ce travail pour en parler aussi librement que s'il était l'œuvre d'un autre. 
C'est plutôt dans l'intention de nous expliquer sur une question de principe que 
pour défendre notre ouvrage, dont nous connaissons bien les côtés faibles, que 
nous prenons la parole. Nous n'avons pas besoin d'ajouter que nous sommes 
rempli d'estime pour la science et pour le mérite de M. Comparetti. Si l'auteur 
s'est montré à notre égard, comme il le dit (p. 4^), minuto e rigoroso, nous ne 
songeons pas à nous en plaindre, et nous ne pouvons que lui être reconnaissant 
de l'attention qu'il a accordée à notre travail. 

Des deux écrits cités en tête de cet article, nous examinerons d'abord celui 
qui est le plus ancien en date et qui va le moins loin dans ses conclusions, c'est- 
à-dire celui de M. Comparetti. L'auteur n'est point un ennemi de la mythologie 
comparée , mais il trouve qu'en ces derniers temps le champ de cette science a 
été élargi outre mesure. On a voulu appliquer à des récits relativement modernes 
et d'un caractère purement moral une explication naturaliste ; on a cherché dans 
les Védas la clef de certaines histoires qui n'ont rien de commun avec les mythes 
védiques. L'histoire d'Œdipe est de ce nombre. Selon le savant professeur de 



I. Revue archéologique 1863. — Le livre de M. Comparetti est de 1867. Des occupa- 
tions plus pressantes nous ont empêché jusqu'à présent d'en rendre compte. 
IX 4 



50 REVUE CRITIQUE 

Pise, c'est un conte moral destiné à montrer que l'homme ne peut pas échapper 
à la fatalité et qu'un premier malheur en entraîne à sa suite une foule d'autres. 
Le destin condamne Œdipe à tuer son père et à épouser sa mère ; il commet ce 
double crime en dépit de toutes les précautions prises pour y échapper. Tel est 
le fond du récit. Quand on le réduit à ses éléments, on trouve, selon M. Com- 
paretti, qu'il se compose de trois actes, ou plutôt de trois formules bien connues : 
r des parents exposent leur enfant pour éviter un destin qui cependant s'accom- 
plit; 2° une reine ou une fille de roi est proposée en récompense à celui qui 
tuera un monstre; 3° une énigme est donnée à deviner, avec peine de mort pour 
celui qui n'y réussira point. Ces trois formules, qui reviennent perpétuellement 
dans nos contes, et qui, d'après le raisonnement de l'auteur, étaient déjà des 
lieux communs au temps où fut inventée l'histoire d'Œdipe, ont, en se combi- 
nant, fait tous les frais de cette histoire. 

C'est dans la seconde partie de son travail que nous trouvons cette interpréta- 
tion de M. Comparetti. La première partie est consacrée à la réfutation de l'ex- 
plication naturaliste que nous avions proposée. Rapprochant le Sphinx des 
monstres de même sorte qui figurent dans la mythologie grecque, ainsi que dans 
les plus vieux mythes de tous les peuples aryens, nous avions comparé la lutte 
d'Œdipe contre le Sphinx au combat d'Indra contre Vritra, de Persée contre la 
Méduse, d'Hercule contre Cacus. D'un autre côté, nous assimilions Œdipe aux 
dieux et aux héros qui figurent dans les combats de ce genre et nous voyions en 
lui un ancien dieu béotien, une personnification du soleil. Il allait de soi que dans 
le principe la victoire remportée par Œdipe avait été due à la force physique et à 
des armes matérielles. L'énigme ne s'était introduite dans son histoire qu'à une 
époque plus récente, et pour des raisons que nous avons indiquées '. 

M, Comparetti conteste dès l'abord cette première partie de- notre travail. 
Suivant lui, la défaite du Sphinx ne fait point partie essentielle de l'histoire 
d'Œdipe. C'est un simple épisode, un événement très-accessoire qui pourrait 
aussi bien manquer dans la vie de notre héros , et être remplacé par n'importe 
quelle autre prouesse. Le Sphinx n'est là que pour expliquer comment Œdipe a 
obtenu le trône de Thèbes et la main de Jocaste. C'est une pure formule. Peut- 
être, ajoute M. C, l'idée du Sphinx est-elle antérieure à l'histoire d'Œdipe; 
alors le monstre aura été inséré dans un récit avec lequel il n'avait primitive- 
ment rien de commun. Ce qui confirme M. C. dans cette conjecture, c'est 
qu'Homère, qui parle d'Œdipe, ne mentionne point sa victoire sur le Sphinx, et 
qu'Hésiode nomme une fois Œdipe sans parler du Sphinx, et une autre fois le 
Sphinx sans parler d'Œdipe. 

Arrêtons-nous ici un instant pour placer une observation. La méthode qui 
consiste à dégager d'un récit fabuleux un certain nombre de phrases prover- 
biales, sur lesquelles dans un âge postérieur on a construit la narration mytholo- 



I . Si nous n'avons pas dit expressément qu'Œdipe, à l'origine, était armé de la massue 
ou de l'épée, cela ressortait du moins de toute la suite de notre exposition, et nous n'au- 
rions pas pensé qu'un lecteur aussi clairvoyant que M. Comparetti s'y pût tromper. 



i 



d'histoire et de littérature. 51 

gique, n'est pas exempte de danger, et si M. Comparetti s'était attaché à montrer 
la latitude que cette méthode laisse aux mythologues, il aurait pu faire un travail 
non moins utile qu'inattaquable. On comprend aisément que l'interprète soit 
tenté d'élaguer, comme primitivement étranger au mythe, tout ce qui est con- 
traire à son explication. Mais pour être autorisé à signaler ce côté faible de la 
méthode comparative, il aurait fallu que M. C. évitât d'abord le même défaut 
en ses propres explications. Nous le voyons ici élaguer de la vie d'Œdipe un 
épisode dont il est embarrassé. C'est la défaite du Sphinx qui atteste principale- 
ment le caractère surnaturel du personnage. Il est clair que si l'on supprime le 
Sphinx, une grande partie du merveilleux disparaît de l'histoire d'Œdipe. Il ne 
s'agit que d'appliquer le même procédé au reste de la mythologie, et l'on n'aura 
point de peine à transformer l'histoire de Persée, de Thésée, d'Héraclès en récits 
moraux et en aventures purement humaines. 

Examinons maintenant de plus près cette conjecture de M. Comparetti, qu'au 
temps d'Homère et d'Hésiode la défaite du Sphinx ne faisait pas encore partie 
de l'histoire d'Œdipe. Les vers d'Homère se trouvent dans la Nekyia (Od, XI, 
270), et comme ils reviennent plusieurs fois dans l'argumentation de notre 
adversaire, nous allons en donner la traduction : « Je vis aussi la mère d'Œdipe, 
» la belle Epicaste, qui, par ignorance, commit un grand forfait. Elle s'unit à 
» son fils : celui-ci, ayant tué son père, épousa sa mère. Bientôt les dieux révé- 
» lèrent ces crimes aux hommes. Lui, souffrant croellement, il régnait sur la 
» belle Thèbes et commandait les Cadméens, par la funeste volonté des dieux; 
» elle, elle descendit dans les demeures solidement fermées d'Hadès, ayant 
» attaché une longue corde à la poutre élevée, emportée par sa douleur. Mais 
» elle laissa derrière elle à Œdipe beaucoup de maux , qu'exercèrent les Furies 
» de sa mère. » 

Où, dans ce court récit, qui se rapporte à Epicaste bien plus qu'à Œdipe, et 
qui nous jette aussitôt in médias res, puisqu'il commence par rappeler l'inceste, y 
avait-il besoin de nommer le Sphinx ? L'argument est si /aible que M. C. éprouve 
le besoin de le corroborer à l'aide d'Hésiode. Mais là encore le meilleur moyen 
de répondre, ce sera de citer les textes. 

C'est dans le célèbre épisode sur les différents âges du monde (Travaux et jours, 
vers 16^), que le poète vient à nommer Œdipe. Il parle des héros d'autrefois, 
que la mort a pris, les uns combattant à Troie pour Hélène à la belle chevelure, 
les autres à Thèbes 

liapvajjivo'j; fir^Itov êvEx' OlôiîiÔGao. 

Je demande pourquoi Hésiode aurait dû mentionner ici le Sphinx. D'un autre 
côté, dans la Théogonie (vers ^26), faisant la généalogie des monstres de la 
mythologie grecque, il nomme d'abord Typhon, Orthros, Cerbère, Echidna, 
l'hydre de Leme, la Chimère, après quoi il ajoute : 

f, ô'âfa «l'î/.' 6>.of,v TÉy.£ Ka5[jL£Îo'.!7iv ôÀsôpov. 

Quoique le nom d'Œdipe ne se trouve point ici (et dans une généalogie de cette 
sorte, il est parfaitement inutile), la mention des Cadméens prouve assez que dès 
l'époque d'Hésiode l'histoire du Sphinx était liée à celle de Thèbes. 



52 REVUE CRITIQUE 

Laissons donc de côté le témoignage d'Homère et d'Hésiode, qui, d'après le 
dernier passage cité, serait plutôt contraire à M. Comparetti, et examinons en 
elle-même sa conjecture que le Sphinx était primitivement étranger à l'histoire 
de notre héros. Si ce monstre existait dans l'imagination populaire, et si à 
l'origine il n'était point tué par Œdipe, je demanderai qui donc le tuait : car ces 
sortes d'êtres fantastiques n'existent que pour tomber sous les coups d'un adver- 
saire. Ce ne sont assurément pas les renseignements qui nous font défaut pour 
la mythologie des Grecs : il n^en est point qui soit mieux connue. Mythographes, 
historiens, poètes, scholiastes, voyageurs, monuments figurés, nous avons des 
témoignages en abondance : on sait que les variantes ne sont point rares et que 
des noms différents sont souvent donnés aux héros d'une même aventure. Pour- 
quoi ici n'avons-nous que le seul Œdipe ? et de quel droit substituerait-on un 
autre nom, qui ne se trouve nulle part, à celui qui nous est unanimement attesté? 

M. C. cite l'exemple des contes italiens et albanais où nous voyons figurer 
Orco et Drakos, quoiqu'ils soient sans aucun doute antérieurs à ces contes. 
Mais pour attribuer un rôle analogue au Sphinx, il faudrait que nous le vissions 
passer d'une légende dans l'autre, comme font Drakos et Orco, lesquels sont 
devenus des êtres typiques bons à paraître en toute occasion. Mais hors de l'his- 
toire d'Œdipe, nous ne rencontrons nulle part le Sphinx. L'analogie n'est donc 
pas exacte et le Sphinx est aussi inséparable d'Œdipe qu'Œdipe l'est du Sphinx. 
C'est ce qu'a reconnu un critique non prévenu , Schneidewin , dans un écrit 
auquel M. Comparetti a fait de larges emprunts (Die Sage vom Œdipus, p. 165). 
Réduisant le mythe à ses traits primitifs, il comprend la victoire sur le Sphinx 
parmi les faits primordiaux et essentiels de la légende. 

Nous passons maintenant à la suite de l'argumentation de M. C. Si l'on enlève, 
dit-il, de la vie d'Œdipe l'épisode du Sphinx, il reste un personnage purement 
humain : on ne trouvera aucune de ces aventures merveilleuses qui signalent or- 
dinairement la vie des dieux et des demi-dieux. Nous croyons, au contraire, 
qu'Œdipe, de même qu'il se montre le pareil de Bellérophon ou de Thésée par 
sa victoire sur un monstre, se fait aussi connaître pour le semblable de ces héros 
par d'autres événements de son histoire.' 

Prenons d'abord sa naissance. Il est exposé en venant au monde, comme 
Féridoun ou Romulus. Une tradition citée par le scholiaste d'Euripide (Phoe- 
nissae, 26 et 28) et par Hygin (fab. 66), le montre flottant sur l'eau dans une 
caisse comme Persée. Dans ce fait d'un enfant exposé, M. C. voit un acte par- 
faitement humain et tout à fait conforme aux mœurs d'un temps oiî le pouvoir 
paternel était illimité. Il est certain que si de tels actes ne s'étaient point présentés 
dans la vie réelle, ils n'auraient pu servir d'expression métaphorique aux phéno- 
mènes célestes. Mais quand on reconnaît une expression métaphorique de ce 
genre dans l'histoire de la naissance d'Apollon ou de Persée , il faut avoir de 
solides raisons pour prendre à la lettre le même fait dans l'histoire d'Œdipe. Il 
est incontestable que les épisodes d'enfant exposé sont fréquents dans les contes 
de fée : mais y avait-il déjà des contes de fée à l'époque où remonte l'histoire 
d'Œdipe, c'est ce que M. C. aurait dû démontrer par d'autres exemples. 



d'histoire et de littérature. 5 J 

Comme la naissance d'Œdipe, sa mort est entourée de circonstances merveil- 
leuses. On se le représentait continuant son existence au fond d'un souterrain '. 
Malgré l'autorité d'Homère, on plaçait son tombeau en différentes contrées de la 
Grèce, et c'était toujours en des lieux consacrés aux divinités les plus redoutées 
et les plus saintes. Si Sophocle réclame cet honneur pour Colone, ce n'est point 
uniquement, comme le suppose M. C, parce qu'Athènes était en rivalité avec 
Thèbes : le poète dit expressément qu'il s'appuie sur des traditions locales^. 
L'idée que la possession du tombeau d'Œdipe assurait la puissance au pays qui 
garderait ses cendres, nous rappelle le trésor des Nibelungen et les légendes 
analogues des mythologies germanique et Scandinave, et l'on ne voit pas com- 
ment une telle croyance aurait pu s'attacher au héros purement moral dont nous 
parle M. C. 

Enfin la vie d'Œdipe présente encore un autre exploit surnaturel, qui nous est 
attesté par un ancien poète béotien, la célèbre Corinne : c'est la victoire sur le 
renard de Teuraesse. Les circonstances de la lutte ne sont pas venues jusqu'à 
nous : nous savons seulement par d'autres récits qu'il était impossible de prendre 
ce renard à la course, qu'il ravageait la Béotie et qu'on mit à sa poursuite le 
chien de Kephalos, lequel ne manquait jamais sa proie. Il s'engagea entre les deux 
animaux une course et une poursuite sans fin, jusqu'à ce que Zeus les eût changés 
l'un et l'autre en rochers. C'est ce renard mer\-eilleux que, selon une très-ancienne 
tradition, Œdipe aurait vaincu. M. Comparetti se demande à quel moment de la 
vie du héros il convient de placer cet exploit, si c'est avant ou après le mariage 
avec Jocaste. Quelle que soit la décision du savant professeur en cette question 
de chronologie, nous sommes heureux de voir qu'il n'enlève pas ce haut fait de 
la vie d'Œdipe, et comme nous ne pouvons y voir une simple formule destinée à 
aider la narration, puisqu'il ne sert à rien dans le récit, nous supposons qu'il 
faisait partie des anciennes traditions relatives au dieu béotien. 

La légende d'Œdipe n'est donc pas aussi dépourvue de merveilleux que M. C. 
le pense. Ajoutons que 'la place qu'il occupe au commencement de l'histoire de 
Thèbes est une présomption de plus pour son caractère divin. En Grèce comme 
en Italie, comme en Germanie et en Perse, ce sont d'anciens dieux que nous 
voyons figurer à la tête des dynasties royales. Il n'est guère vraisemblable que 
l'antique ville de Thèbes fasse exception et qu'elle ait placé à son berceau la 
création d'un âge relativement moderne, le personnage d'un conte moral. 

Nous arrivons maintenant aux autres figures de cette légende. On sait peu de 
chose sur Laïos. Cependant les jeux funéraires célébrés en son honneur, la 
multiplicité des lieux où l'on montrait son tombeau, lieux pour la plupart dévoués 
aux divinités infernales 5, sont des indices qui ne doivent pas être négligés, et 
nous ne savons pas jusqu'à quel point M. C. a raison de dire qu'il est un uomo 

1. Otfried Mùller. Gesch. der griech. Literatuf, II, 136. 

2. Œd. Col. y. 62. Cf. Olfried Mûller. Ibid. — P.reller. Gr. Mythol. Il, p. 240. — 
C. Fr. Hermann. De sacris Colonis et religionibas cum Œdipi fabulât conjunctis. — Schnei- 
dewin. Die Sage vom Œdipus, p. 192. 

3. Schneidewin, p. 165, 175, 182. Apollod. HI, 15, 7. 



i 



54 REVUE CRITIQUE 

corne tutti gli altri. Le rapprochement du grec Xaô;, d'où Aâioç est dérivé, avec le 
sanscrit dâsa « ennemi , esclave , « ne nous paraît pas aussi impossible qu'à 
M. Comparetti, à M. Curtius et à M. Pott'. Le changement de d en X ne peut 
être nié aussi longtemps qu'on n'aura pas écarté U-fvri (pour oâ^v,')) , 'O.ucraeu; 
(pour '03u<Tffeu;) et Xiaxo; (pour Stffxo;)^. A CCS exemples, déjà cités par M. Max 
Mùller, nous ajouterons 8aaû; « velu » et Xàdco; (même sens). Au sujet du chan- 
gement d'un s en digamma, nous renvoyons à Kuhn, dans son journal, II, p. 267. 
Quant à la signification Xaé; « esclave, » elle est établie par le mot d'Hécatée 
que nous avons mentionné. 

Jocaste ou Epicaste n'est pas la seule femme d'Œdipe : en effet, on connaît le 
nom de deux autres, Euryganie et Astyméduse. Nous avons comparé ces femmes 
aux nuées d'abord captives (dâsapatnJs), puis délivrées par le héros et devenues 
ses épouses (dëvapatnls). M. C. objecte que rien ne prouve que les autres femmes 
aient été les femmes de Laïos. En effet, aucun mythologue ne le rapporte. 
Remarquons cependant qu'outre Jocaste, Laïos avait une femme nommée Eury- 
cleia, fille d'Ecphas; or, une des femmes d'Œdipe s'appelle Euryganie, fille 
d'Hyperphas?. Ces ressemblances de noms avaient déjà frappé Schneidewin. 
Selon M. Comparetti, c'est pour diminuer, au moins dans ses conséquences, 
rhorreur causée par l'inceste qu'on aurait inventé les autres femmes d'Œdipe. 
Une telle raison nous a étonné : si tout le récit, comme le suppose M. C, est 
destiné à produire une impression morale, un changement de cette nature (et les 
autres femmes d'Œdipe sont déjà mentionnées dans l'Œdipodie) va contre l'in- 
tention du narrateur. 

Dans cette phrase : « Œdipe est aveuglé, j» nous avons vu une expression 
poétique du coucher du soleil. M. C. convient qu'en admettant l'ensemble de 
notre interprétation, cette phrase ne peut signifier autre chose. Mais s'appuyant 
sur le texte d'Homère, notre adversaire croit que la cécité d'Œdipe ne faisait 
point partie de la légende primitive : il suppose qu'après la mort de Jocaste, le 
héros parricide et incestueux continua de régner sur la ville de Thèbes. On peut 
demander si c'est bien là le dénouement d'un conte moral, et s'il est dans le 
caractère de ces narrations de laisser impuni le principal coupable. Le â)>Y£a ttoW.oc 
d'Homère est une allusion évidente à un châtiment bien connu ; aucun récit des 
aventures d'Œdipe n'oublie de mentionner la cécité; enfin, les variantes qui nous 
sont parvenues sur la façon dont il a perdu les yeux Cil se les arrache lui-même, 
il a les yeux crevés par son père adoptif Polybe ou par les gardes de Laïos) 
prouvent que la tradition montrait Œdipe devenu aveugle, sans s'expliquer sur 
les causes de cet événement. 

Nous avons cherché à faire comprendre comment Œdipe a été changé en 
devineur d'énigmes. D'une part, les croyances populaires attribuaient aux 

1. Etymologische Forschungen, W , 56^. 

2. Ahrens, De dial. dor, p. 85. Max Muller, Chips, II, 171. 

3. Selon d'autres, Euryganie est une sœur de Jocaste. Ajoutons qu'Epicaste « la bril- 
» lante » est aussi le nom d'une femme de Zeus, et Jocaste « la violette » celui d'une 
femme d'Apollon. 



d'histoire et de littérature. 55 

monstres personnifiant la nuée une vertu prophétique. D'un autre côté, le nom 
d'Ot2t-6or,:, faussement compris, se prêtait à une invention de ce genre, puisqu'on 
y pouvait reconnaître le verbe oToa. On inséra dans la légende l'énigme sur 
l'animal à deux, trois et quatre pieds, et Œdipe devint celui qui connaît l'énigme 
des pieds. M. C. trouve l'explication assai ingegnosa : c'est un compliment que 
nous recevrions avec plaisir ; mais d'autres mythologues avaient déjà remarqué 
avant nous le rapport qui existe entre le nom d'Œdipe et l'épisode de l'énigme. 
Le passage de Sophocle : à \ir,ch eISw; OîSî-oy; montre très-bien comment on a 
pu jouer de la sorte sur le nom. M. C. ne veut pas que ce soit là une étymologie : 
il affirme que c'est un calembour. Pour dire la vérité, nous ne voyons pas 
bien à quoi tend cette distinction. Nous voulions seulement montrer qu'un Grec, 
soit sérieusement, soit en jouant, pouvait interpréter par le verbe oTSa la première 
partie du nom d'Œdipe. M. C. ne conteste pas qu'une fausse étymologie ait 
quelquefois donné naissance à un récit : mais il y faut, selon lui, une condition 
particulière. Il faut que l'étyraologie se transmette avec la narration à laquelle elle 
a donné lieu. Il est permis de douter que cette condition soit d'une nécessité 
absolue. On conçoit fort bien que la narration survive , tandis que l'étymologie 
est oubliée, surtout quand une autre étymologie finit par prévaloir. Nous en 
avons ailleurs cité un exemple. Athéné porte le surnom de TpiTovsvsta, c'est-à- 
dire la fille de Tritos. Le dieu Tritos étant tombé en oubli, le nom patronymique 
est devenu inintelligible. Comme TpiTw, dans le dialecte éolien, signifiait « tête », 
on inventa la célèbre histoire d'Athéné sortant de la tête de Zeus. Mais cette 
étymologie fut à son tour oubliée et celle qui prévalut est : « née sur les bords 
» du fleuve Triton. » Pour revenir à Œdipe, on comprend fort bien qu'on ait 
laissé dans l'ombre l'étymologie que nous avons indiquée , puisque la légende 
mentionnait une autre circonstance, celle des pieds percés d'une lanière, d'après 
laquelle le héros aurait été dénommé. 

Je craindrais d'abuser de la place qui m'est concédée dans ce recueil , si je 
poursuivais plus loin la discussion. Aussi bien avons-nous mentionné les objec- 
tions principales. Citons seulement encore une assertion de M. C. Nous avons 
fait remarquer que le Sphinx est envoyé par Héra, exactement comme les 
monstres détruits par Héraclès. Selon M. C, il y aurait contradiction, dans notre 
système, avoir là une circonstance primitive du mythe. M. C, au moment où il 
mettait cette inconséquence à notre compte, n'a pu se défaire de son idée de la 
fatalité et des dieux vengeurs. Mais si Héra, comme l'admet encore tout récem- 
ment M. Pott ', est la personnification de l'atmosphère, où est la contradiction? 

En finissant, je toucherai à une question plus générale. Habitué à étudier 
l'histoire et la filiation de nos contes de fée, M. Comparetti, en retrouvant dans 
la vie d'Œdipe quelques-uns des épisodes ordinaires de ces contes, a cru que la 
légende d'Œdipe pouvait être placée parmi cette sorte de récits. Nous pensons qu'il 
a confondu deux âges bien différents et nous craignons qu'il n'ait commis une sorte 
d'anachronisme. Certes, je suis loin de prétendre qu'il faille voir des dieux solaires 



Recherches étymologiques , III, p. 925. 



56 REVUE CRITIQUE 

dans tous les personnages qui tuent des monstres et délivrent des princesses enchaî- 
nées. Mais avant d'entrer dans la mise en scène de tous les contes, il faut que ces 
incidents aient figuré en des récits où ils avaient leur raison d'être spéciale. C'est 
par les mythes proprement dits qu'ils devinrent assez familiers à l'imagination 
populaire pour devenir des lieux communs, et pour passer dans une seconde 
couche de narrations merveilleuses, savoir les contes moraux et les contes de 
fée. On ne s'expliquerait pas pourquoi les mêmes incidents ou, comme dit M. G., 
les mêmes formules, se trouvent en Germanie et en Grèce , dans des temps qui 
excluent l'hypothèse d'un emprunt, si derrière la formule ne se trouvait pas la 
croyance naturaliste. On a dit avec raison que les contes de fée sont le résidu 
de la religion d'un peuple. Peut-on placer un résidu de ce genre aux temps 
reculés qui ont précédé Homère et Hésiode : nous ne le pensons point et il 
appartenait à M. G. de l'établir. . 

Je passe maintenant au second des travaux inscrits en tête de cet article. 
M. H. Dietrich Mùller, auteur d'une Mythologie des races grecques ', ne veut pas 
qu'on cherche dans les Védas les origines des divinités grecques, lesquelles sont, 
selon lui, purement helléniques*. Ou plutôt, il demande qu'on introduise une 
gradation. D'abord on étudiera les croyances et les dieux des différentes races 
entre lesquelles se partage la Grèce; puis, ce qui se sera trouvé, non pas seule- 
ment dans une seule race, mais dans toutes, devra être considéré comme appar- 
tenant à la souche grecque, et on pourra alors établir des comparaisons avec 
quelque autre peuple, soit les Romains, soit les Teutons, et ce n'est qu'en troi- 
sième et dernier lieu qu'on devra rechercher quel était le fonds commun des 
croyances indo-européennes. Rien, à première vue, ne paraît plus logique et 
plus sage. Mais l'expérience ne confirme pas les vues de M. D. Mûller. Il arrive 
qu'un ancien nom ou une vieille croyance ne s'est conservée que dans un seul 
coin de la Grèce, et que, pour en trouver les analogues ou pour en découvrir 
l'explication, il faut aller, sans station intermédiaire, jusque dans l'Inde ou dans 
la Germanie. La grammaire comparée a montré depuis longtemps ce qu'il faut 
penser du procédé recommandé par M. D. Mùller. Souvent un mot tout à fait isolé 
en grec se rattache à une racine qui a donné de nombreux dérivés en sanscrit, en 
gothique ou en lithuanien. Souvent une forme anomale est le seul débris qui 
existe d'une flexion restée usitée dans les langues congénères. Ce qui est vrai 
pour le langage ne l'est pas moins pour la religion. M. D. Mùller, qui parle de 
la grammaire comparée en termes pleins d'estime, et qui à l'occasion ne craint 
point de citer des racines sanscrites, n'a pas le droit de contester en mythologie 
la méthode qu'il admet en linguistique. 

1. Mythologie der griechischen Stamme. Gœttingen, 1857-69. 2 vol. Le travail dont le 
titre est inscrit en tête de cet article est un extrait du tome II. 

2. M. D. Mùller s'en prend à la comparaison faite par M. Ad. Kuhn entre Sdramejas 
et ïpfjieîaç. Nous n'avons pas à défendre un rapprochement qui a rencontré une adhésion 
à peu près unanime. Nous ferons seulement remarquer la singulière difficulté élevée par 
M. D. Mùller au sujet du / de Sdramejas : il aurait fallu, dit- il, une forme 'Hpejxeitaî 
avec deux t. On peut se contenter de renvoyer le critique à la grammaire sanscrite de 
Bopp, § 49, a. 



d'histoire et de littérature. 57 

La polémique de M. D. Muller nous a rappelé de point en point ce que l'ex- 
cellent Dœderlein écrivait vers 1839 '. Dœderlein admet la comparaison du latin 
avec le sanscrit : mais seulement , comme il le dit , en dernière instance et en 
cassation. Les premières instances sont représentées par le grec, puis par les 
autres langues de l'Europe; quand ces recours de droit sont épuisés, la permis- 
sion est accordée d'aller chercher un arrêt suprême en Asie. Malheureusement 
les exemples que Dœderlein cite (non sans une certaine satisfaction) comme les 
fruits de cette façon d'agir, sont déplorables ; membrum est un redoublement de 
[ic'po;, imo est la forme syncopée de âTyawç, etc. Nous ne voulons pas juger ici en 
passant le livre de M. D. Muller. Malgré ses vues systématiques et le ton agres- 
sif qui en rend la lecture fatigante, il nous a paru intéressant et instructif : mais 
les meilleures pages du livre nous ont semblé précisément celles où l'auteur, 
distinguant le caractère particulier que les anciens dieux ont pris dans chaque 
tribu hellénique, a fait, sans y songer, de la mythologie comparative. 

Ce n'est pas en limitant ses recherches, mais en les dirigeant au contraire de 
tous les côtés, que la science des religions gagnera en solidité. Qu'on examine 
les étymologies proposées il y a trente ans par des hommes comme Bopp et 
comme Benfey : combien sont aujourd'hui abandonnées! Mais la méthode, au 
fond, est restée la même. Elle est devenue plus sûre et plus pénétrante par 
l'emploi journalier qui en a été fait. Pareille chose aura lieu pour la mythologie : 
si cette dernière science ne s'avance qu'avec une certaine lenteur, cela tient à 
une difficulté particulière. En effet, comme le faisait remarquer récemment 
M. Spiegel, quand on examine la filiation des mots, le critérium est double : on 
a tout à la fois, pour se guider, la forme et le sens. En mythologie, le second 
critérium est presque toujours douteux , parce que nous ignorons le caractère 
primitif des dieux et que c'est le plus souvent d'après le nom que nous sommes 
obligés de le deviner. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner si des recherches aussi 
difficiles n'avancent pas très-rapidement. Et cependant, qu'on jette les yeux sur 
les systèmes qui se produisaient avant que la mythologie comparée nous eût 
donné des idées plus exactes sur la formation des mythes et sur la nature des 
anciens dieux ; qu'on examine ce que les adversaires mêmes de cette science lui 
doivent, et combien, par exemple, les vues de M. D. Muller sont éloignées de 
celles de Creuzer : on ne pourra alors douter que la voie ouverte il y a vingt ans 
par Adalbert Kuhn et par Max Muller ne soit la véritable. En mythologie comme 
ailleurs, la première condition pour bien voir, c'est avant tout de ne point se 
mettre des œillères. 

Michel Bréal. 



15. — Ugrische Sprachstudien von D' Jos. Budenz I. Pest, Ludwig Aigner, 
1869. In-8*, 60 p. — Prix : 2 fr. 75. 

Le peuple magyar est le seul de toute la race finnoise qui ait pris rang dans 
l'Europe civilisée: le christianisme, la chevalerie, une forte constitution aristo- 



Synonymcs latins, VI, p. 210. 



58 REVUE CRITIQUE 

cratique, d'heureux mélanges avec les races voisines l'ont placé bien au-dessus 
des peuples ses frères dans l'histoire et dans la politique européenne. Mais il est 
fier de son origine et, pour ainsi dire, de son isolement ethnographique au milieu des 
indo-européens; il ne rougit point des parentés les plus barbares. Les philologues 
hongrois ont commencé il y a trente ans de périlleuses excursions en Sibérie et 
dans le nord de la Russie d'Europe : Reguly et après lui Hunfalvy ont établi la 
parenté des Magyars avec les autres peuples ougriens ou finnois. Un dessein 
pareil a récemment inspiré à M. Vambéry son héroïque « Voyage d'un faux 
» derviche. » 

En général ces travaux sont écrits dans la langue nationale. Aujourd'hui nous 
recevons de Pesth une première étude sur les langues ougriennes, écrite en 
allemand et par un Allemand, car, sauf erreur, le D' Budenz n'est point d'origine 
magyare. C'est donc un travail plus accessible au public instruit, et d'ailleurs 
digne de son attention. 

La question est fort limitée, mais elle réclame une explication préliminaire. 

Les langues touraniennes n'ont pas de pronom possessif répondant à mon, ton, 
son, notre, votre, leur, mais des affixes possessifs. Ainsi en hongrois père se dit 
atya, mon père atyam, notre père atyank. — De même les Tchérémisses (peuple 
voisin de Nij ni- Novgorod) disent Kudo, maison, Kudona, notre maison, Kudoda, 
votre maison, etc. 

Le D"" Budenz s'occupe des affixes qui répondent à notre, votre, leur. Parcou- 
rant toutes les langues finnoises depuis la Finlande jusqu'aux Vogouls de Sibérie 
et jusqu'aux Magyars, il remarque le rôle considérable que joue la lettre n. Il la 
trouve fidèlement conservée dans la plupart de ces grammaires, celle des Syrjanes 
(peuple établi entre la Kama et la Dwina du Nord) : — nim, notre, — nïd, 
votre, — nïs, leur. Il croit la retrouver partout ailleurs sous les formes modifiées 
par l'usage et le temps. 

Quelle est la valeur de cet n? M. B. soutient contre Castren, auteur de grands 
travaux sur la langue syrjane, que ce n'est point un signe du pluriel, mais que 
cette lettre, ce « coaffixe » a une valeur déterminative, qu'on la retrouve dans 
les adjectifs démonstratifs de toutes ces langues et même dans le pluriel des 
conjugaisons déterminées. — Il faut encore expliquer ici que plusieurs langues 
finnoises ont pour chaque verbe deux conjugaisons. En hongrois varok signifie 
j'attends, vdrom je /'attends, le régime est alors déterminé. — Ainsi dans la for- 
mation des langues finnoises il y aurait eu une étroite connexion entre les trois 
déterminations exprimées par l'adjectif démonstratif, le pronom possessif, et le 
verbe. 

Je n'oserais me prononcer sur cette question ; mais dans tous les cas le travail 
du D' Budenz prouve clairement la parenté des langues finnoises et fournit au 
lecteur, avec de curieux exemples, de précieuses notions. 

Edouard Sayous. 



d'histoire et de littérature. 59 

i6, — Geschichte der christlichen Malerei, in ihrem Entwicklungsgange darge- 
stellt von H. G. Hotho. 2* livraison, 241-376 p. Stuttgart, Ebner et Seubert, 1869. 
— Prix : 4 fr. 

Nous avons annoncé dans le temps le premier fascicule de VHisîoÏTe de la 
peinture chrétienne, de M. Hotho, professeur à l'Université et directeur du cabinet 
des estampes de Berlin. Le second fascicule vient de paraître, et il ne sera pas 
le dernier, car il ne comprend que la peinture italienne et allemande du xiv* s. 
Il mérite les mêmes éloges que son aîné, et aussi quelques critiques. 

Parcourons-les séparément. Le point de vue auquel s'est placé M. H. est 
fort élevé, il nous prouve que l'auteur est un penseur autant qu'un savant; les 
événements politiques, religieux et autres qui ont exercé une certaine influence 
sur le développement de la peinture, l'intéressent profondément et lui donnent la 
clef de mainte révolution artistique. Le tableau qu'il en trace est clair et facile. 
L'appréciation des monuments témoigne d'un jugement sain et mûr, et elle repose 
généralement sur l'examen direct des sources, bref M. H. se montre aussi bon 
critique qu'historien. 

Mais le mobile même de son livre, le besoin d'une histoire de la peinture 
chrétienne, ne nous paraissent pas aussi faciles à démontrer. Après les ouvrages 
généraux de Kugler, de Schnaase, après les ouvrages plus restreints de Waagen 
(et de Foerster '), tous d'ailleurs appuyés sur un fonds immense d'observations 
et de découvertes personnelles, la part des généralités se trouve assez large, et 
les droits du grand public assez sauvegardés. Le devoir de notre génération est 
plutôt de combler les lacunes qu'ils ont laissées , d'éclaircir et de discuter leurs 
doutes et leurs conjectures, en un mot de nous livrer aux études spéciales. La jeune 
école a compris ce rôle, et le livre de M. Woltmann est là pour nous dire avec 
quel succès elle l'a rempli. Elle a vu que les efforts de deux ou trois générations 
de savants ne sont pas de trop pour reconstituer l'histoire d'une longue série de 
siècles, et qu'avant de planer de nouveau sur l'ensemble des styles et des genres 
il faut affermir et consolider notre connaissance des détails. 

En effet que ne nous reste-t-il pas à apprendre dans la période même qu'a 
déjà traitée M. Hotho, et dans celle qu'il est sur le point d'aborder ? Quel jour 
nouveau ne se répand pas en ce moment même sur la peinture italienne , grâce 
aux travaux de Crowe et Cavalcaselle, et comment oser faire l'histoire de cette 
contrée avant que ces deux savants n'aient terminé leur publication'.' Si nous 
passons à la peinture allemande et flamande les ténèbres seront plus épaisses 
encore. Quand on pense qu'un maître de l'importance de Gérard David n'a été 
restitué à l'histoire qu'il y a peu d'années, que des artistes tels que le maître de 
la Mort de la Vierge, celui de la Passion de Lyversberg , celui du Rétable d'Issen- 
heim, etc., sont encore inconnus, on se demande s'il est possible d'aspirer à 

1. Je ne cite ce dernier que pour mémoire, son livre ne répond plus à l'état actuel de 
la science. 

2. Le 4* volume est imprimé, à ce que j'apprends, mais il ne sera livré au public qu'avec 
le cinquième, qui est encore sous presse. — A Leipzig on fait en ce moment une édition 
allemande origmale. 



6o REVUE CRITIQUE 

écrire l'histoire d'un art et d'une époque dans lesquels ces anonymes tiennent 
une si grande place. Dans une thèse spirituelle et paradoxale M. Ruelens n'a-t-il 
pas pu nier la participation réelle ' de Hubert van Eyck à l'œuvre capitale de la 
peinture septentrionale du xv^ siècle, à l'Adoration de l'Agneau, avec autant de 
vraisemblance que d'autres l'affirmaient». Enfin en quittant les livres pour par- 
courir les galeries de l'Allemagne, l'incertitude augmente encore s'il est possible : 
nous nous trouvons en face de centaines de tableaux 3 sans nom , dont l'origine 
et la date reposent sur les attributions les plus fantaisistes ! 

Il faut donc se borner à des généralités bien vagues si l'on ne veut point à 
chaque pas avouer son ignorance et son impuissance relativement à tous ces 
problèmes. 

Une fois condamnation passée sur cette condition essentielle, l'ouvrage de 
M. H. a droit à un accueil sympathique. Les matières contenues dans le présent 
fascicule offrent beaucoup d'intérêt par elles-mêmes, et un intérêt non moindre 
par la manière dont elles sont présentées au lecteur. L'Italie y compte Giotto, 
l'école de Sienne, Orcagna, etc. ; l'Allemagne y figure pour l'École de Bohême. 
Nous examinerons en détail cette dernière. 

M. H. a consacré tout un chapitre à cette école, dont le nom fait le désespoir 
de bien des patriotes allemands, et il lui a payé un juste tribut d'éloges. Mais il 
ne me semble pas avoir assez insisté sur son rôle dans le développement de la 
peinture chrétienne. 

L'Ecole de Bohême représente un côté important du christianisme, le côté 
sentimental , et elle l'exprime à ravir , malgré la grossièreté des procédés et la 
barbarie du dessin; elle excelle dans les attitudes rêveuses, dans les gestes d'un 
pathétique touchant 4, frisant quelquefois la mignardise, dans la douceur des 
physionomies, et dans la délicatesse de la couleur; le fantastique lui est familier. 
Il aurait fallu montrer en quoi ces qualités diffèrent de celles du reste de l'Alle- 
magne, en quoi elles tiennent au génie de la race tchèque, etc. 

Le développement de cette école au contraire est bien marqué par M. H. ; il 
ne reconnaît que deux degrés, et montre avec beaucoup de justesse que les 
artistes du règne de Wenceslas ne sont que les continuateurs des maîtres de la 
cour de Charles IV. La première de ces divisions comprend le commencement 
du xiv^ siècle (jusqu'à i ^46, date de l'avènement de Charies IV). Dans cette 
période naissent d'importantes peintures murales et des miniatures de la plus 
grande beauté. Parmi ces dernières M. H. ne cite quçlePassionale^ de Prague. 

1 . Ou plus exactement « qu'il est mort laissant l'œuvre à peine commencée. » 

2. M. Hotho lui-même a publié de 1855 à 1858 2 volumes sur l'École de peinture de 
Hubert van Eyck. 

3. Quel contraste curieux! en France de nombreux noms d'artistes de la Renaissance 
et presque pas d'œuvres , en Allemagne d'innombrables tableaux dont les auteurs sont 
inconnus. 

4. P. ex. la Vierge jetant les bras autour du cou de son fils bien-aimé qu'elle vient de 
retrouver et J.-C. caressant la joue de sa mère de sa main amaigrie. — Saint Jean au 
pied de la croix appuyant tristement la tête sur sa main droite. Etc., etc. 

5. M. H. a le tort de ne jamais indiquer les n" des mss. qu'il cite. Le Passionale se 
trouve à la bibliothèque de l'Université de Prague. 



d'histoire et de littérature. 6i 

Un livre de prières (en latin et en tchèque, Bibl. imp. de Vienne, n" 1939, 
Waagen, t. 2, p. 26), quoique moins réussi, aurait dû être décrit parmi les 
manuscrits de cette période, il est fort curieux pour l'histoire de cette école et 
certaines miniatures sont fort belles (^Naissance de l'Enfant , Descente de Croix , 
etc.), son ornementation est plutôt allemande que bohème, et les miniatures 
paraissent provenir d'un peintre plutôt que d'un enlumineur. 

Du célèbre Passionale dont Wocel et Waagen ont déjà donné quelques repro- 
ductions, M. H. ne cite comme parfaitement exécutées que V Entrevue de la 
Vierge et du Christ et la Création d'Eve. Qu'il nous permette d'ajouter la face 
du Christ (Véronique) entourée d'instruments de torture, le Christ à cheval, la 
Vierge amare flentem (fol. 11), tous chefs-d'œuvre. Pourquoi ne pas parler de 
l'exécution de l'original, qui est si curieuse ! M. H. se borne à dire « dessins à 
» la plume légèrement coloriés, » cela ne suffit pas. Tout un système technique 
est devant nous. Ce « coloris léger » se retrouve dans tous les monuments de 
cette école ; dans les miniatures et dans les peintures sur bois les parties lumi- 
neuses sont tellement claires et transparentes qu'on aperçoit le fond même du 
parchemin, ou de la couche de craie qui couvre la planchette. La préparation et 
la composition de la couleur doivent aussi avoir quelque chose de particulier, 
car dans le ms. dont nous nous occupons elle s'est écaillée d'une manière diffé- 
rente de celle des manuscrits à miniatures des autres écoles. Enfin toujours dans 
ce Passionale l'absence d'ornementation contraste fortement avec la richesse des 
miniatures de la Bohème de l'âge suivant, et prouve qu'on attachait dans cette 
première période plus d'importance à la figure humaine et à la pensée qu'aux 
savantes combinaisons de lignes, et au luxe des couleurs. 

Notons en passant que M. H. a donné (i?i2) la vraie date du ms. que 
Waagen avait lue iji6 (millesimo trecentesimo duo decimo, se.xto Kalend.)en 
sautant le duo placé au bout d'une ligne et en rapportant le sexto à decimo. 

Toute cette première période n'a pas reçu assez de développements dans 
l'Histoire de la peinture chrétienne. 

Dans le tableau de l'époque suivante (134^"' 37^) M. H. fait entrer les diverses 
hypothèses sur l'influence italienne et française ; il ne se prononce cependant pas 
d'une manière définitive sur ces deux importantes questions. Il fait équitablement 
la part des éléments allemands et tchèques qui entrent dans la formation de cette 
brillante période, il ne pense pas, comme quelque savants allemands trop 
patriotes, à refuser à la Bohême la paternité d'un style dont Prague a été le siège ; 
et du fait que l'Italien Thomas de Modène, et l'Allemand Nicolas Wurmser de 
Strasbourg ont exécuté à la cour de Charles IV à Prague des travaux importants, 
il ne conclut pas que la Bohême n'a fait que servir d'asile à la nouvelle école. 
Les manuscrits qu'il range dans cette période me sont inconnus. — VÉvan- 
géliaire de l'archiduc Albert VI, de 1 ^68 (Bibl. imp. Vienne, n° 1 182) qui aurait 
dû trouver place dans cette partie du livre, a été relégué dans la 3 "^ période 
(règne de Wenceslas), p. 372, M. H. pour le caractériser n'emploie que le mot 
excellent (trefftich) ce qui est insuffisant pour ce chef-d'œuvre de décoration. 
— Quant aux peintures proprement dites M. H. propose de rendre à Théodoric 



62 REVUE CRITIQUE 

de Prague le Christ sur la Croix du Belvédère qui portait jusqu'ici le nom de 
Nicolas Wurmser. Je ne vois pas trop la nécessité de ce changement ni les 
avantages de cette nouvelle attribution. 

Dans la description des monuments de la ^^ période de V Ecole de Bohême, 
M. H. n'accorde pas assez de place à la Bible de Wenceslas qui est un répertoire 
inappréciable pour l'histoire des arts et des 'mœurs, et il ne mentionne même pas 
la Bulle d^or écrite en 1400 pour le même empereur (Vienne, Bibl. imp. 5 ^8) qui 
renferme une foule de portraits admirables. Toutes ces lacunes nous font regret- 
ter que l'auteur ait traité si sommairement une école si curieuse et si peu 
connue. 

Dans le prochain fascicule M. Hotho donnera sans doute l'histoire de l'école 
de Cologne , le pendant de VÉcole de Bohême, nous l'attendons avec impatience 
et nous espérons qu'il lui accordera des développements plus étendus. 

Eugène Mûntz. 



17. — Gustaf Adolf von G. Droysen. Bd, I. Leipzig, Veit u, Comp. 1869. In-8*, 
xiij-569 p. — Prix : 8 fr. 

Ce nouvel ouvrage sur Gustave-Adolphe, qui sort de la plume de M. G. Droysen, 
professeur extraordinaire à l'Université de Gœttingue et fils de Péminent historien 
de Berlin, se distingue des nombreux ouvrages parus sur le même sujet'. Ce 
n'est pas une biographie proprement dite du grand roi de Suède; ce n'est pas 
non plus l'histoire de ce pays pendant le règne de son plus illustre monarque. 
L'auteur n'a voulu retracer dans son ouvrage que l'histoire des événements d'une 
importance européenne dans lesquels Gustave- Adolphe a joué un rôle aussi court 
que brillant. C'est donc à vrai dire, une histoire de la politique extérieure de 
son héros dont M. D. nous offre ici le premier volume. L'anecdote, le détail 
biographique est presque partout absent, et l'homme avec ses qualités et ses 
défauts, s'efface derrière le diplomate et le guerrier. Cette façon d'aborder le 
sujet est assurément légitime, d'autant plus qu'elle tend à rejeter du cadre de 
l'ouvrage une série de faits assez souvent racontés déjà, pour consacrer plus de 
place au récit de négociations secrètes fort inexactement connues ou même entiè- 
rement inconnues jusqu'à ce jour. Seulement elle présente un danger que M. D. 
n'a pas assez complètement évité peut-être. La personnalité de Gustave-Adolphe 
lui-même ne ressort plus assez dans le récit de cet enchevêtrement d'intrigues 
diplomatiques, étendu comme un réseau sur l'Europe entière, et nous perdons un 
peu trop de vue quelquefois l'homme dont le nom est inscrit en tête de l'ouvrage. 
En fouillant les archives de Dresde, de Munich et de Berlin, en exploitant surtout 
les recueils de documents suédois et danois^, qui étaient restés lettre close pour 
la plupart des historiens allemands, M. D. a montré pour la première fois dans de 
grands détails — et c'est là le mérite et l'originalité de son livre — comment 



1. Les ouvrages de Gfroerer, Cronholm, Fryxell, Flathe, etc. 

2. Les recueils de Hallenberg, Hammarstrand, Molbeck, etc. 



d'histoire et de littérature. 63 

la guerre de Trente Ans, dès son origine, a successivement attiré dans son 
orbite tous les États de l'Europe et combien l'attitude des différents gouverne- 
ments étrangers a souvent influé sur la marche des affaires en Allemagne. On 
aperçoit bien, en lisant son ouvrage, que cette longue lutte n'a pas été seulement 
une guerre civile , religieuse et politique , mais que les intérêts de toutes les 
nations marquantes de notre continent y ont joué un rôle et sont intervenus tour 
à tour, ouvertement ou en secret, pour modifier les conditions de la lutte. Les 
cinq premiers livres de l'ouvrage, renfermés dans ce premier volume, retracent 
l'histoire de la politique étrangère de la Suède depuis 1612, année de l'avènement 
de Gustave-Adolphe, jusqu'en 1628, année de la signature du traité de Lùbeck 
entre le Danemarck et l'empire, et au moment où la Suède commence à se 
placer au premier plan des adversaires de Ferdinand II. Le second volume seu- 
lement nous racontera l'intervention directe de Gustave-Adolphe dans la guerre 
d'Allemagne, jusqu'à sa mort sur le champ de bataille de Lùtzen, en 1632 '. 

Nous devons encore combattre une dernière opinion dans cet ouvrage, tout 
en nous plaisant à en reconnaître les sérieux mérites. C'est l'affirmation catégo- 
rique de l'auteur que Gustave-Adolphe n'a point saisi les armes pour la défense 
de la religion protestante et que toutes ses entreprises en Allemagne ont été 
uniquement inspirées par des motifs politiques. M. Droysen a raison, quand il 
soutient contre la tradition vulgaire que le grand roi de Suède n'a point unique- 
ment franchi la mer Baltique dans l'intention de venir en aide à ses coreligion- 
naires opprimés, pour se retirer après la victoire, content de son œuvre et sans 
demander aucune récompense de ses sacrifices. C'est là une façon de voir bien 
naïve, qui pour avoir cours dans certains manuels d'histoire et dans la littérature 

I . Nous avons relevé çà et là dans le récit (Quelques points de moindre importance où 
nous différons d'avis avec l'auteur. Pour ne pomt interrompre le cours de nos observa- 
tions générales nous réunissons ces remarques en note. — P. 127. Le « Baron Aune » 
dont parle l'ambassadeur français Leveneur de Tillières, est C. deDohna, envoyé de 
l'Électeur palatin auprès de Jacques I" d'Angleterre. Tillières parle de cette mission dans 
ses dépêches autographes, qui se trouvent à la Bibliothèque impériale, mss. français, 
i$988. M. D. a une trop haute idée de Jacques I"; il prend pour de la haute sagesse 
politique, la perpétuelle indécision qui chez ce triste monarque était simplement l'effet de 
la couardise. — P. 144. Il n'est certainement pas juste de prétendre que les persécutions 
religieuses de Ferdinand II ne furent pour lui qu'un moyen d'arriver à son but politique; 
cette assertion provient de la tendance de l'auteur à supprimer partout la question reli- 
gieuse. Ferdinand mettait le succès de ses conversions bien au-dessus de ses conquêtes 
politiques. — Ce n'est pas seulement en 1623 que la France s'est aperçue des dangers 
dont la menaçait l'Espagne. Au commencement de 1622 déjà les dépêches de Nicolas de 
Baugy, notre envoyé à Vienne, sont remplies de détails sur les négociations à propos de 
la Valteline. Bibliothèque impériale, mss. français, 15928-33. — P. 172. M. D. qui 
appelle Mansfeld « un repoussant petit bonhomme , » doit n'avoir jamais vu de bon por- 
trait de lui. La chronologie des séjours de Mansfeld en Angleterre et en France n'est pas 
exactement établie dans son livre. On la retrouve aisément en consultant les dépêches de 
Luigi Vallaresso , l'ambassadeur vénitien à Londres. Mss. de la Bibl. imp. Collection 
Brienne, vol. 45. — P. 245. M. D. déclare que Richelieu « dépasse même Buckingham 
» (en habileté). » Il me semble que c'est faire mjure au grand cardinal que le comparer un 
seul instant avec le frivole courtisan de Jacques I" et de Charles I". — P. 246. Le per- 
sonnage nommé « Villanclerck » doit être le secrétaire d'État, Auguste de Loménie , sei- 
gneur de la Ville- aux -Clercs. — P. 368. L'auteur est bien dur pour Chrétien IV de 
Danemarck qu'il appelle « un prince pitoyable; f ce monarque passe encore aujourd'hui 
en Danemarck, et non sans raison, pour un des princes les plus énergiques et les plus 
marquants de ce petit pays. 



64 REVUE CRITIQUE d'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE. 

d'édification protestante, n'en est pas moins absolument erronnée. Gustave- 
Adolphe entendait bien tirer quelque profit de ses efforts et l'on ne saurait lui en 
vouloir. Si M. D. n'avait fait qu'appuyer sur ce point, nous serions complètement 
d'accord. Mais entraîné parla réaction contre l'opinion traditionnelle, il va beau- 
coup trop loin en niant absolument toute influence du sentiment religieux. Ce 
n'est pas seulement amoindrir considérablement Gustave-Adolphe que de nier 
qu'il ait été influencé en partie par des considérations plus élevées que le désir 
des conquêtes matérielles , c'est à notre avis , s'écarter de la vérité historique. 
Nous avons quelque peine sans doute, au xix* siècle, à prendre au sérieux les 
conquérants qui se prévalent de semblables motifs dans leurs discours ou dans 
leurs manifestes. Mais dans la première moitié du'xvii^ siècle l'atmosphère 
morale et intellectuelle était encore bien plus fortement imprégnée d'éléments 
religieux, et c'est se tromper grossièrement que de regarder comme fourbes ou 
des charlatans tous ceux qui les ont fait intervenir dans les luttes politiques. Les 
plus grands d'entre les hommes marquants de l'époque — un Cromwell, p. ex. 
— ont agi sous l'influence de ces tendances religieuses, au moins autant que 
Gustave-Adolphe. N'oublions pas d'ailleurs que le roi de Suède était d'un tem- 
pérament idéaliste, malgré toute son énergie guerrière et cette fine bonhommie 
qui le distingue. C'était un homme, qui, du fond de la Pologne envoyait dans 
ses lettres à la belle Ebba Brahe, des myosotis séchés, «que les Allemands 
» appellent Vergisz mein nicht, » et qui décrétait que les juges prévaricateurs 
seraient écorchés vifs et que leur peau serait tendue sur les sièges du tribunal '. 
De quel droit nier qu'une nature pareille ait pu se laisser émouvoir en partie par 
les souffrances des protestants d'Allemagne et que cette émotion, bien naturelle 
à coup sûr, ait contribué dans une certaine mesure à mûrir ses projets ambitieux 
et à lui mettre les armes à la main ? — Quand le second volume de l'ouvrage 
aura paru, nous y reviendrons ; nous pourrons alors mieux l'apprécier dans son 
ensemble et lui donner les éloges qu'il mérite. 

Rod. Reuss. 



18. — État de la noblesse de Marseille en 1693, par Octave Teissier. 
Marseille, Roy, 1868. In-8*, viij-93 p. 

• Ce livret comprend un édit de Louis XIV instituant un commissaire-inspecteur, 
un contrôleur-secrétaire et un trésorier du ban et de l'arrière-ban pour chaque 
bailliage et sénéchaussée ; un arrêt du conseil et des instructions de Pontchartrain 
relatifs à ces offices, créés uniquement pour être vendus ; et enfin l'« Estât et rolle 
» des nobles possédant fiefs , des nobles qui ne possèdent point de fiefs , des 
» Rotturiers possédant fiefs, et de tous ceux qui ne possédant aucuns fiefs vivent 
y> noblement dans le ressort de la sénéchaussée de Marseille, » dressé en 1695 
par les nouveaux officiers. — Cette publication est intéressante pour la noblesse 
provençale ; elle offre aussi quelques particularités qu'on peut noter en ce qui 
concerne les noms propres. 

!. Droysen, I, p. 61 et p. 101. 

Nogenl-le-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur. 



musica medii sévi, nova m seriem a Ger- 
bertina alteratn collegit, T. 3 . Fasciculus 
5. In-4* à 2 col., p. 231-400. Paris (lib. 
Durand et Pedone-Lauriel). 

Cyprian. The Writings of Cyprian, bis- 
hop of Carthage. Vol. 2, containing the 
remainder of the Treatises, together with 
the writings of Nevahan, Minucino Félix 
etc. Translated by Rev. T. E. Wallis. 
In-8* cart., 530 p. Edinburgh (Clark). 

13 fr. 15 

Desjardins (E.). Rhône et Danube. 
Nouvelles observations sur les Fosses- 
Mariennes et le canal du Bas-Rhône, 
pont des Fosses-Mariennes, camp de 
Marius, réponse aux objections. Embou- 
chures du Danube comparées à celles du 
Rhône. Projet de canalisation maritime 
du Bas-Danube. In-4*, 109 p. et i carte. 
Paris (lib. Durand et Pedone-Lauriel). 

Dictionnaire archéologique de la Gaule, 
époque celtique, publié par la Commission 
instituée au ministère de l'instruction 

Publique d'après les ordres de S. M. 
Empereur. 2' fascicule. In-4* à 2 col., 
p. 105-240 et 12 pi. Paris (impr. Impé- 
riale). 

Documents historiques inédits sur le 
Dauphiné. Inventaire des archives des 
dauphins à Saint-André de Grenoble en 
1277, publié d'après l'original, avec table 
alphabétique et pièces inédites, par C. U. 
J, Chevalier. In-S", 48 p. Paris (Franck). 

3 fr. 

Durer (Albert). His Life and Works, in- 
cluding autobiographical Papers and com- 
plète Catalogues, by William B. Scott. 
With six Etchings by the Author, and 
other illustrations. In-8* cart, 330 pages. 
London (Longmans). 20 fr. 

Gaskin (J. J.). Varieties of Irish History, 
from ancient and modem sources, and 
original documents. In-8* cart., 458 p. 
Dublin (Kelly). 7 fr. 50 

Gobineau (De). Histoire des Perses 
d'après les auteurs orientaux, grecs et 
latins, et particulièrement d'après les 
manuscrits orientaux inédits, les monu- 
ments figurés, les médailles, les pierres 
gravées, etc. 2 vol. in-8*, 1234 p. Paris 
(lib. Pion). 

Guérin (M. V.). Description géographi- 
que, historique et archéologique de la 
Palestine, accompagnée de cartes détail- 
lées. Judée. 3 vol. gr. in-8*, viij- 1229p. 
Paris (lib. Challamel aîné). 30 fr. 

Huot (P.). Les Plénipotentiaires de Ras- 
tadt d'après l'ouvrage allemand : Der 



Rastatter Gesandtenmord, von Kar' 
Mendelssohn-Bartholdy. Gr. in- 18, 163 

p. Paris (libr. Internationale). 

Il Libre segreto di Gregorio Dati, pub- 
blicato a cura di C. Gargiolli. In-8*, 120 
p. Bologna (Romagnoli). 4 fr. 40 

Ironmonger's Hall, London. A Cata- 
logue of the Antiquities and Works of 
Art exhibited at Ironmonger's Hall, Lon- 
don, in the month of May 1861. (Zompi- 
led by a Committee of the Council of the 
London and Middlesex Archaeological 
Society, with numerous illustrations. 2 
vol. in-4*, ^42 P- London (Harrison). 

Judas (C. A.). Nouvelle analyse de l'ins- 
cription libyco-punique de Thugga , en 
Afrique, suivie de nouvelles observations 
sur plusieurs épitaphes lybiques dans le 
but exprès de faciliter en Algérie l'étude 
des langues phénicienne et libyco-berbère. 
In-8*, 80 p. et I pi. Paris (Klincksieck). 

Lambros (P.). Monnaies et bulles inédites 
de Néopatras et de Carylaina. In-8*, 10 
p. et 1 pi. Paris (imp. Cusset et C*). 

Lettere di Bartolomeo Cavalcanti, tratte 
dagli originali che si conservano nell' 
Archivio governativo di Parma. In-8*, 
230 p. Torino e Firenze (Bocca frères). 

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Maulde (R. de). Notes historiques sur 
l'ancien prieuré de Flotin dans la forêt 
d'Orléans. In-8*, 74 p. Orléans (impr. 
Puget et C*). 

Souvenirs d'émigration de madame la 
marquise de Lâge de Volude, dame de 
S. A. S. madame la princesse de Lam- 
balle, 1792-1794. Lettres à madame la 
comtesse de Montijo, publiées par M. le 
baron de La Morinerie.In-8*, clxxiij-224 
p. Évreux (imp. Hérissey). 

The Twritings of Methodius , Alexander 
of Lycopolis. Peter of Alexandria and 
several Fragments. In-8* cart. 450 p. 
Edinburgh (Clark). 13 fr. 15 

Topin (M.). L'Homme au masque de fer. 
In-8*, vii-422 p. Paris (Dentu). 7 fi". 

Vainberg (S.). L'École historique en 
Allemagne. In-8*, 59 p. Paris (lib. Rein- 
wald). 

Wessenberg (I. H.). Die Eintracht 
zwischen Kirche u. Staat, auf die genaue 
Beachtung d. wahren Zweckes beider 
begrùndet. Aus dem handschrift. Nach- 
lasse d. Verf. Hrsg. v. Hof. R. D. J. 
Beck. In-8*, xj-250 p. Aarau (Sauer- 
lasnder's Verlag). 4 fr. 



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N* 5 Cinquième année 29 Janvier 1870 

REVUE CRITIQUE 

D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

RECUEIL HEBDOMADAIRE PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION 

DE MM. P. MEYER. CH. MOREL, G. PARIS. 



Secrétaire de la Rédaction : M. Auguste Brachet. 



Prix d'abonnement : 

Un an, Paris, 15 fr. — Départements, 17 fr. — Étranger, le port en sus 
suivant le pays. — Un numéro détaché, 50 cent. 

PARIS 
LIBRAIRIE A. FRANCK 

F. VIEWEG, PROPRIÉTAIRE 
67, RUE RICHELIEU, 67 



Adresser tontes les communications à M. Auguste Brachet, Secrétaire de la 
Rédaction (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu). 

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traduit de l'arabe et publié complet pour la première fois par G. Rat. In-S". 

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PERIODIQUES ETRANGERS. 

The Athenseum. 8 janvier. 

Gœthe's Unterhaltungen mit dem Kanzler Friedrich von Miiller, hgg. von 
Burkhardt; Stuttgart, Cotta. — Lettres choisies de Madame de Sév igné ; Hachette. 

— Revues des littératures cliinoise, japonaise et tibétaine ; c'est un exposé suc- 
cinct qui embrasse la totalité de ces littératures, depuis les origines. — Notices 
diverses : sur la topographie de Jérusalem; sur la Bibliothèque de Saint-Péters- 
bourg; sur l'imprimerie en Chine, etc. 

1 5 janvier. 

FiNLASON, A dissertation on Hisîory of hereditary Dignities...; Butterworths. 
Galton, Hereditary Genius; Macmillan. Anderson, The Mansions of England in 
the Olden Time; Sotheran. — E. Dunlop, The Church under the Tudors; Dublin, 
Moffat; oeuvre de parti. — M. Block, L'Europe politique et sociale; Hachette. — 
Homer's Iliad in English rhymed Verse; Strahan; jugement favorable. — Ancient 
Laws of Ireland, part. H, edited by W. Neilson Hancock and the Rev. Th. O' 
Mahony. — Délia, contayning certaine Sonnets, with The Complaint of Rosamond. 
London, Simon Waterson, 1592; fac-similé from the Original Edition; edited 
by J. Payne Collier. — Essai : Les Magyars et leurs nationalités. — L'archéo- 
logie et l'art à Rome. 

Germania, hgg. von K. Bartsch. — 2^ série, 2® année (t. XIV de la collection), 
5* cahier. 

P. 257. W. MûLLER, Sur la critique de la tradition des Nibelungen par Lach- 
mann. — P. 269. R. Kœhler, Sur Von der Hagen, Gesammtabentauer n^LXUL 

— P. 271. H. RûCKERT, Fragments d'un nouveau ms. du Willehalm de Wolfram. 

— P. 272. O. Schade, Trois contes (en latin) du xiw'' siècle, tirés d'un ms. de 
Kœnigsberg; le second de ces contes intéresse l'histoire du merveilleux au moyen- 
âge : c'est l'histoire d'un jeune homme qu'une jeune sorcière métamorphose en 
cheval à l'aide d'un frein, et qui lui-même la métamorphose en jument (pendant 
le jour seulement) à l'aide du même procédé. — P. 283. K. Meyer, La fable 
de Vélaud le forgeron. — P. 300, R. Kœhler, Notes sur la légende de saint Alban. 

— P. 30^. Ettmùller, Notes pour servir à la critique des chants de l'Edda. — 
P. 323. Bartsch et Schrœrer, Persistance de la tradition de Kudrun ; supplément 
important à un précédent article (Germania, XII, 220) où M. Bartsch avait déjà 
constaté la persistance , jusqu'à une époque presque contemporaire, de cette 
tradition dans la mémoire du peuple. — P. 337. Fœrstemann, Le Trésor de 
l'allemand primitif (Urdeutsch). L'auteur de cet intéressant et ingénieux travail 
divise le vocabulaire de l'ancienne langue germanique en trois séries correspon- 
dant à autant de formations successives : I, mots antérieurs à la séparation de la 
branche slavo-germanique ; et par conséquent se retrouvant dans la plupart des 
idiomes indo-européens; II, mots de la période slavo-germanique; c'est-à-dire 
antérieurs à l'existence distincte des Germains d'une part et des Slaves de l'autre ; 
III, mots proprement germains, et qui comme tels se trouvent dans tous les 
idiomes germaniques, mais non point ailleurs. Le présent article contient la pre- 
mière de ces trois séries. — Bibliographie. Lasson, Meister Eckart der Mystiker 
(W. Preger; cf. Rev. crit., 1869, art. 160). — Westphal, Philosophish-hisîo- 
rische Grammatik d. deutschen Sprache (L. Tobler; le critique s'attache à faire 
ressortir les analogies et les différences qui existent entre cet ouvrage et celui de 
W. Scherer dont il avait rendu compte prééédemment, Germ. XIII, 480). — 
Wagner, Hoffmann von Fallerslehen (J. Strobl). 



REVUE CRITIQ^UE 

D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 



N* 5 — 29 Janvier — 1870 

Sommaire : 19. Thomsen, Inflyence des langues gothiques sur les langues finnoises. 
— 20. BuRNiER, la Chartreuse de Saint-Hugon en Savoie. — 21. Hettner, His- 
toire de la littérature du XVIII* siècle. — 22. Proust, la Justice révolutionnaire à 
Niort. 



19. — Den gotiske sprogklasses indflydelse pa den finske, en sproghis- 
torisk undersœgelse at Vilh. Thomsen. Koebenhavn, Gyldendal, 1869. In-8*, 
166 p. — Prix : 4 tr. 25. 

Les emprunts faits par les idiomes finnois aux langues germaniques ont été 
constatés dès le xviii^ siècle par plusieurs linguistes; le savant suédois J. Ihre, 
dans les préfaces de son Glossarium Suiogothicum (Upsala, 1769, in-fol. t. I) et 
du Lexkon Lapponicum de Lindahl et Oehrling (Stockholm, 1780, in-4'') supposait 
que beaucoup de mots Scandinaves étrangers à l'allemand étaient d'origine fin- 
noise et provenaient des aborigènes du Nord; le danois Rask, dans sa célèbre 
Undersoegelse Om detgambe nordiske eller islandske sprogs oprindelse (Copenh. 1 8 1 8, 
in-S"), donnait aussi une grande part à ces prétendus emprunts faits au finnois; 
le professeur Dietrich, de Marburg. soutient la thèse inverse dans ses Témoignages 
fournis par le finnois et le lapon relativement à Vétat du suédois et à la physionomie 
gothique de l'ancien Scandinave dans les temps antéhistoriques (dans Zeitschr. f. d. 
Wissensch. der Sprache, de I. A. Hœfer, III, 1851, p. 32etsuiv.); sa conclusion 
est que le lapon doit être regardé comme une des plus anciennes sources de nos 
connaissances sur la famille des langues germaniques en général, attendu qu'il a 
fait des emprunts non-seulement au suédois ancien et moderne et à l'idiome de 
l'Edda poétique, mais encore à une langue antérieure, analogue au gothique ; 
malheureusement il n'a étudié qu'un dialecte corrompu du lapon et il s'est à peine 
servi du finnois. Grimm_, Dieffenbach, le norvégien P. A. Munch, les finlandais 
J. A. Lindstrœm et A. Ahlqvist se sont aussi occupés du même sujet, mais aucun 
d'eux ne l'a traité aussi amplement que M. V. Thomsen. Ce jeune savant s'y 
était préparé par un essai sur la famille des langues ouralo-finnoises ', et il a mis 
une louable diligence à recueillir les renseignements dont il avait besoin ; non 
content d'étudier tous les travaux de ses devanciers, il est allé chercher de nou- 
veaux matériaux en Finlande ; il a puisé dans les collections manuscrites du 
vénérable Loennrot, l'éditeur du Kalevala et du Kanteletar; il s'est aussi mis en 
rapport avec M. Friis, professur de lapon à l'Université de Christiania. Le fruit 
de ces études variées est le mémoire que nous allons analyser. 

Disons d'abord que l'auteur entend par Finnois non-seulement la langue 



I . Det magyariske Sprog og dets StammesUgtskab, dans Tidskrift for Philologi og Pa- 
dagogik. 7* année, 1867, p. 149-174, in-8*. 

IX 5 



66 REVUE CRITIQUE 

nationale de la Finlande, le Suomalais avec ses dialectes le Karjalais et le Hsemae- 
lasis, mais encore ses congénères : le Nordtchoudique, idiome des Vepses et des 
Lydes (gouvernement d'Olonetz); le Vadjalais, parlé dans l'Ingrie, l'Esthonien et 
le dialecte des Lives ; les idiomes lapons, quoique beaucoup plus éloignés du Finnois 
font aussi l'objet des remarques de M. V. Thomsen. Dans sa longue, mais utile 
introduction (p. 1-42), il passe en revue les travaux de ses devanciers, comme 
Ihre, Rask, Dietrich, etc.; il indique lasubdiviaon des familles finnoise etlapone 
et il dit quelques mots des dialectes suédois qui sont parlés, depuis cinq cents 
ans ou plus, en Finlande, en Esthonie et dans les îles voisines; à propos de ces 
idiomes, il donne une bibliographie passablement complète des ouvrages les 
meilleurs et les plus récents qui s'y rapportent. Il ne définit pas le serts qu'il 
attache au mot gothique, mais on découvre sans peine qu'il désigne par là 
aussi bien le Scandinave, le vieil allemand, l'anglo-saxon, que le gothique 
d'Ulphilas. 

Après avoir exposé l'état de la question, résumé les lois phonétiques du finnois 
et du lapon, et fait connaître les documents à consulter. M, V. Th. compare les 
formes grammaticales dans les deux classes de langues , selon la méthode main- 
tenant en usage dans les travaux de ce genre. Voici les conclusions qu'il tire de 
cet examen circonstancié (p. 39-98) : presque tous les mots communs aux deux 
classes de langues sont d'origine germanique ; les Finnois et les Lapons ont fait 
beaucoup d'emprunts au gothique et aux langues Scandinaves; ils n'ont pas 
exercé sur ces dernières une influence réciproque et ne leur ont donné qu'un 
petit nombre de racines; encore celles-ci ne sont-elles guère connues que dans 
les provinces limitrophes de la Finlande et de la Laponie. Les emprunts datent 
de diverses époques, mais, à cet égard, on peut les classer en deux principaux 
groupes: les emprunts anciens et les emprunts plus récents. Quant à ceux-ci qui 
datent des temps historiques, on les trouve rarement tout à la fois dans les idiomes 
des Lapons et dans ceux des Finnois , parce que les deux peuples étaient dès 
lors séparés ; les mots récents qui sont communs à leurs deux langues provien- 
nent soit d'emprunts parallèles qu'elles ont faits aux Scandinaves, soit d'emprunts 
que l'une a faits à l'autre ; les idiomes lapons ont généralement subi l'influence 
du norvégien ; le finnois au contraire celle du suédois, laquelle ne s'est pas fait 
sentir au même de degré dans le vadjalais, l'esthonien et le live; ces trois derniers 
idiomes ont fait des emprunts au bas-allemand, que parlaient les chevaliers Teu- 
toniques et les bourgeois des villes hanséatiques; les Vepses en ont fait aux 
Russes leurs maîtres. 

Les emprunts anciens ne remontent pas jusqu'au temps oh les peuples finnois 
parlaient encore une langue commune, mais bien à une époque où le germain 
ressemblait au gothique ou avait une forme encore plus archaïque. Cette forme, 
M. Th. la rétablit au moyen des radicaux Scandinaves qu'il retrouve dans les 
langues finnoises ; on la connaît plus directement par les plus anciennes inscrip- ' 
tions runiques des premiers siècles de l'ère chrétienne , conservées sur des bau- 
tasténes (grossiers obéHsques) de la Suède et de la Norvège, et sur des objets 
exhumés des tombeaux et des tourbières du Danemark. Ce serait aux ancêtres 



d'histoire et de littérature. 67 

des Scandinaves que les Lapons auraient fait ces emprunts, tandis que les Fin- 
nois auraient fait les leurs aux Goths transvistuliens. 

Ce savant opuscule se termine par une liste de mots finnois et lapons, mis en 
regard des mots germaniques de même origine. Bien que ce vocabulaire (p. 110- 
160) ne comprenne guère que les emprunts anciens, c'est pourtant le plus com- 
plet qui ait été publié sur la matière ; l'auteur ne donne pas d'étymologies pro- 
prement dites, car il ne cherche pas le sens primitif des mots ; il se borne à les 
comparer entre eux et à montrer la différence des formes qu'affecte un même 
radical en passant dans plusieurs langues. A la p. 41 (cf. aussi la note 2), M. V. 
Th. se demande d'où M. Schmeller a pu tirer le prétendu mot lapon raingo qu'il 
donne comme la racine de l'islandais hrein et du latin rangifer. C'est sans doute 
du voyage de Regnard en Laponie, où il est dit : « Les Romains n'avaient 
» aucune connaissance de cet animal (le renne) et les latins récents l'appellent 
» rangifer. Je ne puis vous en dire d'autre raison , sinon que je crois que les 
» Suédois ont pu avoir autrefois appelé cette bête rxngi, auquel mot on aurait 
» ajouté fera, comme qui dirait bête nommée rangi; comme je ne voudrais pas dire 
» que le bois de ces animaux, qui s'étend en forme de grands rameaux, ait 
» donné lieu de les appeler ainsi, puisqu'on aurait aussitôt dit ramifer que 
» rangifer (Œuvres de Regnard, nouv. édit. T. L Paris, 1750, in-i8, p. loj). 
Qu'on le remarque bien, Regnard ne dit pas que rmgi soit un mot lapon, il émet 
seulement la conjecture que ce mot a été autrefois usité en suédois, où l'on 
trouve en effet renko, composé de ren (renne) et de ko (vache, ici femelle) ; mais 
ce composé qui est purement suédois, ne figure naturellement dans aucun dic- 
tionnaire lapon. L'erreur de Schmeller (Bayerisches Wœrierb., III, 1836, p. 95) 
est donc palpable ; elle a pounant été répétée par des savants sérieux comme 
Diez et Wackernagel ; c'est pourquoi il «nous a semblé utile de la relever, afin 
qu'elle ne se propageât pas indéfiniment. 

E. Beauvois. 



20. — La Chartreuse de Saint-Hugon en Savoie, par Eugène Burnier (Extrait 
des Mémoires de l'Académie impériale de Savoie, 2' série, t. X). Chambéry, F. Puthod, 
1869. Gr. in 8', 567 p., grav. — Prix : 10 fr. 

Le titre de cet ouvrage, qui vient d'obtenir le prix au concours académique 
de Chambéry, n'indique pas suffisamment le contenu du volume, car les annales 
de la Chartreuse de Saint-Hugon n'y occupent que 200 pages : le reste est rempli 
par des pièces justificatives, qui n'en sont pas la partie la moins précieuse. Com- 
mençons par celles-ci, source du travail historique de M. Burnier; elles forment 
quatre séries : tableau des prieurs, cartulaire, inventaire, pièces diverses. 

A. Sous le titre de Tableau des prieurs des principales maisons de l'ordre, la 
bibliothèque de la Grande- Chartreuse conserve un recueil de listes des supérieurs 
de toutes les maisons de cet ordre, dressées sur le désir d'un général des Chartreux 
quelque temps avant la Révolution, avec renseignements fournis sur chaque 
prieur par les chanes capiiulaires. M. B. en a extrait un Syllabus priorum Vallis 



68 REVUE CRITIQUE 

Sancîi Hugonis ex charîiilario hujus domus et ex variis chartis Majoris Cartusiae 
excerptaÇjp. 13-40), qui comprend 134 prieurs de l'an 1173 à 1788. Il l'a fait 
suivre d'extraits des chartes du chapitre général sur divers moines de Saint- 
Hugon (p. 41-2), d'un tableau des Chartreux savoisiens qui ont habité S.-Hugon 
pendant le xviii^ siècle (p. 43-6) et d'un autre des religieux de S.-H. étrangers 
à la Savoie (p. 47-9). 

B. L'auteur avoue (p. 3) n'avoir pu retrouver l'original du Cartulaire de la 
Chartreuse de Saint-Hugon; les renseignements qui nous sont venus sur son 
existence nous portent à croire qu'il n'a pas été détruit : ils ne sont pas assez 
positifs pour permettre de rien préciser à cet égard. Quoi qu'il en soit, M. B. a 
eu comme nous communication d'une copie faite pour d'Hozier de Sérigny, qu' 
fait aujourd'hui partie des archives de M. H. Morin-Pons, de Lyon, Sur la 
r« page se lit la note suivante, qu'il était à propos de reproduire : « Copie que 
» j'ay fait faire d'un Cartulaire de la chartreuse de S' Hugon en Dauphiné, écrit 
» sur feuilles de velin petit in-4*'. Je le croy écrit vers la fin du treizième 
» siècle. Il y a différentes écritures, toutes du même temps ou environ. Le 
» dernier acte est de 1 324, et l'écriture de cet acte est de ce temps-là même. 
» L'avant dernier acte (que j'ay vérifié) est de l'an 1250 et regarde la maison 
» de Beaumont en Dauphiné, dont est M'' l'archevêque de Paris : cet acte y est 
» écrit vers l'an 1 300. Les chartreux de S' Hugon ont envoyé ce Cartulaire en 
» original à Paris à M'' l'archevêque, qui me l'a communiqué. Je n'ay pas eu le 
» temps de le vérifier en entier ; je n'ay pu vérifier que les quarante troisième 
» i"''''^ pages de cette présente copie. D'H. de Sér. 1757. » Elle forme 84 ff. 
in-fol. : la collation de D'Hozier s'arrête au 22*= v"; elle reprend au 81" pour 
l'acte indiqué dans sa note. M. B. a reproduit intégralement cette copie; il a 
donné à chaque pièce un numéro d'ordre (le nombre s'en élève à 273), faisant 
précéder le texte d'un sommaire en français et l'accompagnant de notes au bas 
des pages. La r* charte est précédée de ce titre : Hec sunt ultra Bain, omis 
par l'éditeur '. En général M. B. nous semble avoir modernisé sans raison une 
copie qui reproduisait, au moins pour la partie collationnée par D'Hozier, scru- 
puleusement l'original. En notant (p. 25$) que la ch. i a été publiée dans le 
Cartul. de Domina (d'après la copie collationnée au cabinet du St-Esprit d'un 
vidimus de 1 340), il fallait ajouter que le texte en est sensiblement différent'. 
Dans le même ouvrage avaient paru les chartes 2 et 19: c'est à notre connais- 
sance, avec la pièce publiée par l'abbé Brizard {Généal. de Beaumont, t. II, 
p. 1 5), tout ce qui avait été mis au jour du Cartulaire de Saint-Hugon, formé de 
simples analyses pour les actes moins importants et de reproductions intégrales 
pour ceux qui offraient de l'intérêt. 

1. P. 298, n. 1, le mot carta est suivi dans la copie de celui de Noe, sans doute signe 
de cotature de la charte. 

2. La date de 1 173 donnée par M. B. doit être préférable à celle de 11 70 adoptée par 
M. de Monteynard (p. 574), car la i" concorde avec la i8' année de l'épiscopat de Jean 
de Sassenage, ce qui eût dû être utilisé dans la continuation du Gallia Christ, (t. XVI, 

C. 2J9). 



d'histoire et de littérature. 69 

C. La copie du Cartulaire est suivie de celle d'un Inventaire, en tête duquel se 
lit cette note, également de la main de D'Hozier : « Copie que j'ay fait faire d'un 
» Registre original ou espèce de cartulaire de la chartreuse de S' Hugon en 
» Dauphiné, écrit en papier petit in-folio, écrit vers l'an 1425 ', lequel renferme 
» plusieurs actes qui concernent la maison de Beaumont, dont est M' l'arche- 
» vêque de Paris, à qui cette espèce de cartulaire a été envoyé par les chartreux 
» de S' Hugon. Je n'ay pu vérifier que les six i*""^* pages de cette copie, n'ayant 
» pas eu le temps d'aller plus avant : j'en excepte tous les actes qui y sont con- 
» cemans la maison de Beaumont, que j'ay tous vérifiés. D'H. de Sér. 1757. » 
Elle occupe 30 ff. et forme 1 1 1 articles dans le texte donné par M. B., qui pro- 
voque la même remarque que celui du Cartulaire. 

D. Sous le titre de Pièces diverses, l'auteur a reproduit 80 documents qui 
suivent l'histoire de la Chartreuse depuis sa fondation jusqu'en 1790. Ce cartu- 
laire factice a été fourni par les archives du Sénat de Savoie, de l'évêché de 
Grenoble «t de l'archevêché de Chambéry, des préfectures de la Savoie et de 
l'Isère, de la Grande-Chartreuse, de la famille d'Arvillars et surtout par la 
bibliothèque de Grenoble. Pour les pièces en français, l'éditeur s'est conformé à 
l'orthographe originale. 

Il serait difficile de recueillir sur un point historique aussi restreint des docu- 
ments plus nombreux , et c'est à peine si nous pouvons signaler à l'auteur le 
registre intitulé Tertius liber copiarum Graisivodani aux arch. de l'Isère (B. 253), 
qui lui aurait fourni quelques titres intéressants sur la Chartreuse, objet de ses 
recherches (ff. 40 et ss., 347 v°). Le seul regret que nous fait éprouver cette 
masse de documents inédits mis à la disposition des érudits, c'est l'absence d'un 
index alphabétique ; une table chronologique n'eût pas non plus été inutile , en 
admettant l'opportunité de conserver leur disposition aux parties B, C et D. 

Le travail historique proprement dit de M. B. n'est pas susceptible d'analyse. 
Bornons-nous à dire qu'il s'ouvre par un coup-d'œil sur l'ordre des Chartreux 
et ses établissements en Dauphiné et en Savoie; fondée en 1 173, la Chartreuse 
de Saint-Hugon fut l'objet des bienfaits de tous les seigneurs dont son territoire 
dépendait en quelque manière, particulièrement de la famille d'Arvillars. Les 
moines établirent vers le xiii" siècle un haut-fourneau et un martinet, qui ont 
persévéré jusqu'à nos jours. La Chartreuse a été supprimée par la Révolution et 
ne s'est pas relevée. 

Il serait à souhaiter que les érudits de province produisissent beaucoup de 
monographies aussi consciencieuses et aussi complètes» que celle due à 



1 , a Ce qui le prouve , c'est que ce registre contient sur la marge d'une de ses pages 
• un acte du 15 may 1425, reçu par Jo. Andrici not. (c'est-à-dire notarius); l'acte est en 
» latin et cet acte est écrit de la même main qui a écrit le registre pour la plus grande 
» partie : le reste est du même temps. D'H. de Sér. 1757. » 

2. En tête se trouve une Vue de la Chartreuse de S. -H. au XVIII" siècle d'après un 
ms. de la Grande-Chartreuse; on n'a pu dessiner (p. 7) que le sceau dont usait le dernier 
prieur ; l'auteur donne aussi le fac-similé des signatures des derniers religieux. 



70 REVUE CRITIQUE 

M. Burnier, auteur d'une Histoire de l'abbaye de Tamié (in-S") et d'une autre 
du Sénat de Savoie et des autres compagnies judiciaires de la même province (1864- 
5, 2 vol. gr. in-8°) estimées. Les documents sont moins rares qu'on ne se plait à 
le dire, et il reste une abondante moisson pour qui sait et veut trouver. 

U. C. 



21. — Literaturgeschichte des achtzehnten Jahrhtmderts , von Hermann 
Hettner. III. iij-i. Braunschweig, Fr. Vieweg und Sohn, 1869. In-8*, vj-416 p. 

L'important ouvrage de M. Hettner sur l'histoire de la littérature du xviii® s. 
touche à sa fin. On sait qu'il est divisé en trois parties : histoire de la littérature 
anglaise (i vol.), histoire de la littérature française (i vol.), histoire de la litté- 
rature allemande. Celle-ci se trouve subdivisée en trois livres, le premier allant 
de 1648 à 1740 (i vol.), le second comprenant les temps de Frédéric le Grand 
(i vol.), le troisième traitant de l'âge classique de la Httérature allemande et 
divisé à son tour en deux parties, la Sturm und Drangperiode, un volume (celui 
même qui vient de paraître et dont nous allons rendre compte), et un autre 
volume qui exposera l'état de la littérature allemande à la fin du siècle dernier. 
Ce sixième et dernier volume est déjà sous presse et avec lui sera achevé en 
1870 ce grand travail dont le commencement remonte à 1856. 

L'Allemagne contemporaine a produit peu de livres aussi utiles et aussi agré- 
ables en même temps, bien que toutes les parties n'en soient pas d'une égale 
valeur. Il est évident que M. Hettner a fait des progrès considérables dans l'art 
d'écrire et de composer pendant ces quatorze ans. Le premier volume était déjà 
bien au-dessus de ce que les ouvrages précédents de l'auteur, tels que le Drame 
moderne et V École romantique semblaient promettre. Pourtant cette partie, où il 
y avait déjà de si grandes qualités de simplicité, de bon sens, de travail person- 
nel et d'érudition, péchait encore par le manque de composition : les matières 
n'étaient pas suffisamment fondues, l'unité du plan et de l'idée n'apparaissait pas 
assez : bien des chapitres ressemblaient encore à une réunion de notes plutôt 
qu'à un récit suivi ou à un exposé organique. On dit que dans la seconde édition 
que je n'ai point sous les yeux, ces défauts de forme ont été réparés en grande 
partie. — En passant d'Angleterre en France, M. Hettner semble avoir subi aussitôt, 
au contact des auteurs dont il avait à parler, cette influence très-marquée que 
la littérature française exerce presque toujours sur ceux qui s'en occupent avec zèle 
et amour. Il paraît y avoir appris l'art de la composition. Le volume a une unité 
bien plus sensible que son prédécesseur : on y assiste pour ainsi dire à un drame, 
avec prologue et épilogue, et dont l'intérêt ne languit pas un instant. Pourtant, 
on sent que l'auteur n'y est pas encore complètement maître de son sujet. Sans 
doute, il a tout lu, tout compulsé, il n'avance rien que pièces en mains, il ne s'est 
point contenté de répéter les opinions courantes et les jugements tout faits : 
par contre on s'aperçoit vite que le génie français est bien plus étranger à l'es- 
prit allemand que ne l'est le génie anglais; on sent de plus que M. Hettner n'a 



I 



d'histoire et de littérature. 71 

pas assez vécu dans la littérature française. Il y a en effet une grande différence 
entre ces deux façons de connaître une littérature et une civilisation, l'une con- 
sistant à tout lire et extraire religieusement, l'autre à vivre avec des auteurs 
étrangers comme avec des amis de tous les jours, qu'on prend, laisse et reprend, 
mais qu'on a sans cesse présents à l'esprit, sans les avoir peut-être jamais étudiés 
systématiquement. Ce n'est qu'à ce prix et en vivant en même temps dans 
l'histoire d'un peuple, qu'on apprend à tenir compte non-seulement de la valeur 
intrinsèque des ouvrages, mais encore de la valeur relative, historique et de l'in- 
fluence qu'ils ont exercée. Nous sommes si souvent obligé de rappeler cela aux 
auteurs français qui croient connaître Lessing, Wieland et Herder, parce qu'ils 
ont analysé la Dramaturgie, Musarion et les Idées, que nous sommes bien aise d'avoir 
l'occasion de signaler le même écueil aux Allemands. M. Hettner, moins sans 
doute que M. Julian Schmidt, manque pourtant lui aussi, jusqu'à un certain 
point, de perspective. Il oublie qu'il y a des hommes médiocres qui méritent une 
plus grande place dans l'histoire de la civilisation que des hommes supérieurs , 
parce qu'ils ont eu une action que les circonstances ont empêché ceux-ci d'exer- 
cer. C'est ainsi qu'une histoire de la philosophie allemande qui ne parlerait 
qu'incidemment de Schelling serait incomplète au premier chef, tandis qu'elle 
pourrait fort bien se passer de mentionner seulement le plus grand philosophe 
que l'Allemagne ait produit depuis Kant, Arthur Schopenhauer , puisque ses 
ouvrages, écrits vers 1820, n'ont été connus, et connus dans un cercle très- 
restreint, que vers 1860 : ils n'ont influé en rien sur la marche de l'esprit alle- 
mand. 

Dès que M. Hettner a touché à la littérature allemande, son talent semble avoir 
grandi d'une façon surprenante. Il y avait à cela plusieurs raisons, croyons-nous. 
D'abord, une plus grande habitude de disposer les masses et une plume plus 
exercée et plus assouplie; en second lieu nous ne voulons pas dire une connaissance 
plus approfondie du sujet, parce que ces mots rendraient mal notre pensée, mais 
une familiarité plus intime avec son sujet; enfin et surtout le caractère même de 
la littérature allemande. Quelle qu'ait été l'action des poètes et des littérateurs 
anglais et français, leur activité ne fut point l'activité nationale par excellence : 
en France comme en Angleterre, aux temps mêmes du despotisme le plus absolu, 
la littérature accompagnait, éclairait, ornait, égayait, guidait même parfois la 
vie nationale, elle ne la constituait pas. Dans l'Allemagne du xviii"= siècle la litté- 
rature était cette \-ie même : elle était l'intérêt national par excellence ; la reli- 
gion elle-même, à plus forte raison, la politique, le patriotisme, les intérêts ma- 
tériels, tout disparaissait devant les lettres qui étaient, à vrai dire, la grande 
affaire de la nation. On comprend dès lors qu'une histoire de la littérature alle- 
mande au xviii* siècle soit essentiellement une histoire de l'Allemagne et que 
c'est un sujet particulièrement bien choisi pour inspirer l'historien. Aussi 
l'Allemagne a-t-elle dix histoires littéraires de premier ordre et pas une véritable 
histoire politique, tandis que nous trouvons le fait absolument contraire en France 
et en Angleterre. 



72 REVUE CRITIQUE 

Quoi qu'il en soit des raisons de la supériorité des trois derniers volumes du 
livre de M. Hettner sur les deux premiers, elle me semble incontestable ; et même 
dans ces trois volumes le progrès est constant. La forme un peu fragmentaire 
disparaît de plus en plus pour laisser la place au récit et à l'exposition continus. 
M. Hettner fait comme par le passé de nombreuses citations, mais ces citations 
sont mieux fondues dans le contexte. Le ton général devient de plus en plus ému 
et vivant ; l'idée dominante de l'auteur se sent de mieux en mieux à travers le 
récit et les citations ; et, pour tout dire, le dernier volume — le cinquième de 
l'ouvrage entier — nous semble un vrai chef-d'œuvre auquel nous ne voyons 
presque rien à reprendre, surtout dans la première moitié. 

Sans doute, ce livre est écrit pour des Allemands et il suppose connues beaucoup 
de choses qu'un étranger a le droit d'ignorer. Poésie et vérité de Gœthe étant, par 
ex., la principale source pour l'époque dont M. H. parle dans ce 5" vol., il est en 
droit d'exiger de ses lecteurs allemands qu'ils aient présent à l'esprit ce livre char- 
mant et profond. La vie des auteurs n'est racontée que très-sommairement, d'abord 
parce que tout Allemand est censé la connaître, ensuite parce que M. Hettner 
n'écrit pas une histoire de la société allemande, mais bien une histoire des idées 
allemandes. Cette tâche ainsi restreinte, il la remplit complètement. Il n'y a pas 
un journal, pas une revue de ce temps qu'il n'ait parcouru; pas une lettre de ses 
héros — et il y a une bibliothèque immense de ces lettres — qu'il n'ait lue ; pas 
un fragment publié à part, pas un ouvrage posthume qui lui ait échappé. Sans 
cesse il revient au texte primitif pour le comparer au texte définitif et les variantes 
sont souvent très-importantes; tous les parerga, les inedita, les rara, les paralipo- 
mena, pour parler le langage des érudits du xvi" siècle, ont été feuilletés et étu- 
diés par lui; il a eu soin de fixer très-exactement la date, non-seulement de la 
publication, mais encore de la composition de chaque ouvrage; il a rapproché 
ces dates des faits connus de la vie des auteurs et il est arrivé de la façon à 
montrer toutes les influences qui ont agi sur eux, toutes les transformations qu'ont 
subies leurs idées. Ajoutez qu'il cite beaucoup et qu'il cite de préférence les 
passages importants, mais peu connus qu'il a su découvrir par de patientes 
études. Et ces citations ne sont pas de ces petits mots spirituels, piquants ou 
caractéristiques dont certains ouvrages abondent ; ce sont des citations très- 
longues qui développent complètement la pensée des aute;.urs. Elles sont cepen- 
dant si bien fondues avec le texte, même sous le rapport typographique, qu'elles 
n'arrêtent en rien le courant de la lecture '. Elles sont choisies avec autant de 
discrétion que de bonheur et on est vraiment enchanté d'entendre ainsi parler 
tous ces grands hommes, résumant éloquemment leur pensée, sans qu'un com- 
mentateur importun vienne épiloguer et nous servir son jugement sur les juge- 



I . Il serait fort à désirer que M. Hettner pût se décider à supprimer, dans les prochaines 
éditions, les renvois aux sources qui se trouvent entre parenthèses dans le texte même et 
qui arrêtent désagréablement les yeux du lecteur. Ne pourrait-on les mettre en deux 
colonnes au bas des pages? 



d'histoire et de littérature. 7} 

raents. Et quelle reconnaissance n'a-t-on pas à M. Hettner de faire réellement 
de Vhistoire, c'est-à-dire d'exposer la marche des idées, au lieu de coudre 
ensemble des analyses et des appréciations, fâcheuses toutes deux, les premières 
parce qu'elles empêchent de lire, les secondes parce qu'elles empêchent de juger 
par soi-même. Il y a bien encore quelques-unes de ces analyses et de ces apprécia- 
tions esthétiques, dont on eût pu se passer (celles de Werther par exemple, de 
Gœtz, de Faasf), pourtant le plus grand nombre se rapporte à des ouvrages im- 
portants, moins connus. D'ailleurs il ne faut pas être trop sévère quand on pense 
à la difficulté qu'il y a de se séparer d'une habitude aussi enracinée que l'est l'es- 
thétique dans les livres et les esprits allemands. Celui qui écrit cet article ne par- 
tage pas en toute chose la manière de voir de M. Hettner, et il se sépare de lui 
notamment sur divers points qui concernent les questions d'art, mais il est obligé 
de reconnaître que , pour la forme , l'exécution , la méthode , ce volume répond 
bien à l'idéal qu'il s'est fait d'une histoire de la littérature qui serait surtout une 
histoire des idées. Style animé, facile, simple et, quand il le faut, soutenu; 
composition irréprochable ; érudition très-nourrie , très-personnelle ; originalité 
de vues, tout, en un mot, place ce volume, à une distance très-marquée, au- 
dessus de tout ce qui a été écrit sur l'époque mémorable qu'il traite. 

Cette époque est celle qu'on a coutume en Allemagne d'appeler la Sturm md 
Drangpcriode, comme qui dirait l'époque de la fougue révolutionnaire. Elle com- 
prend les quinze ans de la jeunesse de Goethe et de Schiller de 1772 environ à 
1787. M. Hettner a divisé son récit en dix chapitres de longueur très-inégale et 
précédés d'une introduction où il explique la nature de ce mouvement de réaction 
contre le rationalisme des amis des lumières. Ces chapitres sont : i . Herder, 
p. 2 5 à 1 02 . 2 . Gerstenberg, 1 02 à 11 3 . 3 . La jeunesse de Goethe, p. 11 3 à 2 34. 
4. Les Gœthéens, 234 à 271. 5. Muller, le peintre, 271 à 286. 6. W. Heinse, 

286 à 304. 7. Les philosophes du sentiment et les enthousiastes religieux, 304 
à 330. 8. La ligue poétique de Gœttingen, 330 à 349. 9. La jeunesse de 
Schiller, 353 à 388. 10. Le théâtre et le roman, 388 à 416. 

Herder est le représentant le plus complet de cette génération; il en est en 
même temps le théoricien; aussi faut-il savoir gré à M. Hettner d'avoir consacré 
un chapitre important à ce grand écrivain beaucoup trop négligé en Allemagne 
et ailleurs. Personnellement je suis même tellement pénétré de l'importance de 
Herder que je vois en lui l'homme qui a le premier et le mieux formulé la pensée 
fondamentale et dominante de toute la civilisation allemande de 1760 à 1860, la 
pensée du devenir historique. M. Hettner a fort bien fait ressortir aussi l'influence 
de Rousseau sur Herder et sur sa génération. Non pas que cette influence ait 
été niée par les prédécesseurs de M. Hettner; mais à M. Hettner revient le 
mérite de l'avoir suivie dans toutes ses manifestations et d'en avoir prouvé la 
puissance et l'universalité (voy. surtout p. 4 à 9, p. 27 à 30, p. 253 et 254, 

287 à 290, 315, 354 et suivantes). La théorie de Herder sur la peinture (p. 54 
à 60) et la paternité qui revient à ce grand homme dans la passion de l'école 
romantique pour l'art du moyen-âge, n'ont jamais été mieux mises en lumière 



74 REVUE CRITIQUE ' 

que par M. Hettner. Je dirai autant de l'impulsion donnée par Herder à la lin- 
guistique ; de l'idée myîhopoéique, introduite par lui dans la mythologie et l'his- 
toire des religions et développée plus tard par K. 0. MûUer d'un côté et David 
Strauss de l'autre; du spinozisme qu'il communiqua indirectement à G œthe et des 
germes du schellingianisme qui se trouvent dans Herder, p. 6i à 83: Tout cela 
sont des choses, sinon absolument nouvelles, du moins bien prouvées, bien 
exposées et qui, dans leur ensemble, contribuent à donner un nouveau relief à 
cette figure de Herder qui m'a toujours paru, je le répète, le vrai père de la 
culture allemande. J'aurais voulu seulement que M. Hettner insistât un peu plus 
sur la théorie de la fable chez Herder en l'opposant à celle de Lessing et à celle 
des Suisses : nulle part on ne voit mieux le xix" siècle dans Herder : car il y est 
tout entier, en germe du moins. Je reprocherai aussi à M. Hettner de n'avoir 
pas parlé des œuvres poétiques de Herder dont on fait beaucoup trop bon mar- 
ché, ce me semble, notamment de ce Proméîhée qui restera toujours un des 
symptômes les plus curieux du temps où il fut écrit. — On ne saurait assez louer 
M. Hettner d'être revenu aux textes primitifs de Herder. Aucun des classiques 
allemands n'a plus souffert dans l'édition de ses œuvres complètes que Herder, 
souvent il est vrai par la propre faute de l'auteur qui aimait à modifier et adoucir 
ses œuvres de jeunesse, plus souvent par la faute de sa veuve désireuse de 
mettre une unité absolue dans la vie de son mari. 

Je passerai rapidement sur le chapitre consacré à l'auteur d'(7go/wo,à Gersten- 
berg. Je dois signaler cependant les pages sur les Curiosités schleswickoises, journal 
littéraire rédigé par Gerstenberg vers 1766 et 1767. Les articles de ce Stiirmer 
und Oranger sur Shakspeare sont comme le programme de la campagne qu'on 
allait ouvrir, non-seulement contre la poésie réfléchie en général, mais encore 
contre Lessing lui-même. Ces pages étaient fort peu connues jusqu'ici. On est 
étonné cependant de voir que M. Hettner approuve l'admiration aveugle de 
Gerstenberg pour Shakspeare, admiration qui va jusqu'à louer Veuphuisme et le 
mauvais goût qui déparent si souvent le style du poèfe (p. 106). On n'est 
pas moins étonné de lire que Gerstenberg a eu raison de reprocher le manque 
d'unité dans la composition à des pièces telles que Macbeth et Othello! (108). 

La jeunesse de Gœthe, l'impression qu'il produisit, l'influence qu'il exerça, le 
développement de ses idées, sont exposés de main de maître. Tout ce chapitre , 
le troisième du livre, est vraiment incomparable; je ne sais rien de mieux sur ce 
beau printemps de Gœthe. J'ai déjà dit que je regrettais certaines analyses dont 
on aurait pu se passer. Quel est l'Allemand qui ait besoin qu'on lui rappelle la 
marche des événements, dans Werther on dans Faust? Les appréciations dont ces 
analyses sont suivies auraient pu être abrégées : il était difficile d'y renoncer 
tout à fait, car il importait de montrer le progrès historique qui se manifeste dans 
ces œuvres si nous les comparons à celles des prédécesseurs et des contemporains. 
Il va sans dire d'ailleurs que je ne suis pas toujours d'accord avec M. Hettner 
dans ses jugements : dire que la scène de la taverne d'Auerbach est « un hors 
» d'œuvre gênant « (p. 195); que Faust devient une tragédie sociale à partir de 



d'histoire et de littérature. 75 

la faute de Marguerite (p. 198) ; que la peinture de la lutte d'indé{5endance des 
Pays-Bas n'est pour rien dans Egmont (p. 203); « q\i*Egmont n'est pas même 
» une tragédie historique» (p. 208); que le Triomphe de la sentimentalité et 
ScherZj List und Rache ne sont que des essais manques d'imiter la Commedia delV 
arte des Italiens (p. 227) — ce sont là, à mes yeux, autant d'hérésies . qu'il 
importe de signaler. — Pourquoi M. Hettner n'a-t-il point parié des Annonces 
savantes de Francfort qui furent l'organe capital de la jeune école de 1771 à 
1776 et dont Goethe fut le principal rédacteur, c'est là qu'il aurait trouvé, je 
crois, les documents les plus importants pour caraaériser toute la génération. 
C'est enfin dans ce chapitre et à cette occasion qu'il eût fallu parier de Merck, 
au lieu de le reléguer à la fin du volume. Pour Merck, plus que pour tout autre, 
il était nécessaire de le placer dans son milieu pour montrer son importance. 

Les Gœthéens, Lenz, Klinger, L. Wagner sont caractérisés avec beaucoup de 
finesse. M. Hettner est sévère pour Lenz, il ne l'est pas trop; pourtant il me 
semble injuste de dire que le Précepteur soit « une imitation » de Gcetz von Ber- 
lichingen : je n'y puis découvrir le plus léger rapport avec le drame de Goethe. 
— J'aurais voulu aussi que M. Hettner parlât de la seconde époque de Klinger, 
comme il a parlé de la seconde manière de Herder, au lieu de la renvoyer au 
volume suivant. Klinger, moins encore que Herder, n'est jamais sorti de la 
Sîurm und Drangperiode et ses romans qui appartiennent à la seconde moitié de 
sa carrière, portent encore le cachet révolutionnaire et tourmenté des drames 
qui sont de la première moitié. Il faut savoir gré à M. Hettner d'avoir rapide- 
ment analysé les œuvres principales de l'auteur de l'Infanticide, L. Wagner; car 
ces œuvres, importantes comme documents historiques, sont devenues illisibles 
et il est difficile de se les procurer. — J'en dirai autant des drames de Mùller, le 
peintre, dont les Idylles sont en toutes les mains, tandis que ses tragédies, les 
plus importantes et les meilleures du temps, après celles de Leisewitz et de 
Schiller, sont à peine connues. 

J'aime beaucoup le chapitre sur W. Heinse, Vauteur d'Ardinghello. M. Hettner 
me semble être le premier historien littéraire qui ne répète pas machinalement la 
vieille thèse sur le Wielandisme — qu'on me passe le mot — de Heinse. Sans 
doute Heinse était de l'école de Wieland; mais son goût pour Rousseau lui donna 
bientôt une direction bien différente de celle du Voltaire allemand. Il s'appelle 
lui-même un Rousseautiste — pardon de ce nouveau barbarisme — « un Rous- 
» seautiste libre et raffiné; » et M. Hettner a parfaitement mis en lumière les 
accents révolutionnaires , même au sens politique du mot , qui se trouvent chez 
ce romancier-artiste. M. Hettner a insisté très-heureusement sur la réaction que 
suscita Heinse dans la critique d'art contre Winckelmann et Lessing et contre 
leurs théories académiques. 

Le septième chapitre qui eût dû être un des plus importants du volume me 
semble le plus incomplet. Il s'y agit des philosophes de sentiment et des rêveurs 
religieux. Sans doute M. Hettner a bien fait de faire redescendre Haraann de 
la place beaucoup trop iraponante que les historiens littéraires lui ont assignée ; 



•j6 REVUE CRITIQUE 

il a raison sans doute de passer rapidement sur Fr. H. Jacobi malgré son inti- 
mité avec Gœthe à qui il révéla Spinoza, et de montrer la pauvreté de la philo- 
sophie du sentiment professée par le châtelain de Pempelfort ' ; mais les deux ou 
trois pages consacrées à Lavater, à Jung-Stilling, tous deux amis intimes de 
Gœthe, à Claudius, le messager de Wandsbeck, ne sont-elles pas bien maigres ? 
Il faut en dire autant de ce que M. Hettner dit de la princesse de Gallitzin. 
N'oublions pas que c'est là qu'il faut chercher les origines du romantisme alle- 
mand, comme il convient de chercher chez Lavater et Jung-Stilling la fm du 
piétisme. 

On a tant écrit sur la ligue poétique de Gœttingen qu'il ne faut pas trop en 
vouloir à M. Hettner de l'avoir traitée un peu rapidement. D'ailleurs dans ce 
chapitre encore il a le mérite incontestable d'appeler l'attention sur un côté trop 
négligé de ces poètes du Nord, sur la renaissance de la chanson et de la ballade 
populaires qui est due principalement à eux. On avait trop pris l'habitude de ne voir 
en ces jeunes gens que des bardes dans le genre de Klopstock; il importait de mettre 
en relief leur vrai mérite. Si ce compte-rendu n'était pas déjà trop long et si c'était 
ici le lieu de discuter des principes et des théories, je serais bien tenté de rompre 
une lance avec M. Hettner à propos de ce qu'il dit des traductions de Voss 
(p. 347) lequel aurait « frayé la voie du vrai art du traducteur. » Ce qui est fait 
est fait, et il n'y a pas à y revenir : cette mesure absurde, hybride qu'on appelle 
l'hexamètre allemand, s'est introduite définitivement dans la littérature allemande; 
cent ans d'usage nous y ont habitués, Hermann et Dorothée, les Élégies romaines, 
Reinecke le Renard nous ont réconciliés avec lui ; le chasser de la poésie allemande 
serait une entreprise aussi impuissante qu'absurde ; mais nous ne cesserons de 
soutenir que Wieland était dans la bonne voie en traduisant les Satires d'Horace 
dans la mesure du vers courant alors en Allemagne, que Schiller et Gœthe ont 
été dans le vrai en traduisant les Phéniciennes d'Euripide et le Tancrède de Voltaire 
en vers ïambiques de cinq pieds, et non dans les mesures des originaux; que 
tous les anapestes, molosses et amphibraques de MM. Droyssen, Donner, Thu- 
dichum, Minkwitz, Schnitzler, etc. ne valent pas les rimes de Schiller lorsqu'il 
s'agit de rendre les chœurs antiques , enfin que , si l'on avait fait pour la poésie 
narrative ce qu'on fit pour la poésie lyrique oh l'on a substitué la rime et le 
rhythme populaires aux vers saphiques et alcaïques de Klopstock et d'Hœlderlin, 
si, dis-je, on avait traduit Homère dans la mesure des Nibelungen, ce vers vrai- 
ment allemand, répondant au génie de la langue allemande, qui est dépourvue 



I. M. Hettner paraît avoir mis la dernière main à son travail avant la publication 
récente de la Correspondance inédite de Jacobi (Leipzig, Engelmann), due aux recherclies 
de M. R. Zœppritz qui s'occupe depuis longtemps de ce coin très-curieux de l'histoire 
littéraire de l'Allemagne. Nous parlerons de ce volume prochainement, mais nousdevons 
constater dès à présent notre déception de n'y avoir trouvé aucune trace des papiers im- 
portants sur Hemsterhuys et la princesse de Gallitzin , que nous savons exister, mais qui 
ont été refusés jusqu'ici aux historiens. La récente publication intitulée Mittheilungen ans 
dem Tagcbuche und Bncfwcchscl der Fùrstin Ad. Am. von Gallitzin ne nous est malheureu- 
sement pas parvenue. 



d'histoire et de littérature. 77 

de quantité et par contre très-sensible à l'intonation, aurait gagné droit de cité, et 
Hemann et Dorothée même, qui semble ne pouvoir être dépassé, y aurait gagné. Il 
me suffit ici d'avoir, pour la seconde fois, indiqué ce point de vue ; j'aurai peut- 
être l'occasion de le développer plus longuement à une autre place. 

Le paragraphe sur Leisewitz est de peu d'importance ; il aurait pu être fondu 
avec celui sur la ligue poétique de Gcettingen. 

Le neuvième chapitre, consacré à Schiller, est loin d'être aussi achevé que 
celui sur Goethe : pourtant, si l'art y manque un peu, l'érudition et l'originalité 
des vues y sont en abondance. Je recommande particulièrement les pages sur le 
spinozisme de Schiller (p. 351 et 3 52) : elles sont complètement neuves et très- 
curieuses. Je m'associerais volontiers aux jugements littéraires de M. Hettner 
sur les œuvres de jeunesse de Schiller : et j'ai vu, avec un plaisir presque per- 
sonnel, les éloges enthousiastes accordés au Visionnaire, qu'il est encore de mode 
de traiter comme une œuvre de second ordre, parce que l'inspiration de ce 
roman admirable diffère de celle qui a fini par prédominer en Allemagne. Je ne 
vois pas avec moins de plaisir que M. Hettner attribue à l'amitié de Kœrner la 
péripétie dans la vie de Schiller, que jusqu'ici on avait coutume d'attribuer exclu- 
sivement à l'étude de la philosophie kantienne. 

Le dixième et dernier chapitre traite du théâtre et du roman. M. Hettner ne 
semble pas d'accord avec M. E. Devrient (Geschichie der deutschen Schauspielkunst, 
vol. III) sur la nature du talent de Schrœder qu'il juge trop exclusivement d'après 
F. L. W. Meyer, son biographe. D'après Devrient qui ici est une autorité, 
Schrœder était essentiellement l'acteur réaliste, naturaliste; c'est sous cet aspect 
que la tradition nous en a conservé le souvenir ; c'est par là qu'il est l'acteur 
par excellence de la Sturm und Drangperiode. M. Hettner compte aussi Fleck dans 
les hommes de cette génération : cela est une double erreur, je crois. Fleck, par 
son jeu idéaliste, classique, appartient déjà à l'âge suivant : il fiit le vrai créateur 
du rôle de Wallenstein ; il subit déjà les influences de l'école de Weiraar ; il 
n'arriva à Berlin que vers la fin de l'époque du Sturm und Drang, c'est-à-dire 
en 1783 ; il fut à son apogée sous la direction d'Iffland de 1796 à 1801 ; il est 
plus jeune de dix ans que presque tous les Stiirmer und Drxnger, à l'exception de 
Schiller. — Pourquoi M. Hettner ne parle-t-il pas d'Iffland, acteur? ne fut-il 
pas le rival heureux de Schrœder et de Fleck ? 

Les pages sur la comédie bourgeoise et le drame moyen-âge ne contien- 
nent rien de nouveau ; et toute cette partie me semble un peu écourtée. J'en 
dirai autant du dernier paragraphe , où il eût fallu parler d'Auguste Lafontaine 
qui n'est pas un grand écrivain, mais qui est aussi caractéristique pour ce temps 
que M. Scribe peut l'être pour l'époque de 1830; et il m'eût semblé nécessaire 
à cette occasion de montrer l'influence de Richardson et de Goldsmith, plus 
encore que celle de Sterne. Enfin, comment classer Lichtenberg et Merck parmi 
les romanciers parce qu'ils ont commis quelques nouvelles .? Ne valait-il pas mieux 
montrer le premier à côté des poètes de Gœttingen, le second à côté de Gœthe, 
comme les deux Méphistophélès du titanisme de ce temps-là ? — Quand j'aurai 



78 REVUE CRITIQUE 

dit encore que les figures de Leuchsenring, de Basedow, de Schubarîh surtout, 
auraient dû trouver leur place dans ce volume, que K, Ph, Moritz, l'ami de 
Gœthe, l'auteur d'Anton Reiser, eût mérité une étude plus approfondie , j'aurai 
fait toutes les objections que j'avais à faire ; pour tout le reste — c'est-à-dire 
pour l'ouvrage presque tout entier — il ne me demeure plus que des éloges sin- 
cères à donner. 

K. H. 



22. — La justice révolutionnaire à Niort, par M. Antonin Proust. Niort, 
MDCCCLXIX. I vol. in-8', xxx-208 p. 

M. Antonin Proust a entrepris, les lecteurs de la Revue ne l'ignorent pas', 
d'écrire l'histoire de la Révolution dans les provinces de l'Ouest. La première 
partie des documents promis, renfermant les cahiers envoyés aux états généraux 
de 1789, a seule paru, quatre autres séries étaient annoncées, la première 
notamment devait être consacrée aux clubs et aux assemblées populaires. Nous 
attendons ces publications avec impatience ; car ces travaux locaux peuvent seuls 
suppléer aux lacunes des histoires générales sur l'état des provinces pendant la 
Révolution, et préparer un tableau complet et exact de cette grande époque. 

Aujourd'hui M. P. publie des documents sur la justice révolutionnaire; il se 
propose, la préface l'annonce en propres termes, de « démontrer que le règne 
» de la Terreur n'est pas, comme on l'a dit fréquemment, le fruit des excès de 
» la liberté, mais la conséquence du mépris de cette même liberté. » Toutefois, 
s'il fait le procès aux hommes de la Convention, il admet les circonstances 
atténuantes, et il se hâte, après leur avoir infligé le blâme contenu dans la phrase 
que nous citions plus haut, de reconnaître « qu'il serait injuste de condamner 
» froidement des hommes qui étaient sous le coup d^émotions dont nous ne 
» pouvons que difficilement mesurer l'étendue. » Si ces restrictions ont le défaut 
de donner une certaine incertitude aux opinions personnelles de l'auteur, elles 
nous sont une garantie de sa bonne foi. Il cherche la vérité sans parti pris, sans 
prévention, et s'il se sent enclin à reprocher aux hommes de 93 d'avoir fait si 
bon marché de la liberté, il tient compte de la difficulté de leur situation et de la 
nécessité impérieuse qui a commandé à leur conduite. 

Peut-être le lecteur qui compterait trouver dans ce volume la démons- 
tration annoncée par M. P. dans sa préface, éprouverait-il une certaine 
déception. Le titre lui-même promet plus que le livre ne tient. L'auteur a relevé 
et analysé brièvement, trop sommairement peut-être, les procès qui furent 
instruits et jugés par le tribunal criminel de Niort, depuis le commencement des 
troubles de la Vendée jusqu'en l'année 1795. Les pièces sont empruntées tantôt 
aux Archives municipales de la ville, tantôt au greffe du tribunal, et sont rangées 
en autant de chapitres qu'il s'est rencontré d'affaires distinctes. La plupart ont 

1. Voy. Rev. crit., 1867, art. 190 et 245. 



d'histoire et de littérature. 79 

rapport aux troubles de la Vendée ; les prévenus sont accusés d'avoir pris part 
aux soulèvements contre-révolutionnaires ou d'avoir fomenté l'insurrection. On 
remarque dans le nombre un certain nombre de prêtres insermentés. La première 
affaire, par ordre chronologique, concerne un curé de campagne qui est acquitté. 
Le tribunal ne montra pas toujours la même mansuétude ; les condamnations à mort 
sont fréquentes, mais ordinairement motivées par des faits graves qui n'ont pas 
un caractère exclusivement politique. Parmi les rebelles arrêtés les armes à la 
main et condamnés, beaucoup sont accusés et convaincus de ne s'être mêlés aux 
attroupements que pour piller et pour voler. Les acquittements cependant 
sont beaucoup plus nombreux que les condamnations ; si les passions poli- 
tiques n'inten'enaient pas à tout propos quand il s'agit de cette époque, on con- 
viendrait unanimement que tous ou presque tous les condamnés , sauf ceux qui 
furent traînés devant les tribunaux pour crime d'émigration, méritaient une sévère 
punition. Que si l'on se récrie sur la sévérité excessive de la peine, nous répon- 
drons que les tribunaux ne faisaient qu'appliquer la loi, loi terrible, il est vrai, 
mais formelle et, on peut le dire, nécessaire. Contre la résistance armée, contre 
la guerre civile soulevée par ses ennemis, la Convention n'aurait pu lutter avec 
l'arsenal des lois et des peines ordinaires. On peut reprocher à M. A. P. d'avoir 
voulu donner plutôt la liste complète des affaires traduites devant le tribunal de 
Niort que la physionomie de quelques uns des procès les plus importants. Il a rédigé 
plutôt un inventaire qu'une histoire ou même une analyse, et si cette énumération 
un peu sèche de noms présente un certain intérêt local , il faut avouer qu'elle 
devient singulièrement aride pour un lecteur étranger au pays ; combien le détail 
de quelques audiences seulement, les interrogatoires des accusés, les observa- 
tions du président, les dépositions des témoins, même au besoin le réquisitoire 
de l'accusateur public et la plaidoirie de l'avocat, auraient plus d'intérêt pour 
nous que cette liste de noms, accompagnés des qualités, demeures, crimes portés 
par l'acte d'accusation avec le résultat du jugement et quelquefois aussi l'indica- 
tion du nombre de pièces qui figurent au dossier. 

Sous le n° XIV, l'auteur donne une liste des détenus morts dans les prisons de 
Niort. Le total monte au chiffre effrayant de 182, du 14 nov. 1792 au 30 août 
1 794; ce chiffre et ces dates nous suffisent, nous n'aurions pas besoin de savoir le 
nom, la demeure et l'âge de chaque victime. Il serait bien autrement important de 
connaître les causes decettetriste mortalité. M. P. nous les laisse deviner sans y 
insister suffisamment : le nombre des arrestations, l'encombrement des prisons, 
devenues trop étroites, et l'incarcération des prévenus dans des maisons particu- 
lières qui n'étaient pas appropriées à cet usage. Les maisons des émigrés, les 
couvents reçurent chacun tout ce qu'ils pouvaient renfermer de prisonniers, et 
en même temps les hôpitaux devenaient insuffisants pour contenir tous les blessés 
envoyés par les armées républicaines. Nous aurions voulu trouver ici quelques 
renseignements, un rapport, une note sur l'état des prisons, sur ces soins dont 
les détenus étaient entourés suivant M. P., sur les traitements auxquels ils étaient 
soumis. 



8o REVUE CRITIQUE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE. 

M. P. termine son livre par plusieurs documents qui le rendront précieux 
à consulter. D'abord une récapitulation des personnes amenées ou mises en état 
d'arrestation à Niort du \6 septembre 1792 au 27 novembre 1795. Le total 
s'élève à 1 389. Puis un appendice contenant les noms des présidents du tribunal 
criminel, juges, assesseurs, greffiers, huissiers, accusateurs publics, commissaires, 
avocats, administrateurs du département, membres des comités, officiers muni- 
cipaux, notables et représentants en mission à Niort de 1792 à 179$. Cette liste 
qui doit renfermer d'utiles renseignements pour l'histoire locale, donne en 
outre assez bien l'idée des différents rouages dont se composait l'administration 
et la justice particulière des départements pendant l'époque révolutionnaire. 
L'auteur a complété son volume par une table de noms; pourquoi n'a-t-il pas 
donné aussi une table des matières, qui eût été fort utile? Enfin il a reproduit un 
plan de la ville de Niort en 1793 avec l'indication des maisons particulières et 
des édifices cités dans son livre. 

Cette publication aurait pu être beaucoup plus intéressante si l'auteur avait 
mieux su tirer parti des documents qu'il a eus entre les mains; s'il avait complété 
les renseignements fournis par les archives de la ville de Niort par des informa- 
tions puisées à d'autres sources, s'il avait par exemple consulté les comités de la 
Convention et notamment le Comité de législation, et enfin les rapports des 
députés en mission soit imprimés au Moniteur, ou en brochures séparées, soit 
conservés dans les Archives de ces missions. Mais tel qu'il est, ce livre n'est pas 
inutile ; il renferme des documents curieux pubhés avec impartialité, et c'est une 
qualité qui n'est pas si commune qu'on en doive faire bon marché. 

Au point de vue typographique, il semble que M. P. ait voulu faire de son 
livre un régal de bibliophile. Imprimé sur un magnifique papier de Hollande, il 
gagnerait toutefois à être tiré plus noir. 

J.-J. GUIFFREY. 



LIVRES DÉPOSÉS AU BUREAU DE LA REVUE. 

Albert, La Prose (Hachette). — Chaignet, Vie de Socrate (Didier). — Gaffarel, 
Rapports de l'Amérique et de l'ancien continent avant Colomb (Thorin); De Franciae 
Commercio regnantibus Kàrolinis (Thorin). — Hegel, Die Chroniken v. Closener und 
Kœnigshofen (Leipzig, Hirzel). — Pfeiffer, Briefwechsel zwischen J. Freiherrn von 
Laszberg (Wien, BraumuUer). — Rœdiger, De nominibus verborum Arabicis (Halle, 
B. d. Waisenhauses). — Agnel, Études sur le langage populaire de Paris (Dumoulin). 

— Ferrar, a comparative Grammar of sanskrit, greek and latin (Londres, Longmans). 

— Hermann , Lehrbuch der griechischen Privatalterthùmer (Heidelberg, Mohr). — 
MoiNTELius, Remains from the iron âge of Scandinavia (Stockholm, Haeggstrœm). — 
OvERBECK, Geschichte d. griechischen Plastik (Leipzig, Hinrich). — Zimmermann, 
Philosophie und yEsthetik (Wien, Braumùller). 

Nogent-le-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur. 



BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE 
DES PRINCIPALES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES. 



AVIS. — On peut se procurer à la librairie A. Franck tous les ouvrages 
annoncés dans ce bulletin , ainsi que ceux qui font l'objet d'articles dans la 
Revue critique. Elle se charge en outre de fournir très-promptement et sans 
frais tous les ouvrages qui lui seront demandés et qu'elle ne posséderait pas en 
magasin. 



Advenue et entrée du roy en sa ville 
d'Angers, le dixième de mars 1598. In- 
16, 14 p. Paris (imp. Laine). 

Beauvoir (de). Java, Siam, Canton. 
Voyage autour du monde. Ouvrage enri- 
chi d'une carte spéciale et de 14 grav. 
photographiées. In- 18 Jésus, 456 pages. 
Paris (Pion). 4 fr. 

Bibliothèque de l'École des Hautes 
Études. Sciences philologiques et histo- 
riques. I" fascicule. La Stratification du 
langage, par Max Muller, traduit par M. 
Havet; la Chronologie dans la formation 
des langues indo-européennes, par G. 
Curtius, traduit par M. Bergaigne. In-8% 
vij-i 17 p. Paris (lib. Franck). 4 fr. 

Boutmy (E.). Philosophie de l'architec- 
ture en Grèce. In- 18 jésus, 199 p. Paris 
(Baillière). 2 fr. 50 

Calligaris. Dictionnaire polyglotte. Onze 
langues, français - latin - italien - espagnol - 
portugais-allemand- anglais - néohellénique 
ou grec moderne-arabe écrit- arabe parlé 
(en caractères européens) -turc avec la 
prononciation. 2* partie, 6" livraison. In- 
4*. Turin (Loescher). 2 fr, 85 

Cantu (C). Les Hérétiques d'Italie. Dis- 
cours historiques traduits de l'italien par 
A. Digard et E. Martin. Seule traduc- 
tion autorisée, revue et corrigée par 
l'auteur. T. 3 . Des suites du concile de 
Trente. In-8*, 670 p. Paris (Didot). 

Coletta (L.). Del libro di Esther. Com- 
mentario storico-filologico. In-8*, x-254 
p. Napoli (tipog. V. Manfredi). 3 fr. 45 

Collezione di opère inédite rare dei 
primi tre secoli délia liirgua pubblicata 
per cura délia R. Commissione pei testi 
di lingua nelle provincie dell' Emilia. In- 
8*, 384 p. Bologna (Romagnoli). 

8 fr. 60 
Contiene : délie rime volgari trattato 
di Antonio da Tempo, giudico Padovano, 
composto nel 1532, dato in luce integral- 
mente ora la prima volta per cura di G. 
Brion. 

Gronaca modenese di Tomarino di Bian- 



chi, detto de' Lancillotti. Série délie cro- 
nache. Tomo VIII. Fasc. 4. In-4*, pag. 
241-520. Parma (tip. Fiaccadon). 

Derenbourg (H.). Notes sur la gram- 
maire arabe, i" partie. Théorie des for- 
mes. In-8*, 22 p. Paris (impr. Alcan- 
Lévy). 

Franklin- (A.). Étude historique et topo- 
graphique sur le plan de Pans de 1 540, 
dit plan de tapisserie. In- 12, 3 54 p. et i 
pi. Paris (lib. Aubry). 

HegeL Philosophie de l'esprit, traduite 
pour la première fois et accompagnée de 
deux introductions et d'un commentaire 
perpétuel, par A. Vera. T. 2. In-8*, cxx- 
523 p. Paris (G. Baillière). 

Jung (Th.). Les Errata historiques mili- 
taires. II. In-8*, 56 p. Paris (imp. Hen- 

nuyer). 

Manin (B.). La mission de l'Occident 
latin dans l'orient de l'Europe. In-8*, 
100 p. Paris (Le Chevalier). 

Membi^na novissima Mediolani inventa 
in veteri, insignique Archivio lUnii D. D. 
Marchionis J. Arconati Vice-Comitis , 
quae, déclarante J. Zucchelli, revulgatur 
ad probandum captivitatem in Italia per- 
durasse saltem ad ann. MCCCCXXXIV. 
Alia edito non nescio. In-8*, 20 p. Mila- 
no (tipogr. Arcivescovile). 

Montée (P.). La Philosophie de Socrate. 
In-8', 382 p. Paris (lib. Durand). 

Rainardo Lesengrino. Dal codice Bod- 
leiano (raccolta canonicianaital. n. xlviij) 
per cura di E. Teza. In-8', 77 p. Pisa 
(tip. Nistri). 

Souvenirs de madame Vigée Le Brun, 
de l'Académie royale de Paris. 2 vol. in- 
18 jésus, 753 p. Paris (lib. Charpentier 
et C*). *j fr. 

The History of Life of Albrecht Durer 
ot Nuremberg, with a translation of his 
Letters and Journal, and some account 
of his Works. By Mrs. C. Heaton. Gr. 
in-8* cart., 339p. London (Macmillan). 
39 fr. 40 



BIBLIOTHÈQUE 

DE L'ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES 

publiée sous les auspices du Ministère de l'Instruction publique. 
Sciences philologiques et historiques. 

I" fascicule. La Stratification du langage, par Max Mùller, traduit par 
M. Havet, élève de l'École des Hautes Études. — La Chronologie dans la for- 
mation des langues indo-germaniques, par G. Curtius, traduit par M. Bergaigne, 
répétiteur à l'École des Hautes Études. In-S" raisin. 4 fr. 

Forme aussi le i*' fascicule de la Nouvelle Série de la Collection philologique. 

2" fascicule. Études sur les Pagi de la Gaule, par A. Longnon, élève de 
l'École des Hautes Études. In-80 raisin avec 2 cartes. 5 fr. 

Forme aussi le i" fascicule de la Collection historique. 



En vente chez S. Hirzel, à Leipzig, et se trouve à Paris, à la 
librairie A. Franck (F. Vieweg), 67, rue Richelieu. 

Aripz-^vT^T 170 Mittheilungenausaltfranzœsischen Handschrif- 
• 1 \y O i-i Ci Iv ten. L: Aus der Chanson de Geste von Auberi 
nach einer vaticanischen Handschrift. In-8°. 6 fr. 



En vente à la librairie Borntraeger, à Berlin, et se trouve à Paris, à la 
librairie A. Franck (F. Vieweg), 67, rue Richelieu. 

Lexicon Sophocleum adhibitis veterum 
interpretum explicationibus grammatico- 



F. ELLENDT 

rum notationibus recentiorum doctorum commentariis. Editio altéra emend. 
curavit H. Genthe. Fasciculus l. Grand in-8°. 2 fr. 75 



En vente chez N. Guttentag, libraire à Berlin, et se trouve à Paris, à la 
librairie A. Franck (F. Vieweg), 67, rue Richelieu. 

Jy^ O 17 D F^ T r^ T/' ^^^ Rœmer feindlichen Bewegungen 
• \J otLivLJiL^lV im Orient waehrend der letztin Haslfte 
d. dritt. Jahrh. nach Christus (254-274). Ein Beitrag zur Geschichte d. rœm. 
Reichs unter den Kaisern. i vol. in-S". . 4 fr. 85 

En vente à l'imprimerie impériale à Vienne, et se trouve à Paris, à la 
librairie A. Franck (F. Vieweg), 67, rue Richelieu. 

AU k Q Q K TV T Kurzgefasste Grammatik der vulgaer-arabischen 
• 11 /\Ok^/\ IN Sprache m. besond. Rùcksicht auf den aegypti- 
schen Dialekt. i vol, in-8°. 8 fr. 

Nogent-le-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur. 



N* 6 Cinquième année 5 Février 1870 

REVUE CRITIQUE 

D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

RECUEIL HEBDOMADAIRE PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION 

DE MM. P. MEYER. CH. MOR&L, G. PARIS. 



Secrétaire de la Rédaction : M. Auguste Brachet. 



Prix d^abonnement : 

Un an, Paris, 1 5 fr. — Départements, 17 fr. — Etranger, le port en sus • 
suivant le pays. — Un numéro détaché, 50 cent. 

PARIS 

LIBRAIRIE A. FRANCK 

F. VIEWEG, PROPRIÉTAIRE 
67, RUE RICHELIEU, 67 



Adresser toutes les communications à M. Auguste Brachet, Secrétaire de la 
Rédaction (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu). 

ANNONCES 

En vente à la librairie A. Franck, F. Vieweg propriétaire, 
67, rue Richelieu. 

G A U T-i T TV T D T /^ i_j Histoire de la littérature alle- 
• -A.» IIlLIINivIvu il mande. 5 forts volumes in-S». 
Tome I. Depuis les origines jusqu'à la période classique. — Tome II. Lexvui* 
siècle, Lessing, Wieland, Goethe et Schiller. — Tome III. Période moderne, 
depuis le commencement du xix* siècle jusqu'à nos jours. 

Les deux premiers volumes sont en vente au prix de 20 fr., dont 4 fr. à valoir 
sur le 5* volume, qui paraîtra en mars prochain, et qui sera délivré aux sous- 
cripteurs moyennant la somme de 4 fr., sur le bon joint au premier volume. 



ATX7T7«TT T Le Judaïsme, ses dogmes et sa mission. 5^ et der- 
• V V IL 1 Lu L-j nière partie : providence et rémunération. Un fort 
volume in-8°. 7 fr. 

Lrp ç A 1\ /T r\ T î D C ^^^^^ Aventures du jeune Ous-ol-Oud- 
l-^^ r\. iVl W U ivO joud (les délices du monde) et de la fille 
de vizir El-Ouard fi-1-Akmam (le bouton de rose), conte des Mille et une Nuits 
traduit de l'arabe et publié complet pour la première fois par G. Rat. In-8°. 

I fr. 50 



BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE 
DES PRINCIPALES PUBLICATIONS FRANÇAISETS ET ÉTRANGÈRES. 



AVIS, — On peut se procurer à la librairie A. Franck tous les ouvrages 
annoncés dans ce bulletin , ainsi que ceux qui font l'objet d'articles dans la 
Revue critique. Elle se charge en outre de fournir très-promptement et sans 
frais tous les ouvrages qui lui seront demandés et qu'elle ne posséderait pas en 
magasin. 

Ellendt (P.). Lexicon Sophocleum adhi- 
bitis veterum interpretum explicationibus 
grammaticorum notationibus recentiorum 
doctorutn commentariis. Editio altéra 
emendata. Curavit H. Genthe. Fasc. II. 
Gr. in-8', p. 81-160. Berlin (Gebr. 



Archiv fur œsterreichische Geschichte. 
Hrsg. V. der zur Pflege vaterlasnd. Ges- 
chichte auf gestellten Commission der kai- 
serl. Académie d. Wissenschaften. 41. 
Bd. I. Haslfte. In-8', iv-209 p. Wien 
(Gerold's Sohn). 3 fr. '40 

Berichte iib. die Verhandlungen der kœ- 
nigl. ssechsischen Gesellschaft der Wis- 
senschaften zu Leipzig. Philolog. histor. 
Classe. 1869. T. II. Mit 4 lithogr. Ta- 
feln. In-8*, 118 p. Leipzig (Hirzel). 

2 fr. 75. 

Codex diplomaticus Anhaltinus. Auf Be- 
fehl sr. Hoheit d. Herzogs Leopold Frie- 
drich V. Anhalt. Hrsg. von Dr. Heine- 
mann. I. Thl. 2. Abth.: 1 123-1 i^o. Nov. 
18. Mit 3 Siegeltaf. Gr. in-4% lij-lJS ^^ 
380 p. Dessau (Aue). 12 fr. 

Corpus inscriptionum latinarum. Consilio 
et auctoritate academias litterarum regiae 
borussicas editum. Vol. II. Inscriptiones 
Hispanias latinas consilio et auctoritate 
academias litterarum regias borussicas edi- 
dit yEmilius Hùbner. Adjectas sunt tabu- 
las geographicae duae. Fol. lvj-828 p. m. 
2 lith. u. col. Karten u. i Tab. in-fol. 
Berlin (G. Reimer). 85 fr. 3$ 

Culmann (F. W.). DieNamen der Raub- 
thiere in verschiedenen Sprachen. Ein 
Beitrag zur Théorie der primitiven oder 
seelisch. organ. Wortbildung. Gr. in-8% 
66 p. Leipzig (F. Fleischer). i fr. 65 

Czyhiarz (C). Das rœmische Dotalrecht. 
In-8°, x-5o6p. Giessen (Roth). 13 fr. 25 



Borntraeger). 



2fr. 7j 



(H.). Notes sur la gram- 
i" partie. Théorie des for- 
22 p. Paris (impr. Alcan- 



Derenbourg 

maire arabe, 
mes. In-8°, 
Lévy). 

Diez (F.). Grammatik der romanischen 
Sprachen. I. Th. 3. Aufl. In-8*, viij-j 14 
p. Bonn (Weber). 10 fr. 

Ebrard (A.). Handbuch der mittelgaslis- 
chen Sprache, hauptsaschlich Ossian's, 
Grammatik, Lesestûcke, Wœrterbuch. 
Mit e. Vorwort v. Dr. G. Autenrieth. 
In-8*, xv-joj p. Wien (Braumùller). 

10 fr. 75 



Eusebii Pamphili scripta historica. Tom. 
III. Et s. t. Commentarii in Eusebii Pam- 
phili histor. eccl. vitam Constant. Pane- 
gyricum atque in Constantini ad sancto- 
rum cœtum orationem et melitimata 
Eusebiana. Librum bipartitum composuit 
et multo emendationem atque auctionem 
denuo éd. Heinichen. In-8*, vij-804 pag. 
Leipzig (Mendelssohn). 14 fr. 

Franklin (A.). Étude historique et topo- 
graphique sur le plan de Pans de 1 ^o, 
dit plan de la tapisserie. In- 12, 354 p. 
et I pi. Paris (Iib. Aubry). 

Garcin de Tassy. Cours d'hindoustani 
(urdu et hindi) à l'École impériale et 
spéciale des langues orientales vivantes. 
Discours d'ouverture du 6 décembre 
1869. In-8°, 38 p. Paris (libr. Maison- 
neuve et C'). 

Gaupp. Das Sanitastswesen in den Heeren 
der Alten. In-4*, 28 pages. Blaubeuren 
(Mangold). 

Hehn (V.). Kuthurpflanzen u. Hausthiere 
in ihrem Uebergang aus Asien nach Grie- 
chenland u. Italien sowie in das ùbrige 
Europa. Historisch-linguistische Skizzen. 
In-8*, iv-456 p. Berlin (Gebr. Borntras- 
ger). ^ 12 fr. 

Hegel. Philosophie de l'esprit, traduite 
pour la première fois et accompagnée de 
deux introductions et d'un commentaire 
perpétuel, par A. Vera. T. 2. In-8', cxx- 
523 p. Paris (G. Baillière). 

Hellelg (J. H.). Quaestiones de dialecto 
critica. Dissertatio philologica. In-8% 36 
p. Leipzig (Graefe). i fr. 10 

Hûffer (F.). Der Trobador Guillem de 
Cabestanh. Sein Leben u. seine Werke. 
In-8', 68 p. Berlin (Heimann). 2 fr. 



REVUE CRITIQ^UE 

D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

N* 6 — 5 Février — 1870 

Sommaire : 23. Bunsen, l'Unité des religions. — 24. Nœldeke, Recherches sur la 
critique de l' Ancien-Testament. — 25. Laubert, les Mots allemands tirés du grec. 
— 26. Wackernagel, Jean Fischart de Strasbourg. — 27. Edwards, Bibliothè- 
ques publiques communales. 

23. — Die Einheit der Religionen im Zusammenhange mit den Vœlker- 
-waxiderungen der Urzeit und der Geheimlehre, von Ernst von Bunsen. 
In zwei Baenden. i. Bd. Mit einer Karte gezeichnet vonD' Henri Lange. Berlin, 1870. 
Mitscher et Rœstell. In-8*. — Prix : 16 tr. 

« Rechercher dans l'histoire des religions les points de ressemblance aussi 
» bien que les différences , est , pensons-nous , le premier devoir de la science 
» contemporaine. » Ce principe, si nettement formulé dans la préface, M. E. de 
Bunsen essaye de l'appliquer fidèlement dans le corps de son ouvrage. Il a relevé 
soigneusement dans les livres sacrés de la Perse, de l'Inde et de la Judée les 
passages qui lui ont ou présenté réellement ou paru présenter quelques analogies 
de forme ou de fonds, et voici en quelques lignes le résultat de ses travaux. 

Au commencement, deux races habitaient le bassin de l'Oxus : l'une, la 
blanche, celle des Ariens ou Japhétites, était concentrée sur les plateaux de 
Pâmer, l'autre, la colorée, celle des Touraniens ou Chamites, s'étendait dans la 
plaine. Avec les siècles, la fusion partielle de ces deux races donna naissance aux 
hommes rouges ou Adamites. Mais cette nouvelle espèce fut loin d'avoir la même 
unité que les deux familles primitives : ses hautes castes demeurèrent blanches, 
ses castes inférieures conservèrent leur teinte sombre. Ce peuple mêlé fonda 
néanmoins le premier grand royaume à nous connu, l'empire des Kaverniens dont 
la capitale était Baares sur l'Oxus, et dont les limites répondent à celles que le 
deuxième chapitre de la Genèse assigne au pays de Kousch. L'état du monde 
civilisé à ce moment nous serait connu par le X= chapitre de la Genèse, dont les 
données nous reporteraient ainsi, non plus à l'époque de Moïse ou d'Abraham, 
mais au temps où les tribus ariennes massées vers le nord de l'Himalaya se sépa- 
rèrent et commencèrent leur migration entre 874^ et 7838 av. J.-C. 

Cette migration se fit en deux fois, ou, pour employer l'expression de l'auteur, 
en deux courants (Zûgé), qu'il nomme courant indien et courant iranien. Le plus 
ancien des deux, l'indien, passa du bassin de l'Oxus dans celui de l'Indus, puis, 
tournant au N.-O., vint peupler les bords de l'Euphrate, du Jourdain et du Nil. 
Le courant iranien, parti plus tard, longea les pentes septentrionales du plateau 
de l'Iran et se réunit en Mésopotamie au courant indien. De cette réunion naqui- 
rent l'empire d'Assyrie et la race de Sem, vers 2458. Quatre-vingt-dix-huit 
ans plus tard, en 2360, eut lieu le déluge de Noé. Les Sémites sont donc, comme 
les Adamites, une race mêlée, dont les hautes castes étaient japhétites, et les 
castes inférieures chamites. Vers 199}, Abraham et sa famille sortirent de Ur, en 
IX 6 



82 REVUE CRITIQUE 

Chaldée, et vinrent s'établir dans Harran, entre l'Euphrate et le Khabour, L'émi- 
gration d'Abraham en Palestine, sa victoire sur Kedor-Laomer, dans la vallée de 
Siddim, et son arrivée en Egypte remplissent à peine une trentaine d'année. Une 
fois en Egypte, oii régnaient les Hyksos, apparentés aux Chaldéens, les Abraha- 
mites ou Hébreux y restèrent près de quatre cents ans, L'Exode les en tira vers 
1 563 ; le partage du pays d'Israël par Josué eut lieu en 1518, l'avènement de 
Saùl en 1036. La construction du temple fut commencée en 971. 

La Palestine était, avant Josué, peuplée par les /Ce/2i?e5^ dont le nom s'applique 
tantôt à l'ensemble des tribus chananéennes, tantôt, dans un sens plus étroit, 
aux Réchabites. Ces Réchabites appartenaient au courant iranien; ils étaient 
venus de « Hamath-la-Grande, » qui, plus tard, fut la Ninive des Assyriens. Les 
Hébreux, au contraire, appartenaient au courant indien. Le peuple d'Israël se 
composa donc d'un mélange d'iraniens et d'indiens, et conserva toujours le sou- 
venir de sa double origine. Les parties élohistiques de la Genèse, le culte san- 
glant des holocaustes, la lignée des grands-prêtres descendus d'Éléazar, appar- 
tiennent à la fraction indienne du peuple Israélite ; les parties jéhovistiques de la 
Genèse, le culte pur des offrandes, la lignée des grands-prêtres descendus 
d'Ithamar appartiennent à la fraction iranienne. Toute l'histoire des douze tribus 
repose sur ce dualisme, jusqu'à présent inconnu. Eli, David et ses descendants 
étaient des iraniens; les Sadducéens, iraniens; Ezra, iraniens, etc. Les Pharisiens 
au contraire descendaient de la souche indienne. La captivité de Babylone, 
mettant les tribus en contact journalier avec des peuples de race iranienne, 
assura le triomphe de la race et des idées iraniennes. Le culte des idoles, origi- 
naire de l'Inde et de l'Egypte, disparut; le mosaïsme primitif fut rétabli. L'ensei- 
gnement secret des vérités premières, transmis comme un héritage de génération 
en génération, servit de transition entre l'ancien et le nouvel état de choses. La 
connaissance des principes les plus élevés qui, jusqu'alors, était restée le domaine 
de quelques initiés, fut révélée graduellement au peuple, selon les besoins du 
temps. Ainsi se prépara peu à peu l'avènement du christianisme, « le royaume 
» du ciel, l'empire de l'esprit de Dieu,.... la religion de la conscience. » 

« Fils de David, Jésus de Nazareth était de souche iranienne. De même que 
» les parties jéhovistiques de la Genèse et les psaumes de David, les oracles de 
» Jésus et l'enseignement des Apôtres nous ramènent aux plus anciennes portions 
» du Zend-Avesta. Jésus n'a répandu sa doctrine qu'avec certaines restrictions, 
» comme il convenait à un enseignement secret. C'est seulement à ses succes- 
» seurs qu'il fut donné de comprendre le secret du royaume de Dieu ; car, au 
» commencement du moins , il ne s'adressait au peuple qu'en paraboles qu'il 
» expliquait ensuite à ses disciples, lorsqu'il se trouvait seul avec eux. » Le 
besoin de trouver partout un enseignement secret poursuit M. de Bunsen jusque 
dans les temps modernes. Mahomet et Luther sont accusés de l'avoir connu et 
d'en avoir révélé les mystères au peuple, chacun dans la mesure de ses moyens. 
La découverte est inattendue, et inexpliquée, jusqu'à présent du moins; car le 
premier volume de l'ouvrage, le seul paru, s'arrête en l'an 4 av. J.-C, à la mort 
d'Hérode le Grand. 



d'histoire et de littérature. 85 

Quelques savants français, M. Em. Bumouf entre autres, ont cru devoir 
adopter les conclusions de M. E. de B. : c'est affaire à eux. Pour moi, en lisant ce 
lourd et indigeste volume, où tant de travail est entassé inutilement, je n'ai pu 
m'empêcher de me rappeler l'exclamation que pousse Max Muller au début de 
son article sur l'ouvrage du D"" Spiegel : « that scholars could hâve the benefit 
» of a little légal training , and leam at least the différence between what is 
» probable and what is proved !» M. de B. ne perdrait rien à connaître la dif- 
férence qu'il y a entre ce qui est et ce qui n'est pas. 

G. Maspero. 



24. — Untersuchungen zur Krîtik des Alten Testaments von Theodor 

Nœldeee. Kiel, Schwers'sche Buchhandlung, 1869. In-8*, viij-198 pages. — Prix: 
6 fr. 50. 

La Revue critique a déjà rendu compte de l'intéressant volume consacré par 
M. Nœldeke à la Littérature de l'Ancien Testament (1867, art. 2^- Le travail du 
même auteur que nous annonçons aujourd'hui doit servir, dans une certaine 
mesure, de complément scientifique au premier ouvrage, écrit surtout en vue 
du grand public. Le savant professeur de langues orientales à l'université de 
Kiel nous offre sous le titre de Recherches pour servir à la critique de l'Ancien 
Testament un recueil de quatre mémoires parfaitement distincts, mais tous rela- 
tifs aux livres bibliques et à l'histoire du peuple hébreu. Chacune de ces disser- 
tations contient des résultats nouveaux, ou du moins des obser\'aiions qui jus- 
qu'à présent n'avaient point été présentées avec le même degré de force et de 
précision. L'auteur fait volontiers du reste le sacrifice de ses droits de priorité : 
il reconnaît dans sa préface que, n'étant pas très-versé dans la littérature exé- 
gétique la plus récente, quelques unes des conclusions auxquelles l'ont amené 
ses recherches personnelles se trouvent peut-être déjà consignées dans d'autres 
publications. Mieux familiarisé avec les derniers travaux de la critique sacrée, 
M. N. eût sans doute conduit à un plus haut degré de perfection certaines 
parties de son œuvre, et probablement évité plusieurs reproches qui pourraient 
lui être adressés. Mais, à tout prendre, il serait injuste d'insister sur une lacune 
avouée par l'auteur avec tant de bonne grâce, et qui n'est pas du reste sans 
offrir une compensation. L'identité des résultats indépendamment obtenus cons- 
titue déjà une forte présomption en faveur de leur justesse, et, d'autre part, 
l'absence presque complète de citations et de polémique donne au livre de M. N. 
un cachet d'originalité d'autant plus attrayant qu'il est moins commun dans les 
ouvrages de cette nature. 

Les quatre études dont se compose le volume de M. N. ont pour objet : 1° le 
prétendu écrit primitif du Pentateuque; 2° le point de débarquement de Noé; 5° la 
non-historicité du récit contenu dans Genèse XIV, et enfin 4° la chronologie de l'épo- 
que des Juges. — Quelques mots nous suffiront pour donner une idée des prin- 
cipaux résultats auxquels est arrivé M. Nœldeke. 



84 REVUE CRITIQUE 

La première étude, de beaucoup la plus importante, n'occupe pas moins des 
trois quarts du volume. Elle est consacrée à élucider une question capitale en 
matière de critique biblique, et non moins importante au point de vue de l'his- 
toire de la religion israélite. Parmi les divers documents ' qui ont servi à com- 
poser le Pentateuque, il en est un qui, dans la Genèse, tranche assez sur le fond 
des autres pour que les critiques, depuis Astruc, soient presque unanimes dans 
la détermination des fragments qui s'y rattachent. Si cet accord n'existe plus au 
même degré lorsqu'il s'agit des autres livres du Pentateuque, la cause en est 
dans ce fait que, malgré les travaux de Knobel, ces livres sont loin d'avoir été 
étudiés aussi minutieusement et ailssi scrupuleusement que le premier. Ce docu- 
ment, que M. N. appelle « écrit primitif » (Grmdschrift) a certainement existé 
comme ouvrage à part, et M. Ewald ' y reconnaît un grand recueil historique 
écrit vers les premiers temps de la monarchie, et dont l'auteur aurait raconté 
l'histoire d'Israël depuis la création du monde jusqu'à la dédicace du temple de 
Salomon inclusivement. M. N. ne croit pas, quant à lui, que des faits postérieurs 
à la mort de Josué et à celle d'Éléasar y aient trouvé place. Ce recueil serait 
l'œuvre d'un prêtre de Jérusalem, écrivant après le schisme des dix tribus, qui 
aurait procédé on ne peut plus librement à l'égard de la tradition populaire; il 
aurait même puisé certains faits dans son imagination, par exemple la descrip- 
tion si détaillée du tabernacle du désert, et rédigé lui-même un grand nombre 
de lois, conformément à l'idéal religieux et moral qu'il s'était tracé. S'il fallait 
en croire M. N., la fiction entrerait pour le moins autant que l'histoire dans la 
composition de cet écrit primitif; mais il nous semble que le savant critique va 
trop loin dans cette voie. Il y a certainement du vrai dans ce qu'il dit sur le 
point de vue avant tout théorique de l'auteur de l'écrit primitif; plus d'un trait 
ne peut en aucune manière être regardé comme historique, et a difficilement été 
emprunté à la tradition. Cette dernière reste néanmoins la source la plus impor- 
tante où ait puisé l'écrivain hébreu, — Quoi qu'il en soit du jugement porté par 
M. N. sur la valeur du document en question, nous devons reconnaître que le 
travail d'analyse au moyen duquel il essaie d'en retrouver au moins les grands 
linéaments, est fort bien fait et plein d'intérêt. On y rencontre à chaque instant 
des remarques aussi fines que judicieuses, et des explications d'une grande 
valeur. C'est une œuvre de critique du meilleur aloi. 

La seconde dissertation roule sur le lien de débarquement de Noé, c'est-à-dire 
sur la place géographique de l'Ararat biblique ; d'après une tradition il faudrait 
chercher cette montagne dans l'Arménie orientale, d'après une autre dans le 

1. M. N. les énumère ainsi : i' l'écrit primitif (Grundschrift), appelé d'abord fragment 
élohiste, puis, par MM. Ewald et Kuenen, livre des origines; 2° l'œuvre du jéhoviste, qui 
emprunte beaucoup à un (second) élohiste originaire du royaume d'Éphraïm; 3* le travail 
d'un rédacteur qui fait un seul ouvrage des deux écrits précités; enfin 4° vient le deutéro- 
nomiste qui intercale dans l'ouvrage précédent le cinquième livre presque entier et remanie 
complètement les récits relatifs à Josué. — Cette manière de voir pourrait donner lieu à 
plusieurs observations qui ne peuvent être développées ici, 

2. Gesch. des Volkes Israël, 3° éd. I, p. 112 et suiv. 



d'histoire et de littérature. 85 

pays de Kardou, et même, d'après une troisième, en Phrygie. M. N. croit que 
l'écrivain biblique a voulu désigner l'Ararat arménien. Son travail, bien que 
très-court, contient des faits importants pour l'explicatiun du mythe du déluge, 
dont l'origine est peut-être arménienne et non sémitique. 

Le quatorzième chapitre de la Genèse tranche suffisamment pour le fond et 
la forme avec les fragments au milieu desquels il est incorporé, pour que M. 
Ewald, et après lui MM. Bertheau, Tuch et Renan, aient cru y reconnaître un 
document d'origine cananéenne, de date très-ancienne, et d'une grande valeur 
historique. M. N. attaque ce point de vue par des argum.ents d'un grand poids 
et montre que l'auteur inconnu de ce morceau , non seulement n'a pas puisé 
dans la tradition populaire les principaux faits de son récit, mais n'a écrit que 
pour glorifier la mémoire d'Abraham, le père des Hébreux, Tel est le sujet de 
sa troisième étude. 

Quant à la quatrième, elle est destinée à prouver qu'il est impossible d'établir 
une chronologie du temps des Juges, les chiffres rapportés dans le livre de ce nom 
étant des nombres fictifs obtenus à l'aide de procédés que le critique essaie de 
découvrir. Les quelques pages consacrées à cette question abondent en remar- 
ques neuves et intéressantes. 

Cet ouvrage mérite d'être recommandé à tous les amis des études bibliques. 

A. Carrière. 



25. — Die griechîschen Fremd-wœrter eingeleitet und lexicalisch erklaert von D' 
Ed. Laubert. Berlin, Guttentag, 1869. In-8*, 102 p. — Prix : 2 fr. 15. 

Cet ouvrage se compose de deux parties, le Lex/^ue des mots grecs qui ont passé 
en allemand et l'Introduction, qui comprend 41 pages compactes. Nous ne dirons 
rien du Lexique, qui est destiné surtout à l'usage des Allemands, et qui pourrait 
être disposé d'une façon plus commode, mais non plus compendieuse ' ; l'Intro- 
duction est intéressante et bien faite. Dans une revue rapide des mots grecs reçus 
en allemand (ce sont à peu près tous ceux que nous possédons aussi), l'auteur 
montre combien ces a étrangers » ont pénétré dans tous les domaines de la 
pensée et de la vie moderne. — La question de l'orthographe des mots grecs 
amène l'auteur à examiner la forme qu'ils ont prise dans les principales langues 
de l'Europe ; il présente à ce propos des considérations très-dignes de lecture et 
distingue heureusement (bien que peut-être on pût insister davantage sur ce 
point) entre les mots grecs venus dans les langues (surtout dans les langues 
romanes) par la bouche du peuple , c'est-à-dire par l'intermédiaire du latin , et 
ceux qui ont été faits directement sur le grec par les savants. M. Laubert 
conclut que l'allemand se distingue entre toutes les langues modernes par la 

I. Quelques remarques de détail. Je ne vois pas l'ail. Pokal, fr. bocal, qui vient du 
gr. pauxâ/iov (voy. Diez, Gramm., t. I, p. 57); — Bœrse, de pûpaa, est omis, etc. — Il 
va sans dire que la nomenclature scientifique n'est pas épuisée; elle s'accroît tous les 
jours. 



86 REVUE CRITIQUE 

fidélité avec laquelle il conserve la forme des mots grecs, et pense qu'on aurait 
tort d'en ramener l'orthographe à la prononciation usuelle. Il fait ensuite des 
réflexions très-intéressantes sur l'introduction des mots grecs et les composés 
nouveaux, formés avec des éléments grecs, qui surgissent à chaque instant dans 
nos langues. — Il serait à désirer qu'un philologue français entreprît pour nous 
le travail que M. L. vient d'exécuter pour les Allemands; nous lui recomman- 
derions le Lexique, non comme un modèle à suivre, mais comme un travail bien 
fait et une liste assez complète, et {'Introduction comme une lecture certainement 
fructueuse. 



26. — Johann Fischart von Strassburg und Basels Antheil an ihm , von 
Wilhelm Wackernagel. Base!, Schweighauserische Buchhandlung, 1870. In-8*, 
viij-215 p. — Prix : 6 fr. 

Ce livre écrit pendant les longs mois de souffrance qui ont précédé sa mort, 
est comme le testament littéraire de M. W. Wackernagel, et nous devons savoir 
gré à l'éminent philologue que l'Allemagne s'accorde à considérer comme le 
successeur de Jacob Grimra, d'avoir voué ses derniers loisirs à un auteur qui 
nous touche de près et qui, depuis une vingtaine d'années, fait son regain de 
gloire. 

Moraliste humoristique et satirique, traducteur, polémiste, poète, Jean Fischart, 
quoique beaucoup lu, semble avoir été personnellement peu remarqué de ses 
contemporains. C'est de lui-même qu'on tient la meilleure part de ce qu'on sait 
de sa vie, et l'ouvrage que M. W. lui a consacré a précisément pour but de 
serrer de plus près le texte de ses écrits pour en tirer de nouvelles données 
biographiques. Les développements où l'auteur est entré et que, soit dit en 
passant, son titre ne faisait pas prévoir, ont fait de son livre une excellente 
monographie, la meilleure que nous possédions sur un écrivain auquel le plus 
récent de ses éditeurs, M. H. Kurz assigne, dans la galerie littéraire de l'Alle- 
magne au xvi^ siècle, une place immédiatement après Luther. Nous nous recon- 
naissons du reste bien insuffisant pour juger le nouveau travail de M. Wacker- 
nagel. La longue fréquentation des œuvres de Fischart, de celles de ses prédé- 
cesseurs comme de celles de ses contemporains, lui donne une autorité devant 
laquelle nous n'avons qu'à nous incliner. 

La réputation qui revient à Fischart lui est due. Il est un maître en fait de 
langue, de fantaisie, de verve et à'humour. Son savoir est proportionné à sa 
philosophie pratique, à son expérience de la vie. Il avait à un haut degré le sen- 
timent du beau dans les arts; il recherchait à la fois les artistes et leurs œuvres. 
Avec cela des contradictions caractéristiques : il raille les illusions astrologiques 
de son temps, et il traduit en conscience la démonomanie de Jean Bodin et donne 
une nouvelle édition du Maliens maleficarum. Autant et plus qu'aucun de ses 
contemporains, il fut de son temps et de son pays : selon la remarque de M. W., 
dans ses écrits, source inépuisable d'études de mœurs, on a une image de toutes 
les couches de la société allemande au xvi' siècle. Ses préoccupations confes- 



d'histoire et de littérature. 87 

sionnelles ne l'empêchaient pas de prêcher la concorde aux deux partis, dont les 
querelles ne profitaient qu'aux Turcs, comme elles firent plus tard les affaires de 
la France. Son patriotisme est à la hauteur du sentiment national dont nous 
avons vu le réveil de nos jours, et peut-être lui sert-il d'autant mieux auprès de 
certains de ses admirateurs d'outre-Rhin, que Fischart appartient à l'Alsace. 

Les qualités morales et littéraires de Fischart contrastent avec les conditions 
précaires de son existence. Il fit ses études à la manière de son temps, allant 
d'une université à l'autre et ne parcourant pas seulement l'Allemagne entière , 
mais poussant sa pointe jusqu'à Paris et à Sienne, dans les Pays-Bas et en Angle- 
terre. La nécessité le mit à la solde des libraires. Il fut probablement en Alle- 
magne l'un des premiers écrivains qui aient vécu de leur plume. La gueuserie 
de l'écolier vagabond fut comme l'apprentissage de sa carrière d'homme de 
lettres. En parlant à l'Allemagne sa langue, la Réforme avait créé de nombreux 
lecteurs que des libraires intelligents tenaient à satisfaire, et Fischart eut le 
mérite de trouver du premier coup le ton qu'il fallait pour plaire à ces esprits 
dont la culture ne relevait plus de l'antiquité. Il se mit au niveau de ses lecteurs : 
tout en leur donnant du neuf, il fallait les entourer de leurs vieilles connaissances : 
de là ces innombrables proverbes, ces jeux de mots plaisants, ces emprunts aux 
chants et aux contes populaires, ces réminiscences continuelles de livres anté- 
rieurs, tombés, au sens le plus large, dans le domaine public. 

Telle est cependant l'ignorance où l'on est de ce qui concerne l'auteur, qu'on 
n'est pas encore fixé sur le lieu de sa naissance. Tout en se disant de Strasbourg, 
Fischart prenait le surnom de Mainzer o\x Mayençais; lui-même traite quelque 
part les Mayençais de compatriotes, tout comme en Allemagne, à défaut d'autre 
parenté, on se dit cousin par le nom, et ses biographes, Vilmar, H. Kurz, L. 
Spach, en avaient conclu qu'il était né à Mayence. M. W. est d'un avis différent. 
Tout en regrettant qu'on n'ait pas encore tiré de quelque chartrier des pièces 
qui en fassent foi, il se prononce nettement pour Strasbourg, en alléguant l'atta- 
chement que Fischart lui témoigne en toute circonstance, tandis que de Mayence 
il parle sans plus de façon que de toute autre ville allemande. L'auteur suppose 
que le surnom de Menzer vient à Fischart, soit de sa mère, soit du lieu de nais- 
sance de son père, absolument comme celui du prédicateur strasbourgeois Jean 
Geiler de Kaisersberg, né à Schaffhouse, lui venait du lieu d'origine de son grand 
père. 

Après Strasbourg, Bâle parait avoir été le séjour de prédilection de Fischart, 
M. W. constate qu'il y a terminé ses études et s'est fait recevoir docteur en 
droit civil et canon, le 4 des ides d'août 1 574. C'est là qu'il écrivit dès 1 572, à 
l'exemple de Rabelais et de quelques auteurs allemands du même siècle , une 
sorte de prognostication sous le titre de : Aller Pracîick Croszmutter. 

L'année qui suivit sa promotion vit paraître sa traduction de Gargantua, 
adaptée, suivant sa propre expression, au méridien allemand. Le traducteur y 
marche de pair avec l'auteur. C'est le même rire large et puissant, et ce qui 
donne un intérêt panicylier à la rédaction allemande, c'est que Fischart rend 



88 REVUE CRITIQUE 

par des composés allemands les innombrables expressions que Rabelais forge à 
l'aide du grec et du latin. Dans ce livre M. W. relève un grand nombre de pas- 
sages qui ne s'expliquent que par la connaissance approfondie des lieux, des 
personnes, des mœurs, des usages, du dialecte, même des souvenirs historiques 
de Bâle. Ce rapprochement s'est imposé avec une telle force à l'esprit de M. W., 
qu'il n'a eu l'idée de rechercher dans la matricule universitaire la trace du séjour 
de Fischart à Bâle, qu'après avoir acquis par la lecture du Gargantua la certitude 
qu'il y avait passé. Cependant il arrive parfois à l'auteur, emporté par son sujet, 
de croire locales des allusions qui trouvent leur application ailleurs encore qu'à 
Bâle : telle est entre autres, p. 55, la mention de la Frau Faste; ce n'est pas 
seulement à Bâle que le peuple croyait à la fée des quatre-temps. 

Comment se fait-il que la meilleure œuvre poétique de Fischart, la Chasse aux 
puces {Die Floh Hatz), dont la publication se place entre celle de la première 
édition de la Pratick et celle de la première édition du Gargantua, ne porte 
aucune trace de l'influence de Bâle sur le poète? M. W. ne s'explique pas sur 
cet oubli, ou du moins l'absence qu'il suppose ne ^explique pas assez. La vraie 
raison c'est qu'en l'écrivant Fischart avait en vue un public différent. M. W. 
établit que la satire contre l'astrologie a été imprimée à Bâle ; il en aura été de 
même du Gargantua, tandis que la Chasse aux puces a été publiée à Strasbourg 
chez Bernard Jobin. 

Fischart a beaucoup travaillé pour ce libraire, avec lequel il fut en relations 
dès 1 572, et à ce propos qu'on nous permette une observation. Ils se traitaient 
réciproquement de Schwager, et on en a conclu que Jobin avait épousé une sœur 
de Fischart. M. W. l'admet également, et en cela il nous paraît faire la même 
erreur que Gœthe, qui lui aussi, dans son Gœtz de Berlichingen a attaché au mot 
de Schwager le sens de beau-frère. Mais rien ne prouve qu'il y eût entre Fischart 
et Jobin un lien de parenté , que l'un eût épousé la sœur de l'autre. Au xvi'' et 
au xvii^ siècles, l'expression de Schwager s'applique à tout rapport de confrater- 
nité, d'affaires ou de plaisirs, et il est très-naturel dès lors qu'un auteur et son 
libraire se soient qualifiés ainsi. Espérons que le dépouillement des archives 
d'Alsace amènera un jour la certitude sur ce point comme sur le reste de la car- 
rière de Fischart. 

Nous ne suivrons pas davantage le commentaire que M. W. a consacré à ses 
autres écrits, et où il s'est proposé de rechercher les précurseurs dont Fischart 
peut se réclamer. Une simple analyse sans développements aurait peu d'intérêt 
pour la Revue critique et avec développements elle dépasserait son cadre. Nous 
nous bornerons à ajouter qu'après avoir tenté, en 1 581 et 1 582, de se créer une 
position comme avocat à la chambre impériale de Spire, Fischart devint bailli de 
Forbach près de Saarbruck, qu'il épousa une fille du chroniqueur alsacien Ber- 
nard Herzog, et qu'il mourut dans l'hiver de i $89 à 90, âgé probablement de 
quarante et quelques années. 

On ne saurait assez louer l'érudition et la sagacité que M. W. a déployées 
dans ce livre. Il est plein de révélations sur l'histoire de la littérature allemande 



d'histoire et de littérature, 89 

au xvt'^ siècle. Ce qui ajoute encore à sa valeur, c'est le supplément où il a 
rassemblé plusieurs des préfaces placées par Fischart en tête de ses publications. 
Nous devons constater cependant que celle des Accuratae effigies pontificum maxi- 
morum avait déjà été reproduite par feu M. L. Schneegans dans le tome III de 
VAlsatia de M. Aug. Stœber. Une bonne table alphabétique termine le volume, 
dont l'impression est digne de la vieille réputation typographique de Bâle. 

Nous nous permettrons cependant une critique. L'étude de M. W. ne com- 
prend pas moins de 128 pages, et dans ce texte dont la lecture est rendue plus 
pénible encore par les 264 notes qui l'accompagnent, le lecteur ne rencontre 
aucune coupure, aucun point d'arrêt où il puisse reprendre haleine. Avec cela 
M. W. écrit encore comme on écrivait en Allemagne, avant que l'influence directe 
eût comme partout ailleurs allégé et éclairci le style des bons écrivains. Des 
phrases d'une demi page, comme on en rencontre, sont pour l'esprit un véritable 
supplice. Espérons qu'il viendra un temps où les savants d'outre-Rhin consenti- 
ront à faciliter aux étrangers, par une meilleure disposition de leurs écrits et par 
une manière d'écrire moins pénible, le travail d'assimilation de la science et des 
idées allemandes. 

X. MOSSMANN. 



27. — Pree To-wn Libiraries. Their formation, management and history, in Britain, 
France, Germany and America. Together with brief Notices of Bock Collectors, and 
of the respective places of deposit ot their surviving collections ; by Edward Edwards. 
London, Trûbner and G*, 1869. In-8*, xiv-371 et 262 p. — Prix: 26 fr. 25. 

Le présent ouvrage se compose de deux parties bien distinctes. Les trois 
premiers livres sont consacrés à l'histoire des bibliothèques communales publiques 
dans le Royaume-Uni (livre I) sur le continent (l. H) et en Amérique (1. III). 
Le quatrième livre est une sorte d'appendice qui se rattacherait plus naturelle- 
ment ce me semble à certains des ouvrages précédemment publiés par 
M. Edwards, à ses Memoirs of libraries, par exemple ou à ses Libraries and 
Founders of Libraries : c'est une sorte de dictionnaire alphabétique des grands 
possesseurs de bibliothèques, travail assurément utile, mais qui n'a qu'un rapport 
assez éloigné avec le sujet traité dans les trois premiers livres. 

Ce sujet est du plus haut intérêt. M, Edwards nous fait connaître par le détail 
une véritable révolution qui s'opère maintenant en Angleterre et en Amérique 
dans l'organisation des bibliothèques, et qui ne tend à rien de moins qu'à procurer 
à tous la lecture la plus variée, ce qui, dans notre pays démocratique, n'a guère 
lieu jusqu'à présent qu'à Paris, et encore dans une mesure bien restreinte, puis- 
que c'est à peine si on commence à organiser chez nous, par les soins de la 
Société Franklin, des bibliothèques disposées pour le prêt au dehors. 

Malheureusement pour nous les questions traitées par M. Edwards touchent 
de plus près à l'économie politique et sociale qu'à l'érudition : nous nous effor- 
cerons néanmoins, dussions-nous sortir par instants de notre cadre, d'en faire 
comprendre l'intérêt à nos lecteurs. 



90 REVUE CRITIQUE 

L'établissement de bibliothèques communales publiques (Free Town Libraries) 
est en Angleterre de date assez récente. Par un Acte du 14 août 1850 il fut établi 
que les conseils municipaux seraient autorisés à consulter leurs mandants sur 
cette question : « Voulez-vous qu'une taxe soit imposée pour l'établissement d'une 
» bibliothèque communale ? » Cet acte ne s'appliquait qu'aux villes comptant au 
moins 10,000 habitants, et en cas de réponse affirmative de la majorité des con- 
tribuables il était spécifié que la taxe ne dépasserait point un demi penny par 
livre de propriété imposable. 

Un second Acte (30 juillet 1855) réduisit, en ce qui concerne le nombre des 
habitants, à 5000 le minimum fixé par le précédent acte, et éleva jusqu'à un 
penny par livre le maximum de la taxe applicable à l'établissement des biblio- 
thèques projetées. 

Enfin, en 1866, un troisième Acte modifia sur divers points les précédents, 
supprimant par exemple toute exception fondée sur le nombre des habitants , et 
autorisant sur la simple demande de dix contribuables la convocation d'un meeting 
ayant pour objet la prise en considération d'une motion relative à l'établisse- 
ment d'une bibliothèque publique. 

Ces mesures ont produit des résultats remarquables qu'attestent avec une 
incontestable autorité les statistiques dressées par M. Edw^ards dans le plus im- 
portant des chapitres de son livre, celui qui est consacré à l'histoire des biblio- 
thèques publiques établies dans la Grande-Bretagne en vertu des lois précitées (1. 1, 
ch. iv). Nous ne pouvons qu'y renvoyer le lecteur curieux de savoir par quelles vicis- 
situdes ont passé ces bibliothèques, quel est leur revenu, quel est leur accroisse- 
ment moyen, de combien de livres elles se composent, combien de lecteurs elles 
reçoivent annuellement, combien de volumes elles prêtent au dehors, dans quelle 
proportion se répartissent les demandes selon les matières; toutes questions dont 
la portée dépasse de beaucoup le cercle des choses de l'administration, mais que 
nous ne pouvons exposer en détail à cette place. Bornons-nous à dire que pres- 
que partout la proposition d'établir une taxe pour la fondation et l'entretien d'une 
bibHothèque, a obtenu de la part des contribuables, la grande majorité, quelque- 
fois même l'unanimité des suffrages ; que les dépenses d'établissement, couvertes 
non pas uniquement par le produit de la taxe, mais souvent aussi par des sous- 
criptions publiques, se sont élevées pour Norwich par exemple, ville de 75,000 
habitants, à environ 14,000 Hv. sterl. (350,000 fr.), et pour Birmingham, à 
29,500 (737,500 fr.); que les dépenses annuelles de ces mêmes biblio- 
thèques sont en proportion avec celles qu'a causées leur fondation; par exemple, 
pour Norwich et Birmingham, respectivement 600 et 4000 liv. sterl., pour 
Liverpool 2218 liv. ster. (5 5 , 3 50 fr), et, si nous voulons descendre à des villes 
de moindre population, pour Oxford (28,000 habitants) 600 livres. Notons 
qu'Oxford a en outre les bibliothèques richement dotées de son Université et de 
ses vingt-quatre collèges et halls. Voilà pour les dépenses ; voici maintenant pour 
les recettes, car il n'est que juste de compter comme recette l'usage fait des 
livres ainsi mis libéralement à la portée de tous. Toutes ces bibliothèques sont 



d'histoire et de littérature. 91 

ouvertes six jours sur sept (on sait qu'en Angleterre les cabarets seuls on le droit 
de rester ouverts le dimanche, pourvu que ce soit hors des heures de service), 
et le nombre d'heures d'ouverture varie en général de 66 à 78 par semaine. De 
plus, la plupart de ces mêmes bibliothèques prêtent des livres au dehors ' . Or il 
résulte des tables dressées par M. Edwards que pendant l'année 1868 le nombre 
des communications faites tant à l'intérieur qu'à l'extérieur , s'est élevé pour 
Oxford (je reprends les villes qui m'ont déjà servi d'exemples) à 18,790, pour 
Norwich à 13,480*, pour Birmingham à 359,260, pour Liverpool à 988,891. 

Pour apprécier le service (les Anglais diraient « le montant du bien ») dû aux 
free lihranes, il faut considérer qu'avant leur institution la plupart des villes du 
Royaume-Uni étaient dépourvues de bibliothèques ; que les bibliothèques anté- 
rieures à l'acte de 1850, appartenant pour la plupart à des Universités ou à des 
Chapitres, n'étaient organisées ni pour l'admission d'un grand nombre de lecteurs 
ni pour le prêt à l'extérieur, et surtout étaient médiocrement appropriées, par 
leur composition, aux besoins du grand public. On peut donc affirmer que la partie 
la moins aisée du public actuel des free town libraries lisait peu ou ne lisait que 
cette littérature, non pas seulement populaire mais vulgaire, que les grandes villes 
produisent toujours pour la consommation des classes inférieures de la société?. 
Les besoins du grand public se trouvent ainsi satisfaits sans qu'aucun inconvé- 
nient en résulte pour les bibliothèques proprement savantes, qui, tant en raison 
des difficultés particulières de leur service qu'à cause du prix de leurs collec- 
tions de livres rares ou de mss., doivent rester réservées à un pubh'c restreint 
et choisi. 

Le succès obtenu par les bibhothèques à l'histoire desquelles M. E. a consacré 
la meilleure partie de son livre, est assez considérable pour qu'il soit permis d'en 
rechercher les causes, même dans une revue aussi étrangère que la nôtre aux 
questions économiques et administratives. Ces causes se réduisent à une seule : 
Les free libraries prospèrent parce qu'elles ont été directement fondées et qu'elles 
sont directement entretenues par les contribuables. Tout est dans le mot directement, 
et là est la raison de l'état si différent où on voit nos bibliothèques communales, 
qui datent de 17894 et celles de la Grande-Bretagne, qui datent de 1850. Chez 

1. Généralement sur la simple garantie de deux personnes établies. 

2. C'est un chiffre exceptionnellement bas pour une ville dont le library-rate (taxe pour 
la bibliothèque) s'élève à 600 I., mais M. E. explique (p. 177-8) comment l'établissement 
de la Bibliothèque ayant entraîné des dépenses très-exagérees , la presque totalité du 
revenu se trouve actuellement absorbée par l'amortissement d'un emprunt contracté à cette 
occasion. De là vient qu'il ne reste plus d'argent pour acheter des livres et que la biblio- 
thèque reste stationnaire à 3642 volumes. 

3. Ce genre de littérature, qui naturellement est riche en histoires de bandits, etc., est 
maintenant en voie de décadence; voir VAtheneum du i" janvier de cette année, p. 12. 

4. On peut en effet placer l'origine de nos bibliothèques publiques au décret de l'As- 
semblée nationale qui mit tous les biens ecclésiastiques à la disposition de la nation , 
2 noy. 1789. Un décret du 14 nov. de la même année décida que les monastères et 
chapitres possédant des bibliothèques ou des archives seraient tenus d'en déposer des états 
ou des catalogues aux greffes des sièges royaux ou des municipalités les plus voisines, spé- 
cifiant particulièrement les manuscrits, et de se constituer gardiens aes livres et mss. 



92 REVUE CRITIQUE 

nous aussi, sans doute, ce sont les contribuables qui paient l'entretien de la 
bibliothèque et le salaire souvent infime du bibliothécaire, mais ce ne sont point 
eux qui déterminent l'emploi de leur argent. Leur attention n'est pas dirigée 
vers l'usage auquel on l'applique; ils s'intéressent modérément à une institution 
sur laquelle ils n'ont pas d'action, et qui d'ailleurs est établie de façon à n'être 
d'aucune utilité à la plupart d'entre eux. Car on sait bien que pour l'administration 
d'une commune même importante, l'organisation de la bibliothèque est d'ordre 
fort secondaire. Les conseillers municipaux comptent sur leurs propres biblio- 
thèques ou sur celles de leurs amis pour leur fournir une nourriture intellectuelle 
proportionnée à leur appétit, et votent une allocation à peu près suffisante pour 
faire relier les livres adressés par l'État et souscrire à quelques publications 
locales. De la sorte, ces bibliothèques qui à leur origine, au lendemain de la 
confiscation des biens ecclésiastiques au profit de la nation, étaient, sur certains 
points du moins, passablement au courant de la science d'alors, sont maintenant, 
faute des livres modernes les plus essentiels, totalement arriérées. C'est l'absence 
de livres modernes, constatant l'état actuel des sciences et de la littérature, qui 
cause l'abandon où le public laisse nos bibliothèques provinciales. Cette lacune 
n'a pas échappé à la sagacité de M. Edwards, et il conjecture avec raison qu'elle 
se rencontre même dans des bibliothèques les moins parcimonieusement dotées : 
« Là même où les bibliothèques contiennent le plus de richesses, » dit-il, » « et 
» où elles sont convenablement dotées par les municipalités , l'usage qu'en font 
» les lecteurs ne peut être considéré comme proportionné ni à la valeur des 
» collections, ni aux intentions des fondateurs. Par-dessus tout, il est permis de 
» conjecturer qu'en général les anciennes bibliothèques municipales n'ont pas su 
)> étendre leurs bienfaits sur toutes les classes de la population de la ville, même 
» là où d'ailleurs la conservation des livres et leur facile accès sont le mieux 
» assurés » (210-1). 

Cela est strictement vrai. Mais que dire des bibliothèques de sous-préfectures 
et même de bien des préfectures ? Malgré tout le soin avec lequel il a dépouillé 
tout ce qu'il a pu rencontrer de rapports officiels et de statistiques (sources bien 
souvent trompeuses) M. E. n'arrive point à se faire une idée exacte de l'état des 
choses dans les villes de population moyenne. En ces matières rien ne supplée à 
l'observation personnelle. Si je ne croyais superflu de démontrer ici ce qui est 
connu de tous ceux de nos lecteurs qui ont habité la province, je pourrais mon- 
trer par une série indéfinie d'exemples que dans les cas les plus favorables nos 
petites bibliothèques municipales perdent chaque année de leur utilité , faute de 
recevoir un accroissement nécessaire, que dans d'autres cas elles se détruisent, 

compris auxdits états. — Cette mesure fut mal exécutée, et divers décrets (20 mars 1790, 
2 janvier 1792) chargèrent les municipalités du soin de rédiger les catalogues des biblio- 
thèques et archives des établissements supprimés. Plus tard (8 pluv. an II = 27 janv. 
1794) il fut décrété que des copies de ces inventaires seraient adressées au Comité de 
l'instruction publique, et que les administrateurs des districts auraient à choisir parmi les 
édifices nationaux un établissem.ent convenable pour y établir une bibliothèque publique. 



d'histoire et de littérature. 93 

faute d'être matériellement entrenues. Je sais dans un département de l'Est une 
importante bibliothèque possédant un fonds considérable de mss. précieux et de 
livres anciens, qui consacre 300 francs par an à sa bibliothèque, et attribue 
pareille somme à son bibliothécaire, qui se trouve être un savant de grand mérite ' . 
Dans le midi de la France, je sais une ville de 14,000 habitants, qui a une biblio- 
thèque et un bibliothécaire ; ce dernier (il est vrai qu'il reçoit 1 50 francs par an) 
n'exerce jamais ses fonctions. Il se contente de prêter les clefs de la bibliothèque 
à ceux qui veulent emprunter des livres pour lesquels il ne leur est demandé 
aucun reçu ; aucune somme n'est consacrée à l'augmentation d'un fonds qui va 
chaque jour dépérissant. De tout cela le public se soucie peu, parce qu'on ne 
lui a point fait comprendre l'utilité qu'il pourrait retirer de bibliothèques bien 
organisées, et surtout parce qu'on se désintéresse facilement des choses sur les- 
quelles on n'est point appelé à donner son avis. Et pourtant il est pénible de 
penser qu'il y a peu de villes en France (s'il y en a) qui dépensent autant pour 
leur bibliothèque que pour les fêtes du 1 5 août. 

On tourne sans en avoir conscience dans un cercle vicieux : On ne juge point 
à propos de se montrer large pour des établissements que fréquentent quelques 
rares habitués, et en n'offrant point aux lecteurs les livres et l'accommodation 
nécessaires, on fait tout pour en restreindre le nombre. La fin logique de cette 
situation serait la suppression de toute allocation de la part des municipalités, et 
ce serait peut-être le dénouement le plus souhaitable, car alors la force des 
choses ferait renaître les bibliothèques dans des conditions toutes nouvelles. 

Ces conditions ne sauraient être meilleures que celles qu'ont faites au Royaume- 
Uni les Actes de 1850, 185 j et 1866. Il n'y a point lieu de faire intervenir ici 
les questions de race et de nationalité qu'on invoque si souvent hors de propos; 
il ne servirait de rien d'alléguer qu'en Angleterre le goût de la lecture est plus 
développé que chez nous, puisqu'il est manifeste que nous n'avons rien fait pour 
le développer. La cause du contraste que présentent les deux pays quant au point 
qui nous occupe est, je le répète, dans ce fait qu'en Angleterre les contribuables 
déterminent, dans le cas dont il s'agit comme dans beaucoup d'autres, l'emploi 
qui sera fait de leur argent. Lorsque, conformément à la loi, on convoque un 
meeting pour débattre cette question : Nous imposerons-nous une taxe pour une 
bibliothèque? {Shall a Library Rate be leviedi') l'attention publique est fortement 
dirigée vers les avantages que chacun peut retirer de l'établissement projeté; et 
d'autre part, on ne ferme point les yeux sur l'inconvénient de s'imposer quelques 
centimes additionnels. Toutes les conditions d'un débat contradictoire sont donc 
réunies. Si la motion est adoptée — et l'expérience a montré qu'elle l'était pres- 
que toujours — on peut être sûr 1° que la somme produite par la taxe sera 
supérieure aux misérables allocations de nos municipalités, 2° que les contribuables 
qui auront voulu l'établissement de la taxe, voudront aussi en retirer tout le parti 
possible. Les mesures les plus libérales, les plus propres à faciliter la circulation 



I. Du moins tel était l'état des choses en 1861. Je souhaite qu'il ait changé. 



94 REVUE CRITIQUE 

des livres seront prises ; les acquisitions seront faites, non point comme il arrive 
trop souvent, même dans nos bibliothèques de Paris', selon la fantaisie des 
bibliothécaires, mais selon la moyenne des demandes. On se procurera les 
ouvrages relatifs aux sciences qui manquent si complètement à nos bibliothèques 
provinciales, on fera la part large à la littérature contemporaine ; le goût de la 
lecture se développera en proportion des moyens qu'on aura de le satisfaire, et 
le consommateur payant directement l'objet de sa consommation, on peut être 
assuré que les subsides croîtront en proportion de la demande. 

On ne peut que recommander vivement la lecture de ce livre à tous ceux 
qu'intéressent les questions dont nous venons de donner un rapide aperçu, et qui 
ne croient point devoir écarter a priori les résultats de l'expérience étrangère 
sous le prétexte commode que les mesures les plus fécondes perdent leur effica- 
cité dès qu'elles sont appliquées hors du pays où elles ont pris naissance. M. E. 
qui a été à la tête de l'une des deux plus importantes free libraries de l'Angle- 
terre, celle de Manchester, a sur toutes les parties de l'art du bibliothécaire des 
idées très-arrêtées qui méritent d'être prises en considération lors même qu'on 
ne les partagerait pas. Par exemple il est partisan des catalogues par ordre de 
matières (p. 52-3), qui guident le lecteur dans ses recherches. Pour ma part les 
difficultés d'un tel classement me paraissent si énormes et les chances d'erreurs 
si nombreuses que je ne le crois pas applicable à une grande bibliothèque. Les 
encyclopédies et les biographies, telles qu'on les fait de nos jours, avec abon- 
dance de références à la fin de chaque article, les manuels, les bibliographies 
spéciales doivent être placés dans la salle de lecture sous la main du lecteur 
afin de le guider dans ses recherches, et le catalogue ne doit prétendre à rien de 
plus qu'à être l'index alphabétique des ouvrages que possède la bibliothèque. 
Tel est l'immense catalogue manuscrit qui forme deux cercles concentriques dans 
la salle de lecture du Musée Britannique , et certes pour un tel catalogue on 
ferait bien grâce à l'administration de la Bibliothèque impériale de son catalogue 
imprimé par ordre de matières qu'elle ne finira jamais*. Mais je ne nie pas que 
dans un établissement peu considérable, tels que sont encore la plupart des free 
libraries, le système préconisé par M, E. ait de réels avantages. 

Du reste on conçoit que c'est principalement en ce qui concerne l'histoire et 
l'organisation des bibliothèques anglaises que l'expérience de M. E. est précieuse. 
Pour le reste, et notamment pour notre pays, on voit que l'auteur s'est trouvé 
à court de renseignements, et surtout que la connaissance personnelle des choses 
lui fait défaut. Il serait facile de relever çà et là plusieurs de ces petites inexac- 

1, Je ne parle point ici, bien entendu de la Bibliothèque impériale, qui n'a point et ne 
doit point avoir de préférences, et qui d'ailleurs est suffisamment dotée pour acquérir à 
peu près tout ce qui paraît de bon dans toutes les branches des connaissances humaines. 

2. Ce catalogue est une perpétuelle démonstration de la difficulté du classement par 
matières. Pour ne citer qu'un fait drôle, on y voit figurer à la Biographie de l'histoire de 
France saint Augustin (IX, 267), parce qu'il a été évêque d'Hippone dont l'emplacement 
est compris dans nos possessions algériennes, et Garibaldi {ibid., ^8$) parce qu'il est 
né à Nice! 



I 



d'histoire et de littérature. 95 

titudes ou de ces confusions auxquelles les étrangers sont exposés, mais il 
vaut mieux savoir gré à M. E. des indications qu'il a réunies sur l'histoire de 
quelques-unes de nos plus anciennes bibliothèques, celles d'Aix en Provence 
(p. 3 et 205), de Lyon (p. 202), de Rouen (p. 205), de Grenoble (p. 206), 
tout en regrettant qu'il n'ait pas eu connaissance d'ouvrages où il aurait trouvé 
de quoi nourrir davantage ses notices , tels que les catalogues imprimés de plu- 
sieurs de nos bibliothèques des départements , le Cabinet des manuscrits de 
la Bibl. imp. de M. Delisle ', etc. 

Le quatrième livre de l'ouvrage, qui à la vérité n'est qu^un hors-d'œuvre, est 
assurément le moins satisfaisant. Il est intitulé Hisîorical notices of Book Collectors; 
mais on peut tout au plus le considérer comme le cadre d'un dictionnaire des 
propriétaires ou fondateurs de bibliothèques. Et encore faudrait-il que ce cadre 
fût mieux déterminé. Que M. E. n'y fasse point entrer les book collectors actuel- 
lement vivants, tels que le comte d'Ashburnhara, sir Thomas Phillipps, etc., soit, 
mais pourquoi y introduire M. Stanislas Julien (n° 492) ? qui vit encore; et 
parmi les morts, pourquoi n'y voit-on figurer ni le duc de Glocester Humphrey, 
le premier fondateur de la bibliothèque de l'Université d'Oxford, ni Bodley qui 
la créa de nouveau ? D'autre part, pourquoi M. E. admet-il dans sa liste des 
hommes qui n'ont laissé d'autres collections que celles de leurs propres auto- 
graphes ? Napoléon par exemple, qui figure parmi les book collectors à propos de 
ses écrits de jeunesse, maintenant conservés à Ashburnham-place, dans la col- 
lection Libri; ou tant d'autres personnages que M. E. n'a mentionnés qu'à cause 
de leur correspondance ou de leurs propres ouvrages ? 

Quant aux renseignements qui accompagnent les noms des personnages admis 
dans cette liste, ils sont le plus souvent insuffisants; et dans la plupart des cas il 
était si facile de se renseigner que l'apologie faite d'avance par l'auteur, à la page 
362, est vraiment inacceptable. Il suffisait d'ouvrir une Biographie plus ou moins 
universelle pour trouver la date, laissée en blanc par M. E., de la mort de Fortia 
d'Urban (4 août 1843), d'Al.-Jules-Ant. Fauris de Saint -Vincent (i 3 nov. 181 9) 
ou de Fontanieu (1767). Il n'était pas nécessaire de se donner beaucoup de peine 
pour trouver à dire sur Hunter autre chose que ceci : « Hunter dépensa beau- 
» coup d'argent et de temps pour l'acquisition de la bibliothèque qui est raain- 
» tenant conservée pour l'usage public* au Musée Huntérien à Glasgow. Elle 
» contient des livres de la plus grande rareté et de la plus grande beauté en 
» même temps que des ouvrages qui sont plus particulièrement les instruments 



1 . Dans ce dernier ouvrage M. E. aurait rencontré des renseignements nouveaux et 
précis sur la bibliothèque de Rouen, qui date du XV* siècle (Delisle, p. 545), sur celle 
de St.-LÔ qui existait déjà en 1470 (ja., p. 544), sur celle de Poitiers qui ne paraît pas 
moins ancienne {id., p. 54^). 

2. N. B. On voit les livres à travers les vitres, comme les animaux empaillés dont 
abonde le même musée. Prix d'entrée : 1 sh. On ne fait exception que pour les personnes 
recommandées. 



^6 REVUE CRITIQUE d'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE. 

» de travail du savant, spécialement du savant voué aux sciences physiques et 
» à leurs applications pratiques. » Se douterait-on après cela que cette biblio- 
thèque contient un grand nombre de manuscrits précieux qui viennent de Gai- 
gnat, de La Vallière et d'autres grands collectionneurs du xviii'' siècle? — Ni 
Gaignat ni La Vallière ne figurent dans la liste de M, Edwards, ni Guyon de 
Sardière ni tant d'autres. — Souvent les renseignements de M. E. sont puisés à 
des sources suspectes. Ainsi c'est aux Causeries d'un Curieux de M. Feuillet de 
Conches qu'il emprunte sa notice sur Gaignières. Il eût mieux fait de consulter 
le travail étendu que M. Delisle a consacré à cet éminent collectionneur ' . Pour 
le dire en passant M. E. trouvera dans l'ouvrage de M. Delisle les éléments 
nécessaires pour refaire un grand nombre de ses notices. Je lui signalerai notam- 
ment ce qui concerne Baluze (Delisle, p. 364-7), Catherine de Médicis (jd. 
p. 207-12), Foucault (id. p. 373-80), Fouquet (id. p. 270-4), Hurault (/^. 
p. 212-3), Mazarin {id. p. 279-83), Peiresc (p. 283-5), Pétrarque (id. p. 138- 
40), Sainte-Palaye (p. 571), etc.* 

Le sujet traité par M. Edwards dans son quatrième livre est assez abondant 
et intéressant pour former un ouvrage à part. Toutes les personnes qui s'inté- 
ressent à l'histoire des bibliothèques, sujet qui touche de si près à la philologie, 
accueilleraient avec reconnaissance un dictionnaire des hook collecîors, où vien- 
draient prendre place ceux mêmes de notre temps, sur les collections desquels il 
n'est pas toujours facile de se procurer des renseignements. Nous espérons que 
M. Edwards nous donnera un jour ce travail dont le quatrième livre des Free 
Town Libraries n'est encore que l'esquisse. 

P. M. 



1. Le Cabinet des manuscrits de la Bibl. imp., p. 335-56. Voir aussi p. 556 pour le dé- 
tournement à la suite duquel plusieurs volumes de Gaignières ont été transportés à la 
Bodléienne. 

2. Je rejette en notes quelques remarques de peu d'importance : Acciajoli; les mss. 
provenant de cette famille célèbre n'ont pas été acquis isolément par le comte d'Ashburn- 
ham : ils font partie de la collection Libri (sous le n* 1850) achetée toute en une fois. — 
Grenville Brydges Chandos; les renseignements donnés à cet endroit (pourquoi là plutôt 
qu'ailleurs?) sur les collections d'Ashburnham-Place sont peu exacts, et les mss. cités 
à titre de spécimens remarquables auraient pu être plus heureusement choisis. M. E. ne 
paraît connaître que l'Index de ces collections, qui date de 1853 ; les catalogues, publiés 
plus tard, donnent pour le fonds Barrois et pour l'Appendice tous les détails désirables. 
Il y en a des exemplaires à la Bodléienne et à la Bibl. de l'Université de Cambridge. — 
Gruthuyse; ses mss. « were obtained for the Impérial Library by purchase ». Non: « for 
the Royal » à tout le moins. Un peu plus de précision n'eût pas été de trop. M. E. n'i- 
gnore sans doute pas qu'il existe sur Louis de Bruges, seigneur de la Gruthuyse, un 
travail spécial de Van Praët; cf. aussi Delisle, Cab. des mss. p. 140-6. — Huet; M. E. 
a cherché vainement des renseignements sur l'origine des mss. du célèbre évêque d'Avran- 
ches acquis par Libri ; il en trouvera dans la Lettre de Libri à M. de Falloux, p. 301 (Paris, 
1849). — Monteil; ce n'est pas seulement le Musée Britannique, mais aussi la Biblioth. 
impériale qui a acquis une partie de sa collection. 



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taires. II. In-8*, 56 p. Paris (imp. Hen- 
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manuscripts of Leyden , St Petersburg, 
Cambridgs and Berlin, by \V. Wright. 
6. part. In-4*, 86 pag. Leipzig (Brock- 
haus' Sort). 8 fr. 

Luthardt (C. E.). Die Ethik des Aristo- 
teles in ihrem Unterschied von der Moral 
d. Christenthums. I. Die Gûterlehre. Gr. 
in-4*, ''J"39 P- Leipzig (Dùrr). 2 fr. 

Manin (B.). La mission de l'Occiden 
latin dans l'orient de l'Europe. In-8% 
100 p. Paris (Le Chevalier). 

Membrana novissima Mediolani inventa 
in veteri, insignique Archivio 111™ D. D. 
Marchionis J. Arconati Vice-Comitis, 
quae, déclarante J. Zucchelli, revulgatur 
ad probandum captivitatem in Italia per- 
durasse saltem ad ann. MCCCCXXXIV. 
Alia edito non nescio. In-8', 20 p. Mila- 
no (tipogr. Arcivescovile). 

Montée (P.). La Philosophie de Socrate. 
In-8*, 382 p. Paris (lib. Durand). 

Morosi (G.). Studi sui dialetti greci 
délia terra d'Otranto, preceduto da una 
raccolta di canti, leggende, proverbi e 
indovinelii, nei dialetti medesimi. In-4*, 
214 p. Torino e Firenze (Lœscher). 

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Magna (P.). Dante Alighieri in Germa- 
nia. In-8*. Padova (Edit. l'autore). 

Niccolucci (G.). Armi ed ustensili dell' 
età délia pietra, lettera al sig. Luigi Tur- 
co da Palazzolo Castrocielo. In-8*, 16 
p. Napoli (tipog. del Fibreno). 

Oberdick (J.). Die rœmerfeindiichen 
Bewegungen im Orient washrend der letz- 
ten Haeifte des dritten Jahrh. nach Chris- 
tus 254-274. Ein Beitrag zur Geschichte 
d. rœm. Reichs unter den Kaisern. Gr. 
in-8*, xvj-iyi p. Berlin (Guttentag). 

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Parmet (A.). Rudolf v. Langen. Leben 
u. gesammelte Gedichte d. ersten Mùns- 
terschen Humanisten. Ein Beitrag zur 
Geschichte des Humanismus in Deutsch- 
land. In-8*, xj-256 p. Munster (Regens- 
berg). 4 fr. 

Planck (K. G.). Gesetz u. Ziel der neue- 
ren Kunstentwicklung im Vergleiche m. 
der antiken. In-8*, viij-120 p. Stuttgart 
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Postel (G.). Les très-merveiileuses vic- 
toires des femmes du nouveau monde, 
suivi de la doctrine du siècle doré, avec 
une notice biographique et bibliographi- 
que par G. Brunet. In-8*, 11 5 p. Turin 
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Promis (V.). Memoriale di Diego Colom- 
bo con note sulla Bolla di Alessandro VI 
delli 4 maggio 1493. In-8*, 123 p. Fi- 
renze e Torino (Fratelli Bocca). S fr. 7S 

Rainardo Lesengrino. Dal codice Bod- 
leiano (raccolta canoniciana ital. n. xlviij) 
per cura di E. Teza. In-8*, 77 p. Pisa 
(tip. Nistri). 

Schwegler (A). Geschichte der griechis- 
chen Philosophie. Hrsg. v. K. Kœstlin. 
2. verm. Aufl. In-8*, viij-351 p. Tùbin- 
gen (Laupp). S fr- 3 S 

Souvenirs de madame Vigée Le Brun, 
de l'Académie royale de Paris. 2 vol. in- 
18 Jésus, 753 p. Paris (lib. Charpentier 
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Leçons professées à l'École des beaux- 
arts. Paris (G. Baillière). 2 fr. 50 

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ot Nuremberg, with a translation of his 
Letters and Journal, and some account 
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tische Aufsœtze. Neu Folge. 2. Thle. In- 
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N* 7 Cinquième année 12 Février 1870 

REVUE CRITIQUE 

D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

RECUEIL HEBDOMADAIRE PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION 

DE MM. P. MEYER, CH. MOREL, G. PARIS. 



Secrétaire de la Rédaction : M. Auguste Brachet. 



Prix d'abonnement : 

Un an, Paris, 15 fr. — Départements, 17 fr. — Étranger, le port en sus 
suivant le pays. — Un numéro détaché, 50 cent. 

PARIS 
LIBRAIRIE A. FRANCK 

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Adresser toutes les communications à M. Auguste Brachet, Secrétaire de la 
Rédaaion (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu). 

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Les deux premiers volumes sont en vente au prix de 20 fr., dont4fr. à valoir 
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de vizir El-Ouard fi-1-Akmam (le bouton de rose), conte des Mille et une Nuits 
traduit de l'arabe et publié complet pour la première fois par G. Rat. In-S". 

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PERIODIQUES ETRANGERS. 

Gertnania, 2" série, t. II (1869), 4* cahier. 

P. 38^. F. LiEBRECHT, Sur lu chrotiiaue de Zimmern. — P. 40$. Zingerle, 
Deux parodies (du Pater et de VAve Maria). — P. 408. K. Schiller, Fragments 
en bas-allemand. — P. 41 1. Rochholz, Heinrich Steinhœvel, Jakob Funkelin, 
notes biographiques. — P. 416, Hœfer, Notes sur divers passages de poètes moy. 
h. ail. — P. 427. Bartsch, Sur le « Grégoire » d'Hartmann. — P. 432. K. 
Meyer, Sur la fable de Dietrich; polémique contre M. E. Martin. — P. 434. 
Frommann et Lambel, Un fragment du roman des « Lorreinen » (suite néerlan- 
daise des Lorrains, composée d'après des sources françaises). — P. 440. J. 
Haupt, Fragments d'une traduction en anc. h. ail. des évangiles. — P. 467. 
Bartsch, Revue bibliographique des ouvrages intéressant la philologie germa- 
nique publiés pendant l'année 1868. Ce travail est en son genre un chef-d'œu- 
vre d'ordre et de clarté. 

The AthensBum. 22 janvier, 

Grant, Memoirs of Sir George Sinclair; Tinsley. — Joannis Wiclif Trialogus 
cum supplemento Trialogi, éd. G. Lechler; Oxford, Clarendon Press. — Wal- 
lington, Historical Notices of Events occurring chiefly in the reign of Charles the 
First; 2 vol., Bentley. — The private Life of Galileo; compiled principally from 
his correspondence and that of his eldest Daughter; Macmillan. — Forbes 
Watson and John W. Kaye, The people of India, vol, III et IV; Allen; ouvrage 
important, mais qui ne paraît pas au courant de la science. — Les Saxons et les 
Celtes; exposé et critique de quelques vues du prof, Huxley qui sont presque 
toutes sinon erronées du moins très-aventurées. Ce travail se continue dans le n» 
suivant. — M anti, Les chefs-d'œuvre de la peinture italienne; Paris, Didot; art. 
favorable. 

29 janvier. 

Rev. T, R. BiRKS, The Pentateuch and its Anatomists; Hatchards; ouvrage 
sans valeur. — Schelley, Poetical l^or^^; a |revised Text with Notes by Ros- 
SETTi; Moxon. — Th. Hughes, Alfred the Great; Macmillan; livre de vulgari- 
sation. — Cartwright, Gustav Bergenroth, a Mémorial Sketch; Edinburgh, 
Edmonston and Douglas, 



BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE 
DES PRINCIPALES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES. 



AVIS. — On peut se procurer à la librairie A. Franck tous les ouvrages 
annoncés dans ce bulletin , ainsi que ceux qui font l'objet d'articles dans la 
Revue critique. Elle se charge en outre de fournir très-promptement et sans 
frais tous les ouvrages qui lui seront demandés et qu'elle ne posséderait pas en 
magasin. 



Andresen (A.). Die deutschen Maler- 
Radirer (peintres-graveurs) d. 19. Jahrh. 
nach ihren Leben u. Werken. 3. Bd. 
2. Haslfte. Gr. in-8*, ij-i45-344p. Leip- 
zig (R. Weigel), 6 fr, 75 

Bopp (Fr,), Vergleichende Grammatik d. 



Sanskrit, Send, Armenischen, Griechi- 
schen, Lateinischen , Litauischen, Alt- 
slavischen, Gothischen u. Deutschen. 5. 
Ausg. 2. Bd. In-8*, 570 p. Berlin 
(Dùmmler's Ver!.). 16 fr, 

Curtius (G.), Studien zur griechischen u. 



REVUE CRITIQ^UE 

D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

N* 7 — 12 Février — 1870 

Sommaire : 28. Haneberg, Antiquités religieuses de la Bible. — 29. Meyer, Dis- 
sertation sur Roland ; Pio, la Légende d'Ogier le Danois, — 30. Erdmannsdœrfer, 
le Comte George Frédéric de Waldeck. — 31. M" Lebrun, Souvenirs. — 32. 
Bastian, les Races humaines et leur variabilité. 

28. — Die religiœsen Alterthûmer der Bibel, von D' Dan. Bonifacius von 
Haneberg. Zweite, grœsstentheils umgearbeitete Auflage. Mùnchen, Literarisch-artis- 
tiche Anstalt der J. G. Cotta'schen Buchhandlung , 1869. In-8*, xvj-yoo p. — Prix : 
I3fr. 35. 

M. de Haneberg, professeur à l'Université de Munich et l'un des théologiens 
catholiques les plus savants et les plus estimés de l'Allemagne contemporaine, 
publie, sous le titre que nous venons de transcrire, la seconde édition d'une 
Archéologie biblique (Handbuch der biblischen Alterthumskunde) rédigée en 1 842 
pour être jointe à la Bible commentée d'Allioli. Nous n'avons point sous les yeux 
cette première publication ; il nous est, par conséquent, impossible de dire quels 
changements y ont été apportés, mais l'auteur lui-même nous avertit, dans sa 
préface, que son travail a subi une refonte complète. Tel qu'il se présente main- 
tenant à nous, il est divisé en sept livres dont nous reproduisons les titres pour 
marquer plus exactement ce que M. de H. entend par Antiquités religieuses de la 
Bible: 1. Forme primitive de la religion. Religion des patriarches; — II. Le 
paganisme chez les peuples voisins d'Israël, en particulier chez les Cananéens et 
les habitants de la Mésopotamie ; — III. Les bases delà religion mosaïque ; — 
IV. Les Heux de culte de la religion mosaïque ; — V, Les actes de culte de la 
religion mosaïque (prières, sacrifices, rites, etc.) ; — VI. Le personnel du 
culte ; — VII. Les fêtes religieuses. — Cette division est claire et embrasse en 
effet tous les sujets qui doivent être traités. 

S'il faut maintenant dire comment M. de H. s'est acquitté de sa tâche, il ne 
nous en coûte nullement d'avouer que nous sommes très-embarrassé pour por- 
ter un jugement sur la valeur de l'ouvrage. D'un côté le point de vue tout-à-fait 
supranaturaliste auquel se place l'auteur ne cadre en aucune manière avec les 
règles de critique historique généralement admises dans le monde scientifique ; 
et d'autre part nous aurions mauvaise grâce à reprocher à un professeur de 
théologie d'être resté fidèle aux dogmes de l'Eglise. Il nous semble pourtant que 
nous resterons dans les limites de la plus stricte équité, en nous bornant à cons- 
tater les deux faits suivants : 1° Sur presque tous les points, mais surtout à 
l'égard des questions d'histoire religieuse traitées dans les trois premiers livres, 
une critique indépendante arrive à des résultats bien différents de ceux qu'a 
obtenus M. de Haneberg; 2° étant admises les bases d'oii part le théologien 
catholique, c'est-à-dire l'inspiration surnaturelle de tous les livres bibliques, leur 
authenticité, leur historicité, etc., il faut reconnaître que l'auteur a fait tout ce 

IX 7 



98 REVUE CRITIQUE 

qui lui était possible, qu'il a soigneusement étudié les textes et la littérature du 
sujet, bien groupé ses matériaux, clairement exposé ses opinions; en un mot, 
que son livre dénote un grand savoir et un vrai talent d'écrivain. 

Ceux de nos lecteurs qui sont au courant des études de critique biblique, 
comprendront facilement comment un ouvrage, même fort bien fait, sur les 
Antiquités religieuses de la Bible, ne peut avoir d'importance scientifique, du 
moment que l'auteur se prononce en faveur de l'authenticité et de la date tradi- 
tionnelle de tous les livres de l'Ancien Testament. 

A. Carrière. 

29. — Abhandlung ûber Roland, von D' Hugo Meyer. Brème, 1868, in-4', 22 
p. (Programme de la Haupîschuk de Brème.) 

Sagnet om Holger Danske, dets udbredelse og forhold til Mythologien, ved L. Pio. 
Copenhague, Cad, 1870, in-8', 100 p. 

Il y a des branches, dans les sciences historiques, dont la méthode n'est pas 
encore tout-à-fait constituée. Nées depuis peu de temps, elles ne sont pas défi- 
nitivement sorties de cette période de tâtonnement qui est l'enfance des sciences, 
et qui se caractérise en général tant par l'incertitude du but précis qu'elles pour- 
suivent et des limites 011 doit se renfermer leur domaine, que par des méprises 
sur la manière d'apprécier, de classer, souvent même de recueillir les faits qui 
constituent leur matière propre. La mythologie comparée est la plus jeune de 
ces branches, et si elle a fait en quelques années des progrès que jamais elle 
n'aurait réalisés aussi vite à une autre époque, elle est loin jusqu'à présent 
d'avoir les principes sûrs et les contours arrêtés de sa sœur aînée, la science 
comparée des langues. Elle provoque encore, chez certains esprits, un scepti- 
cisme, voire une ironie, que la philologie comparée a rencontrés également à 
ses débuts; et d'autre part, de même que les études linguistiques il n'y a pas 
longtemps encore, elle excite des enthousiasmes irréfléchis et a le don malheu- 
reux de plaire particulièrement aux esprits plus amoureux des idées générales 
que des constatations méthodiques, auxquels elle offre un terrain encore vague 
et plein de promesses, où il est difficile de les contraindre à un travail régulier, 
comme des méthodes éprouvées permettent de le faire aujourd'hui en linguistique. 
Les productions superficielles et mal à propos ingénieuses que cet état de choses 
a fait naître n'ont pas peu contribué à inspirer à quelques très-bons esprits des 
méfiances et des répugnances injustes à l'endroit de cette science elle-même. 
Nous avons saisi toutes les occasions de parler dans cette Revue des travaux 
mythologiques qui venaient à notre connaissance, et nous le ferons encore, car 
c'est dans ces sciences en voie de constitution définitive qu'une critique sévère 
et impartiale est le plus nécessaire. Nous avons publié des articles où on a pu 
remarquer des tendances quelque peu divergentes : quelques-uns de nos colla- 
borateurs peuvent en effet être séparés par des nuances bien naturelles; mais 
tous sont d'accord avec nous sur les deux points fondamentaux qu'il s'agit d'éta- 
blir : d'abord la légitimité de la mythologie comparée prise en elle-même, en- 
suite la nécessité de la traiter méthodiquement. Or la méthode de la mythologie 



d'histoire et de littérature. 99 

comparée est la même au fond que celle de la grammaire comparée; seulement 
elle présente dans l'application quelques particularités sur lesquelles il est bon 
d'insister. L'occasion nous en est fournie par les deux opuscules dont on vient 
de lire le titre : ces deux dissertations, remarquables toutes deux et pleines de 
mérite, nous semblent pécher diversement contre quelques-unes des règles fon- 
damentales dont on ne doit pas s'écarter dans les recherches de cette nature. 
Nous les examinons ensemble d'autant plus volontiers que toutes deux sont con- 
sacrées à des héros propres aux traditions poétiques françaises : l'une a pour 
sujet Roland, l'autre Ogier le danois. 

M. Hugo Meyer prend pour point de départ de sa dissertation sur Roland les 
Rolandssaiilen. On sait que dans un grand nombre de villes (40 à 50) de la 
Basse-Saxe on voit sur la place publique une statue, de bois ou de pierre, qui 
représente un guerrier armé et qui est connue généralement sous le nom de 
Rolandssaiïle ou colonne de Roland: cette statue avait une signification juridique et 
symbolique sur laquelle M. M. renvoie au livre de Zoepfl, die Ralandssaiïle, 1861. 
— L'auteur pense que le Roland ainsi représenté est le même que le Roland 
des chansons de geste françaises, et est ainsi amené à examiner ces dernières. Il 
raconte la légende de Roncevaux d'après Turpin et les poèmes, en choisissant 
les traits qui favorisent le plus son système, et cherche ensuite à retrouver les 
éléments de cette légende. — Il croit qu'au souvenir historique de Roncevaux 
se mêla chez les Francs le mythe de la fm du monde, tel que le présentent les 
textes eddiques, et que la bataille où Roland avait péri prit les traits de cette su- 
prême bataille où, d'après la mythologie germanique, les bons et les mauvais 
dieux devaient lutter, et où les premiers, trahis par Loki , devaient périr. — 
Viennent alors entre le récit de Roncevaux et les tableaux terribles des poèmes 
norois des rapprochements plus ou moins frappants : à la fin du monde le loup 
Fenris est lâché, d'où vient que « lé loup est lâché » signifie : « le monde 
périt »; or le traître, auteur de la défaite des Francs à Roncevaux, c'est le duc 
de Gascogne Lupus, d'après la charte d'Alaon, qui, toute fausse qu'elle est, 
conserve le souvenir d'une tradition populaire. Mais le nom même de Canelon 
ne veut pas dire autre chose ; il vient du francique Gamalo, et Gamalo répond au 
norois gamaL « vieux »; u le vieux » est souvent le surnom du loup, et un pro- 
verbe suédois dit gammal som ein varg = « vieux comme un loup » '. Donc le 
nom de Ganelon, qui signifie proprement « le vieux », veut dire implicitement 
« le loup ». Ganelon joue à Roncevaux le rôle du loup dans le « crépuscule des 
dieux ». Le rôle donné au loup par la mythologie Scandinave repose d'ailleurs 
sur ce fait que « le crépuscule est gris comme le loup; cf. en grec ).ûxo- « loup » 
et)Oxr, (c crépuscule » *; le crépuscule engloutit la lumière comme un loup, voilà 

1. M. M. auraitsansdoutecité, s'il l'avaitconnue, l'ancienne expression française de «contes 
au vieux loup », pour dire des contes de fée, des histoires .merveilleuses (Oudin, Curio- 
sitez françolsis, 1656, p. 93); on dit d'ailleurs aussi en français * vieux comme un loup.» 
S'ensuit-il que « vieux » puisse être synonyme de « loup » c'est une autre 
question. 

2. Cf. l'expression française « entre chien et loup », pour dire le crépuscule. 



100 REVUE CRITIQUE 

pourquoi le dieu de la lumière est son ennemi naturel chez les Allemands et les 
Grecs (p. 9). » Roland, ennemi de Ganelon, c'est le dieu de la lumière combat- 
tant Fenris ; on voit en effet, dans la Vœluspa, Heimdall s'avancer sous l'arbre 
cosmique, sonner trois fois du cor et réveiller tous les dieux pour la bataille 
à laquelle il prend part lui-même. Il combat, il est vrai, plus spécialement 
contre Loki, et Tyr contre le loup, mais cela ne fait que peu de différence. 
— Le loup Fenris est appelé Hrôdrsvitnir ', ce que M. M. traduit par « ennemi 
de Hrôd » ; Hrôd serait en allemand Hruodo. M. M. s'efforce de prouver 
qu'il a en effet existé chez les peuples germaniques un dieu Hruodo ou 
Hrodo; le plus concluant de ses arguments, c'est à coup sûr le nom néerlandais 
de Roydach donné au mardi, c'est-à-dire au Dienstag des Allemands, Tuesday 
des Anglais : M. M. en conclut que Hrodo est le même que Tyr ou Ziu. 
Ce Hrodo avait une légende, qui, au ix'' siècle, a été transportée à Hrodoland 
ou Roland; je laisse de côté les rapprochements plus ou moins heureux que 
M. M. ajoute à sa thèse principale 2. — Il passe ensuite à Olivier, dans lequel il 
reconnaît le dieu secondaire Hoder. En effet l'Edda raconte que Balder (autre 
nom du dieu du soleil) a été tué par Holder, le dieu aveugle , qui l'a frappé 
sans le voir avec une branche de gui; dans certaines versions il est frère de 
Balder; dans d'autres Balder aime la sœur de Hoder; dans l'Edda, quand Balder 
meurt, sa femme meurt soudain de chagrin, et tout pleure sa mort, même les 
pierres. Or la Chanson de Roland raconte qu'Olivier, n'y voyant plus à cause du 
sang qui l'aveugle, frappe Roland de son épée (mais l'arme d'Olivier est une 
massue sur le portail de la cathédrale de Vérone où il est représenté); Roland 
aime la sœur d'Olivier, qui meurt de douleur en apprenant sa mort, et les pierres 
sont encore mouillées, d'après le Ruolandesliet allemand, des larmes versées à la 
mort de Roland. Roland est d'ailleurs invulnérable comme Balder, etc. Hoder 
est sans doute le même que le dieu Uller, qui est appelé Ollerus par Saxo 
Grammaticus, et qui est devenu Olivier en français. — « Réunissant tous ces 
traits, dit M. M. (p. i ^), je soutiens donc que la légende francique de Roland 
a pour base le mythe du dieu Hruodo ou Rodo, qui vers l'an 800 pouvait avoir 
à peu près cette forme : le dieu du soleil Hruodo, fils de Bertha, remarquable 
par son épée et par son cor, est trahi par Gamalo, le vieil ennemi des dieux, 
blessé à mort involontairement par Oller, son frère de sang ou d'alliance, dont 
il aime la sœur; il finit dans le combat contre les mauvais, dans la vallée des 
épines (Roncevaï), sous l'arbre cosmique ; le soleil s'arrête après sa mort, les 
pierres le pleurent, sa bien-aimée le suit dans la mort. » — M. M. revient en- 

1. Il n'est pas bien sûr que le Hrodrvitnir mentionné Grimnismdl, 39 (c'est, je pense, le 
seul passage), soit identique au loup Fenris, et l'interprétation de M. M. n'est assurée 
ni pour la première ni même pour la deuxième partie de ce mot. 

2. Il en est un qui n'a guère de valeur : c'est le nom de Berte donné à la mère de 
Roland. Dans la plupart des anciens textes elle s'appelle Gisle, et la légende des amours 
de Berte, sœur de Charlemagne, avec Milon, père de Roland, est inconnue à la France 
et n'apparaît qu'au XIV* siècle en Italie (voy. mon Hist. poét. de Charlemagne, p. 170, 409). 
Je verrais plutôt un trait mythique dans la légende d'après laquelle Roland était le fruit 
de l'inceste de Charlemagne avec sa sœur (Ib., p. 378, 433). 



d'histoire et de littérature. loi 

suite aux Robndssaiilen, et montre qu'elles sont très-probablement identiques 
aux Irminsaiilen détruites par le christianisme. Or Irmin et Ziu, le fait est accepté, 
sont identiques ou très-proches parents; cette parenté est confirmée par le fait 
que les Rolandssaulen sont quelquefois remplacées par des monuments analogues 
qui s'appelaient Tiodute, c'est-à-dire « pilier de Tio ou Ziu » ' . Rodo n'était 
qu'un surnom de Tio, et c'est ainsi, quand Rodo se fut confondu avec Roland, 
que les Irminsaiïlen ou Tioduten s'appelèrent Rolandssaulen. La signification 
juridique de ces statues leur vient précisément du rôle attribué au soleil par 
l'ancien droit germanique : Tiu (Irmin, Hrodo), divinité solaire, est en même 
temps et par cela même le dieu de la justice, et son image ou son emblème est 
le symbole de la justice et du pouvoir juridique. 

Il y a dans ce travail, outre une érudition étendue et de très-intéressants 
renseignements surtout sur des usages locaux de l'Allemagne, une véritable 
pénétration et une très-bonne exposition scientifique. Aussi est-il naturel qu'on 
ait admis des conclusions si bien amenées et si clairement déduites, et M. Meyer 
a-t-il eu la satisfaction de voir M. Kuhn, le fondateur et le maître de la mytho- 
logie comparée, déclarer que sa démonstration lui paraissait décisive'. Nous 
nous permettons de ne pas partager cette opinion. M. M. s'est écarté, comme 
nous l'avons dit plus haut, des règles propres aux recherches comme celle qu'il 
a entreprise : c'est ce que nous allons tâcher de montrer. — La plus impor- 
tante de toutes ces règles, c'est qu'avant de donner l'interprétation mythique 
d'un récit, il faut analyser soigneusement ce récit dans ses éléments divers et sa 
formation successive; c'est ce que M. M. n'a pas fait. Il se sert, pour établir 
ses rapprochements entre la bataille de Roncevaux et le mythe germanique de 
la bataille suprême, de traits pris indifféremment dans l'une ou l'autre des ver- 
sions firançaises ou allemandes ; or plusieurs de ces traits n'appartiennent pas à 
la forme primitive. Nous avons déjà signalé un cas de ce genre pour la naissance 
de Roland (ci-dessus, p. loo, n. 2); il y en a plusieurs autres. Roland sonne 
du cor pour réunir les siens dans Turpin, comme Heimdall pour réveiller les 
dieux, mais cet acte a un autre sens dans le poème, qui en général doit être 
regardé comme plus authentique; de même le poème ne dit rien du sarrazin lié à 
un arbre, puis délié, auquel M. M. attache une grande importance. Les pierres 
humides de larmes ne se trouvent que dans les poèmes allemands, et, comme l'a 
déjà dit W. Griram, le curé Conrad a probablement emprunté ce trait à la 



1 . Cette explication de Tiodute n'est pas assurée (voy. Simrock , Deutsche Mythologie, 
3* éd., p. 262, 266). — Mais je crois que les renseignements réunis par M. M. sur l'usage de 
crier Tiodute ou Ziotcr^ comme plus tard on invoquait le Roland, pour élever une plainte 
juridique, auraient pu l'amener à un autre rapprochement des plus curieux. La clameur 
de A/jro, usitée en Normandie absolument dans les mêmes cas, doit être de la même 
famille, et rien ne s'oppose à ce qu'on y reconnaisse l'invocation de ce Hrodo que M. M. 
a à peu près certainement restitué : Va se serait intercalé entre l'h et l'r comme dans 
harangue de hringa. 

2. Voy. l'article de M. Kuhn sur la dissertation de M. Meyer dans la Zeitschrift fur 
deatsche Philologie, t. I, p. 491. L'assentiment de M. Kuhn a, naturellement, une grande 
autorité pour ce qui concerne le dieu Hrodo en lui-même et son identification avec Tiu. 



102 REVUE CRITIQUE 

Kaiserchronik, qui le rapporte à une autre occasion. — Un second point sur lequel 
M. M. me paraît être sujet à la critique, c'est la force de ses rapprochements. 
Je trouve tous ceux qu'il propose fort ingénieux, mais peu concluants. Par 
exemple la méprise d'Olivier ' qui frappe Roland par mégarde, ne lui fait d'ail- 
leurs aucun mal et lui en demande pardon, peut-elle se comparera l'erreur fatale 
de Hoder qui, à l'instigation de Loki, frappe Balder mortellement? Le point 
central de l'action, dans Roland, n'est aucunement là; il est dans la lutte des 
Francs contre les Sarrazins; Roland, Olivier et Turpin, les trois héros les plus 
en vue, ne sont que les types plus précis de la grande action qui enthousiasme 
le poète. De même l'arbre sous lequel, d'après M. M., Roland meurt, et qui re- 
présenterait le frêne Yggdrasill, n'a dans nos poèmes aucune importance : il 
est mentionné tout-à-fait en passant, et suivant l'usage de notre ancienne poésie 
épique de placer sous un arbre presque toutes les scènes importantes qui ont 
lieu en plein air; quant au pin sur lequel monte Olivier pour voir l'ennemi 
(p. 4), c'est une simple faute de lecture du premier éditeur de Roland; Olivier 
monte sur un pui et non sur un pin. C'est un procédé dangereux de prendre 
ainsi des traits isolés dans un récit et de les rapprocher des traits dominants d'un 
autre : c'est dans leur caractère général qu'il faut d'abord les comparer, et ici 
cette comparaison ne donne aucun résultat; car il ne sert de rien de dire que la 
bataille de Roncevaux est aussi une lutte des bons contre les mauvais : il en est 
de même de toutes les batailles aux yeux de chacun des partis qui y prennent 
part, et on en viendrait, avec ce système de mythologie à outrance, à dire que 
sous le nom de toutes les batailles c'est la lutte du soleil contre le crépuscule 
qu'on a toujours et uniquement chantée. — Quant au rapprochement philolo- 
gique que M. M. paraît très-heureux d'avoir établi entre Ganelon et Gamalo, et 
que M. Kuhn approuve complètement, nous le trouvons tout- à-fait inadmis- 
sible. La plus ancienne forme de ce nom est : nom. Guenle, rég. Guenelon (d'oti 
plus tard Guenes Guenelon, Canes (et même Gales) Ganelon); ce gu initial 
renvoie invinciblement à un w et non à un ^ allemand ; d'ailleurs le g allemand 
initial, devant un a, ne peut donner quey'â et non ga, sans parler de la difficulté 
très-grande du changement de m en « ÇGamalonem donnerait Jamblon). La my- 
thologie comparée s'appuie avec raison sur l'étymologie ; mais elle doit se refuser, 
si elle veut s'établir sur des bases solides, tout rapprochement qui n^est pas 
conforme aux lois les plus rigoureuses de la transmutation phonétique. Il faut 
insister sur cette règle, car les mythologues ne sont que trop tentés d'accueilhr 
des identifications mal établies quand elles favorisent leur système. Au reste, 
le rapprochement entre Ganelon, vieux, loup et Lupus, est ce qu'il y a de plus 
forcé et de plus invraisemblable dans l'ouvrage de M. Meyer. — S'il est difficile 

i . Tout ce rapprochement d'Olivier et d'Oller me paraît sans aucun fondement. Ainsi 
l'importance attachée, dans le combat entre Roland et Olivier, à Vépéc du premier et au 
bouclier du second, est tout-à-fait imaginaire. Pour trouver la forme ancienne de ce com- 
bat, il ne faut pas se servir du roman en prose de Guerin de Monglave, mais bien de l'ori- 
ginal en vers, qui est pour cette partie le poème de Girard de Vienne (XIII* s.); or dans 
le récit de ce poème, l'épée dHDlivier joue au contraire un rôle très-important. 



d'histoire et de littérature. 10 j 

de passer du dieu Hrodo à Roland, il ne l'est pas moins de passer du héros fran- 
çais aux Rolandssaiïlen. C^est encore un des périls contre lesquels la mythologie 
doit le plus se tenir en garde que la tendance très-naturelle à rattacher au même 
mythe tout ce qu'on rencontre sous le même nom. Il suffit que les statues en 
question aient représenté un guerrier armé pour qu'on y ait reconnu Roland à 
l'époque où ce nom fut très-populaire; mais toute identité réelle entre le héros 
de Roncevaux et le personnage symbolique de ces monuments disparaît si on 
réfléchit : i ° que le nom de Rolandssadlen n'est donné nulle part à ces statues 
avant la fm du moyen-âge; 2" qu'il est complètement inconnu en dehors de certaines 
villes de Saxe, et qu'on rencontre ailleurs des monuments analogues qui portent 
d'autres dénominations. Si la conjecture de M. M. sur le dieu Rodo est fondée, 
et si ces statues ont primitivement porté son nom, la ressemblance du sens a pu pré- 
cisément amener leur dénomination postérieure; mais il n'y a aucune conclusion à 
en tirer sur le caractère de la tradition française de Roncevaux. C'est là un fait dont 
l'évidence frappera, je crois, toutes les personnes habituées aux recherches my- 
thologiques. Fréquente dans les traditions elles-mêmes, la fausse application 
des noms est presque de règle dans les dénominations de monuments figurés : 
le vrai nom s'efface de la mémoire du peuple, tandis que l'image reste toujours 
présente à ses yeux, et pour peu qu'il y ait dans la tradition populaire un nom 
qui puisse en quelque façon répondre à l'idée qu'on se fait de l'image, il vient 
tôt ou tard s'y appliquer. Les exemples de cette confusion sont trop nombreux 
pour qu'il soit utile de les signaler. Il serait cependant bien extraordinaire que 
le nom de Roland se fût ainsi spontanément, dans un aussi grand nombre de 
villes, appliqué à ces statues; mais il est probable qu'il s'est transmis de l'une à 
l'autre. Je manque de renseignements à ce sujet, et ne saurais même pas dire 
où se trouve la première mention d'une Rolandssaiile; mais je suis convaincu que 
des recherches faites sur ce point, — et elles devraient être la base de tout essai 
d'interprétation, — montreraient que le nom de Rolandssaiile, né dans telle ou 
telle ville, s'est insensiblement propagé aux alentours, et a passé à tous les mo- 
numents analogues dans un certain cercle. 

Pour résumer cette discussion, je diviserai le travail de M. Meyer en trois 
parties : la première, sur le dieu Hrcdo, me paraît ingénieuse et séduisante ; 
elle appelle une discussion de la part de savants plus compétents que l'auteur 
de cetanicle; — la troisième, sur les colonnes de Roland, est remplie de faits 
intéressants et bien expliqués ; — quant à la seconde , celle qui concerne le 
Roland français, je ne puis lui donner mon adhésion, et j'espère qu'elle ne pas- 
sera pas dans les livres de vulgarisation mythologique, comme le ferait craindre 
l'autorité que lui a donnée l'assentiment de M. Kuhn. 

Le travail de M. Pio sur Ogier le danois nous offre, avec moins d'origina- 
lité dans les vues, une méthode plus prudente, bien qu'un peu vague. L'auteur 
rassemble toutes les légendes sur Holger danske (Ogier le danois) qui sont popu- 
laires en Danemark et il essaie d'en donner l'interprétation mythologique ; mais 
il se garde bien de vouloir faire rentrer dans cette interprétation la tradition 



104 REVUE CRITIQUE 

française. Il dit au contraire (p. 5) : « VHolger danske qui paraît dans nos tra- 
ditions y a bien été amené par la chronique et les chansons héroïques (^Kjaempe- 
viser); mais il n'a avec le vassal de Charlemagne rien de commun que le nom '. » 
Les deux premiers chapitres sont cependant consacrés au héros carolingien, 
parce que M. P. n'a pu se dispenser d'en dire un mot, mais il le laisse ensuite 
de côté pour n'y plus revenir. Ces chapitres, pris en eux-mêmes, sont d'ailleurs 
intéressants : dans le premier, la Chronique d'Ogierle danois, M. P. se prononce 
beaucoup trop catégoriquement, à mon sens, sur le manque de fondement his- 
torique de l'ancienne chanson d'Ogier 2. — Le chap. II est précieux: M. P. 
démontre, à ce qu'il me semble, qu'Ogier n'apparaît que dans des chants héroï- 
ques postérieurs à la traduction danoise, soit de la Karlamagnùs-Saga, soit du Roman 
d'Ogier; dans ceux qui sont plus anciens, le nom d'Ogier est moderne, et a remplacé 
les noms d'autres héros qu'on ne connaissait plus : ainsi s'évanouit le rappro- 
chement, souvent signalé, qui semblait s'être opéré entre le cycle des Nibelun- 
gen et celui de Charlemagne dans des poèmes comme : « le Roi Diderik et 
Ogier le danois. » 

C'est avec le chapitre III que M. P. entre véritablement dans son sujet. Il 
réunit toutes les légendes sur « Holger danske « qu'on a recueillies en divers 
endroits du Danemark 5; c'est toujours à peu près la même : il est enfermé dans 
une montagne, dans une caverne, dans un souterrain, avec ses guerriers autour 
de lui; il en sortira un jour, montera sur son cheval blanc, et sera le chef d'une 
bataille suprême contre les mauvais (les Turcs, les païens, les ennemis du Dane- 
mark, etc.), après laquelle une nouvelle ère commencera pour le monde régé- 
néré; plusieurs de ces traditions attachent une grande importance à un arbre 
(généralement célèbre dans le pays où la tradition circule), au pied ou à côté 
duquel doit se livrer la bataille 4. — Dans le chap. IV, M. P. fait voir que 

1. Il y a peut-être même un certain excès dans cette distinction. Il aurait été bon de 
remarquer au moins que d'après le roman français d'Ogier, traduit dans la Chronique 
danoise, Ogier doit revenir un jour du pays de féerie pour combattre et vaincre les infi- 
dèles; et les curieux vers de Puici cités par M. Pio lui-même (p. 23) prouvent que, 
même en dehors du Danemark, il s'était formé sur lui une légende très-analogue aux. tra- 
ditions danoises. 

2. M. P. ne dit pas pourquoi Christiern Pedersen, en traduisant (sous le titre de 
Kong Olger Danskis kronicke, Maimo, 1533) le roman français d'Ogier, a ajouté à ce nom 
cette / qui figure depuis dans tous les textes danois : Pedersen a adopté la forme que 
donnait également la Chronique de Charlemagne, dont il avait publié une édition; or cette 
Chronique était traduite de l'islandais, et l'islandais avait la forme Oddgeir, que le traduc- 
teur danois du XV' siècle avait adoucie en Olger; mais d'oii vient Vh qui se trouve dans 
la forme danoise actuellement reçue, Holger} 

j. Le nom à'Ogier le danois donné, grâce à la popularité de ce héros, au personnage 
principal de ces légendes depuis le XVI' siècle, est le pendant exact de la dénomination de 
colonnes de Roland imposée aux statues saxonnes. On retrouve, je crois, absolument le 
même phénomène dans la substitution, depuis le XVI' siècle, du nom de Gargantua à des 
dénommations plus anciennes, qui s'est produite dans beaucoup de traditions françaises 
sous l'influence de divers livres populaires (cf. Rev. crit., 1869, t. I, p. 326). 

4. Cet arbre, dans les légendes danoises et allemandes, est d'ordinaire un arbre dessé- 
ché, qui reverdira à ce moment suprême. Il est plus que probable que VArbrc-Scc, si 
souvent mentionné dans nos poèmes du moyen-âge et placé par eux en Orient, appartient 
originairement à la même tradition. 



d'histoire et de littérature. 105 

Holger tient ici la place d'Odin, et montre que le vieux dieu Scandinave a été 
remplacé, dans d'autres parties du Danemark, par des personnages autres 
qu'Ogier (p. ex. Gjode, Joden, Jon Opsal, le roi Dan, etc.). — Le ch. V réunit 
dans les autres pays Scandinaves les traditions analogues, où le nom d'Ogier ne 
figure pas. — Poussant plus loin, dans le chap. VI, M. P. recherche les mêmes 
récits en Angleterre, en tant qu'ils sont des restes de l'ancienne mythologie 
danoise. — Le septième chapitre, très-fourni et cependant bien incomplet encore, 
traite des traditions de ce genre en Allemagne, où Wuotan (Odin) est remplacé 
par Siegfried, par Witikind, par Charlemagne, par Otton, par Frédéric Barbe- 
rousse, etc., et même par un héros aussi moderne qu'André Hofer ! Le peu 
d'importance des noms est ici bien manifeste. — Chap. VIII, la Légende chez les 
peuples germaniques hors de l'Allemagne et chez les Slaves; c'est en Bohème que 
M. P. retrouve le plus nettement la tradition danoise, mise sous le nom de saint 
Wenzel, qui dort avec son armée, en attendant le réveil et le grand combat, 
dans la montagne de Blanik. Chez les Serbes aussi, le fameux Marko est tou- 
jours dans une caverne, jusqu'à ce qu'arrive le jour où il en sortira pour vaincre 
à jamais les oppresseurs et les ennemis du pays. — Les traditions de l'Europe 
occidentale qui se rapportent à ce cycle sont l'objet du neuvième chapitre. 
L'Espagne attend encore, dit M. P., le retour du Cid, et le Portugal celui de 
Sébastien, La France proprement dite n'offre pas de croyances de ce genre', non 
plus que l'Italie. Mais en Bretagne il y a des croyances nationales attachées au 
retour de Mor\'an lez Breiz, qui doit un jour chasser les « Gallsr). et l'Angleterre 
celtique a sur Artur des légendes absolument pareilles à celles des Danois et des 
Allemands. Dans les Pays-Bas, on trouve un rôle assez analogue attribué à 
Ogier, qui, comme on sait, est aussi devenu pour ces contrées presque un héros 
national*. — Le chapitre X, la Légende hors de rEurope, est précédé d'observa- 
tions sur les tendances de la science actuelle qui ne paraissent pas fort justes : 
l'auteur prétend que la découverte des langues et des littératures asiatiques a 
porté a croire que « non-seulement notre langue, mais aussi nos conceptions reli- 
gieuses, notre poésie populaire, bref tout notre cercle d'idées, avait une origine 
indienne. Cette tendance, ajoute-t-il, a atteint son apogée (p. 74) » ; il est vrai 
que six lignes plus loin l'auteur la qualifie de « surannée ». Ce n'est certaine- 
ment pas du côté de l'origine indienne de nos mythologies et de nos langues que 
penche la science contemporaine ; on admet seulement que nos premières con- 
ceptions religieuses, aussi bien que les racines et les lois fondamentales de 
nos langues, sont communes à un certain nombre de peuples (dont le peuple 
indien) qui sont vraisemblablement issus d'une seule et même souche, laquelle 
s'est formée en Asie : c'est bien différent. M. Pio continue : « Nous espérons 
démontrer à nos lecteurs que les mêmes impressions naturelles , étant donnée 
l'uniformité de l'esprit humain, peuvent produire chez différents peuples le 

1 . Ou du moins on n'en a pas encore signalé ; mais notre mythologie populaire a jus- 
qu'à présent été si peu étudiée! 

2. Ces légendes, comme je l'ai dit plus haut, étaient en germe dans les poèmes 
français. 



I06 REVUE CRITIQUE 

même développemenl d'idées, sans qu'il y ait eu contact direct entre ces peuples.» 
L^auteur a oublié de faire cette démonstration; quant à la théorie en elle-même, 
la vérité générale en est aussi incontestable que l'application dans le détail en 
est délicate. Il rappelle dans ce chapitre des légendes arabes, persanes, indien- 
nes, péruviennes, mexicaines, qui ont avec celle qui est l'objet de son étude 
une analogie plus ou moins frappante. 

Le chapitre XI est intitulé : Explication de la légende. L'auteur remarque que 
la légende du libérateur attendu se rencontre surtout chez les peuples opprimés, 
en Orient, au moyen-âge, etc. (elle fait défaut chez les Grecs, chez les Ro- 
mains, dans la libre Islande). Elle prend sa source, d'après lui, dans l'espoir, 
inné chez l'homme_, de la réalisation finale de l'idéal, et trouve sa plus haute 
forme dans l'idée messianique telle que l'a conçue le christianisme, où le libéra- 
teur affranchit non plus de l'esclavage et de la misère matérielle, mais de l'erreur 
et de la servitude du péché; et à ce propos l'auteur examine avec érudition les 
principales formes de l'espérance messianique chez différents peuples. — Dans le 
chapitre douzième et dernier, l'auteur recherche la plus ancienne forme de la 
légende. Il pense que « le héros attendu ou le messie prédit a du être originai- 
rement conçu comme le soleil qui se régénère à chaque printemps (p. 94), et il 
montre que Balder, Arthur, et autres, ne sont bien réellement que des person- 
nifications du soleil. Il explique ainsi certains détails de la légende, par exemple 
l'arbre qui joue un si grand rôle dans un grand nombre des versions recueillies, 
et qui n'est autre que l'arbre cosmique de l'Edda '. Il termine son travail par 
quelques réflexions curieuses sur la signification de la légende au point de vue 
national et particulièrement danois.* 

L'analyse de cette dissertation, qui contient beaucoup de choses en peu de 
pages, suffit pour faire voir que M. Pio a travaillé avec amour et conscience. 
Quant à la partie interprétative, j'ai déjà eu occasion de dire qu'elle manque un 
peu de précision. Il y a dans la légende étudiée par l'auteur deux choses bien 
distinctes : i" l'idée d'un libérateur, soit universel, soit national, et cette idée 
toute naturelle a pu en effet se produire chez différents peuples sans qu'on 
puisse rien en conclure sur leurs rapports intellectuels; elle s'attache naturelle- 
ment aux noms les plus célèbres, à Ogier en Danemark, à Barberousse en Alle- 
magne; nous avons vu dans ce siècle, en France, le peuple espérer le retour 
triomphant de Napoléon bien des années après sa mort; — 2" il y a la forme 

1. C'est le même arbre que M. Meyer veut retrouver à Roncevaux, mais avec moins 
de fondement. — Au reste, comme on a pu le remarquer, ces deux thèses mythologiques 
ont plus d'un point de contact. M. Kuhn, dans son article cité plus haut sur le Roland 
de M. Meyer, avait déjà rappelé quelques légendes danoises sur Ogier; mais il en profitait 
pour établir entre Ogier, Olivier et Holler-Hoder une identité qui est inadmissible. 

2. a Elle prouve (la légende d'Ogier) que malgré notre impuissance nationale, et, qui 
plus est, malgré la tendance matérialiste de notre temps, le peuple danois garde encore 
une foi inébranlable dans son aptitude à avoir une vie politique propre : cette foi fait 
pressentir des désastres et des malheurs dont une partie est déjà arrivée. — Mais elle 
promet aussi qu'un jour, s'il vient, celui qui saura réunir et diriger tous les désirs, toutes 
les pensées, toutes les volontés, tous les efforts, l'ennemi sera chassé hors de nos fron- 
tières, et il y aura un autre âge pour le Danemark ! » 



d'histoire et de littérature. 107 

spéciale sous laquelle l'idée se présente; or cette forme est toute mythique, 
comme M. Pio l'a reconnu. Son explication n'est pas, je crois, absolument exacte 
dans les détails, et l'auteur a trop peu profité des travaux récents de mythologie 
comparée; mais elle est juste dans l'ensemble : la légende du héros endormi avec 
son armée dans une montagne, et qui doit un jour reparaître et régner de nou- 
veau, est un mythe solaire, fondé soit sur la régénération du soleil au prin- 
temps, soit sur sa renaissance quotidienne. Ce mythe, d'abord dénué de tout 
autre sens que l'explication poétique d'un phénomène naturel, a servi ensuite de 
corps à différentes idées, mais il aurait fallu distinguer jjlus sévèrement que ne 
l'a fait M. Pio ces idées, qui sont relativement récentes, du récit même, qui est 
la forme spécialement germanique d'une conception commune à toute la race 
indo-européenne. C'est une des opérations les plus difficiles, mais les plus impor- 
tantes de la mythologie, que de distinguer, dans un récit, les différentes couches 
qui l'ont formé en venant se superposer au fond primitif. C'est dans cette analyse 
que se trouve la conciliation de l'interprétation qu'on peut appeler éthique (celle 
qui voit surtout dans les récits légendaires l'incarnation d'idées morales) et de 
l'interprétation purement naturiste qui résulte le plus souvent des travaux de 
mythologie comparée. Cet article dépasse déjà les bornes ordinaires de nos 
comptes-rendus, et je n'entrerai pas à ce sujet dans de plus amples détails. En 
résumé, la brochure de M. Pio a droit à tous les éloges. 

Trop de hardiesse chez M. Meyer, un certain manque de rigueur et de pré- 
cision chez M. Pio, voilà ce que l'on peut en somme reprendre dans ces deux 
travaux remarquables. — La mythologie comparée, actuellement bien fondée, a 
besoin, pour faire des progrès sûrs et rapides, de n'accueillir aucune idée vague, 
aucune hypothèse douteuse, et de donner, tant à ses rapprochements qu'à ses 
interprétations, la base d'une critique à la fois prudente et décidée. 

G. P. 



30. — Graf Georg Friedrich von "Waldeck. Ein preussischer Staatsmann im 
siebzehnten Jahrhundert von Bernhard Erdmannsdcerfer. Berlin, G. Reimer, 1869. 
In-8% xx-476 p. — Prix : 8 fr. 

Le grand Électeur de Brandebourg Frédéric-Guillaume (1640- 1688) est le 
vrai fondateur de la monarchie prussienne , bien que son fils seulement ' ait 
obtenu le titre royal de l'empereur Léopold !•'. Par ses talents administratifs et 
mihtaires, par l'habileté de sa politique étrangère , il a su organiser lentement 
mais sûrement la grandeur de sa maison et les annexions récentes de la Prusse 
ont été préparées et prévues par lui, à deux cents ans de distance. Aussi peu de 
périodes du développement national ont-elles été traitées avec plus de sympathie 
par les historiens prussiens que le règne du prince connu dans l'histoire sous le 
nom du Grand Électeur. Depuis Pufendorf jusqu'à nos jours , les publications 

I. L'Électeur Frédéric III, couronné roi de Prusse, sous le nom de Frédéric I" (à 
Kœnigsberg, en 1701), mort en 171 3. 



I08 REVUE CRITIQUE 

n'ont pas fait défaut sur son compte. Nous ne mentionnerons que l'histoire de 
L. V. Oriich (3 vol. Berlin, 1838) et le grand ouvrage de M. Droysen sur 
V Histoire de la politique prussienne encore en cours de publication et dont trois 
volumes sont consacrés à Frédéric-Guillaume. En 1 864 on a également com- 
mencé à Berlin une publication officielle: Documents et pièces pour servir à l'histoire 
de l'Électeur Frédéric-Guillaume de Brandebourg, dont quatre volumes in-4'* ont 
paru par les soins de MM. B. Erdmannsdœrfer, E. Simson et H. Peter. C'est à 
l'un des trois collaborateurs de cette dernière entreprise, à M. Erdmannsdœrfer, 
professeur à l'Universit^ de Berlin, que nous devons le présent volume. L'auteur 
a cru remarquer, dans le cours de ses études, que les historiens précédents iso- 
laient trop le grand Électeur des hommes politiques de son entourage, rappor- 
tant à lui seul toute la gloire des grandes choses qui signalèrent son règne et 
passant sous silence, instinctivement ou de propos délibéré, la part de mérite 
qui pouvait revenir à ceux dont l'habileté politique et militaire avait contribué à 
produire d'aussi brillants résultats. L'un d'entre eux surtout a captivé son atten- 
tion, par l'impulsion vigoureuse qu'il a donnée à la politique prussienne, et par la 
direction nouvelle qu'il lui imprima et qu'elle a conservée — avec de fréquentes 
intermittences — jusqu'à nos jours : cet homme, c'est George-Frédéric de Wal- 
deck, comte du Saint-Empire et ministre de Frédéric-Guillaume de 1651 à i6$8. 
M. Erdmannsdœrfer nous a retracé son existence d'après les documents des 
Archives secrètes de Berlin, ainsi que d'après sa propre correspondance et ses 
fragments de mémoires, conservés aux Archives d'Arolsen, capitale de la petite 
principauté de Waldeck, qui a réussi à traverser toutes les tempêtes révolution- 
naires ou annexionnistes dans lesquelles tant d'autres états bien autrement consi- 
dérables de l'Allemagne ont sombré. L'auteur, qui n'écrit point une biographie 
proprement dite, mais un fragment d'histoire générale se rattachant à l'activité 
politique d'une personnalité spéciale, passe rapidement sur les premières années 
de Waldeck. Né en 1620, il alla faire, comme tous les jeunes seigneurs d'alors, 
son tour d'Europe, résida quelque temps à Paris en 1639, servit ensuite sous les 
ordres du prince d'Orange, eut beaucoup de peine à tirer ses possessions héré- 
ditaires des mains de la Hesse, lors de la signature des traités de Westphalie en 
1648, et s'ennuyant de jouer le rôle obscur de petit souverain d'une principauté 
totalement ruinée, entre au service de l'Électeur de Brandebourg en 165 1, 
comme homme d'épée d'abord, puis aussi comme membre de son conseil secret. 
A partir de ce moment M. E. retrace dans les plus grands détails l'activité poli- 
tique de Waldeck, la part qu'il prit à la guerre contre le comte palatin de Neu- 
bourg à propos de l'héritage de Juliers, ses efforts pour centraliser l'administra- 
tion de l'Électorat, et surtout le changement de front qu'il opéra dans la ligne de 
conduite de Brandebourg vis-à-vis de l'empire. Jusqu'à ce moment la politique 
des prédécesseurs de Frédéric-Guillaume avait toujours consisté à marcher d'ac- 
cord avec l'empereur et le reste du collège électoral, et d'opposer, malgré les 
différences rehgieuses et politiques qui divisaient ce dernier, une résistance una- 
nime aux réclamations des autres princes de l'empire. Waldeck réussit à 
démontrer à Frédéric-Guillaume tout le danger de cette politique, qui isolait le 



d'histoire et de littérature. 109 

Brandebourg; il lui conseilla de rompre avec ses pairs et de se mettre hardiment 
à la tête de l'opposition protestante parmi les princes et villes de tout l'empire. 
Ce bouleversement politique fut opéré à la diète de Ratisbonne en 1655 et à 
partir de ce moment la ligne de conduite de la Prusse fut toute tracée ; elle est 
restée depuis lors à la tête de l'Allemagne protestante, aussi longtemps qu'a existé 
l'empire germanique, et jusqu'à nos jours elle y a dirigé l'opposition contre la 
famille des Habsbourgs. Cet antagonisme du Brandebourg contre l'empereur, 
Waldeck voulait le rendre possible par l'appui de la France. Il est intéressant 
de poursuivre les négociations diplomatiques engagées à ce sujet. Quand les luttes 
avec la Pologne et la Suède vinrent détourner le grand Électeur de sa politique 
allemande, l'influence de Waldeck, sourdement minée par ses collègues', baissa, 
et quand Frédéric-Guillame se rapprocha de l'Autriche et fit sa paix avec la 
Pologne, Waldeck quitta son service en 1658 pour passer à celui de la Suède. 
Le livre de M. E. s'arrête en cet endroit. Cela est d'autant plus regrettable que 
la vie de Waldeck, qui se prolongea de près de quarante années, est très-riche 
encore en événements politiques de la plus haute importance. Waldeck fut plus 
tard, quand commencèrent les grandes luttes de Louis XIV et de l'empire, un 
des partisans les plus décidés de l'Autriche, un des adversaires les plus éner- 
giques de la France sur l'appui de laquelle il avait autrefois fondé la politique 
prussienne. C'est lui qui a provoqué le traité de Luxembourg par lequel les États 
de l'empire se joignirent en 1682 à la dynastie des Habsbourgs contre les aggres- 
seurs du dehors; c'est lui qui fut un des généraux des contingents de l'empire 
dans la lutte ultérieure. Espérons donc que M. Erdmannsdœrfer trouvera le 
temps de continuer un jour la biographie de son héros et de la conduire de 
1658a 1696, quand il aura terminé le nouveau travail, qu'il nous annonce dans 
sa préface sur un sujet aussi neuf qu'intéressant (Cromwell et ses relations avec les 
princes allemands') et dont nous souhaitons vivement la prompte pubfication. En 
attendant, remercions-le de la savante étude qu'il nous donne aujourd'hui. 

Rod. Reuss. 



ji. — Souvenirs de madame Vîgée Lebrun. Paris, Charpentier et C", 1869, 

2 vol. in- 18, 366 et 380 p. — Prix : 7 fr. 

La première édition des souvenirs de madame V. Lebrun a été publiée en trois 
volumes, du vivant même de l'auteur, entre 1855 et 1837. Cette circonstance 
rend inutile l'analyse de l'ouvrage. Nous nous contenterons de rappeler som- 
mairement à nos lecteurs ce qu'il renferme et nous n'insisterons que sur les 
critiques qui s'adressent plus particulièrement au nouvel éditeur. 

Les Souvenirs forment une autobiographie complète de la célèbre artiste. Ce 
titre s'applique plus particulièrement au récit de sa vie après que la révolution 



1. II ne faut pas trop s'étonner de cette haine quand on voit la manière cavalière dont 
notre comte du Saint-Empire traitait ses collègues rotiiriers. Il menaça un jour l'un d'eux 
de le faire bâtonner par ses valets parce qu'il s'avisait de voter sans cesse contre lui dans 
le conseil (p. 501). 



I 10 REVUE CRITIQUE 

l'eût obligée à quitter la France. L'histoire de ses premières années, de son 
apprentissage, de ses succès en France, de son mariage, de sa réception à 
l'Académie, toute la période qui s'étend de 1755 à 1789 est contenue en douze 
lettres adressées à la princesse Kourakin, amie de l'auteur. 

Les Souvenirs proprement dits se divisent en trente-cinq chapitres; nous y 
suivons successivement l'artiste dans ses différents voyages et ses installations, 
en Italie, à Vienne, en Russie, à Saint-Pétersbourg, à Moscou, à Berlin et à 
Londres. Les dernières pages contiennent la relation d'un voyage en Suisse et la 
période de la Restauration. Quelques lignes de l'éditeur conduisent le lecteur 
jusqu'aux derniers jours de la vie de l'artiste. A la suite des Souvenirs se trouvent 
sous la rubrique : portraits à la plume, des notes curieuses sur la vie, le caractère 
les aventures de plusieurs personnages que madame Lebrun a personnellement 
connus: Le comte d'Albaret, la comtesse d'Angiviller, M. de Beaujon, le 
maréchal de Biron, le maréchal de Brissac, Voltaire, Chamfort, Buffon, Gin- 
guené, l'abbé Delille, etc. Dans ces portraits l'auteur se contente de raconter des 
souvenirs personnels, sans prétendre offrir une biographie complète de ses 
héros. Ces anecdotes renferment de curieux détails. Puis on trouve des conseils 
pour la peinture du portrait écrits par madame L. pour sa nièce madame Tripier 
Le Franc et déjà publiés par elle dans la première édition de ses œuvres. 
Enfin la publication se termine par une liste des tableaux et portraits exécutés 
par madame L. tant en France que dans les différents pays étrangers qu'elle a 
habités de 1768 a la fin de sa vie. Bien que cette récapitulation ne mentionne 
pas moins de six cent quatre-vingts tableaux, elle se trouve encore incomplète ; 
car les Souvenirs, comme le fait observer l'éditeur, contiennent l'indication de 
plus d'un portrait qui ne figure pas sur la liste. 

Nous n'avons point à apprécier le mérite littéraire et l'intérêt de ces mémoires, 
nous l'avons déjà dit. Toutefois nous reconnaîtrons volontiers qu'ils méritaient 
d'être remis en lumière. Leur lecture est facile, agréable et même instructive. 
Ils contiennent sur certains faits historiques, la mort de Paul I" par exemple, des 
renseignements curieux et dignes de foi parce que l'auteur, s'il n'a pas été le 
témoin des événements, s'est trouvé en raison de ses relations, dans la meilleure 
position pour connaître la version la plus authentique. 

Il était facile de rendre cette publication définitive; l'éditeur malheureusement 
a rempli sa tâche avec trop de sans-gêne. Il n'a fait précéder cette réimpression 
d'aucune préface ', et cependant il devait prévenir le public des conditions dans 



I. Une préface était cependant bien nécessaire. On va en juger. L'éditeur avait à 
résoudre, et nous estimons qu'il était mieux à même de le faire que personne, la question 
d'authenticité soulevée à l'occasion de ces mémoires. Les contmualeurs de Quérard ne 
paraissent pas même soupçonner que cette authenticité ait été contestée, et aucun des 
auteurs qui ont parlé de ces souvenirs encore récemment, n'a paru mettre en doute l'exac- 
titude de leur attribution. Cependant, et quoique la première édition ait paru du vivant 
même de M"' Vigée Le Brun (circonstance qui semblerait plaider fortement en faveur de 
l'authenticité), le style , la composition et bien des détails dans lesquels nous ne pouvons 
entrer, tendraient à faire présumer que si M"' Lebrun a bien voulu prendre la responsa- 
bilité de la rédaction, si même le livre a été écrit sous sa surveillance, il ne l'a été ni par 



d'histoire et de littérature. III 

lesquelles ces Mémoires avaient été écrits ; il y aurait eu bon goût de sa part 
à avertir le lecteur que ces Souvenirs personnels avaient déjà été imprimés du 
vivant de l'auteur ; enfin, une courte notice biographique résumant brièvement 
les incidents de la vie de madame Lebrun, racontés avec développement dans 
les Souvenirs, nous eût paru fort bien à sa place à la suite de cette préface. Ce 
travail eût été d'autant plus facile et utile qu'on pressent, à n'en pouvoir douter, 
d'après un certain nombre de notes fournies évidemment par la même personne, 
que la famille même de madame Lebrun a été chargée de la préparation de cette 
édition. Malheureusement ces notes ne présentent pas grand intérêt pour le public ; 
elles se bornent pour la plupart à indiquer que des portraits ou des documents 
cités dans le texte sont encore en possession de la nièce de madame Lebrun, 
ou ont été donnés par elle et son mari à nos collections publiques. Quant aux 
notices biographiques sur les personnages cités dans le texte ajoutées au bas des 
pages elles sont pour la plupart ou inutiles ou insuffisantes. 

Elles auraient pu être remplacées avec avantage par la reaification de certains 
noms propres étrangers tellement défigurés qu'il serait difficile à un lecteur ne 
connaissant pas beaucoup les pays dont il s'agit, de substituer le nom véritable à 
celui qu'il lit dans le texte. Ainsi (p. 56 t, 1), madame L. dit: « Nous finîmes 
par visiter Amsterdam, et là je vis à l'hôtel-de-ville le superbe tableau de 
Wanols qui représente les bourguemestres assemblés. « De qui s'agit-il ici? 
Evidemment l'auteur n'a pas entendu parler de Rembrandt. Il fait plutôt allusion 
au banquet de Van der Helst, à ce tableau rival de la Ronde de Nuit, dont sa 
mémoire n'aurait gardé qu'un souvenir imparfait ; car au lieu d'une réunion de 
bourgmestres vêtus de noir, le fameux tableau de Van der Helst représente 
le festin d'une compagnie de gardes civiques en costumes de diverses couleurs. 
Quoi qu'il en soit, c'était à l'éditeur de nous donner une explication plausible de 
ce passage obscur. 

A la p. 73, t. I, madame Lebrun se plaint des calomnies auxquelles donna 
naissance son portrait de M. de Galonné, exposé au salon de 1785. C'était le 
cas de citer l'insinuation perfide que lança contre elle une des critiques publiées 
sur ce salon ' . L'auteur anonyme, après avoir parlé d'un autre tableau de madame 
L., en vient au portrait de M. de Calonne et dit: « C'est dans cette occasion 
qu'elle s'est rendue le plus entièrement maîtresse de son sujet. » 

Dans une même page (2 36 t. I) se rencontrent plusieurs noms italiens défigu- 
rés par l'orthographe de l'auteur et qui auraient demandé une rectification ; 
ainsi Perruge, au lieu de Perouse — Cise, pour Assise. Qu'est-ce que la Com- 

elle ni sous sa dictée; mais seulement avec des documents ou des renseignements qu'elle 
a fournis. C'est là sans doute l'opinion la plus plausible. Il nous semble que le premier 
devoir de l'éditeur était de poser et de trancher cette question définitivement, puisqu'il 
avait avec la famille de l'artiste des relations qui le mettaient à même de savoir la vérité. 
Ce silence ne peut guère s'expliquer qu'en supposant à l'éditeur une part dans la rédac- 
tion de ce livre, part qu'il n'aurait pas voulu avouer par excès de discrétion. Ce procédé 
deviendrait vraiment dans ce cas un abus de délicatesse. 

I. Avis important d'une femme sur le Salon de 1785 par madame E. A. R. T. L. A. 
D. C. S. dédié aux femmes. Anch' io son pittor. 1785, in-8, 39 p. 



112 REVUE CRITIQUE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE. 

buccia, que Levano (Legano ?) et Pietre-Fonîe, également sur la même page ? 
A la p. 259, il faut lire Vanvitelli au lieu de Vauvitelli. 

P. 57. t. I, la note i donne incorrectement le nom du mari d'Elisabeth Sophie 
Chéron, il faut lire Le Hay au lieu de Léhay. 

A la p. 290, t. II se trouve une longue note (elle va jusqu'à la p. 304) signée: 
Charpentier, septembre 1 869, sur madame d'Houdetot et sa famille. On ne voit pas 
trop la raison de ce hors-d'œuvre que l'auteur aurait pu placer avec plus d'op- 
portunité en tête d'un des ouvrages cynégétiques du petit-fils de madame d'Hou- 
detot, publiés à la même librairie. 

Ces observations n'ont pas une grande importance et quelques taches n'en- 
lèvent rien au mérite de ces Mémoires. Mais le travail de l'éditeur se réduisait à 
si peu de chose que nous avons le droit d'être exigeant et de regretter qu'il se 
soit si mal acquitté de sa tâche. 

J.-J. G. 



3 2. — Das Bestaendige in den Menschenrassen und die Spiel-weite ihrer 
Veraenderlichkeit. Prolegomena zu einer Ethnologie der Culturvœlker, von D' A. 
Bastian. Mit einer Karte von Prof. Kiepert. Berlin, Reimer, 1868. In-8*, xij-287 p. 

M. Bastian est bien connu des lecteurs de la Revue critique par son grand 

ouvrage sur les peuples de l'Asie centrale dont il a été parlé ici à plusieurs 

reprises. L'auteur a voyagé dans une grande partie du monde connu, et ses 

lectures sont presque aussi immenses que ses pérégrinations. Les unes et les 

autres ont été entreprises et poursuivies par lui en vue d'un seul et même but : 

M. B. a le dessein de fonder l'étymologie sur des bases nouvelles. Plusieurs de 

ses publications peuvent déjà être regardées comme des échantillons et des 

avant-coureurs de la grande oeuvre qu'il médite : ce sont de véritables « copeaux 

» d'un atelier allemand, » comme Max Mùller a appelé ses Essais. Ici l'atelier 

est fort garni et même encombré ; et l'ouvrier y travaille avec une ardeur et une 

activité incomparables; mais la lumière y manque singulièrement. L'auteur nous 

jette à la tête par brassées les faits les plus hétérogènes sans nous dire ce qu'ils 

signifient, ce qu'ils prouvent et pourquoi il les a rassemblés. Pour tirer profit de 

cet ouvrage il n'y aurait qu'une chose à faire ; ce serait d'en dresser un index 

alphabétique où prendraient place toutes les curiosités entassées pêle-mêle dans 

ces pages compactes : encore ne pourrait-on s'en servir beaucoup, vu l'absence 

presque complète des indications de provenance. — Nous avons lu, — autant 

qu'on peut le lire, — ce livre singulier; nous en avons relu à plusieurs reprises 

les parties qui nous semblaient devoir contenir la pensée de l'auteur ; et nous 

avouons qu'il nous a été impossible de comprendre ce qu'il veut et en quoi ce 

ramas de notes de omni re scibili peut servir d'introduction à une Éîymologie des 

peuples civilisés. 

. R. C. 



Nogent-le-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur. 



lateinischen Grammatik. 2. Bd. 2. Hft. 
In-8°, vju. p. 201-450 Leipzig (Hirzel). 

Erdmann (J. E.). Grundriss der Ge- 
schichte der Philosophie. II. Bd. Philo- 
sophie der Neuzeit. 2. Aufl. In-8*, x- 
854 p. Berlin (Hertz). 15 fr. 35 

Eivald (H.). Ausfuhrliches Lehrbuch der 
hebraeischen Sprache des alten Bundes. 
8. Ausg. In-8*, xvj-959 p. Gœttingen 
(Dieterich). 14 fr. 75 

Forschungen zur deutschen Geschichte. 
Hrsg. V. der histor. Commission der 
kœnigl. bayer. Académie der Wissen- 
schaften. 10. Bd. j Hefte. Gr. in-8*. 
Gœttingen (Dieterich). 1 2 fr. 

Garcin de Tassy. Histoire de la litté- 
rature hindouie et hindoustanie, 2' éd., 
revue corrigée et considérablement aug- 
mentée. T. I . In-8*, iv-628 p. Paris (lib. 
Labitte). L'ouvrage complet formera 3 
vol. 

Grimm (J.). Weisthùmer. Nach dessen 
Tode herausgegeben unter Mitwirkg. v. 
F. X. Kraus, Archivar Mùller u. ande- 
ren Gelehrten, von G. L. v. Maurer. 6. 
ThI. bearb. v. Rich. Schrœder. In-8*, 
iv-782 p. Gœttingen (Dieterich). 17 f. 65 

Grote (G.). A history of Greece, from the 
earliest period to the close of the géné- 
ration contemporary with Alexander the 
Great. A new edit. in 12 vols. Vol. i. 
With portr., maps and plans. In-8*, 
xxviij-473 p. with portr. Leipzig (A. 
Dûrr). 8 fr. 

Hardt. Luxemburger Weisthùmer, aïs 
Nachlese zu Jacob Grimm's Weisthûmern 
gesammeit u. eingeleitet. 2. u. 3. Lfg. 
Gr. in-8*, p. xvij-lxiij-65-336 Luxemburg 
(Bûck). 3 fr. 25 

Hartenstein (G.). Historisch-philosophi- 
sche Abhandlungen. In-8*, xiii-538 p. 
Leipzig (Voss). M fr- 7S 

Herquet (K.). Charlotta von Lusignan 
u. Caterina Cornaro, Kœniginnen v. Cy- 
pern. In-8*, viij-241 p. m. 3 Tab. in-fol. 
u. emerhthogr. Karte in-fol. Regensburg 
(Pustet). 4 fr"^ 

Hettner (H.). Literaturgeschichte d. 18. 
Jahrhunderts. 3. ThI. Die deutsche Lite- 
ratur im 18. Jahrh. 3. Buch. i. Abth. 
In-8*. Braunschweig (Vieweg et Sohn). 

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Historische Zeitschrift. Hrsg. v. H. 

v. Sybel. 23. u. 24. Bd. od. Jahrg. 1870! 

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Hitzig (F.). Geschichte des Volkes Israël 
von Anljeginn bis zur Eroberung Masada's 
im J. 72 nach Christus. 2. Thl. Bis zum 
Kriege d. Titus. In-8*, viij-521-631 p. 
Leipzig (Hirzel). 7 fr. 

Jacnt^s geographisches Wœrterbuch aus 
den Handschriften zu Berlin, St. Peters- 
burg, Paris, London u. Oxford auf Kosten 
der deutschen morgenlaend. Gesellschaft. 
Hrsg. v. Ferd. Wûstenfeld. 4. Bd. 2. 
Haïlfte. In-8', p. 481-1040. Leipzig 
(Brockhaus'Sort.). 22 fr. 

Kitt (J.). Qaae ac quanta sit inter vEschy- 
lum et Herodotum et consilii operum et 
religionis similitudo. Dissertatio inaugu- 
ralis philologica. In-8*, iij-66 p. Breslau 
(Gœrlich et Coch). i fr. 10 

Mémoires de l'Académie impériale des 
sciences de St.-Pétersbourg. VII* série. 
T. XIII. N* 6 et 7. Gr. in-4*. Saint- 
Pétersbourg (Leipzig, Voss). 1 5 fr. 

Pichler (A.). Die Théologie des Leibniz 
aus sasmmtlichen gedruckten u. vielen 
noch ungedruckten Quellen m. besond. 
Rùcksicht auf die kirchlichen Zusta;nde 
der Gegenwart zum ersten Maie vollstaen- 
dig dargestellt. II. Thl. In-8*, xvij-54op. 
Mûnchen (Liter. Anstalt). 8 fr. 60 

Rheinisches Mosenin tûr Philologie. 
Hrsg. V. F. Ritschl u. A. Kiette. Neue 
Folge. 25. Bd. Jahrg. 1870. 4 Hfte. In- 
8*. Frankfurt (Sauerlasnder). 16 fr. 

Schiller's sajmmtliche Schriften. Histo- 
risch-kritische Ausg. Im Verein m. A. 
Ellisen, R. Kœhler, W. Mùldener, etc. 
von K. Gœdeke. 5. Thl. 2. Bd. u. 8. 
Thl. Gr. in-8*. Stuttgart (Cotta). à4f.85 

S. Hippolyti canones arabice a codicibus. 
Romanis cum versione latina, annotatio- 
nibus et prolegomenis éd. D. B. de 
Haneberg. In-8*, 125p. Mûnchen (Franz). 

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Sickel(T.). Zur Oschichte d. Concils v. 
Trient. Actenstûcke aus œsterr. Archiven. 
I. Abth. 1 559-1 561. In-8*, viij-216 p. 
Wien (Gerold's Sohn). 7 fr. 50 

Tobler (A.). Mittheilungen aus altfranzœ- 
sischen Handschriften. I. Aus der Chan- 
son de Geste v. Auberi nach einer vati- 
kan. Handschrift. In-8*, vj-298 p. Leip- 
zig (Hirzel). 6 fr. 

Venedey (J.). Die deutschen Republikaner 
unter der franzœsischen Republik. Mit 
Benutzung der Autzeichnungen seines Va- 
ters M. Venedey dargestellt. In-8*, ix- 
488 p. Leipzig (Brockhaus). 9 fr. 3 j 



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DE L'ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES 

publiée sous les auspices du Ministère de l'Instruction publique. 
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I" fascicule. La Stratification du langage, par Max MûUer, traduit par 
M. Havet, élève de l'École des Hautes Études. — La Chronologie dans la for- 
mation des langues indo-germaniques, par G. Curtius, traduit par M. Bergaigne, 
répétiteur à l'École des Hautes Études. In-8o raisin. 4 fr. 

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Nogent-le-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur. 



N* 8 Cinquième année 19 Février 1870 

REVUE CRITIQUE 

D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

RECUEIL HEBDOMADAIRE PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION 

DE MM. P. MEYER. CH. MOREL, G. PARIS. 



Secrétaire de la Rédaction : M. Auguste Brachet. 



Prix d'abonnement : 

Un an, Paris, 15 fr, — Départements, 17 fr. — Etranger, le port en sus 
suivant le pays. — Un numéro détaché, 50 cent. 

PARIS 
LIBRAIRIE A. FRANCK 

K. VIEWEG, propriétaire 
67, RUE RICHELIEU, 67 



Adresser toutes les communications à M. Auguste Brachet, Secrétaire de la 
Rédaction (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu). 

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G A T_j jT» T TV y D T /^ l_I Histoire de la littérature alle- 
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Tome I. Depuis les origines jusqu'à la période classique. — Tome II. Le xvui® 
siècle, Lessing, Wieland, Goethe et Schiller. — Tome III. Période moderne, 
depuis le commencement du xix* siècle jusqu'à nos jours. 

Les deux premiers volumes sont en vente au prix de 20 fr., dont 4 fr. à valoir 
sur le 3^ volume, qui paraîtra en mars prochain, et qui sera délivré aux sous- 
cripteurs moyennant la somme de 4 fr., sur le bon joint au premier volume. 

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^ "^ A iVl W U rVO joud (les délices du monde) et de la fille 
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traduit de l'arabe et publié complet pour la première fois par G. Rat. In-S". 

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PERIODIQUES ETRANGERS. 

Historische Zeitschrift, herausgegeben von H. von Sybel. Mûnchen, 1870. 
I. Heft. 

I. Essais. G. Cohn, Louis XIV protecteur des savants. Étude faite d'après le 
tom. V des Lettres, instructions et mémoires de Colhert, de M. Clément. — C. 
Mendelssohn-Bartholdy, Les Conférences de Seltz. Exposition des négocia- 
tions secrètes qui eurent lieu en 1798 entre François de Neufchâteau et le comte 
de Cobenzel, pendant la durée du congrès de Rastatt, d'après des documents 
inédits tirés des archives de Vienne et de Paris. — B. Kugler , La Pontificalis 
Historia. Examen de l'ouvrage d'un continuateur anonyme de Sigebert de Gem- 
Jbloux, publié dans le tom. XX des Monuments de Pertz, et rédigé vers 116?. 
M. K. s'attache surtout à caractériser S. Bernard de Clairvaux. — H. de Sybel, 
La fin de la Pologne et les guerres de la Révolution. M. de S. reprend ici la 
thèse déjà soutenue dans son grand ouvrage, que la Révolution a triomphé sur- 
tout grâce aux dissensions entre la Prusse et l'Autriche et que ces querelles 
eurent pour cause le partage de la Pologne. Son travail, basé sur de nouveaux 
documents trouvés à Vienne, devra être lu par tous ceux qui s'occupent de l'his- 
toire des dernières années du xviii* siècle, — Th. Bernhardt, L'abolition du 
servage en Russie. Étude faite d'après les ouvrages récents de MM. de Haxt- 
hausen et Skrebitzky. 

IL Critiques principales. Janus, Der Papst und das Concil. Éloge de ce livre 
dirigé contre l'infaillibilité papale , qui a excité au plus haut point l'attention en 
Allemagne et qu'on attribue d'ordinaire au savant chanoine Dœllinger, de 
Munich. — L. von Ranke, Briefwechsel Friedrich' s des Grossen mit dem Prinzen 
von Oranien, etc. — Clavel, Arnaud de Brescia. Jugement sévère (voy. Rev. 
crit., 1869, art. 195). — Ch. Chesney, Waterloo Lectures, a Study of îhe 
campaign of 1815. Critique flatteuse d'un ouvrage (qui a paru depuis en 2" éd. 
et dans une trad. française à Bruxelles) destiné à ramener à des proportions 
raisonnables l'admiration fanatique des Anglais pour Wellington. — Waitz, 
Dahlmann's Quellenkunde zur deutschen Geschichte (y. Rev. crit., 1869, art. 260). 
— Monumenta Germaniae historica éd. G. H. Pertz. Scriptorum tom. XXI. 
M. Tœche analyse longuement ce nouveau volume. Les principaux auteurs qui 
s'y trouvent, Helmoldi Chronica Slavorum et Arnold de Lùbeck, ont été 
préparés pour l'impression par Lappenberg (f i86j) dont le commentaire n'est 
plus tout à fait au courant de l'état actuel de la science. M. K. Pertz a édité la 
Grande chronique de Lorsch, en y joignant malheureusement des remarques aussi 
peu justes que déplacées contre M. Jaffé, le savant et modeste paléographe de 
Berlin. M. L. Weiland a édité la Historia Welforum, M. W. Arndt la Chronique 
du Hainaut de Gislebert. — B, Erdmannsdœrfer, Graf Georg Friedrich von 
Waldeck. Nous rendrons prochainement compte de cet ouvrage. — F. Eberty, 
Geschichte des preussischen Staates. — Die Chroniken der deutschen Staedte. 
Vol. 7. Magdeburg, I (voy. Rev. crit., 1869, art. 168). — Rerum Britannica- 
rum medii aevi scriptores. M. R. Pauli rend compte des volumes suivants: 
I. Chronicle of Pierre de Langtoft, éd. by T. Wright tom. II. 2. Munimenta 

Academica or documents or Oxford éd. by H. Anstey. 3. Chronica Mag. 

Rogeri de Houedene, éd. by W. Stubbs, tom. I. 4. Chronica Monasterii S. 
Albani éd. by Th. Riley, tom. III. 5. Ricardi de Cirencestria Spéculum histo- 
riale, éd. by J. Mayor, tom. II. — Longman, History of the life and times of 
Edward the Third. — Vosmaer, Rembrandt van Rijn, sa vie et ses œuvres, 
vol. II. — JoRissEN, Napoléon I"" et le roi de Hollande, 1 806-1 8 1 3. — C. de 
Cherrier, Histoire de Charles VIII. Jugement assez sévère (voy. Rev. crit., 
1869^ art. 26). — H. d'Aumale, Histoire des princes de Condé. Jugement 



REVUE CRITIQUE 

D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 



N- 8 — 19 Février — 1870 

Sommaire: 35. De Wette, Manuel d'histoire critique de l'Ancien Testament. — 
34. Unger, De quelques passages d'Aramitn Marcellin; Garthausen, Conjectures 
sur Ammien. — 35. Peiper, Gautier de Chatilion. — 36. Palm, Acta publica. — 
37. Catalogue de la bibliothique mumipale de Marseille. — 38. ICreutzwald, Contes 
esthoniens, trad. p. Lœwe. — 39. Dictionnaire de musique. 

33. — Lehrbuch der historisch-kritischen Einleitung in die kanonischen und 

apokryphischen Bûcher des Alten Testaments von W. M. L. de \¥ette. Neu 

bearbeitet von D' Eberhard Schrader. Achte Ausgabe. Berlin, G. Reimer, 1869. In-8*, 
xxiv-é20 pages. 

Le Manuel du professeur de Wette fut publié pour la première fois en 1817 ; 
la sixième édition, la dernière que l'auteur ait pu surveiller lui-même, parut en 
1844; la septième, qui parut en 1852, trois ans après la mort de l'auteur, fut à 
peine plus qu'une réimpression, ce qui ne peut suffire dans un travail de cette 
nature, qui, pour les opinions émises ainsi que pour la littérature, a toujours 
besoin d'être à jour et complet. Or ce qui, dès le début, avait particulièrement dis- 
tingué cette introduction, c'est que de Wette, au moment où il la composait, était 
parfaitement au courant de la matière qu'il traitait • et qu'il joignait à la profon- 
deur de ses recherches une grande impartialité pour juger celles des autres cri- 
tiques dont il exposait les opinions; en outre, les titres des livres mis à contri- 
bution étaient donnés exactement, et les passages des Pères et des auteurs anciens 
étaient souvent cités littéralement. On comprend facilement qu'aujourd'hui une 
simple réimpression, au bout de vingt-cinq ans, aurait été absolument impossible. 
Dans l'Allemagne, si féconde en travaux sur la Bible, le dernier quart de 
siècle a été singulièrementproductif; toutes les questions si nombreuses que sou- 
lève une introduction dans le sens étendu et large du mot, et qui se rapportent 
à la formation du recueil biblique, à l'établissement du canon, à l'histoire de la 
langue hébraïque et de sa grammaire, aux versions de l'Ancien Testament, aux 
vicissitudes du texte jusqu'à sa fixation, à l'exégèse des différents livres de la 
Bible, à la composition des apocryphes, etc. etc., ont été traitées avec un vaste 
savoir et un talent incontestable par une légion de professeurs et de docteurs ; il 
fallait résumer les résultats et citer les ouvrages, si l'on voulait conserser au 
Manuel le rang qu'il occupe depuis cinquante ans. 

L'éditeur a confié cette nouvelle édition à M. Schrader, professeur de 
langues sémitiques et de théologie à Zurich ', qui s'est acquitté de sa tâche 

1. Les premiers travaux, que de Wette publiait, se rapportaient au Deutéronome dans 
son rapport avec les autres livres du Pentateuque (1806), puis son édition des Psaumes 
(I" édition en 1811). Voy. Herzog, Real-Encyclopadie, XVIII, 62-63. 

2. M. Schrader est l'auteur de plusieurs travaux bibliques très-estimés. Voyez surtout: 
Stadien zur Kritik u. Erklarung der bibl. Urgeschichîe, Zurich 1 863 ; des articles dans les 

IX 8 



I 14 REVUE CRITIQUE 

avec conscience et habileté ; peu de paragraphes sont restés sans changement, 
et, comme l'indique le tableau comparatif entre la septième et la huitième édition, 
placé à lafmde l'ouvrage, le nombre des paragraphes se trouve porté de pj à 
395. Nous avons particuHèrement remarqué les paragraphes nouveaux, relatifs 
au canon, aux rapports de l'hébreu avec les autres langues sémitiques, et sur- 
tout les chapitres sur les livres historiques de la Bible et sur les Psaumes, qui 
sous une forme précise renferment beaucoup d'observations ingénieuses et 
neuves. 

Lorsqu'il s'agit d'un sujet aussi vaste, les erreurs de détails ne sauraient être 
évitées, et chaque critique trouvera quelques lacunes à remplir, ou quelques 
erreurs à redresser, selon les matières dont il se sera plus particulièrement 
occupé. Nous soumettons donc à M. Schrader un certain nombre de notes que 
nous avons prises en parcourant son édition du Manuel. 

Parmi les noms hébreux de la Bible (p. 37) se trouve celui de Bêt-^Mikdasch ou 
Makdaschyah, « sanctuaire, ou sanctuaire de Dieu. » A l'appui sont cités Hottin- 
ger et M. Fûrst. Ce dernier, dont on doit utiHser les indications talmudiques 
avec une grande circonspection, ne donne pas ce nom ', et l'assertion de Hot- 
tinger semble reposer sur un passage, tiré de la préface, que Profiat Duran a 
placée en tête de sa grammaire, intitulée Màasé Efod 2, et qui ne dit point ce 
qu'on lui fait dire. Le célèbre Rabbin expose sous une forme homilétique que, 
depuis la destruction du temple, la Bible était pour l'Israélite l'unique, le vrai 
sanctuaire, et « que celui-là avait bien fait qui avait désigné les Saintes Ecritures 
par ce nom. » Est-ce à dire que Bêt-Mikdasch ou Makdaschyah ait jamais servi 
de titre pour désigner la Bible ? 

Le doute qui est encore émis sur l'existence de la Grande Synagogue (p. 1 3) 
devrait être écarté définitivement, et nous renvoyons à ce sujet aux développe- 
ments que nous avons donnés sur la composition de ce corps et son activité 
dans notre Essai sur l'histoire de la Palestine, I, p. 29-40. La Grande Synagogue 
était un conseil, institué par Ezra et Néhémie, et recruté parmi les notabilités du 
peuple, chargées de veiller à l'exécution et à l'interprétation de la loi. Elle devait 
contrebalancer la fâcheuse influence de la famille pontificale qui s'était fait sen- 
tir dans la colonie juive avant l'arrivée d'Ezra. Elle était ainsi pour l'époque 
persane et sous les Séleucides ce que fut le synedrin sous les Asmonéens et au 
moment où la Judée devint province romaine. 

Sur les passages de Josèphe qui sont relatifs au canon de l'A. T. nous ren- 
voyons à l'étude de M. Treuenfels dans le Literaîurblatt des Orients, tome X et 



Studien a. Kritiken, an, 1867 et 1868. — M, S. passe au mois d'avril prochain, à l'uni- 
versité de Giessen. 

1. Voyez mon article sur l'ouvrage de M. Fùfst, Le canon de l'A. T. dans la Revue de 
théologie, année 1868 p. 368-^75. 

2. § II. Le Màase Efod a été publié par MM. Friedlaender et Kohn, Vienne, 1865. 
Cette notice est à-ajouter, Manuel, p. 167, où le nom à.' Efod doit être orthographié sans 
waw puisque Valef, le pc et le dalel qui le composent en hébreu, forment l'acrostiche de 
Ani Profiat Duran « moi Profiat Duran ». 



d'histoire et de littérature. I I 5 

XI, à l'article de M. Reuss, Nouvelle revue théologique, IV, (1859), p. 284, et à 
la note xiii, sur le canon de Josèphe, à la fin de notre Essai, I, p. 478-480. — 
Nous n'avons pas trouvé la division des Hagiographes en première et seconde 
partie à l'endroit du Talmud, cité par M. Fûrst, p. 59, et reproduite dans le 
Manuel, p. 27. — Pour § \j, nous soumettons encore à M. Schrader ce que 
nous avons dit dans notre Essai, p. 295 et suiv. et dans la Revue de théologie, 
1868, p. 271, — Parmi les travaux relatifs aux rapports entre l'hébreu et le 
phénicien (§ 39), nous avons cherché en vain l'ouvrage de M. Schlottmann Sur 
l'inscription d'Eschmunasar, Halle, 1867, et les.Notes épigraphiques, que nous avons 
publiées dans le Journal asiatique, 1867-1869. Pour le samaritain, il fallait citer à 
côté des travaux de Heidenheim (p. 79) les critiques sévères, mais justes et in- 
génieuses de M. Geiger, publiées dans le Journal de la Société asiatique allemande, 
an. 1865 à 1868, — §45,11 manque parmi les ouvrages qui traitent de la langue 
de la Mischnah le Mischpat leschôn hammischnah, par J. H. Weiss, Vienne, 1867. 
(cf. Geiger, Jiidische Zeitschriftf. Wissenschaft u. Leben,Y, 162-175). — Nous 
avons été étonné de rencontrer encore, p. 89, 137, et passim, le nom de 
Jarchi pour le célèbre commentateur Raschi; c'est là, il est vrai, une simple 
faute d'inattention, puisque M. Schrader dit lui-même, p. 166: « R. Salomon 
Isaaqui, d'ordinaire par abréviation Raschi, et nommé par erreur Jarchi. » — 
L'ordre dans lequel ont été placés (§ 46) les lexicographes, grammairiens et 
commentateurs juifs est choquant; on nomme Aboulwalid, David Kamhi, Elias 
Levita, Jarchi (Raschi), Aben Ezra, Tanchum ; le premier appartient au xii' 
siècle, le second au xiii% le troisième au xv^, le quatrième au xf; le cinquième 
au xii% nous ne connaissons pas exactement l'époque de Tanchum. La liste est 
en outre défectueuse, et doit être complétée parle § 93, qui à son tour présente 
bien des imperfections. Nous donnons au hasard quelques corrections : la 
Bodléienne renferme aussi une version arabe avec commentaire sur Job et les 
Proverbes ' par Saadia ; la Midrasch sur les dix commandements, n'est pas de 
Saadia, il suffit de comparer la traduction des commandements dans cette homélie 
mal écrite et encore plus mal publiée, avec la version du Pentateuque, par Saadia. 
— Aben Ezra n'a pas composé de commentaires sur tous les livres de l'A. T.; 
il n'y a aucune trace de l'interprétation des premiers prophètes; le commentaire 
sur les Proverbes, qui dans les Bibles rabbiniques lui est attribué, appartient en 
réalité à R. Mosé Kamhi, le frère aîné de R. David 2. — H n'y a aucune raison 
pour placer Maïmonide parmi les interprètes de l'A. T. ; à ce titre il faudrait 
citer en même temps R. Bahya, Albo, et les autres philosophes juifs du moyen- 
âge, qui, en exposant leurs doctrines, ont également expliqué un grand nombre 



1 . Voy. notre notice sur la version et le commentaire de Saadia sur les Proverbes, dans 
Je Jiid. Zeitschrift, VI (1868), p. 309. 

2. Le premier qui se soit aperçu de cette erreur, fut M. Reifmann. Voyez la biogra- 
phie de Mosé Kamhi, par M. Geiger, dans l'Oz^r Nechmad, II, Vienne, 1857, P- 21 et 
suiv. (en hébreu). — Nous écrivons partout Kam/ii à la place de Kimhi ; le nom est 
ainsi ponctué dans les manuscrits et la forme patronymique de Kémah est Kamhi, comme 
celle de Zerah et autres est Zarhi. Ce surnom existe, du reste, encore en Orient, et est 
prononcé comme nous le proposons. 



I l6 REVUE CRITIQUE 

de passages qui se trouvent dans les Ecritures. Comme le but de ces docteurs 
consistait dans la conciliation de leur philosophie avec la Bible, il fallait à tout 
propos faire plier les textes récalcitrants sous le joug d'une exégèse forcée. La 
véritable exégèse ne doit pas plus d'égards aux tentatives fâcheuses de ces philo- 
sophes qu'elle n'en devra quelques siècles plus tard aux théologiens qui feront 
dépendre l'explication des Ecritures de sa conformité avec les régences du dogme 
(ex analogia fidei, voy. § 94). — Parmi les grammairiens et lexicographes, Eben 
Ezra, l'auteur du Môznayim, du Sahèt, et de tant d'autres traités de grammaire, 
si souvent publiés et commentés, a été oublié. — Juda ben Karisch et Jehuda 
ben Koraisch sont cités comme deux auteurs différents. Après les critiques de 
Dunasch sur Menahem, manque la réponse à ces observations, par R. Jacob 
Tam, imprimée à Londres et Edimbourg, en 1855 '. On prépare depuis long- 
temps une réplique des Disciples de Dunasch, contre R. Jacob Tam. Avant Aboul- 
walid, on connaît un lexicographe remarquable, David ben Abraham; le manus- 
crit de ce dictionnaire est maintenant à Oxford, et le Journal asiatique, années 1 86 1 
et 1862, contient de nombreux extraits de cet ouvrage, donnés par M. Ad. Neu- 
bauer^. — Malgré la brièveté imposée à l'éditeur du Manuel, nous aurions néan- 
moins désiré que M. Schrader eût dit quelques mots sur la profonde différence 
qui existe entre les principes suivis par les grammairiens comme Aboulwalid, et 
la direction qu'a prise l'étude de la grammaire hébraïque depuis David Kamhi. 
Le père de R. David, R. Joseph Kamhi avait quitté l'Espagne pour s'établir 
dans la Provence ; le fils perdit par là l'immense secours que la connaissance de 
l'arabe offrait à ses prédécesseurs. Aboulwahd, élevé parmi les Arabes, instruit 
de bonne heure dans toutes les sciences qui de son temps étaient enseignées à 
Cordoue, versé dans la lecture de maîtres, tels queSibawaihi, dont il semble avoir 
étudié le Kiîab, pénétra mieux et plus profondément dans l'organisme et la struc- 
ture de l'hébreu, que Kamhi, vivant dans un pays roman, sachant à peine l'arabe 
et privé par là de tout moyen d'éclairer les obscurités de la langue sacrée à la 
lumière que pouvait répandre sur elle la langue sœur, parlée alors en Espagne. 
Les ouvrages de Kamhi ne présentent que le squelette de ceux que ses devan- 
ciers ont composés : il leur emprunte une riche collection d'exemples pour cha- 
que forme et chaque racine, il signale les irrégularités et les exceptions ; mais 
la vie et l'esprit manquent absolument, on sent à chaque pas qu'on fait au milieu 
de ces paradigmes soigneusement alignés, où il règne beaucoup d'ordre, je dirais 
volontiers, trop d'ordre, que David Kamhi n'est qu'un habile vulgarisateur, 
mais que le souffle du créateur lui fait absolument défaut. Malheureusement, 
lorsque, surtout grâce aux efforts de Reuchlin, la langue hébraïque obtint vers la 
fm du xve siècle d'être enseignée dans les universités à côté du latin et du grec 5, 

1. Voici le titre latin de cette édition, en abrégé : Critica vocum recensiones Dunasch 
ben Librat, Ltvita,.... mm animadvcrsionibus criticis Jacobi ben Meyer Tam... editore H. 
Filipowski. 

2. Cf. Jûd. Zeitschrift, ï, 288-299; II, 148-154. 

3. Voyez la brochure que vient de publier M. Ludwig Geiger, Das Studium dcr hebr. 
Sprache in Deutschland voni Ende d. XVten bis zur Mitte d. XVIten Jahrhunderts, Breslau, 
1870. — Nous en rendrons compte prochainement. 



d'histoire et de littérature. 117 

ce furent les ouvrages de Kamhi qui furent traduits en latin et enseignés dans 
les chaires nouvellement fondées. Deux siècles de recul dans ces études furent 
la triste conséquence de cette erreur. 

Pour l'histoire de la Massorah (§ 1 2 1 et suiv.) nous recommandons encore à 
M. Schrader un travail très-substantiel de M. Geiger, danskJiïdische Zeitschrift, 
m (1864-65), p. 78-1 19; pour les leçons des Orientau.x et des Occidentaux, 
Urschrift, p. 43 1 et suiv. et nous nous arrêtons. 

L'esprit qui règne dans ce Manuel, est parfaitement connu ; c'est celui d'une 
critique libre et scientifique. M. Schrader l'a maintenu dans cette édition, avec 
une fermeté qui mérite tous les éloges surtout à une époque où la théologie offi- 
cielle del'Allemagne montre destendancessi marquées vers une réaction regrettable. 
Par les observations que nous venons de faire, nous n'avions que l'intention de 
contribuer pour notre part à améliorer un travail qui touche à tant de sujets 
divers, et où il est si difficile d'être partout complet. M. S. qui a adopté cet 
ouvrage, se l'appropriera de plus en plus et finira sans doute, dans des éditions 
suivantes, par faire disparaître certaines inégalités qui restent toujours inévita- 
bles lorsqu'un livre a une double paternité. 

J. Derenbourg. 



34. — R. Unger : Ad Th. Bergk de Ammiani Marcellinî locis contro- 
versis epistola critica. Novae Strelitiae, 1868, 38 pp. in-8*. — Prix : i fr. 

V. Garthausen : Coniectanea Ammianea codice adhibito Vaticano. Kiliae, 
in aedibus Schwersianis. 1869, 46 pp. in-8*. — Prix : i fr. 35. 

Nous n'avons pas encore d'édition d'Ammien Marcellin qui offre un texte 
lisible. La Vulgaie a été constituée tant bien que mal sur des manuscrits mau- 
vais, et souvent elle présente des passages absolument incompréhensibles : 
quant aux noms propres, surtout aux noms géographiques, ils ont sans excep- 
tion besoin d'être soumis à la critique la plus sévère. Nous comprenons facile- 
ment que personne encore n'ait eu le courage d'entreprendre ce labeur, un vrai 
travail d'Hercule ; la tâche est aussi longue que difficile : Ammien, ce vieux 
soldat au jugement si clair et si franc, le seul historien qu'ait produit l'empire 
romain après Tacite, ce chaleureux partisan de l^ancienne philosophie, si supers- 
titieux et à la fois si tolérant envers le christianisme, Ammien écrit un latin 
aussi obscur que désagréable à lire ; nous ne savons trop sur qui faire tomber la 
responsabilité de ces défauts. Est-ce dans la dépravation générale du langage 
et du goût qu'il faut en chercher la raison ? est-ce dans le fait que notre auteur, 
Grec de naissance, n'écrivait pas dans sa langue maternelle ? En outre tous les 
manuscrits qui nous en restent sont mauvais. M. Haupt {Index leaion. Berlin, 
été 1 868) a prouvé que la restitution de ce texte doit se baser sur la comparai- 
son du Vaticanus 1 874 (anciennement Fuldensis) et de l'édition de Geienius 
(Bâle, Froben, 1 546) lequel avait encore le ms. de Hersfeld, actuellement perdu; 
c'est ce même ms. que Poggio avait si vivement désiré acquérir (Uriichs, Eos, 
II, 352), mais sans succès. Les autres mss. étant des copies ou du Vaticanus 
lui-même, ou bien d'un codex qui lui ressemblait beaucoup, sont sans valeur. 



I l8 REVUE CRITIQUE 

Nous avons examiné les trois mss. d'Ammien de la Bibliothèque Impériale, et 
nous ne pouvons que confirmer ce jugement. Les mss. $819 et $820 sont for- 
tement interpolés et sans aucune utilité; le Colbertinus 5821, quoique n'étant 
que du xv'' siècle, se rapproche le plus du Vaticanus ; il n'en dérive pas, mais il 
doit descendre, par l'intermédiaire déplus d'une copie peut-être, d'un manuscrit 
pris sur le même archétype que le Vaticanus; car il offre des leçons qui ne peu- 
vent pas provenir de celles de ce dernier. Une comparaison continue de ces deux 
mss. nous entraînerait trop loin et dépasserait les limites qui nous sont imposées. 
Grâce à l'obligeance de M. L. Delisle, qui nous a donné les renseignements 
nécessaires sur l'origine du manuscrit en question, nous pouvons répondre à 
un doute exprimé par M. Haupt (l. 1. p. 5) : « Neque spes est fore ut magna 
capiatur utilitas ex libro qui fortasse Parisiis reperire poterit : scripsit de eo 
d. XII. m. Februarii a. MDCLXXXVI Michael Germanus : « dom Jean (id 
» est Joannes Mabillo) a pu acheter encore hier trente-cinq manuscrits, entre 
» lesquels est un des plus beaux Ammien Marcellin qu'on puisse voir; le tout 
)) pour cinquante écus romains.» (Corresp. inéd. de MabillonetdeMontfaucon, 
t. I, p. 220).» C'est le ms. de la Bibliothèque Impériale, n. 5819, in-4% 2^7 
feuillets. Il porte à la dernière page les mots suivants : « Finis postremi libri ab 
Ammiano Marcellino | cum rehquis aediti ad rerum gestarum | enucleatio- 
nem : quos ego Petrus Honestus | magnifici viri gratia Dni | Graegorii Piccolo- 
rainei stilo membranis im- | praessi in quattuor trigintaq. dierum in- | terkala- 
tione ac poenitus assolvi die | XIII. KL. Aug. anno dnicô | millesimo | CCCC. | 
LXII sedenteP'° summo ponlifice. » Ce Pie n'est autre que le célèbre Aeneas 
Sylvius Piccolomini, qui fut pape sous le nom de Pie li de 1458-64. Nous 
ignorons quel est son degré de parenté avec le Grégoire Piccolomini qui occupa 
le calligraphe Petrus Honestus. Le ms. $819, ainsi que nous l'avons déjà dit, 
est sans utilité pour la restitution du texte. A part les belles initiales et les minia- 
tures dont il est orné il ne présente quelque intérêt que par les fréquentes notes 
marginales qu'y a inscrites une main postérieure : ce sont tantôt des obser- 
vations sur des faits frappants ou sur des noms géographiques, tantôt des doutes 
sur l'authenticité de certains passages ; presque tous les discours des empereurs 
sont marqués d'un « an genuina ». Ces notes sont dues à un savant italien quel- 
conque. 

Les opuscules dont nous avons ici à rendre compte sont de valeur bien diffé- 
rente. Nous ne croyons pas porter un jugement trop sévère en affirmant que le 
premier est un modèle de la manière dont il ne faut pas faire la critique. D'abord 
M. Unger n'a pas fait des conjectures sur Ammien, mais des conjectures sur les 
conjectures de M. Haupt, et il lui est arrivé ce qui arrive presque toujours en 
pareil cas, il n^a pas eu de bonheur. M. U., poussant à l'extrême exagération 
une théorie juste au fond, mais qui ne tolère pas une application aussi exclu- 
sive et outrée, est à la recherche d'expressions insolites, extravagantes; il ne 
veut absolument pas admettre que jamais un mot simple et fréquemment 
employé ait pu être corrompu par une erreur de copiste. On se figure aisément 
à quels résultats arrive le critique qui donne ainsi libre cours à son imagina- 
tion, en dépit de tout raisonnement clair et lucide. Nous n'en finirions pas si 



d'histoire et de littérature. 119 

nous voulions critiquer une à une toutes ces conjectures ; il est bien rare qu'elles 
soient préférables à celles de son prédécesseur ou même seulement possibles. 
— L'immense érudition dont M. U. fait preuve en cherchant à appuyer ses ten- 
tatives de correction ne parviendra jamais à les rendre plausibles, du moment 
qu'elles sont faites invita Minerva. 

De tous les travaux publiés récemment sur Ammien, celui de M. Garthausen 
est certainement le plus important et le plus riche en conclusions fécondes. 
M. G. a étudié surtout les digressions géographiques qui ' souvent, trop sou- 
vent même à notre goût, viennent interrompre le cours du récit historique, 
et, à l'aide d'une cijllation du Vaticanus que lui avait envoyée M. Hùbner, il 
a apporté au texte de ces excessus des corrections nombreuses et presque tou- 
jours heureuses. Le futur éditeur d'Ammien devra, pour ce qui concerne les 
chapitres en question, prendre les résultats obtenus par M. G. pour base de 
son travail. Le texte en est enfin devenu lisible, quoique certainement il reste 
encore beaucoup à faire ; ce sont surtout les noms propres qui ont été soumis à 
une révision générale. A cet effet, M. G. a recherché les sources auxquelles 
puisait Ammien, et il est arrivé à en découvrir plusieurs ; il nous promet de 
revenir sur ce sujet, traité ici seulement en passant. Une source importante 
pour les digressions sur la géographie et les sciences naturelles est la « Chono- 
graphia Pliniana « qui forme le fond principal de Julius Solinus, c'est ce qu'avait 
déjà démontré M. Mommsen dans la préface de son édition de Solinus. p. XXIV, 
cf. p. 254. M. G. a prouvé que la dépendance de ses prédécesseurs dans 
laquelle se trouve Ammien est encore plus complète qu'on ne le croyait. Nous 
citerons un exemple : 

Solinus, p. 90, 10 (éd. M.). Amm. XXII, 8, 44, Vulgate. 

HisUr germanicis iugis oritur, effusus monte Amnis vero Danubius oricns prope Raura- 

qui Rauracos Galliae aspectat. sexaginta amnes cos montes, confines limitibus Racticis ac 

in se recipit ferme omnes navigabiles. septem sexaginta navigabiles paene recipiens fluvios, 

ostiis Pontum injluit quorum primum Peuce, septem ostiis erumpit in mare. Quorum 

secundum Naracustoma, tertium Calonstoma, primum est Peuce, secundum Naracustoma, 
quartum Pseudostoma ; nam Borionstoma ac tertmm Calonstoma, quartum Pseiidostoma; 
dcinde Spilonstoma languidiora sunt ceteris, nam Boreon- (Borion MSS.) stoma ac deinde 
septimum [vero] pigrum ac palustri specie non Stheno- (Sténo MSS) stoma longe minora sunt 
habet quod amni comparetur. ceteris, septimum ingens et palustri specie 

nigrum {septimum genus et paulus trispetie 
nigrum. Par. 5821 ; septimum genus et pau- 
lustri specie nigrum Vat.) 

De là, outre les corrections d'orthographe qui s'imposent d'elles-mêmes, 
M. G. conclut (p. 17) aux restitutions suivantes : 

1. Il faut lire avec Saumaise (^Exerc. Plin. p. 131) et Valois : « prope Rau- 
racos monte confine limitibus Raeticis. » 

2. Entre navigabiles et paene il faut insérer omnes. 



I . Ammien ne craignait pas de revenir plusieurs fois sur le même sujet, ainsi licet in 
actibus principis Marci et postea aliquotiens memini me rettulisse, dit-il, XIV, 4, 2, famen 
paucade us (Saracenis) expediam. De même sur l'Egypte, XXII, 15, 1 : Res Aegyptiacae 
tangantur quarum notitiam in actibus Hadriani et Sei'eri principum digfssimus latc. M. G. 
cite, p. 2j plusieurs exemples depassages répétés presque littéralement; on peut y ajou- 
ter XXII, JO, 7= XXV, 4, 20 sur les persécutions des chrétiens et le règne de Justitia. 



120 REVUE CRITIQUE 

3. Au lieu de longe minora il faut lire languidiora. 

4. Le ingens de la Vulgate n'a aucun sens : si cette embouchure était vrai- 
ment si considérable, elle n'aurait pas manqué de recevoir un nom, à plus juste 
titre que lés autres branches du fleuve. Les mss. nous mettent ici sur la bonne 
voie : il faut lire segnius, qui trouve son synonyme dans le pigrum de Solinus. — 
Toute l'argumentation de M. G. est serrée et ses preuves sont évidentes, de 
manière à ne laisser subsister aucun doute. 

Ammien a en outre largement puisé dans Ptolémée. M. G. a fait l'observa- 
tion importante que la forme des noms propres transmise par Ammien corres- 
pond en général (p. 1 3, 34) à celle que présentent les manuscrits de Ptolémée 
réputés inférieurs. Les erreurs et les fautes de celte classe sont donc déjà fort 
anciennes ; elles se retrouvent pour la plupart dans les premières traductions 
latines. Ici aussi nous citerons un passage de notre auteur, afin de mieux mettre 
en évidence et l'état déplorable de notre texte, et l'importance des corrections 
apportées par M. G. 

XXII, 8, 16, nous lisons: « Insulaeque arduae, Trapezunta et Pityunta con- 
tinentes oppida non obscura. » Le Vat. porte i<singulaeque(a\ji-àess\is insulaeque) 
arduae trepezunta et hpidunta continent/s, etc. » La Vulgate est inadmissible 
pour le simple fait que les deux villes mentionnées* ne sont pas dans des îles. 
M. G. propose donc (p. 13) : « Insulaeque arduae et Trapezunta et Ophiunta 
continentis oppida non obscura ; » insulae et continenîis se correspondent tout 
naturellement. Le nom Ophiunta au lieu de Pityunta se base sur la leçon des 
mss. (le Colbertinus a chpidunta qui paraît s'en rapprocher encore davantage) et 
sur une classe des mss. de Ptolémée; M. Kiepert, dans son Atlas (éd. de 1860) 
a adopté la forme Ophius. — Enfin nous apprenons que Jordanes {de getarum 
sive Gothorujn origine) c. 24, p. 97 éd. Closs a emprunté à Ammien une partie de 
ses renseignements sur les Huns. 

Nous ne relèverons que deux points sur lesquels nous ne sommes pas d'ac- 
cord avec M. G. : XXIII, 6, 24, il a eu tort de changer la vulgate « labes 
adusque Rhenum et Gallias cuncta contagiis polluebat « en « adusque Rhe- 
bam et Gallum » (les mss. portent « adusque rheabmet Gallias », etc.). 
Ces deux petits fleuves d'Asie-Mineure sont trop peu connus pour pouvoir être 
désignés comme ayant arrêté le fléau. Du reste la peste dont il est ici ques- 
tion s'étendit bien plus loin encore : l'armée de Pannonie (c'était sous Marc- 
Aurèle et Vérus) et la capitale même eurent beaucoup à en souffrir. Jul. Capi- 
tolin, Vita M. Ant. Phil. 13, 3; 17, 2; 21, 6. — Vita Veri, 8, i : ce dernier 
récit est presque littéralement conforme à celui d'Ammien. 

Une autre objection de M. G a une plus grande portée, p. 25 : « Hoc potis- 
simum (XXII, 16, 12) locofulti demonstrasse sibi videntur viri docti Ammianum 
librum conscripsisse ante a. p. C. 391 quo anno Serapeum incendio diruium 
est. Sed ad hanc quaestionem instituendam prorsus nullius momenti sunt digres- 
siones geographicae, quippe quibus . saepissime non sua A. M. sed auctorum 
tempora respiciat. « Cette dernière remarque est fort juste; outre le cas que cite 
M. G. Ammien a commis l'erreur bien plus grave de parler des Arsacides (XXIII, 
6, 6) comme étant encore de son temps la dynastie régnante de Perse, tandis que 



REVUE CRITIQUE 121 

depuis 226 le trône était occupé par les Sassanides : erreur qui provient de ce 
qu'il copiait son auteur sans avoir égard aux changements qui pouvaient être 
survenus. Des faits pareils doivent certainement nous rendre méfiants pour tous 
les cas où nous ne pouvons remonter aux sources d'Ammien. Mais pour le pas- 
sage concernant le Serapéum, le contrôle est possible : or ni Strabon, ni Ptolé- 
mée, ni Solinus ne présentent rien qui ressemble aux expressions d'Ammien. Delà 
nous concluons que celles-ci sont une addition particulière à ce dernier, qui du 
reste connaissait l'Egypte pour y avoir été lui-même, XVII, 4, 6; XXII, 15,1. 

Les paroles ut cernât trouvent ainsi une explication exacte. Des additions et des 

intercalations propres à Aramien se trouvent plus d'une fois. XV, 10, 3-7; 1 1, 
17, etc. Nous sommes par conséquent d'avis que le passage qui traite du Sera- 
péum peut servir de base à un calcul chronologique, et nous maintenons l'opi- 
nion que nous avions, après d'autres (voyez Valois ad. l. l. Gothofredus ad 
Cod. Theod. XVI, 10, 1 1), émise et développée dans nos Quaestiones Ammianeae 
(Berlin, 1868), p. 46 ss., selon laquelle le livre XXII doit avoir été écrit avant 
le mois de juillet 591. Voyez Sievers, Libanius, p. 272. 

Nous espérons que M. G. publiera bientôt la suite de ses recherches; nous 
attendons surtout des éclaircissements sur le chorographus latinus, abréviateur 
de Ptolémée, mentionné p. 4, 34, 40; auquel Ammien devrait ses digressions 
XIV, 8, i-i 5 ; XXIII, 6, ainsi que sur les relations qui existent entre Eratos- 
thène et Ammien. Ces emprunts sont-ils directs ou de seconde main .? C'est là ce 

qu'il faudrait établir, 

William Cart. 

35. — "Walter von Chatillon, von Richard Peiper. Breslau, Jungfer, 1869. In-4', 

16 pages. 

Cette dissertation de M. Peiper sur Gautier de Châtillon a été publiée à l'occa- 
sion de la célébration du troisième centenaire du gymnase de Brieg en Silésie. 
M. P. établit que les pièces en vers latins rimes publiées (cf. Grimm, Mémoires 
de l'Académie de Berlin, 1863, p. 143-256) d'après un manuscrit de Gœttingue 
ont été composées vers 1 162 par un auteur connu sous le nom d'archipoeîa qui 
n'a rien de commun avec Gautier de Châtillon, auteur du poème célèbre au 
moyen-âge intitulé Alexandreis et de dix pièces en vers latins rimes publiées par 
Mùldener (Hannover 1859), lequel a réédité aussi l'Alexandréide (Lips. 1863). 
M. P. traite en détail de la biographie de Gautier, sans avoir eu d'ailleurs à sa 
disposition d'autres documents que ses devanciers, à savoir : 1° des biographies 
données par les glossateurs de l'Alexandréide; 2" le prologue de ce poème 
même, sa dédicace (I, 12-26), des allusions à des événements contemporains 
(VII, 328 et suiv.), l'introduction du dialogue contre les Juifs; 3° la correspon- 
dance de Jean de Salisbury, ep. 144, 145, 168, 190, 195. M. P. conclut que 
l'Alexandréide a dû être terminée avant 1 179, parce que le poète n'y fait aucune 
mention de la promotion de son protecteur Guillaume, archevêque de Reims, au 
cardinalat; et le poème est dédié à ce personnage, dont le nom sous la forme 
Cuillermus est représenté par les lettres qui commencent chacun des dix livres 
de l'Alexandréide. M. P. a joint à sa dissertation des observations critiques, qui 



122 REVUE CRITIQUE 

me semblent fort justes, sur l'édition des poèmes rimes donnée par Mûldener. Il 
restitue très-heureusement dans « Panis (le pain d'Êlie cuit par une femme sous 
» la cendre) de quo loquitur conditus subemere \\ spiritalis sensus est sub faviila 
» littere » sub cinere au lieu de subemere. Il démontre qu'il faudrait collationner 
de nouveau ces poésies dans le manuscrit de la Bibliothèque impériale de Paris 
5245. Enfin il donne le texte du poème rimé sur les «pericula Romane curie, » 
qui commence par « Propter Syon non tacebo. » 

Je ferai remarquer ici qu'il y a deux biographies de Gautier dans les gloses de 
l'Alexandréide,, l'une qui est citée par M. P. d'après le Codex Rehdigeranus et le 
manuscrit de Paris 8^ 59, f" 75 v° (xw" s.) et que j'ai retrouvée dans les manus- 
crits de Paris (8353, xiii'' s.) et 16704 (Olim Sorb. 1 593, xiii" s.), l'autre dont 
M. P. cite des fragments d'après le Codex Matthiaeus et le Codex Guelpherbyîanus 
et que j'ai retrouvée dans le manuscrit de Paris 8^51 écrit en 1284 et dans le 
manuscrit 8359, ^^ 7 5 ^°' ^^s textes de M. P. étant assez fautifs, je vais 
redonner ici ces deux biographies ' . Voici la première d'après 16704, f" 92 v° : 
» In* territorio? insulensi4, villa Runcinios Galterus oriundus fuit, qui metrica^ 
j) scientia? adeo floruit, ut tantam eius sapientiam quidam mirabili brevitate 
» collaudans dixerit « quicquid gentiles potuerunt scire poète || totum Galtero 
» gratia summa dédit. » Hic ex eo quod apud CasteUionem^ Gallie oppidum 9 
» scolas rexerat '° Galterus de Castellione dictus est. Denique Guillermo Seno- 
» nensi " archiepiscopo cathedre'* Remensis dignitatem adepto, idem Galterus 
» apud eum notarii oratorisque'? unctus'4 officio, eius' s benevolentiam'^ captans, 
» in honore illius gesta magni'7 Alexandri eleganti stilo composuit et'^ descripsit, 
» opusque suum ad tenorem litlerarum nominis eiusdem Guillermi decem libris 

1. Je désignerai 83 p par A, 8353 par B, 8359 par C, 16704 par D, k Codex Matth. 
par M et le Cod. Guelph. par G, 

2. On lit dans B et C avant ce mot : « Quia (quoniam C) sunt nonnulli qui invidia 
» decocti (stimulante C) aliorum bene gesta degestare conantur (cognantur B), nos hac 
» nota denotari caventes sapienciam sapientum ca...ta (certa C) rationis mensuratum 
» (mensura D) attollere studemus, ne de aliorum benedictis la res (sic) similes illis efficia- 
» mur qui edaci livore corrosi sicut cremium aruerunt (nc.aruerunt om. B). » 

3. territorio igitur B C. 

4. Insulano C. 

j. Runciuo B ursinio C quidam B C. // s'agit du village de Ronchin (arrondissement et 
canton de Lille). 

6. in litterarum B C. 

7. scientia et ingenii subtilitate claruit C, ^ui omet « ut tantam... dédit. » 

8. Castelionem et plus bas Castelione B. 

9. opidum B. 

10. rexerit D. 

1 1. Senensi B Scenonensi D. 

12. catedre B. 

13. que om. B. 

14. sumptus B. 

1 5. cuius C. 

16. benig... am (am écrit au-dessus dug, probablement pour benig nificentiam) C. 

17. magna C. 

18. Toute cette fin est différente dans B (où l'écriture est en partie effacée) et dans C : « ea 
» ratione ut quot litteras hoc nomen Guillermus habet tôt libros illud insigne volumen 
» contineret et hoc ordine que littere in nomine continentur libri ab eisdem litteris inci- 
» perent, etc. (suit l'ènumération des débuts des 10 livres). » 



d'histoire et de littérature. 123 

» partialibus ordinavit et distrinxit (sic): quod plane patet principia librorum 
» intuenti. » 

Voici la seconde biographie d'abord d'après le manuscrit 8359, f* 75 v" : 
« Actor iste siquidera de territorio insulano extitit oriundus. Parisius autem 
» studuit sub magistro Stephano Balvacensi(5/c). Deinde venit Castellionem, ut 
» supra habitum est. Quod ipse testatus : « Insula me genuit, rapuit Castellio, 
» noraen |i perstrepuit modulis Gallia tota meis. » Hoc dicit quia apud Castellio- 
» nem quedam ludicra composuit. Sed ipse postea raultum laboris et parum uti- 
» iitatis in artibus liberalibus aniraadvertens Boloniam se transtulit et ibi leges 
» et décréta didicit. Reversus ergo in familiaritate archiepiscopi Remensis 
» receptus est, et gratiam eius in omnibus adeptus, prece ipsius hoc opus 
» incepit, eodem anno quo Beatus Thomas martyr sanguinis sui testimonium 
» peribuit. Atque archipresulis precibus post hec anbienensis ecclesie canonicus 
» effectus est. Flagello lèpre castigatus ibidem vitam terminavit. » 

La voici d'après 85 $ 1, f i : « Vita actoris est hec : magister Galterus natus 
» Insula fuit. Lucduni ' scolas rexit. Maxime apud Castellionem moratus est, a 
)) quo cognomen accepil. Sed ibi moram faciens conductus cantilenas musicas 
)) composuit. Cum ipse hoc opus inciperet, egrotans raori timuit : composuit 
» istos versus : « Insula me genuit, rapuit Castellio, nomen !] perstrepuit mo- 
» dulis galiia ter(r)a meis. (| Gesta ducis Macedum scripsi, sed sincopa feci * : || 
» Infectum clausit obice mortis opus. » Actor cum videret in artibus multum 
» laboris, parum utilitatis, transtulit se Bononiam, leges didicit, unde regressus 

» familiaritatem Domini Guillelmi archiepiscopi Remensis eius gratiam ' cuius 

» interventu prebendam Abienensem (sic) assecutus fuit, et ibi librum suum 

» composuit. Eodem anno beatus Thomas cantuariensis episcopus sanguinem 
» suum pro Christi nomine fudit. Ultimo actor iste lèpre flagitio (sic) castigatus 
» vitam in domino terminavit. » 

Je ne vois pas bien pourquoi M. P. n'a pas suivi le Codex Benedictoburanus en 
plusieurs endroits du poème « Propter Syon. » La leçon de ce manuscrit est 
évidemment la meilleure dans VIII, 5 « illuc (au lieu de illic) enim ascenderunt; » 
de même dans les vers oh il est question de l'hypocrisie doucereuse et de la 
rapacité des employés de la cour de Rome (XIII , 4-6) « Spem pretendunt leni- 
» tatis, II sed procella parcitatis || supinant marsupium. » Le mot feritatis qui se 
lit dans le Cad. Ben. est évidemment préférable au barbarisme parcitatis qui ne 
donne d'ailleurs pas de sens ici. Le mot propre serait rapacitatis; mais il faudrait 
lire « procella rapacitatis » et le rhythme trochaïque serait détruit ; voir les 
observations de M. Gaston Paris (lettre à M. Léon Gautier). Quelque opinion 
qu'on ait sur la théorie du fait signalé par lui et qui tient peut-être à la musique, 
il est certain que les auteurs s'astreignent à mettre l'accent tonique à certaines 
places déterminées. Feritatis fait antithèse à lenitatis. Il y a quelque chose qui 
me semble peu net dans les jolis vers où Gautier représente le ton papelard 

1. Laudino M. Il faut sans doute Lauduni. 

2. fati G. M. P. adopte avec raison cette leçon et joint sincopa fati avec clausit. 

3 . // est des mots à moitié effacés que je n'ai pu lire, ici et un peu plus bas. 



124 REVUE CRITIQUE 

avec lequel les employés de la cour de Rome accueillent les solliciteurs français 
qu'ils vont dépouiller (XIV et XV) : « Frare ben te recognosco, j| certe nihil a te 
posco, l\ nam tu es de Francia. |j Terra tua bene cepit || et bénigne nos recepit || in 
porta concilii.» Le même manuscrit donne d'accord avec le sens et avec la métrique 
« Terra tua multum crédit, j| sua nobis dona dédit |) et portum concilii. » La 
ponctuation me paraît défectueuse en quelques endroits. Ainsi (X) : « Iste pro- 
» bat se legistam, \\ ille vero decretistam. || inducens gelasium. || Ad probandam 
» questionem \\ hic intendit actionem |1 regendorum fmium. » Il faut évidemment 

ponctuer « decretistam, inducens Gelasium ad probandam questionem; 

» hic, etc. )) De même dans (XXIV) « Tune securus it viator, || quia nudus et 
» cantator || fit coram latronibus. » Il faut mettre une virgule après « nudus. » 
Je substituerais la virgule au point après « cancellaria « (XI, 3) et après «faciam» 
(XXX, 3). 
En somme la dissertation de M. Peiper est intéressante et bien faite. 

Charles Thurot. 

3^- — Acta Publica. Verhandlungen und Correspondenzen der Schlesischen Fûrsten 
u. Staende, Namens des Vereins fur Geschichte u. Alterthum Schlesiens, herausgegeben 
von Hermann Palm. Jahrgang 1618. Breslau, J. Max, 1865. In-4'', xij-354 P- — 
Acta publica, etc. Jahrgang 16 19. Breslau, 1869. In-4', viii-407 p. — Prix : 30 fr. 

L'écrivain, qui, de nos jours, entreprend le récit d'une période de l'histoire, 
quelque peu étendue, ne peut nourrfr l'espoir d'arriver au but qu'en profitant des 
monographies et des études de détail relatives aux différentes parties de son 
sujet, dont il réunit les résultats en un seul faisceau, pour les utiliser à son tour 
dans un exposé général. Le nombre des sources à consulter, des archives à 
exploiter, des narrations antérieures à vérifier, est devenu tel aujourd'hui que 
l'historien qui se refuserait à témoigner forcément sa confiance à ses prédéces- 
seurs, risquerait fort de ne voir jamais son travail sortir des limbes des études 
préliminaires. Mais pour qu'un historien consciencieux puisse en agir ainsi, il 
faut que ces travaux de détail et ces monographies soient rédigés avec soin, 
dans un esprit scientifique, sans quoi ils serviront précisément à faire entrer dans 
l'histoire générale une série d'erreurs qu'il sera bien difficile d'en faire dispa- 
raître. Malheureusement c'est là cependant ce qui arrive un peu partout, en 
France comme en Allemagne. Les travailleurs dont se composent la plupart des 
sociétés savantes provinciales ou départementales, qui se vouent d'ordinaire à 
ces études de détails, n'ont pas toujours — il y a de nombreuses exceptions, 
cela va sans dire — les connaissances générales et surtout les notions de critique 
et la méthode nécessaires pour diriger leur activité de manière à rendre à la 
science de véritables services. On gaspille ainsi chez nous, comme au dehors, 
bien du temps et de l'argent à des études originales ou bien à des éditions de 
documents d'une fort mince utilité. Les exceptions sont assez rares pour qu'on 
les signale, et bien que la Revue ne puisse prêter une attention bien soutenue à 
l'histoire purement provinciale ou locale, surtout à l'étranger, elle doit faire une 
exception quand il s'agit de travaux aussi remarquables que celui dont le titre est 
inscrit en tête de notre article. 



d'histoire et de littérature. 125 

Les Acia publica sont un recueil de documents inédits, relatifs à l'histoire de 
la Silésie pendant la guerre de Trente Ans, publié sous les auspices de la 
Société d'histoire et d'archéologie de Breslau, aux frais des Etats provinciaux de la 
Silésie. C'est un exemple qu'on pourrait recommander aux Conseils généraux de 
nos départements. Deux beaux volumes in-quarto, publiés avec un certain luxe 
typographique, ont déjà paru. Nous les devons à un savant aussi modeste que 
consciencieux, bien connu par ses travaux sur l'histoire de sa province, M. H. 
Palm, professeur à l'un des gymnases de Breslau, Son travail, qui n'embrasse 
encore que les années 1618-1619, sera de la plus grande utilité pour les histo- 
riens delà guerre de Trente Ans. On trouve dans la masse des documents édités 
avec le plus grand soin par M. P. des renseignements curieux sur les affaires 
militaires et religieuses du pays, sur les relations diplomatiques des Etats et 
princes silésiens avec l'empereur, la Pologne, la Bohème, etc. L'intérêt de la 
collection devra nécessairement s'accroître encore pour les années suivantes 
quand la Silésie devient elle-même le théâtre de la lutte entre les troupes impé- 
riales et leurs différents adversaires. 

Espérons que cette utile publication marchera dorénavant avec un peu plus 
de rapidité. Cinq ans s'étaient écoulés entre l'apparition du premier et du 
second volume, et si le même intervalle se reproduisait sans cesse, M. P. 
devrait être deux fois centenaire pour arriver à la fin de la tâche qu'il a si bien 
commencée. 

Nous suggérerons en terminante M. P. quelques petites améHorations qu'il 
pourrait introduire dans les volumes suivants. Tout d'abord il serait fort utile de 
faire précéder chaque pièce d'un sommaire fort court, mais indiquant du moins 
au lecteur ce qu'il peut trouver dans chaque document. C'est ce que M. J. 
Weizsecker, p. ex. a fait pour ses Actes des diètes de l'Empire. En second lieu 
M. P. pourrait multipUer un peu ses notes historiques et géographiques dans 
l'intérêt de ceux qui ne connaissent pas aussi bien que lui sa province natale. 
Enfin il serait très-désirable que chaque volume fût précédé d'une introduction 
historique, dans laquelle seraient résumés les documents eux-mêmes, et qui per- 
mettrait, au besoin à l'historien de ne consulter que les plus importants, laissant 
de côté les pièces d'un intérêt secondaire. M. P. nous aurait donné de cette 
manière, en arrivant au bout de son travail, une histoire complète de la Silésie 
pendant la guerre de Trente Ans, qu'il n'aurait plus qu'à réunir en volume pour 
la plus grande commodité des lecteurs Rod. Reuss. 



57. — Catalogne de la Bibliothèque communale de Marseille. Marseille, 
18661869. 3 vol. in-8'. 

Un assez grand nombre de bibliothèques de province ont entrepris la publi- 
cation des catalogues de leurs livres imprimés, et on ne saurait trop désirer de 
voir se généraliser la mise au jour de ces inventaires destinés à rendre de véri- 
tables services aux travailleurs '. Marseille a suivi cet exemple; deux volumes 

1 . Parmi ces catalogues il est juste de mentionner celui de la ville de Nantes, rédigé 



126 d'histoire et de littérature. 

consacrés aux sciences historiques avaient déjà été mis au jour; le troisième 
volume les complète; il comprend l'histoire de la chevalerie et de la noblesse, 
l'histoire littéraire, l'archéologie, la biographie et un supplément qui signale les 
rectifications nécessaires et les additions justifiées par des entrées nouvelles. Nous 
avons observé une méprise qui se trouve également dans le catalogue imprimé de 
la bibliothèque de Bordeaux. A la p. 44 les « Mémoires de l'Académie des 
inscriptions sciences, belles-lettres et beaux-arts, établie à Troyes en Champagne» 
sont rangés parmi les travaux des Sociétés Savantes, tandis qu'il n'y a là qu'une 
facétie imaginée par Grosley et par quelques joyeux Troyens. Il est juste d'ob- 
server d'ailleurs que cette erreur est rectifiée dans une note du supplément. 

A la fin du volume on rencontre une table des éditions du xv^et duxvi^ siècle. 

Le plus ancien des vingt-trois ouvrages antérieurs à 1 500 est Vite de sancti 
pudri, Venetia, 1476, in-fol. (traduction rare et précieuse de l'ouvrage de saint 
Jérôme). Citons aussi le Valère Maxime de 1485, et lo Libro chiamato Portolano. 
Venezia, 1490, in-folio (le plus ancien Portulan imTpnmé dont l'existence soit 
connue). 

La Canonica de Espana de Diego de Vulera, Tholosa 1489, est également un 
livre précieux, se rattachant aux controverses élevées sur les droits récipro- 
ques de Toulouse et de Tolosa. 

Un seul ouvrage français, la Mer des histoires. Paris, 1488, 2 vol. (édition 
originale de cette traduction modifiée des Rudimenta novitiorum, plusieurs fois 
réimprimée depuis. 

Les éditions du seizième siècle, bien plus nombreuses que celles du quinzième 
sont moins précieuses et rentrent fort souvent dans la catégorie des livres de 
bien faible valeur. Nous avons, remarqué la Geographia de Ptolémée, Rome, 1 508, 
recherchée à cause des cartes qu'elle renferme ', le célèbre ouvrage de Barthé- 
lémy Degli Abbizzi sur la vie de saint François d'Assise, Milan, 151? (édition 
moins rare que celle de 1510, mais contenant toutes les singularités qui ont 
signalé cette production étrange à l'attention publique) le Strabon, Venise 1 516 
(édition princeps, publiée par les Aides, mais d'une façon peu correcte. N'ou- 
blions pas l'/^o/ar/o de B. Bordone, Venise, 1534, in-folio (ouvrage que ses 
cartes gravées sur bois rendent intéressant au point de vue des études géogra- 
phiques). En fait de livres français, Froissart, Paris, 1 505, et les deux ouvrages 
de Jean Le Maire publiés en 1 5 1 3 ; le Livre des Illustrations de Gaule et la légende 
des Vénitiens. Terminons en indiquant le Discours du Voyage d'outre-mer par A. 
Régnant, Lyon 1 57? in-4'', livre recherché depuis quelque temps ainsi que ceux 
qui se rapportent aux voyages dans la Palestine. 

avec un soin des plus minutieux et avec des détails fort utiles par M. Emile Pehant. 
Il en a déjà paru plusieurs volumes. Il nous semble que des villes importantes, Toulouse 
notamment, sont en arrière sous ce rapport. Ne serait-i! pas à propos de publier les 
catalogues de diverses grandes bibliothèques de Paris (Institut, Mazarine, Sainte-Gene- 
viève, etc.), ce serait un grand service rendre aux hommes d'étude, puisqu'il paraît im- 
praticable de réaliser la pensée d'imprimer en entier les inventaires de l'immense dépôt de 
la rue Richelieu. 

I. La carte générale du monde dressée par l'allemand J. Ruysh, qui se trouve dans 
ce volume est la première qui ait donné une idée générale de l'Amérique. 



d'histoire et de littérature. !27 

La bibliothèque municipale de Marseille ne possède qu'un petit nombre de 
livres anciens d'une rareté bien constatée et d'un prix élevé, en revanche (et 
ceci vaut mieux pour les travailleurs) elle compte en assez grande quantité de 
bons ouvrages modernes qui paraissent avoir été acquis avec discernement. Son 
zélé conservateur s'occupe, nous le savons, d'achever l'œuvre qu'il a entreprise, 
et il fera successivement paraître les catalogues qui concernent les quatre 
divisions autres que l'histoire qu'adopte le système bibliographique de De Bure, 
presque universellement suivi en France (parfois avec quelques modifications) 
et qui, sans être à l'abri de la critique, offre du moins le mérite de faciliter les 
recherches. 



38. — Ehstnische Mœrchen. Aufgezeichnet von Friedrich Kreutzwald. Aus dem 
ehstnischen ûbersetzt von F. Lœwe. Nebst einem Vorwort von Anton Schiefner und 
Anmerkungen von Reinhold Kœhler und Anton Schiefner. Halle, Buchhandlung des 
Waisenhauses, 1869. In-18, viij-366 pages. — Prix : $ fr. 

Ce petit volume est d'autant plus intéressant que nous ne possédons presque 
rien, jusqu'à ce jour, en fait de contes populaires des races finnoises. Ce qui a 
été publié dans les langues originales est peu de chose, et ces langues sont con- 
nues de si peu de personnes qu'on peut dire que ces rares publications sont 
presque comme non avenues. M. Lœwe a donc rendu un véritable service en 
traduisant ces contes, publiés en esthonien, en 1866, par Frédéric Kreutzwald, 
l'éditeur du Kalewipo'ég. La collection de M. Kr. comprenait soixante morceaux, 
parmi lesquels M. L. en a choisi vingt-quatre; il faut souhaiter que son volume 
ait assez de succès pour le décider, comme il nous le fait espérer, à traduire le 
reste. — Ces contes sont en général gracieux et touchants, avec un grand nom- 
bre de traits fort bizarres et d'obscurités qui indiquent souvent une tradition 
îrès-altérée; l'éditeur paraît les avoir, je ne veux pas dire arrangés, mais un 
peu revus et corrigés avant de les produire dans le monde ; ce travail a été 
exécuté avec goût, mais parfois peut-être il sent un peu la manière, et le récit 
est souvent trop délayé. H a bien du reste ce caractère mélancolique, vague et 
pour ainsi dire fuyant que le Kalewalà et le Kalewipoég nous ont fait connaître. 
— Quant au fond des contes, M. Schiefner, le célèbre mythologue et orientaliste 
de Saint-Pétersbourg, insiste surtout, soit dans sa courte Préface, soit dans ses 
Notes, sur la ressemblance qu'il présente avec la mythologie Scandinave et slave ; 
il est disposé à croire tous ces contes d'importation étrangère. C'est le même 
système que M. Sch. a appliqué aux grands poèmes finlandais et esthoniens, et 
on doit reconnaître que s'il paraît avoir contre lui certaines vraisemblances géné- 
rales, il a présenté quelques arguments tout-à-fait saisissants. Ce n'est point ici 
le moment d'exposer et de discuter cette théorie. — M. R. Kœhler a donné 
dans ses Notes des rapprochements avec l'ensemble de la littérature populaire 
européenne; le savant bibliothécaire de Weimar a trouvé moins à dire sur ce 
volume que sur d'autres dont il s'est occupé. En effet, que ces contes soient 
propres aux peuples finnois ou qu'ils les aient tirés d'ailleurs, ils portent leur 
empreinte fortement marquée, et les comparaisons de M. K. n'ont guère pu 



128 REVUE CRITIQUE d'hISTOIRE ET DE LITTÉRATURE. 

porter que tantôt sur certains détails, tantôt au contraire sur une vague ressem- 
blance générale. Il n'a pas trouvé de ces ressemblances complètes et suivies qu'il 
a eu souvent occasion de relever ailleurs entre les contes populaires des peuples 
européens les plus divers. — Inventions ou assimilations, ces récits, comparés 
à ceux des peuples germaniques, romans, et même celtiques et slaves, semblent 
bien refléter le génie et l'imagination d'une autre race. 



39. — Musikalisches Conversations Lexicon. Eine Encyclopsedie der gesamm- 
ten musikalischen Wissenschaften fur Gebildete aller Staende, unter Mitwirkung der 
literarischen Commission des berliner Tonkùnstler-Vereins sowie der Herren Musikdir. 
Billert, Concertmeister F. David, etc., etc. bearbeitet und herausgegeben v, Hermann 
Mendel. Berlin, L, Heimann, 1869. 3 prem.ières livraisons. L'ouvrage en contiendra 
environ 60. — Chaque livr., 75 c. 

Réunir en quelques volumes et, sous une forme connue et claire, fournir au 
public musical , aujourd'hui si nombreux de l'Allemagne , des renseignements 
utiles sur les hommes et sur les choses , sur l'histoire et sur la théorie de la 
musique, tel est, à en juger par leur programme, et par les premières livraisons 
déjà publiées, le but que poursuivent les rédacteurs du Musikalisches Conversations- 
Lexicon. Détails biographiques, malheureusement peu étendus vu le défaut d'es- 
pace, sur les compositions et les auteurs didactiques anciens et modernes, expli- 
cation des différents termes usités dans la langue musicale , exposé des principes 
de l'acoustique, de l'harmonie, de l'orchestration, etc., enfin résumé historique 
du développement et des progrès de la musique dans toutes ses branches, voilà 
ce que contiendra cette Encyclopédie, si elle reste fidèle à son programme. Les 
premières feuilles que nous avons sous les yeux fournissent déjà un spécimen 
satisfaisant de la façon dont les rédacteurs entendent accomplir leur tâche. Mal- 
heureusement nous ne pouvons insister longuement sur un ouvrage qui traite de 
matières si différentes de celles à l'étude desquelles s'est consacrée la Revue cri- 
tique, qu'il nous suffise de le signaler aux personnes chaque jour plus nombreuses 
qui non contentes de jouir par l'oreille des charmes de la musique, veulent en 
étudier dans des livres précis et facilement intelligibles l'histoire et la théorie. 

La partie biographique, qui nous a généralement paru exacte dans sa brièveté, 
contient une erreur que nous signalons : dans l'article sur le célèbre violoniste 
Alard, le violoncelliste également célèbre Franchonne est désigné comme 
pianiste. 

Nous recommandons aux auteurs du Musikalisches Lexicon de restreindre le 
nombre des mots ou expressions dont ils donnent l'explication aux mots et aux 
expressions rigoureusement techniques. Ainsi les mots absolut (absolu), accessit 
et'accessist (celui qui a remporté l'accessit), l'expression commerciale à condi- 
tion, que nous trouvons consignés dans les trois premières livraisons ne sont pas 
des termes musicaux et ne devraient pas figurer dans un dictionnaire spécial de 
musique. 



Nogent-le-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur. 



favorable. — Gayangos et La Fuente, Cartas del Cardenal Don Francisco 
Jimenez de Cisneros. Lettres inédites du fameux régent d'Espagne pendant la 
minorité de Charles-Quint. — Guardia, Antonio Ferez, l'art de gouverner (voy. 
Rev. crit.y 1 867, art. 98). — Lettres de Stanislas Zolkiewski, grand chancelier- 
de Pologne (i 584-1620). En polonais. — A. Przezdziecki, Les femmes delà 
famille des Jagellons, vol. II-IV. En polonais. — Ilowaisky, Handbuch der 
Tussischen Geschichte, etc. 

ÏU. Compte-rendu de la dixième réunion annuelle de la commission des tra- 
vaux historiques , nommée par l'Académie royale de Bavière , tenue à Munich , 
en octobre 1 869. 

En même temps que ce présent numéro, M. le D"" C. Varrentrapp, secrétaire 
de la rédaction de la Zeitschrift a publié une double table des \ingt premiers 
volumes de la Revue historique, que l'on peut acquérir séparément et qui sera 
très-utile à tous ceux qui s'occupent d'études historiques. 



BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE 
DES -PRINCIPALES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES. 



AVIS. — On peut se procurer à la librairie A. Franck tous les ouvrages 
annoncés dans ce bulletin , ainsi que ceux qui font l'objet d'articles dans la 
Revue critique. Elle se charge en outre de fournir très-promptement et sans 
frais tous les ouvrages qui lui seront demandés et qu'elle ne posséderait pas en 
magasin. 



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oder die weissen Menschen Kampf gegen 
den Wiltenfrost. Nach universelien, geo- 
log., moral, u. histor. Entwicklungs- 
gesetzen dargestellt. Gr. in-8*, viij 326 p. 
Leipzig (Sinhuber). 6 fr. 7$ 

Braun (P.). Observationes criticae et exe- 
geticae in C. Valerii Flacci Argonautica, 
Dissertatio inauguralis. In-8*, 47 p. Mar- 
burg (Nehrkorn). 2 fr. 

Bunsen (E, v.). Die Einheit der Religionen 
im Zusammenhange mit den Vœikerwan- 
derungen der Urzeit u. der Geheimiehre. 
I. Bd. Mit einer Karte, gezeichnet von 
D- H. Lange. In-8*, ivj-668 p. Berlin 
(Mitscheru. Rœstell). 16 fr. 

Catalogus alphabeticus bibliothecae pu- 
blicae Raczynscianae, jussu magistratus 
in luœm editus. In-8*, iij-7$8 p. Posen 
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Denkschriften der kaiserlischen Acadé- 
mie der Wissenschaften. Philosophisch- 
historische Classe. |6. Bd. In-4*, xij- 
414 p. m. eingedr. Holzschn. 2 Tab. u. 
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der romanischen Sprachen. 3. verb. u. 
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de l'avènement de la troisième race. In-8', 
xxviij-533 p. Paris (Didier et C'). 

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In-8*, 34 p. Kiel (Schwers). i fr. 



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mation des langues indo-germaniques, par G. Curtius, traduit par M. Bergaigne, 
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Nogent-le-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur. 



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REVUE CRITIQUE 

D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

RECUEIL HEBDOMADAIRE PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION 

DE MM. P. MEYER. CH. MOREL, G. PARIS. 
Secrétîùre de la Rédaction : M. Auguste Brachet. 



Prix d*a±)oimement : 

Un an, Paris, 156-. — Départements, 17 fr. — Étranger, le port en sus 

suivant le pays. — Un numéro détaché, 50 cent. 

PARIS 
LIBRAIRIE A. FRANCK. 

F. VIEWEG, PROPRIÉTAIRE 
67, RUE RICHELIEU, 67 



Adresser toutes les communications à M. Auguste Brachet, Secrétaire de la 
Rédaction (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu). 

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Histoire. Busch, Abriss der Urgeschichte des Orients; nach den neuesten 
Forschungen und vorzùglich nach Lenormant's Manuel d'histoire ancienne de 
rOnVnf bearbeitet (Leipzig, Abel; article étendu, qui contient surtout des obser- 
vations sur le livre de M. Lenormant lui-même, à peu près traduit par M. Busch ; 
il est à remarquer que l'auteur allemand n'a rien pu conserver de ce qui dans le 
livre français concerne l'histoire des Juifs). — Officium et Miracula sancti Wille- 

gisi hgg. von Guerrier (Moscou et Leipzig; opuscule inédit du xii® siècle). 

— Rupp, Aus der Vorzeit Reutlingens (Stuttgart, Maecken; archéologie et my- 
thologie anté-historique). — Droit. Brinz, Lehrbuch der Pandekten, II, 2, i : 
die juristischen Personen (Erlangen, Deichert; ouvrage important). — Linguis- 
tique. Histoire littéraire. Revue de linguistique et de philologie comparée, t. III, livr. 
1-2 (Paris, Maisonneuve; article favorable de M. Justi). — Mémoires de la Société 
de linguistique de Paris, 1. 1, 2^fasc. (Paris, Franck; art. de M. Justij. — Grœber, 
Die handschriftlichen Gestaltungen der chanson de geste Fierabras (voy. Rev. 
crit., 1869, t. II, art. 163; l'art, du Lit. Centr. est de M. Tobler). 

N° 2. 2 janvier. 

Théologie. Mœnckeberg, Matthias Claudius, ein Beitrag zur Kirchen- und 
Litterar-Geschichte seiner Zeit (Hamburg, Nolte). — Histoire. Hotz, Beitraege 
zur Geschichte der Stadt Winterthur (Winterthur). — Wolf, Die Vertreibung 
der Juden aus Bœhmen im Jahre 1744 und ihre Rùckkehr im Jahre 1748 (Leip- 
zig, Leiner). — Strodtmann, Heine's Leben und Werke, II, 2 (Berlin, Duncker ; 
fin de cet intéressant ouvrage). — Histoire de l'art. Von Eye und Falke, Kunst 
und Leben der Vorzeit vom Beginn des Mittelalters bis zu Anfang des 19. Jahr- 
hunderts, 3. Auflage (Nûrnberg, Bauer und Raspe). — Weiss, Kostùmkunde, 
5-6 (Stuttgart, Ebner und Seubert). 



BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE 

DES PRINCIPALES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES. 

AVIS. — On peut se procurer à la librairie A. Franck tous les ouvrages 
annoncés dans ce bulletin , ainsi que ceux qui font l'objet d'articles dans la 
Revue critique. Elle se charge en outre de fournir très-promptement et sans 
frais tous les ouvrages qui lui seront demandés et qu'elle ne posséderait pas en 
magasin. 



Ackermann (G. F.). Die Indogermanen 
oder die weissen Menschen Kampf gegen 
den Wiltenfrost. Nach universellen, geo- 
log., moral, u. histor. Entwicklungs- 
gesetzen dargestellt. Gr. in-8*, vii) 326 p. 
Leipzig (Sinhuber). 6 fr. 75 

Agnel (E.). De l'influence du langage 
populaire sur la forme de certains mots 
de la langue française. In-8*, 188 pages. 
Paris (Dumoulin). 7 fr. 50 

Barni (J.). Napoléon I". In-18 Jésus, 
195 p. Paris (lib. Germer-Baillière). 1 fr. 

Benoit (A.). Les plaids annaux de la ba- 



ronnie de Sarreck (Meurthe). Étude sur 
les justices seigneuriales au XVIII* siècle. 
In-8% 5 5 p. Metz (Rousseau-Pallez). 

Braun (P.). Observationes criticae et exe- 
geticae in C. Valerii Fiacci Argonautica, 
Dissertatio inauguralis. In-8°, 47 p. Mar- 
burg (Nehrkorn). 2 fr. 

Bunsen (E. v.). Die Einheit der Religionen 
im Zusammenhange mit den Vœlkerwan- 
derungen der Urzeit u. der Geheimlehre. 
I. Bd. Mit einer Karte, gezeichnet von 
D' H. Lange. In-8*, xvj-668 p. Berlin 
(Mitscher u. Rœstell). 16 fr. 

Catalogus alphabeticus bibliothecae pu- 



REVUE CRITIQ^UE 

D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

N- 9 — 26 Février ~ 1870 

Sommaire : 40. Huebner, Inscriptions latines de l'Espagne. — 41. Jacobi, Corres- 
pondance, p. p. Zœppritz. — 42. ScHMiDT, Tableaux de la Révolutiofi française. 



40. — Corpus inscriptionum latinarum — Vol. 1 1 — Inscriptiones His- 
paniae latinae. Ed. AEmilius Hûbner. 

Le premier volume du Corpus inscriptionum latinarum, avait été publié en 
1863 ; le second vient de paraître. On ne sera pas tenté de se plaindre de cet 
intervalle de six ans qui les a séparés si l'on songe aux travaux qu'exige une aussi 
vaste entreprise. Ce second volume contient les inscriptions de l'Espagne et il 
est dû à M. Hùbner. M. Mommsen a revu avec un grand soin l'œuvre de son 
collaborateur et de son élève , et il l'a enrichie presque partout de ses observa- 
tions. 

Le travail qu'a entrepris M. Hùbner n'était ni superflu ni facile. On sait qu'il 
n'y a pas de pays où les faussaires aient pris tant de libertés qu'en Espagne. Les 
amours propres de clochers, qui nulle part ne sont plus vifs que là, ont suscité 
au xv" et au xvi*^ siècles une foule d'antiquaires qui pour créer à leur petite ville 
un passé plus brillant ne se sont fait aucun scrupule d'interpoler des inscriptions 
vraies ou d'inventer des inscriptions fausses; tantôt ils essayaient d'attribuer à 
leur patrie l'honneur d'avoir été fondée par César en personne, tantôt ils voulaient 
prouver qu'elle avait été visitée par Sertorius et par Pompée, ou qu'elle avait 
servi de champ de bataille à Viriathe, tantôt enfin ils cherchaient à lui assurer 
la gloire d'avoir eu des martyrs dès le règne de Néron. L'un de ces patriotes 
trop zélés, Resende, alla même jusqu'à graver sur la pierre les inscriptions qu'il 
avait imaginées pour être plus certain de tromper la postérité. Toutes ces fraudes 
avaient rendu les inscriptions d'Espagne tellement suspectes que les archéologues 
n'osaient pas les citer et qu'Orelli et Henzen n'en ont pas voulu admettre plus 
de po dans leur recueil. Désormais ces défiances n'existeront plus; M. Hùbner, 
par le soin scrupuleux qu'il a pris d'étudier les sources a levé tous les doutes ; 
nous possédons aujourd'hui 5,000 inscriptions authentiques de l'Espagne dont 
les historiens et les archéologues peuvent se servir sans crainte. 

Je n'ai pas la prétention de rendre compte de l'ouvrage entier : il me faudrait 
plus de place qu'on ne peut m'en accorder dans ce journal. Au lieu de rester 
dans des généralités vagues qui feraient mal comprendre l'importance du travail 
de M. Hùbner, j'aime mieux isoler un point particulier et l'étudier à part. Parmi 
les institutions de l'époque impériale, aucune peut-être n'a été plus éclaircie de 
nos jours que l'organisation du culte des empereurs à Rome et dans les provinces. 
Les travaux de Borghesi, de Mommsen et d'Henzen, la pubHcation des inscriptions 
romaines de l'Algérie par M. Léon Renier, nous ont appris à ce sujet une foule 
IX p 



IJO REVUE CRITIQUE 

de particularités curieuses et dissipé beaucoup d'obscurités et d'erreurs. Les 
inscriptions de l'Espagne ne nous seront pas moins utiles. M. Hùbner a publié 
déjà dans le Hermès il y a quatre ans (tome i*^'', p. 77) un mémoire développé 
qui contenait tout ce que les monuments de Tarragone nous apprennent sur la 
façon dont le culte impérial était organisé dans la province d'Espagne citérieure. 
Il en a reproduit les conclusions dans le second volume du Corpus et je vais les 
reprendre Rapidement après lui. 

Auguste avait fait un long séjour en Espagne ; pendant son expédition contre 
les Cantabres il était tombé malade à Tarragone et y avait inauguré son huitième 
et son neuvième consulat (728-729). Les habitants de cette ville, qui l'avaient connu 
de près, et qui sans doute avaient été traités par lui avec faveur, voulurent se 
montrer reconnaissants : ils lui demandèrent, à une époque qui n'est pas connue, 
la permission de lui élever un autel. C'était alors la manière de témoigner sa 
reconnaissance aux grands personnages, hic est vetustissimus referendi bene meren- 
îibus graîiam mos (Plin. Hisî. nat. 2, 7). Auguste le permit à condition qu'il serait 
adoré en compagnie de la dea Roma. Les Espagnols élevèrent donc à Tarragone 
un autel à Rome et à Auguste, comme firent les Gaulois, en 742 ou 744, à Lyon. 
Après la mort d'Auguste l'autel devint un temple : Templum ut in colonia Tarra- 
conensi strueretur Augusto petentibus hispanis permissiim (Tac. A. i, 78); mais il 
ne faudrait pas croire, comme l'a fait Nipperdey, que ce temple fût commun à 
l'Espagne entière. Le mot Hispanine désigne ici que la /jrov/na'd: Hispania citerior; 
la Bétique et la Lusitanie avaient leurs temples à part. Tacite ajoute que cet 
exemple fut suivi dans les autres provinces, datum que in omnes provincias exem- 
plum, ce qui augmente beaucoup le prix des inscriptions de l'Espagne; puisqu'elle 
donna l'exemple et le branle aux autres pays, on peut croire qu'on imita ailleurs 
les institutions qui existaient chez elle, et qu'en les étudiant nous pouvons avoir 
une idée de la manière dont le culte impérial était organisé partout. 

Le temple de Tarragone avait été construit, il était entretenu aux frais de la 
province. C'est là que se réunissaient, à des époques de l'année que nous ne 
savons pas, les députés des villes et des convenîus qui formaient ce qu'on appelait 
le Concilium provinciae Hispaniae citerioris. Les inscriptions de Tarragone confir- 
ment ce que nous savons de ces assemblées provinciales. Elles n'avaient pas 
d'attributions vraiment politiques ; on y votait d'ordinaire beaucoup de flatteries 
pour les empereurs morts ou vivants et des remercîments pour les membres de 
l'assemblée qui avaient rempli leurs fonctions à la satisfaction générale. Elles 
avaient pourtant le manîment de certains fonds affectés à l'entretien du temple 
et à des dépenses communes, elles envoyaient des ambassades à l'empereur^ elles 
se plaignaient au besoin quand elles croyaient leurs privilèges attaqués, et nous 
voyons la province d'Espagne citérieure élever un monument à un Cantabre ob 
causas utilitates que publicas fideliter et constanter defensas (C. L L. il, 4192). 
De cette manière, quand ces assemblées le voulaient bien, la politique pouvait 
s'introduire chez elles, comme le prouve la célèbre inscription connue en France 
sous le nom de marbre de Thorigny. Les prêtres qui desservaient l'autel de 
Tarragone étaient des personnages importants, qui avaient rempli les plus hautes 



d'histoire et de littérature. 131 

fonctions municipales dans leur pays ou qui, dans les emplois publics, étaient 
arrivés au rang de chevaliers. Quand on leur donne leur titre complet on les 
appelle flamen Romae, divornm et Augusti provinciae Hispaniae citerions, ce qui 
prouve qu'ils étaient à la fois prêtres de Rome, des empereurs morts et déifiés, 
et de l'empereur vivant. Ce titre complexe nous aide à comprendre quel était le 
caractère véritable et le sens de l'apothéose impériale. On a trouvé en Espagne 
très-peu de traces de temples consacrés à des empereurs isolés. Le culte dont 
ils étaient l'objet n'était donc pas tout à fait un culte personnel ; il s'adressait 
moins à tel ou tel César qu'à la dignité impériale elle-même : c'était l'adoration 
du pouvoir monarchique. 

Malgré toutes les lumières que nous donnent les 70 inscriptions que M. Hùbner 
publie sur ks flamines de l'Espagne citérieure, il reste encore à ce sujet quelques 
obscurités à dissiper. Les flamines étaient-ils distincts des legati qui formaient 
l'assemblée provinciale ."* Donnait-on ce nom à chacun des députés envoyés par 
les villes et les conventus, ou bien, parmi ces députés, l'assemblée en élisait-elle 
un certain nombre qui prenaient le titre de flamines provinciae? La question est 
assez douteuse. M. Hubner se range à la première des deux opinions, et l'on 
voit que les flamines sont pour lui les députés que chaque ville envoyait au con- 
cilium de Tarragone (concilium Tarragone consistens per flamines singulorum oppi- 
dorum, p. 340). Cette opinion est en effet le plus généralement adoptée ; je ferai 
remarquer pourtant que les choses ne se passaient pas ainsi dans la Bétique , et 
que les flamines y étaient non pas délégués par les villes, mais nommés par 
l'assemblée de la province (C. L L. 11, 2344, hic provinciae Baeticae consensu 
flaminis munus est consequvtus). C'est encore une question difficile à résoudre que 
de savoir quelle était la durée des fonctions des flamines de l'Espagne citérieure. 
M. Hùbner pense qu'ils étaient nommés à vie, comme \t flamen Dialis ou Quiri- 
nalis de Rome, et la raison principale qui le détermine à le croire c'est qu'on ne 
voit pas d'exemple, dans les inscriptions de Tarragone, de flamen nommé pour 
la seconde ou la troisième fois. Cette raison ne me semble pas suffisante. N'est- 
il pas possible en effet qu'à cause de l'importance de ces fonctions et pour y faire 
participer plus de monde on ait décidé qu'on ne pourrait pas les remplir deux 
fois? Si les fonctions des fl.amines duraient autant que leur vie, comment expli- 
quer cette inscription où il est question de flamines sortis de charge et auxquels 
des statues étaient élevés dans le temple (statuam inter flaminales viros positam, 
4248). Il est surprenant sans doute que cette expression de flaminales ne se 
retrouve pas plus souvent employée; mais n'est-il pas possible aussi qu'on se 
servit du mot flamen pour flaminalis , comme, il n'est guère douteux que seviri ne 
désigne quelquefois les sevirales? Une autre inscription qu'on pourrait interprêter 
contre l'opinion de M. Hùbner est celle où un personnage encore vivant de l'ile 
de Mahon dit qu'il a rempli les fonctions de duumvir dans son pays et de flamen 
de l'Espagne citérieure (i i viratn in insula functus etiam flaminatu provinciae, 371 1) 
ces mots semblent bien indiquer que dans ces deux fonctions il est sorti de 
charge. Je ferai remarquer aussi qu'ici encore les inscriptions de la Bétique sont 
plus explicites que celles de l'Espagne citérieure, et que, quoiqu'on n'y trouve 
pas non plus de flamen nommé pour la seconde ou la troisième fois , elles disent 



I J2 REVUE CRITIQUE 

positivement que cette dignité ne durait qu'un temps (consumpto honore flamoni, 
2121, peracto honore flamoni, 2 344). 

Ce n'est pas seulement au chef-lieu de la province que se célébrait le culte des 
empereurs, mais dans chaque ville de l'Espagne citérieure. Il semble seulement 
que ces cultes municipaux fussent moins régulièrement constitués que le culte 
provincial. On voit, par exemple que les noms des prêtres changent selon les 
villes. Valois prétendait que ceux des provinces portaient ordinairement le nom 
de sacerdotes, tandis qu'on appelait ^am/nw ceux des municipes. Je ne sais pour- 
quoi M. Kuhn attache quelque importance à cette distinction (Verfassung des R. 
R. I, p. 106). C'est plutôt le contraire qui est vrai. A l'exception des prêtres du 
temple de Lyon qui sont appelés sacerdotes, ceux des provinces portent généra- 
lement le nom de flamines. Ce nom est très- fréquent aussi pour désigner les 
prêtres municipaux, mais il y en a bien d'autres encore. En Espagne ils sont 
nommés \2iX[\b\ flamen Romae et divi Augusti, tantôt sacerdos divorum et Augustorum, 
tantôt pontufex Caesurum, tantôt pontifex domus Augustae, etc.; d'une ville à l'autre 
le changement est souvent complet : un personnage d'une ville de la Bétique 
s'intitule : pontifex sacrorum flamen divi Augusti (i 534), tandis qu'un autre, dans 
une ville voisine, prend le titre de : flamen sacrorum, pontifex domus Augustae 
(2105). Ce qui prouve qu'on n'attachait pas d'importance à ces variations, et 
que le sens différent qu'avaient à leur origine ces mots de flamen et de sacerdos 
s'était perduj c'est qu'on lit dans une inscription de Castulo : flaminicae sive sa- 
cerdoti municipi (3278). Ces changements de nom ne doivent donc pas nous sur- 
prendre; il n'y a d'embarras que pour expliquer certaines abréviations qui se 
trouvent dans les inscriptions de l'Espagne citérieure et de la Bétique et qui sont 
susceptibles d'interprétations diverses. M. Hùbner rencontrant ces mots FLAMEN 
AVG dans une inscription de Sagonthe (4028) dit pour les expliquer : non est 

FLAMEN AUGUSTI (dehchat enim esse divi augusti ) nec flamen augustalis 

{quod rarum est, atque ubi reperitur scribi solet omnibus luteris)sed flamen, augur. 
Assurément ces deux dignités se suivent souvent dans cet ordre et on lit dans Orelli 
n. ^ c)o 2--] 0-] flamini, auguri. Cependant les raisons que M. Hûbner donne de 
son opinion ne sont pas irréfutables. Il n'est pas certain q\i' Augustalis s'écrive 
toujours en toutes lettres, et il y a, par exemple, dans Orelli (664) une inscrip- 
tion où Germanicus est appelé flamen aug. ce qui veut dire flamen augustalis, 
prêtre du collège des sodales augustales. Quant à flamen augusti on pourrait très- 
bien aussi l'accepter en l'entendant non pas d'Auguste, mais de l'empereur vivant. 
M. Hùbner a été encore plus embarrassé pour les inscriptions d'Hispalis en 
Bétique où se trouvent ces mots : pontif. aug. qu'il explique dans le corps de 
l'ouvrage par pontifex, augur, et dans l'index par pontifex augusti. Cette dernière 
interprétation est évidemment la bonne, car on trouve dans une ville voisine 
(2342) pontifex augg., ce qui ne laisse aucun doute et doit s'entendre de deux 
empereurs vivants. 

Pour achever ce qui a rapport au culte impérial, il ne me reste à parler que 
des Augustales. Ils existaient en Espagne comme ailleurs, et ils y étaient organisés 
à peu près de la même façon. Les inscriptions de Tarragone présentent seules à 
ce sujet une particularité curieuse. Les Augustales y sont presque toujours mêlés 



d'histoire et de littérature. 1^5 

aux magisîri larum Augustorum •,lant6t les deux dignités de sévir et de magister y 
sont réunies dans le même personnage (4290-430?. sévir august. et magister), 
tantôt elles sont si bien confondues ensemble qu'elles paraissent n'en plus former 
qu'une (2495-2497, seviro mag. lar. aug.), ce qui parait d'abord confirmer 
l'opinion de M. Egger qui pense qu'elles avaient une origine commune et que les 
Augustales ne sont que les magistri larum augustorum transportés en province. 
M. Hùbner ne s'est pas prononcé sur cette opinion, mais il semble tenté de la 
partager. Je ne la crois pourtant pas exacte. Sans reprendre la série des exemples 
cités par M. Henzen et qui nous montrent les deux institutions existant ensemble, 
mais séparées, dans les mêmes villes, deux raisons m'empêchent de les confondre 
et même de croire qu'elles aient pu sortir l'une de l'autre, la première c'est 
qu'aussi haut qu'on remonte dans l'histoire des Augustales, dès l'an 26, c'est-à- 
dire 1 2 ans après la mort d'Auguste, leur organisation est toute différente de 
celle de magistri larum. Ils ont six dignitaires de leur collège, tandis qut les 
magistri ne sont qu'au nombre de quatre (Orelli, 4046). L'autre raison, c'est que 
l'adoration des Lares augusti ne parait pas tenir autant de place dans le culte des 
Augustales que dans celui des magistri. Ces motifs me font croire que la fusion 
qui s'accomplit à Tarragone entre les magistri larum augustorum et les Augustales 
ne fut qu'un accident, que les deux corporations ont pu s'y réunir par hasard, 
comme ailleurs les Augustales se sont unis aux Mercuriales, aux Herculanei, aux 
Martenses. Mais qu'en général elles étaient tout à fait distinctes et qu'elles ne 
procédaient pas l'une de l'autre. 

Voilà ce que les inscriptions publiées par M. Hùbner nous apprennent de l'insti- 
tution du culte impérial en Espagne. Je ne voudrais pas achever ces réflexions 
rapides sans dire que ce second volume du Corpus est terminé par un excellent 
index, chef-d'œuvre de patience et de soin, oii rien n'est omis et où tout est placé 
dans un ordre parfait. Les philologues, les historiens, les archéologues seraient 
vraiment ingrats s'ils ne remerciaient pas M. Hùbner d'avoir pris tant de peine 
pour leur en épargner. 

Gaston Boissier. 



41. — Aus F. H. Jacobi's Nachlass. Ungedruckte Briefe von und an Jacobi und 
Andere. Nebst ungedruckten Gedichten von Goethe und Lenz. Herausgegeben von Ru- 
dolf Zœppritz. Leipzig, Engeimann, 1869. 2 vol. in-8*, xij-369 et viij-524p. — 
Prix: 13 fr. 35. 

Ce recueil intéressant complète et rectifie les lettres de Fritz Jacobi, publiées 
soit par lui-même dans ses Œuvres complètes (vol. I et III), soit par Fr. de Roth 
dans la Correspondance choisie de Jacobi (1825 à 1827)'. Il les complète 
et les rectifie : le plus grand nombre en effet — neuf dixièmes au moins 
de toute la collection — est inédit; et celles qui avaient déjà été publiées, 

I. Voy. aussi de nombreuses lettres dans h Correspondance entre Gathe et Jacobi, publiée 
par Max Jacobi; dans le 2* vol. des Papiers de Herder édités par H. Dûntzer; dans le $• 
vol. du Hamann de Gildemeister ; dans la Correspondance de Jean-Paul; dans le Kleukerde 
Ratjen, le Wizenmann de Von der Goltz, le Boie de Weinhold; dans les Lettres de Merck 
(éd. Wagner); dans Vie et Corresp. litt. de Fichte; dans les Papiers de Knekl, etc. M. Z. 
aurait peut-être dû renvoyer à tou5 ces recueils. 



134 REVUE CRITIQUE 

l'avaient été avec des retranchements, souvent même avec des correc- 
tions et des remaniements regrettables dont Jacobi lui-même se rendit 
volontiers coupable ; car, sans précisément changer le sens de ce qu'il avait écrit 
primitivement, il en modifia souvent l'expression et même le ton général. 
M. Zœppritz dont on savait les patientes études et dont on attendait une biogra- 
phie du philosophe sentimental, a été empêché par les circonstances de tenir sa 
promesse. Il nous donne en attendant ces précieux documents dont le futur 
biographe de Jacobi, quel qu'il soit, ne pourra point se passer; à peu d'excep- 
tion près en effet, les lettres choisies — car c'est toujours un choix — ont de l'im- 
portance historique, bien que quelques-unes d'entres-elles eussent pu être retran- 
chées sans inconvénient. L'édition est faite avec le dernier soin; les notes bio- 
graphiques, bibliographiques et littéraires sont excellentes et complètes. On ne 
saurait assez remercier M. Zœppritz de ce travail et quand on pense que c'est 
d'Alexandrie d'Egypte qu'il a dirigé cette publication, que, loin de toute biblio- 
thèque, souvent arrêté par la maladie, il a pu donner un texte aussi correct, 
des commentaires aussi scrupuleusement exacts, on conçoit une sorte d'admira- 
tion attendrie pour tant de conscience , tant de conviction scientifiques ; et on 
prend la résolution de ne plus jamais se plaindre des difficultés qu'on rencontre 
quand on n'est séparé que par le Rhin de la source des informations. 

La première et de beaucoup la plus grande partie des documents publiés par 
M. Z. se compose de lettres de Jacobi ou de lettres adressées à lui (I, p. 1 5 à 
369 et II, I à 1 52), en tout 1 50 pièces. Elles comprennent toute la période de 
1777 à 1819, année de la mort de Jacobi et sont de l'intérêt le plus varié. 
Suivent (II, 1 53 à 171) dix lettres de la sœur de Jacobi qui fut, comme on 
sait, son alter ego, puis (II, 173 à 214) douze lettres de divers, enfin (II, 215 a 
260) seize lettres se rapportant à la conversion de Fritz Stolberg. L'appendice 
donne trois Gœtheana et huit Lenziana que l'éditeur a tous trouvés, à l'exception 
d'un seul, dans les papiers de Fr. H, Jacobi. 

A la prendre dans son ensemble, cette correspondance ne fait que confirmer 
tout ce que l'on savait déjà de Jacobi, l'homme et le philosophe; mais la figure 
et la physionomie de son temps y ressortent avec bien plus de relief que dans 
les publications précédentes. Nous y trouvons mille exemples de sa générosité 
bien connue, de sa libéralité sans exemple, de sa bonté de cœur; et chaque page 
dit que la personnalité de l'homme doit avoir été de celles auxquelles on ne 
résiste pas. C'est ce charme individuel qui explique seul l'immense rôle de cet 
homme qui, comme écrivain et comme penseur, n'occupe qu'une place tout à fait 
secondaire et n'est plus même lu aujourd'hui. Personne malheureusement n'avait 
plus que Jacobi les travers d'un temps et d'une direction d'esprit dont il est le 
représentant le plus fidèle. Cette sensiblerie qui nous paraît déjà un peu ridicule 
alors que tout le monde la partageait, et dont ce recueil nous donne de si nom- 
breux exemples, devient surtout pénible à partir de 1785 ou de 1790, alors que 
la jeunesse était passée et que l'esprit allemand lui aussi avait jeté sa gourme et 
était entré dans sa virilité. Quand on voit des hommes de cinquante ans qui 
commencent à se tutoyer le lendemain du jour où ils font connaissance ; quand 
on les voit pleurer ensemble sur les beaux sentiments, on ne peut s'empêcher de 



d'histoire et de littérature. 155 

secouer la tête. Ajoutez que Jacobi avait éminemment les défauts de ses qualités; 
très-délicat dans son sentiment moral, il était d'une susceptibilité extrême. Les 
deux volumes que nous avons sous les yeux en donnent des preuves nombreuses. 
Il « dénonce l'amitié » à Wieland à cause d'une critique dans le Mercure (I, 
p. 73); il conduit avec une animosité extrême sa polémique avec M. Mendels- 
sohn à propos du spinosisme de Lessing (voyez les n"" 17, 18, 20, 50, 36); il 
se fâche contre Herder à propos d'une critique de sa philosophie (II, p. 1 57), 
contre Schelling pour le même motif (II, 75); sa coterie— Hélène Jacobi, Pries 
et Nicolovius — renchérit encore sur lui, à propos des Xénies de Gœthe et de 
Schiller et du fameux article de Schlegel contre Jacobi (voy. entre autres, I, 186). 
Très-fier de sa scrupuleuse moralité, Jacobi se montre excessivement sévère, 
souvent dur pour autrui ; très-convaincu, il n'admet point les convictions des 
autres, comme ses lettres sur la conversion de Stolberg ne le prouvent que trop 
(II, 230-237). Très-pénétré de son propre mérite et d'ailleurs gâté par l'adula- 
tion de sa petite église (voy. surtout les lettres de Baggesen et entre autres I, 
190), il pousse souvent la vanité au delà des bornes permises; mais surtout, il 
n'est pas complètement libre d'envie. Les relations avec Gœthe en particulier en 
furent profondément troublées : une plaisanterie que le poète s'était permise avec 
le Woldemar de son ami et qui avait été rapportée à celui-ci, fut la cause appa- 
rente de la première rupture; au fond ce fut un mélange d'envie, d'impuissance 
de comprendre le poète, d'intolérance et surtout de rancune de s'en voir un peu 
abandonné, qui indisposa Jacobi et son cercle contre Gœthe (1, 40, 44). Très- 
vif dans ses affections, il est également vif dans ses colères et très-choqué quand 
on ne répond pas à ses ardeurs par les mêmes ardeurs. Cependant il revint plus 
tard de son injustice pour Gœthe (I, i67;II,9, 160), tout en conservant des notes 
aigres jusqu'au dernier jour (II, 44), notes peu bienveillantes, exagérées encore 
par sa sœur qui, à la façon des femmes, tourne tout au personnel (II, 169, 170). 
M. Zœppritz prend à plusieurs reprises parti contre Gœthe dans ses 
querelles (II, 169 à 297) avec ses amis; il le fait avec tact et modération et en 
réclamant pour le génie un code un peu différent de celui qui régit les simples 
mortels ; mais il ne semble pas voir bien clairement la vraie et la seule excuse 
de Gœthe : sa passion pour la vérité. Il lui était bien permis de ne vouloir point 
se lier intimement avec des personnes qui ne lui étaient pas sympathiques et qui 
se jetaient à sa tête, tout le monde en conviendra en France, bien qu'en Alle- 
magne on lui en fasse souvent un crime ; mais il avait aussi le droit, ce semble, 
de se séparer courtoisement, sans éclat, en conservant son estime et en gar- 
dant le souvenir, des amis dont les chemins s'étaient complètement séparés du 
sien. A l'époque de la sentimentalité allemande qui coïncida avec sa jeunesse, il 
ne pouvait pas ne pas se lier avec Jacobi ; mais c'eût été un mensonge s'il avait 
voulu encore à 40 ou 50 ans et alors que la période de la sensiblerie était passée 
pour lui et pour son pays, continuer à pleurer, rêver, s'enthousiasmer avec le 
tendre Jacobi. Il l'évita donc et il en avait bien le droit, je dirais plus il en avait 
le devoir : car il aurait inutilement blessé Jacobi qui ne comprenait que lui-même, 
en lui montrant un Gœthe qui pariait une autre langue, une nouvelle et une 
meilleure langue ; il aurait manqué de dignité en simulant des sentiments qu'il 



136 REVUE CRITIQUE 

n'éprouvait plus. Ne serait-ce pas à Jacobi que Gœthe a fait allusion dans ce 
passage de Poésie et Vérité (livre XVIII) que M. Zœppritz aurait dû se rappeler 
avant de relever cette tache dans le caractère du poète : « En ce temps là on 
» s'était fait des idées assez étranges sur l'amitié et l'affection. Au fond ce n'était 
» qu'effusion de jeunesse. Des talents encore peu- développés,, des carac- 
» tères non cultivés, se plaisaient à se dévoiler sans restriction avec une expan- 
» sion réciproque. Ces rapports qui en effet avaient un faux air de confiance, 
» on les prenait pour de l'amitié, pour une vraie affection. Je m'y trompai aussi 
» bien que les autres et j'en ai souffert bien des années et de plus d'une 
» manière. » 

A côté de la personne de Jacobi, d'autres hommes éminents de l'époque appa- 
raissent dans ces lettres. Wieland s'y montre, comme partout, la bonté, l'ama- 
bilité en personne, et touchant par sa grande et sincère puissance d'admiration : 
on est enchanté aussi de voir qu'il sait se mettre en colère au besoin, même avec 
sa vieille amie, Sophie de la Roche (n» 161); les lettres de Lavater sont très- 
intéressantes, quelques-unes très-belles malgré leur étrangeté; l'une d'elles con- 
tient en une page tout son curieux système philosophique (I, 96). On trouvera 
une lettre célèbre, mais incomplètement connue jusqu'ici de Schleiermacher à 
Jacobi, et cette lettre met bien dans son jour la différence des deux natures et 
des deux philosophies qu'on a souvent cru pouvoir rapprocher. Une très-belle 
lettre de Herder sur la conversion de Fr. Stolberg (II. 233); une admirable 
lettre de Lessing à Élise Reimarus (M. Zœppritz l'appelle avec raison « la perle 
» de son recueil ») où il se défend noblement et finement contre les calomnies 
qui couraient sur ses relations avec sa belle-fille; une lettre de Betty Jacobi (la 
femme de Fritz Jacobi) sur les derniers moments de Lessing sont autant de docu- 
ments très-importants, Bettina Brentano est représentée par une lettre ravis- 
sante, quoi qu'un peu exaltée comme tout ce qu'elle écrivait. G. de Brinckmann 
que l'on connaissait déjà si avantageusement par la correspondance de Rahel, 
gagne singulièrement par les lettres de cette nouvelle collection (j'en recommande 
une, le n" 83, sur la Marie Stuart de Schiller, et une autre le n"^6 sur le roman- 
tisme). M'"^ de Staël nous introduit dans une atmosphère toute différente avec 
ses lettres pétillantes d'esprit et remplies de la préoccupation d'apprendre pour 
pouvoir enseigner, interrogeant et étudiant sa matière vivante, absolument 
comme si elle ne vivait pas, et ne songeant qu'à prendre des /zo/w. (Disons entre 
parenthèses que Jacobi écrit, comme presque tous les hommes de cette généra- 
tion, le français avec une très-grande facilité.) Jean Paul se montre bizarre et 
décousu comme dans ses romans; on apprend que Fichte eut plus de tort que 
l'on n'avait cru jusqu'ici dans son affaire d'Iéna (I, 212 à 223); Guillaume de 
Humboldt écrit une lettre fort intéressante sur Paris, la vie parisienne et M""'de 
Staël; Schlosser, le beau-frère de Goethe, envoie des descriptions tout aussi 
curieuses de Vienne à sa seconde femme, tante de Jacobi. Notons aussi en passant 
deux lettres, très-intéressantes du comte Reinhard à K. H. Jacobi (II, p. 200 à 
207). Cet Allemand, naturalisé Français, qui fut anobli par Napoléon et devint 
ambassadeur sous la Restauration est une des figures les plus sympathiques et les 
plus caractéristiques de ce temps des grands bouleversements. Pourtant les plus 



d'histoire et de littérature. IJ7 

belles lettres de la collection sont à mon avis celle de Fr. Jacobs qui s'était inti- 
mement lié avec Jacobi à Munich et qui avait souflFert avec lui les persécutions 
des patriotes bavarois: il y a là tant de simplicité et d'élégance, un enthousiasme 
et un patriotisme si sincères et si communicatifs, mais surtout un esprit hellénique 
si charmant, qu'on en éprouve l'impression la plus bienfaisante. 

Jacobs est presque le seul correspoadant qui parle politique et qui ose se plaindre 
de la misère de l'Allem.agne d'alors : ce qu'il en dit est on ne peut plus éloquent en 
sa simplicité. Sans doute, Jacobi lui-même s'intéressait vivement à l'histoire con- 
temporaine, mais il est trop homme de parti, trop aveuglément prévenu contre la 
France et la Révolution française qui choquait son quiétisme sentimental et son 
épicurisme philosophique , pour que nous puissions voir en ses jugements l'ex- 
pression réelle des sentiments de l'Allemagne (voy. I, 169, 503, ?o6). Il en 
est de même de sa sœur et de ses amis intimes (II, 162, 163, 167, 187; I, 230). 
Par contre, il y a là une lettre d'un inconnu à Jacobi, datée de 1 803, qui montre 
mieux que ne le pourrait la meilleure page d'histoire, tout le découragement résigné 
qui à cette époque si cruelle pour l'Allemagne s'était emparé de toutes les âmes 
indépendantes et élevées. La correspondance de Fries (surtout II, 1 34) et celle 
de Jacobs (II, 55 à 71, 113 à 117, 207 à 214), rapprochée des lettres de Jacobi 
à Voss (II, 39 à 5 5), nous font assister à tout un chapitre mal connu et on ne 
peut plus curieux de l'histoire allemande. A voir tout ce que les savants et les 
poètes du Nord de l'Allemagne que le roi de Bavière avait réunis à Munich de 
1806 à 1820 environ, eurent à souffrir du patriotisme des Bavarois, à lire toutes 
ces intrigues organisées par le baron d'Aretin, intrigues qui allèrent jusqu'à faire 
partir Jacobs et jusqu'à tenter un assassinat sur Thiersch, on se croit transporté à 
quarante ans en avant, à cette époque où un autre roi de Bavière essaya d'accli- 
mater dans la vieille Bavière la science de l'Allemagne du Nord et où les étrangers 

— on nomme ainsi à Munich jusqu'aux Bavarois de Nuremberg et d'Augsbourg 

— eurent tant à souffrir de ce qu'on est convenu d'appeler euphémiqueraent le 
nativisme bavarois. Ces curieuses lettres expliquent à merveille l'histoire présente 
du royaume et les difficultés avec lesquelles tous les rois de Bavière qui enten- 
daient et entendent le patriotisme autrement que les enfants de Munich ont eu 
et ont à lutter. 

S'il faut porter un jugement d'ensemble sur cette correspondance, il ne pourra 
être que sévère : elle est sans doute instructive au point de vue historique ; quant 
à la valeur intrinsèque, elle est presque nulle. Quelle pauvreté quand on compare 
ces épancheraents à ceux du cercle de Weimar, ou à ceux de Rahel et de son 
entourage! cela manque de vérité; cela sent l'arrangement; cette métaphysique 
de mots et de sentiments qui s'y étale si longuement, ne compense que bien fai- 
blement le manque d'observation psychologique ; et les constantes préoccupations 
de vanité troublent même trop la vue de Jacobi et de ses fidèles, pour qu'elle 
reflète toujours exactement la vie contemporaine. 

Le recueil de lettres de divers sur l'affaire de la conversion de Fr. Stolberg 
(II, 215 a 260), dont il faut rapprocher des lettres écrites à propos de la con- 
version de Fr. Schlegel (II, 201 à 203), nous donne un dossier excellent, minu- 
tieux sur cette affaire qui fit tant de bruit. Ce n'est que maintenant à vrai dire 



I j8 REVUE CRITIQUE 

qu'on en peut bien instruire le procès et il faut convenir que si Jacobi sort 
amoindri, Fr. Stolberg qu'il était de tradition de condamner sans appel, sort 
très-agrandi de cette enquête authentique. Quant à l'indiscrétion avec laquelle 
cette génération traitait des affaires aussi délicates, elle dépasse tout ce qu'on 
peut imaginer (voy. surtout la lettre de Stolberg sur son second mariage au len- 
demain de la mort de sa première femme, }, 1 30). On ne se gênait même pas 
pour faire copier et circuler ces épanchements les plus intimes ; Lavater surtout 
excellait dans ce genre de naïve indiscrétion (voy. I, 141 et suiv.). 

Les Gœtheana se composent d'une lettre insignifiante de Gœthe à Hélène 
Jacobi, déjà connue d'ailleurs, d'une farce dramatique comme Gœthe aimait à les 
improviser dans sa jeunesse pour l'amusement de sa joyeuse et bruyante société ; 
enfin l'Appendice aux joies du jeune Werther. Celui-ci était déjà imprimé, mais ne 
se trouvait pas dans le commerce et il faut savoir gré à M. Zœppritz de l'avoir 
donné. C'est la conclusion ou plutôt la suite satirique des Joies du jeune Wer- 
ther, de Nicolaï. Ces deux plaisanteries sont charmantes et fort amusantes. 

Le volume se termine par des Lenziana, au nombre de huit, dont quelques- 
uns déjà connus. Ils ont bien peu de mérite quoi qu'en dise M. Zœppritz qui 
semble avoir accepté la singulière tâche de se faire, à la suite de MM. Dorer- 
Egloff et Gruppe, l'avocat de ce talent maladif et de ce caractère peu sympathique. 
L'introduction à ces morceaux aborde divers problèmes de la vie de Lenz sans 
en résoudre aucun. Il faut évidemment attendre la biographie de Lenz depuis 
longtemps promise par M. Jegor de Sievers, avant de pouvoir se prononcer en 
toute connaissance de cause sur le rival malheureux de Gœthe. L'avant dernier 
des poèmes publiés par M. Zœppritz (à Séraphine, II, p. 312) est un document 
très-important. S'il a été écrit — ce dont nous doutons un peu — dans les cir- 
constances que suppose M. Zœppritz (il, p. 294 et 295), il nous donne évi- 
demment la source du Torquato Tasso de Gœthe, dont le sujet ne serait alors 
que la reproduction exacte de la réalité. Comment M. Zœppritz n'en a-t-il pas 
été frappé ? Cela nous ferait pénétrer fort avant dans le procédé de création 
poétique de Gœthe et nous semblerait très-important à cet égard. 

On voit qu'en somme ces deux volumes offrent des contributions — pour parler 
à l'allemande — très-précieuses à l'histoire littéraire de la fin du siècle dernier. 

K. H. 



42. — Tableaux de la Révolution française, publiés sur les papiers inédits du 
département de la police secrète de Paris par Adolphe Schmidt, professeur d'histoire 
à l'Université d'Iéna. Tome II. Leipzig, Veit et Comp. 1869. In-8', 558 p. — Prix : 
10 fr. 75. 

La Revue critique a rendu compte de la première partie de cette publication 
dans son n" du 27 juillet 1867. Ce renvoi nous dispensera de revenir sur 
certaines observations déjà faites. Nous nous contenterons de présenter une 
analyse des divisions du volume qui vient de paraître, de donner par quelques 
citations, une idée exacte de l'importance et de l'intérêt des documents qu'il 
renferme, et d'adresser en terminant quelques critiques de détail à l'éditeur. 

Le premier volume comprenait deux parties et nous conduisait jusqu'à la chute 



d'histoire et de littérature. 159 

des Girondins (2 juin i79J)- Celui-ci renferme cinq grandes divisions indiquées 
par les grands événements politiques survenus depuis le triomphe de la Mon- 
tagne jusqu'à l'installation du Directoire exécutif. Voici ces divisions : 

Troisième partie : Les derniers temps du ministère de Garât (juin-août 179?), 
p. I à 99. 

Quatrième partie : Le règne de la' Terreur (août 1793-juillet I794)> P- 99" 
221. 

Cinquième partie : La réaction thermidorienne et ses suites (juillet 1 794-mai 

1795), p. 221-Î39. 

Sixième partie : La fin de la Convention (mai-octobre I790> P- 3Î9-4ÎS- 

Septième partie : Le début du Directoire exécutif (novembre et décembre i790> 
p. 435-558. 

Chacun de ces ensembles est subdivisé en un certain nombre de chapitres 
dans lesquels l'auteur a groupé sous une rubrique générale les pièces se rappor- 
tant tantôt à une même affaire, tantôt à une même date. 

Ainsi la troisième partie comprend quatre chapitres : 

1. Rapports des observateurs Dutard, Perrière, Julian et Latour-Lamontagne 
du 5 au 25 juin, p. 3-91. 
* IL Affaires du Mans et du département delà Sarthe, p. 91-95. 

IIL Tableaux de Paris du 28 juillet, p. 95-96. 

IV. Orléans-Égalité. Lettres interceptées, p. 96-99. 

Cette subdivision et ces titres ne présentent pas les avantages que l'auteur 
semble avoir recherchés. Ils manquent de clarté et sont tout à fait insuffisants 
pour nous édifier sur le contenu des documents; M. S. aurait mieux fait de s^en 
tenir simplement à l'ordre chronologique qu'il suit quelquefois. Ainsi les chapitres 
de la sixième partie portent les rubriques suivantes : I. Le premier prairial, l'en- 
vahissement de la Convention et ses suites, Tableau de prairial an III. — IL 
Tableau de messidor an III. — III. Tableau de thermidor an III. — IV. Tableau 
de fructidor an III. — V. Les jours complémentaires de l'an MI. — VI. L'in- 
surrection du 1 3 vendémiaire an IV et la clôture de la Convention. 

Ce classement est simple, clair, commode; l'auteur aurait dû adopter exclu- 
sivement cette méthode qu'il suit d'ailleurs la plupart du temps.' 

Depuis que la Révolution française est devenue l'objet de tant de travaux, on 
a publié peu de documents aussi importants que ceux que nous avons sous les 
yeux. Ils n'ont pas comme les pièces officielles un caractère authentique; ils 
n'offrent pas non plus, comme les articles de journaux ou les mémoires contem- 
porains, ces réticences, ces apprêts, ces détours qui peuvent présenter le même 
fait sous les aspects les plus différents sans que l'auteur puisse être convaincu de 
mensonge ; mais ils n'en ont à nos yeux que plus de saveur et de prix. Ces 
rapports de police rédigés par des hommes d'un esprit ordinaire envoyés dans 
la masse du peuple pour sonder ses sentiments et en rendre compte, offrent un 
miroir fidèle de l'état des esprits à Paris, Ils sont rédigés jour par jour, sous 
l'influence même des événements, des conversations tenues quelques heures 
auparavant. L'auteur n'a pas le temps de corriger son rapport, d'atténuer la 
vivacité de sa première impression; il sait d'ailleurs que les lignes qu'il écrit né 



14° REVUE CRITIQUE 

seront vues que du ministre ou d'un très-petit nombre d'employés, et la première 
qualité qu'on lui demande, après l'activité, c'est la sincérité. Voilà ce qui rend 
ces rapports si précieux pour nous; voilà les circonstances qui leur donnent un 
caractère de franchise et de vie qu'on ne rencontre que très-rarement dans les 
autres relations, officielles ou non, des événements de l'époque. Vraiment, il 
faut l'avouer devant de semblables documents, il serait fâcheux pour l'historien 
que la police n'existât pas. 

Nous avons insisté déjà sur la persistance du sentiment religieux dans le vrai 
peuple, le peuple des Halles et des faubourgs jusqu'au milieu de l'année 1793, 
les rapports des observateurs de Garât pendant le mois de juin nous en fourni- 
raient encore plus d'une preuve ; mais le fait est établi , il serait oiseux d'y 
insister. 

Le point le plus saillant dans presque tous les rapports, celui qui reste en 
permanence à l'ordre du jour, qui revient à chaque ligne comme un perpétuel 
refrain, c'est la question des subsistances. 

C'est toujours le grand problème et la grande préoccupation dans les moments 
de crise d'assurer la subsistance d'une ville aussi populeuse que Paris pendant 
des mois et des années. Les autres questions peuvent être éloignées ou définiti- 
vement résolues, celle-là renaît chaque jour plus impérieuse et plus menaçante. 
C'est la question du pain qu'on invoque toujours comme motif ou comme pré- 
texte de toutes les insurrections populaires, aux derniers jours comme aux pre- 
mières journées de la Révolution, c'est en criant : du pain ! que les femmes de 
la Halle partent pour Versailles le 5 octobre 1793, c'est le même mot qui sert de 
cri de railliement aux faubourgs qui envahissent la Convention dans la journée 
du I" prairial. 

Les documents précis sur cette question ont donc un intérêt exceptionnel ; les 
observateurs de police n'auraient garde d'omettre ce point important; leurs 
rapports abondent en notes curieuses sur le prix des denrées, sur les craintes du 
peuple, suivies rapidement d'une sécurité complète. On peut suivre mois par 
mois et presque jour par jour, le renchérissement du pain et de la viande. 

Des épisodes caractéristiques viennent de temps en temps, mieux encore que 
les chiffres, donner l'explication des émotions populaires et des perpétuelles 
inquiétudes du gouvernement. En juin 1793, les bouchers vendent la viande de 
veau 22 sous; mais un jour ils ne s'entendent pas avec les éleveurs qui amènent 
le bétail au marché et un veau dépecé et vendu directement aux consommateurs 
sur le pont de la Tournelle revient à 8 ou 9 sous la livre. Il n'en faut pas 
davantage pour répandre une grande émotion dans tout Paris, pour rendre les 
bouchers suspects d'agiotage et d'accaparement ; on sait où menait alors une 
pareille accusation. 

Ce sont ensuite de continuelles paniques : le pain a été arrêté aux portes de 
Paris! Les communes suburbaines meurent de faim. Il n'y a plus de provisions 
que pour deux jours dans les greniers ! Et des queues tumultueuses de se former 
à la porte des bouchers et des boulangers, répandant partout l'inquiétude et 
l'appréhension de la famine. Voilà cependant comment Paris vécut pendant plu- 
sieurs années consécutives ! Que de violences, d'excès et de fautes, cette perpé- 



d'histoire et de littérature. 141 

tuelle obsession doit faire excuser ! Mais ces renseignements généraux ne vous 
suffisent pas; vous voulez des chiffres? les rapports de police vous donneront 
presque jour par jour le prix du beurre, du pain, de la viande, du bois et du 
charbon pendant les premiers mois de l'an III ; il est regrettable que ces rensei- 
gnements précis ne commencent pas à une époque antérieure. 

Voyez un article détaillé sur les causes du renchérissement des farines p. 106- 
108. Les rapports apprennent que le 28 brumaire an III, le beurre coûte 52 s. 
la livre, les œufs 22 fr. le cent et la viande 20 à 26 s. la livre (p. 245); le 2 
frimaire, quelques jours après seulement, le beurre atteint 3 1. 5 s. à 3 1. 10 s. 
et le 2 pluviôse un cotret de bois se vend 20 s., un boisseau de charbon 50 s. 
et la livre de viande j 5 à 40 s. ; ainsi en quelques mois la viande double presque 
de prix. 

La question des subsistances n'est pas la seule qui reçoive de la publication 
de M. S. de précieux éclaircissements. Nous citerons plusieurs passages relatifs 
à des sujets très-différents pour bien montrer la variété et l'importance des faits 
contenus dans ces documents. Sans insister longuement sur la persistance du 
sentiment religieux dans les masses, nous ajouterons aux preuves que nous avons 
données dans un précédent article les passages suivants qui nous ont paru parti- 
culièrement remarquables : 

« Hier en passant aux Halles, j'ai vu dans l'une des petites rues transversales, celle où 
» l'on vend des pommes de terre, un prêtre qui portait le viatique à un pauvre homme... 
» Tout le monde, de très-loin, s'est prosterné à genoux; je me suis agenouillé comme les 
» autres. Ces pauvres gens, malgré la philosophie et l'intrigue, maintiendront leur bon 
» Dieu et leur liberté. » Dutard, 17 juin, p. 65. 

« Dans un village aux portes de Paris, à Nanterre, le fanatisme et la superstition sont 
> encore si grands que, pour obtenir promptement la fin de la guerre, on a comblé la 
» Vierge de présents; elle est chargée de rubans tricolores pour plus de 12 cents livres. » 
Dugasse, 28 juillet 1793, p. 95. 

Faut-il après cela admettre sans réserve la déclaration suivante , insérée dans 
un rapport postérieur ? A propos d'une comédie donnée au théâtre de la cité , un 
agent dit : « Cet applaudissement prouvait que le peuple est totalement désabusé 
» de la superstition. » 28 ventôse an II (18 mars 1794), p. 166. 

La dépréciation des assignats , la rareté et le renchérissement du numéraire 
causèrent de graves embarras à l'Assemblée et furent l'objet de nombreuses 
mesures. On trouve dans les rapports des observateurs de fréquentes allusions à 
cette question financière. 

« Un écueil bien dangereux, c'est celui que nous fait craindre le peu de confiance qu'ont 

• les marchands, ainsi que les autres classes du peuple, au papier-monnaie qui porte le 
» type de la République. Tous donnent une préférence bien marquée aux corsets , aux 
» billets de 50 et de 100 livres qui portent la figure du traître Louis; c'est un fanatisme 

• monétaire qu'il sera bien difficile de guérir. On ne voit plus absolument de billets de 
» 100 sous. » Dutard, 17 juin, p. 61. 

« On a vu vendre cent écus en argent pour 1000 livres en assignats. » 24 frim. an III, 
p. 252. 

Les rapports nous avaient précédemment indiqué les causes de la faveur de 
Marat; les pièces aujourd'hui publiées ne contiennent presque rien sur son assas- 
sinat et sur l'effet qu'il produisit dans l'esprit du peuple. Il existe pour cette 
époque une lacune regrettable. Mais un peu plus fard nous voyons peu à peu 



142 REVUE CRITIQUE 

poindre la réaction. Elle commence aussitôt après la chute d'Hébert et de la 
commune, se traduit d'abord par des insinuations perfides; le prestige de l'idole 
du peuple disparaît jour par jour. Enfin ses adversaires lèvent la tète et quelques 
mois après thermidor une main inconnue renverse le buste de l'Ami du peuple 
dans un théâtre; cet exemple, attendu comme un signal, est immédiatement suivi 
partout ; on connaît les noms de ces réactionnaires, et leur impunité prouve la 
révolution qui s'est opérée dans l'esprit public. 

« Sa table (à Marat), quoiqu'on ait vanté sa frugalité, était tous les jours splendide- 
» ment servie, et elle n'était jamais de moins de 8 couverts ; et on a vu celle qui se disait 
» sa femme achetef très-cher des objets de luxe, tant pour sa table, tant pour d'autres 
» usages. » (18 mars 1794), p. 166. 

Le 18 mars, on le sait, la commune est vaincue dans la personne d'Hébert. 
Mais il faut attendre encore près d'un an la conséquence de cette première 
attaque. Le 1 5 pluviôse an HI on commence à briser publiquement les bustes de 
Marat et de Chalier dans les théâtres (p. 277). Martinville était l'exécuteur ordi- 
naire de ces manifestations « celui qui paraît chargé de cette mission, « dit le 
rapport du 16 pluviôse « se nomme Martinville; il a la réputation d'avoir abattu 
» le buste de Marat dans différents théâtres. » 

Le 20 pluv. Marat est traité « d'idole hideuse » et on propose publiquement 
de le « dépanthéoniser » (p. 282). 

A cette époque d'ailleurs la réaction triomphe ouvertement. Les violences et 
les excès de la jeunesse dorée sont peut-être un des points sur lesquels les rapports 
reviennent avec le plus d'insistance et qu'ils nous peignent sous les plus vives 
couleurs. Déjà quelques mois avant l'exécution publique de l'Ami du peuple, un 
agent écrivait : « Il suffit d'avoir l'air jacobin pour être apostrophé, insulté et 
» même battu » 22 brum. an III, p. 244. 

Comment une bande de quelques hommes ouvertement hostiles à la Conven- 
tion et à l'esprit <Je la Révolution a-t-elle pu dicter ses lois à un public évidem- 
ment favorable au nouvel ordre de choses ? Plusieurs passages nous donnent 
l'explication de cette étrange tyrannie. La force de la jeunesse dorée, comme 
autrefois celle des Jacobins, provient surtout de la lâcheté ou de l'indifférence des 
masses; voici d'ailleurs à ce sujet quelques passages significatifs : 

« On y distingue (dans la banlieue de Paris) là comme ailleurs, que ceux qui ont quel- 
» que chose pensent mûrement, et ceux qui n'ont rien sont très-enragés. » Dutard, 1$ juin 

93, P-. 54- , . . . . 

« Si vous parvenez à reunir sur cinquante mille modérantisés seulement 3000, je serai 
» bien étonné; et si sous ces trois mille il s'en trouve seulement cinq cents qui soient 
» d'accord et assez courageux pour énoncer leur opinion , je serai plus étonne encore. 
» Ceux-là par exemple doivent s'attendre d'être septembrisés. » Dutard, 18 juin, p. 70. 

« Que ferait la majorité même des sections, lorsqu'il est prouvé que 12 fous bien 

B en fureur, à la tête de la section sans culotière, feraient fuir les autres 47 sections de 
» Paris.? » Dutard, 21 juin, p. 81. 

Ne semble-t-il pas qu'en ces quelques mots le judicieux Dutard a déterminé 
la cause de toutes les révolutions passées et futures ? 

Pour en revenir à un ordre d'idées moins sombres, nous citerons la réflexion 
d'un observateur sur la liberté de la presse. On a rarement déterminé d'une 
manière plus forte et plus juste l'étendue et les limites du droit de l'écrivain : 



d'histoire et de littérature. I4J 

« Finissez enfin tout ce bavardage sur la liberté de la presse! Écrire est un métier 
» comme un autre; l'écrivain qui me tuera de sa plume, sera puni comme le forgeron qui 
» m'assommera de son marteau; mais dans Fun et l'autre cas, il faut que l'acte soit positif 
n et déterminé; car en courant après les intentions d'un homme, on peut en avoir pour 
» le moins d'aussi mauvaises que lui. » Perrières, i8 juin 93, p. 74. 

Voici sur l'esprit public un autre passage qui nous paraît digne d'être cité : 

« L'esprit public a besoin d'aliment Les sans-culottes demandent un journal qui les 

» remette à l'ordre du jour. Ces bons ouvriers après leur travail courent les places 
» publiques pour avoir des nouvelles , cherchent parmi les affiches de quoi fortifier leur 
» républicanisme, mais ils n'y trouvent que des poisons, du feuillantisme, ou de l'aristo- 
» cratie, et plus d'une fois j'ai été témoin de leur mécontentement. Je les ai entendus 
» murmurer et dire : < Pour quoi donc ne nous donne-t-on point un journal? » Donc il 
» en faut un et tout de suite. » Julian de Carentan, 12 juin 1793, p. 32. 

Plus tard quand la réaction commeace à poursuivre de ses vengeances ses 
anciens persécuteurs ; nous voyons apparaître ses doctrines intolérantes dans les 
rapports des observateurs : « En général, » dit l'un d'eux, « on reconnaît que 
» la multiplicité des journaux, sous toutes sortes de dénonciations (dénomina- 
» tions.'') alimente la discorde et propage les dissensions. » 13 nivôse an III, 
p. 258. 

Un rapport de Perrière du 14 septembre 1793 (p. 120), semble indiquer que 
certains agents de la police avaient été chargés de faire évader les députés Giron- 
dins poursuivis par la Montagne et se vantaient publiquement de cette mission. 
Cette révélation toute nouvelle présente comme le fait observer l'éditeur, un réel 
intérêt. Mais peut-on l'admettre sans réserve? Cette déclaration anonyme a 
besoin d'un contrôle; mais tout en l'estimant ce qu'elle vaut, elle n'en demeure 
pas moins fort remarquable. 

Le passage suivant nous fait assister à ces accusations reposant sur les preuves 
les plus futiles et pouvant entraîner les plus terribles conséquences : 

w II circule un rapport de Saint-Just sur les factions de l'étranger, qui fourmille de 
» fautes d'impression ; il n'est pas une page qui n'en renferme. Est-ce la malveillance ou 
» l'ignorance qui rend ainsi ridicule un rapport qui doit faire trembler tous nos enne- 
» mis? » (21 mars 1794), p. 175. 

Voici un simple détail sur les effets de l'explosion de la poudrière de Grenelle 
qui donne une idée de l'impression que ce désastre dut produire dans tout Paris. 
A une époque ou les esprits accueillaient si facilement les bruits de trahison, on 
peut imaginer l'inquiétude répandue par une catastrophe qui étendit à une 
pareille distance ses ravages : 

« La maison d'arrêt du Luxembourg a éprouvé par l'explosion une secousse si violente 
» Que les carreaux de la galerie de Rubens ont été entièrement fracassés, et que les portes 
» des prisons se sont ouvertes, b i 5 fruct. an II (p. 230). 

Il n'y eut qu'une voix sur le décret qui portait à trente-six livres le traitement 
des députés qui jusque-là n'avait été que de la moitié : 
Ce décret est rendu le 23 nivôse; dès le lendemain, on lit dans les rapports : 

« Le décret rendu hier concernant l'augmentation du traitement des députés a échauffé 
» toutes les têtes. » 24 nivôse an III, p. 261. 

«Le public est très-mécontent du décret relatif à l'augmentation du traitement des 
B députés. On dit qu'il est abominable qu'ils cherchent leurs intérêts personnels de préfé- 
» rence à l'intérêt général, qu'ils ne sont bons que pour aller dîner avec 2 ou 3 femmes 



144 REVUE CRITIQUE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE. 

» rue des Bons-Enfants, dépenser 3 ou 400 livres ; on dit aussi que la plupart des députés 
» sont mariés avec des femmes d'émigrés et que leurs bourses sont toujours remplies d'or 
» et d'argent. En général le peuple murmure beaucoup » 24 nivôse an III, p. 262. 

Le jour suivant l'émotion causée par le décret du 23 n'est pas encore calmée. 
Le rapport débute ainsi : 

a 2^ nivôse an IIL Le décret qui porte à 36 liv. par jour le traitement des représen- 
» tants du peuple, occasionne toujours la plus grande fermentation; les murmures à cet 
» égard sont à leur comble, et l'on accuse hautement les membres de la Convention de ne 
» penser qu'à leur intérêt particulier, et du tout à ceux du peuple, qui souffre depuis si 
» longtemps, et surtout dans les départements où la livre de pam se paye plus de 10 s. » 
p. 262. 

Il en est encore question le 1 1 pluviôse suivant, p. 275. 

Nous avons multiplié les citations pour mieux donner au lecteur une idée de 
l'intérêt et l'importance ^es documents contenus dans ce volume. Nous avons 
pensé que c'était le meilleur moyen de le mettre à même d'apprécier une publi- 
cation de cette nature. Le rôle de l'éditeur s'est borné à copier les pièces, à les 
mettre en ordre et à les accompagner de courtes explications pour remplir les 
lacunes et préparer les transitions. M. S. a compris que ces documents 
n^avaient besoin ni de commentaires, ni de notes. Il a su garder une 
stricte impartialité ; sauf dans une seule circonstance, et son animosité contre 
Robespierre, puisée surtout dans les vieilles accusations du rapport de Courtois, 
se trahit dans le titre même du chapitre consacré aux derniers jours de sa vie : 
« Robespierre dans son bureau, soignant le salut public. » Est-ce une plaisan- 
terie ? Elle serait d'un goût douteux. Nous ne comprenons pas bien non plus 
l'observation qui accompagne une note marginale de Robespierre. « Envoler 
» (sic!') extrait à la commission de commerce et approvisionnemens. » Pourquoi 
ce sic! Est-ce à cause de 1'/ d'envoier, M. S. se montre étrangement rigoureux; 
il aurait mieux fait de ne pas attirer par un purisme excessif l'attention sur son 
style qui affecte parfois de singulières tournures, ainsi p. 141 « ces deux écrits 
» que l'anxiété du Moniteur a voulu traduire à l'oubli, ont évidemment servi de 
» préférence à préparer et à accélérer la chute d'Hébert » et plus loin à propos 
de Cécile Regnault (p. 203): « Son arrestation causa le bruit d'un nouvel 
» attentat avorté. » Sans admettre les conclusions que M. S. semble vouloir 
déduire du rapport et des pièces adressées à Robespierre et annotées de sa 
main, ces documents nous ont paru particulièrement curieux. Ils révèlent l'in- 
cessante activité de l'homme, sa préoccupation des moindres détails et donnent 
une idée de l'immense travail qui a rempli sa carrière politique. 

N'y aurait-il pas une faute de lecture dans cette phrase : « Défions-nous de 
» ces bonnets à poil, de ces penîations et carmagnoles » (p. 142). 

Lors de la publication du premier volume nous avions exprimé le regret que 
l'éditeur n'eût pas soigneusement indiqué à la suite de chaque pièce , la cote 
qu'elle porte au dépôt des archives nationales. M. S. n'a pas tenu compte de 
cette observation; nous le regrettons vivement à plus d'un égard. 

J.-J. GUIFFREY. 

Nogent-le-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur. 



blicae Raczynscianae, jussu magistratus 
in lucem editus. In-8', iij-yjS p. Posen 
(Jagielski). lo fr. 7$ 

Chevalier (C.-U.-J.)- Notice analjrtique 
sur le cartulaire d'Aimon de Chissé aux 
archives de i'évêché de Grenoble, avec 
notes, table et pièces inédites. In-8*, 96 p. 
Colmar (imp. Hoffmann). 

Collection des livrets des anciennes expo- j 
silions depuis 1673 jusqu'en 1800. 14, 
ij, 16, 17. Salons de 1748, 1750, 1751, 
175 j. 4 vol. In-8', 134 p. Paris (Liep- 
mannssohn et Dufour). 

Couret (A.). De sancti Damasi summi 
apud christianos pontiflcis carminibus. 
In-8*, 79 p. Grenoble (imp. Allier père 
et fils). 

Denkschriften der kaiserlischen Acadé- 
mie der Wissenschaften. Philosophisch- 
historische Classe. 16. Bd. In-4', xij- 
414 p. m. eingedr. Holzschn. 2 Tab. u. 
chromolith. Karte in gr. 4. u. fol. Wien 
(Gerold's Sohn). 32 fr. 

Desjardiiis(A.). Les moralistes fi-ançais 
du XVI* siècle. In-8*, 554 p. Paris (Di- 
dier et G*). 7 fr- jo 

Diez (F.). Etymologisches Wœrterbuch 
der romanischen Sprachen. 3. verb. u. 
verm. Ausg. In-8*, I. Thl. xxxij-451 
p. Bonn (Marcus). 18 fr. 

Ditscheiner (J. A.). Grammatisch-ortho- 
graphisch - stilistisches Handwœrterbuch 
der deutschen Sprache m. besond. Rùch- 
sicht auf die Beugg., Fiigg., Bedeutg. u. 
Schreibart der emzelnen Woerter, ihre 
Synonymen und Tropen und mit kurzen 
Wœrterklaerungen u. erlaeut. Beispielen 
2. verm. u. verb. Aufl. bearb. v. K 
Schmuck. 15-16. Lfg. Weimar (K. Voigt) 
La livraison, 70 c 

Erdmann (J. E.). Grundriss der Ge 
schichte der Philosophie. II. Bd. Philo 
Sophie der Neuzeit. 2. Aufl. In-8*, x 
854 p. Berlin (Hertz). 13 fr. 35 

E^vald (H.). Ausfùhrliches Lehrbuch der 
hebraeischen Sprache des alten Bundes. 
8. Ausg. In-8*, xvj-959 p. Gœttingen 
(Dieterich). 14 fr. 75 

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asien. Ansichten aus Japan, China und 
Siam. Im Auftrage der kgl. Regierung, 
hrsg. v. A. Berg. 6. Heft. Imp. Fol. (4 
Photolith. in Tondr.^ 2 Chromolith. in 
Oel u. 3 Blatt Text m deutscher, angl. 
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Hrsg. V. der histor. Commission der 
kœnigl. bayer. Académie der Wissen- 
schaften. 10. Bd. 3 Hefte. Gr. in-8*. 
Gœttingen (Dieterich). 12 fr. 

Garcin de Tassy. Histoire de la litté- 
rature hindouie et hindoustanie, 2' éd., 
revue, corrigée et considérablement aug- 
mentée. T. i.In-8*, iv-628 p. Paris (lib. 
Labitte). L'ouvrage complet formera 3 
vol. 

Grimm (J.). Weisthûmer. Nach dessen 
Tode herausgegeben unter Mitwirkg. v. 
F. X. Kraus, Archivar Mùller u. ande- 
ren Gelehrten, von G. L. v. Maurer. 6. 
Thl. bearb. v. Rich. Schrœder. In-8*, 
iv-782p. Gœttingen (Dieterich). 17 f. 6$ 

Grote (G.). A history ofGreece, from the 
earliest period to the close of the géné- 
ration contemporary with Alexander the 
Great. A new edit. in 12 vols. Vol. i. 
With portr., maps and plans. In-8*, 
xxviij-473 p. with portr. Leipzig (A. 
Dûrr). 8 fr. 

Hardt. Luxemburger Weisthûmer, als 
Nachlese zu Jacob Grimm's Weisthûmern 
gesammelt u. eingeleitet. 2. u. 3. Lfg. 
Gr. in-8*, p. xvij-lxiij-65-336 Luxemburg 
(Bùck). 3^-2$ 

Hartenstein (G.). Historisch-philosophi- 
sche Abhandlungen. In-8*, xiij-538 p. 
Leipzig (Voss). 14 fr. 75 

Herquet (K.). Charlotta von Lusignan 
u. Caterina Cornaro, Kœniginnen v. Cy- 
pern. In-8*, viij-241 p. m. 3 Tab. in-.fol. 
u. einer lithogr. Karte in-fol. Regensburg 
(Pustet). 4 fr. 

Hettner (H.). Literaturgeschichte d. 18. 
Jahrhunderts. 3. Thl. Die deutsche Lite- 
ratur im 18, Jahrh. 3. Buch. i. Abth. 
In-8*. Braunschweig (Vieweg et Sohn). 

8 fr. 

Historische Zeitschrift. Hrsg. v. H. 
v. Sybel. 23. u. 24. Bd. od. Jahrg. 1870. 
4 Hfte. In-8*. Mûnchen (Oldenburg). 

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Merlet(G.). St-Évremond, étude histori- 
que, morale et littéraire , suivie de frag- 
ments en vers et en prose. In- 1 8 Jésus , 
340 p. Paris (lib. Sauton). j fr. 50 

Montluc (L.-A.). La Faillite chez les 
Romains. Étude historique. In-8*, 18 p. 
Paris (imp. Jouaust). 

Wackemagel (W. 1. Johann Fischart 
vonStrassburgu. Basels Antheil an ihm. 
In-8*, viij-2i4p. Basel (Schweighauser). 

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BIBLIOTHÈQUE 

DE L'ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES 

publiée sous les auspices du Ministère de l'Instruction publique. 
Sciences philologiques et kistoriques. 

1" fascicule. La Stratification du langage, par Max Muller, traduit par 
M. Havet, élève de l'École des Hautes Études. — La Chronologie dans la for- 
mation des langues indo-germaniques, par G. Curtius, traduit par M. Bergaigne, 
répétiteur à l'École des Hautes Études. In-S» raisin. 4 fr. 

Forme aussi le i" fascicule de la Nouvelle Série de la Collection philologique. 

2*' fascicule. Études sur les Pagi de la Gaule, par A. Longnon, élève de 
l'École des Hautes Études. In-S» raisin avec 2 cartes. 3 fr. 

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Choix de fragments en partie inédits composés par plusieurs personnages des 
familles royales. 



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rum notationibus recentiorum doctorum commentariis. Editio altéra emend. 
curavit H. Genthe. Fasciculus I. Grand in-8°. 2 fr. 75 



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d. dritt. Jahrh. nach Christus (254-274). Ein Beitrag zur Geschichte d. rœm. 
Reichs unter den Kaisern. i vol. in-8°. 4 fr. 85 



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schen Dialekt. i vol. in-8°. 8 fr. 

Nogent-le-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur. 



N* 10 Cinquième année 5 Mars 1870 



REVUE CRITIQUE 

D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

RECUEIL HEBDOMADAIRE F'UBLIÉ SOUS LA DIRECTION 

DE MM. P. MEYER. CH. MOREL, G. PARIS. 



Secrétaire de la Rédaction : M. Auguste Brachet. 



Prix d'abonnement : 

Un an, Paris, 156-. — Départements, 17 fr. — Etranger, le port en sus 
suivant le pays. — Un numéro détaché, 50 cent. 

PARIS 
LIBRAIRIE A. FRANCK 

F. VIEWEG, PROPRIÉTAIRE 
67, RUE RICHELIEU, 67 



Adresser toutes les communications à M. Auguste Brachet, Secrétaire de la 
Rédaction (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu). 

ANNONCES 

En vente à la librairie A. Franck, F. Vieweg propriétaire, 
67, rue Richelieu. 

T^T-iy^TTT-iTi de travaux relatifs à la philologie et à l'archéologie 
l\ I— < v^ LJ l_j 1 L« égyptiennes et assyriennes. Vol. I, liv. I. In-4*' avec 
3 pi. lofr. 

Contenu ; 1 . Le Poème de Pentaour, accompagné d'une planche chromolitho- 
graphiée; par M. le vicomte de Rougé. II. L'expression Mââ-Xeru, par M. A. 
Deveria. III. Études démotiques par M. G. Maspero. IV. Préceptes de morales 
extraits d'un papyrus démotique du Musée du Louvre, accompagné de deux 
planches; par M. Pierret. 

Chaque volume de ce recueil se composera d'environ 50 feuilles de texte et de 
10 planches et paraîtra par fascicule dont le prix sera fixé suivant l'importance. 
Tout souscripteur s'engage pour un volume entier sans rien payer à l'avance. 



G A T_j r-1 T TV T D T /"^ T_T Histoire de la littérature alle- 
•'^« rill.li>lrvlV^ Il mande, j forts volumes in-S». 
Tome I. Depuis les origines jusqu'à la période classique. — Tome II. Le xviii^ 
siècle, Lessing, Wieland, Goethe et Schiller. — Tome III. Période moderne, 
depuis le commencement du xix^ siècle jusqu'à nos jours. 



PERIODIQUES ETRANGERS. 

Zeitschrift fur -wissenschaftliche Théologie, herausgegeben v. A. Hilgen- 
FELD. lena, 1870, i. Heft. 

Otto Pfleiderer, La notion de Dieu et de la révélation d'après M. Biedermann. 

— W. Grimm, Etudes sur l'introduction à l'épître aux Hébreux. Conclusion : écrite 
entre les années 64 et 69 après J.-C, cette épitre fut adressée à la communauté 
chrétienne de Jamnia par un auteur qui nous est inconnu. — A. Klœpper, 
Deux paroles remarquables de l'apôtre Paul sur la Genèse de la loi mosaïque. Étude 
exégétique sur Calâtes III, 19, 20 et 2 Corinthiens III, 13. — A. Hilgenfeld, 
L'époque de la composition et la tendance de l' épitre de Barnabas. Polémique contre 
M. Mùller, qui vient de publier un commentaire sur cette épître. — Egli, 
Nouvelles observations sur le nom du papillon chez les anciens Hébreux. L'auteur 
semble tenir beaucoup à savoir quel nom devait porter en hébreu le papillon, qui 
n'est mentionné'nulle part dans la littérature israélite! — Egli, Suite des Scholies 
sur l'Écriture sainte, Esaïe, XXXV, 7; XLIX, 10; Joël, III, i. 

2. Heft. 

Werner, La conscience; étude morale. — A. Hilgenfeld, Les nouveaux travaux 
sur la critique des évangiles. A propos des publications de MM. Wieseler, Zumpt, 
Schûrer et Scholten. — Otto Pfleiderer, Le récit évangélique de la tentation de 
Jésus au désert, et sa base historique. — Nœldeke, Nouvelles remarques sur la non 
historicité du récit contenu dans Cenèse XIV. Question déjà traitée par l'auteur dans 
ses Études critiaues sur l'A. T. (voy. Rev. crit., 1869, p. 8?), et reprise ici avec de 
nouveaux développements. — B. Spiegel, Notices sur la famille Jérusalem, tirées 
des archives d'Osnabrùck. Le fils J. fut, comme on sait, le type de Werther. 

The Athenseum. 5 février. 

J. H. NoYES, History of American socialisms; Philadelphia, Lippincott and C**. 

— Jeaffreson, a Bookabout the Clergy; 2 vols., Hurst and Blackett; livre très- 
recommandé. — Farrar, Familles of Speech, four Lectures delivered before the 
Royal Institution; Longmans. — Pius Melia, The Origin, Persécutions and Doc- 
trines of the Waldenses; Toovey; livre qui n'est point au courant de la science. 

— H. van Herwerden, Studia Thucydidea; Traj. ad Rhenum; article vraiment 
critique. — Essais divers parmi lesquels : Ch. Beke, La solution du problème 
du Nil; — Nouveaux périodiques en Russie. 

12 février. 

Heywood, The Royal Supremacy in Pre-Reformation Times; Longmans and C. 

— Mayor, History of the Collège of St. John the Evangelist, Cambridge; Cambridge 
University Press. — Paz Soldan, Historia del Peru Independiente, 1819-22 ; Lima. 

— Les explorations du capitaine Warren. 

Trùbner's American and Oriental Liiterary Record. A Monthly Register 
of the most important Works published in North and South America, in India, 
China and the British Colonies, with occasional Notes on German, Dutch, 
Danish, French, Italian, Spanish, Portuguese and Russian Books. — 1869, 
n" 52, 24 décembre. — Prix : 6 d. (6$ cent.) ou 5 sh. par an. 

Ce recueil périodique, dont le cadre est, comme on le voit par le titre , fort 
étendu, contient, outre les annonces de la librairie Trùbner, diverses listes fort 
importants pour la bibliographie orientale et américaine. Dans le présent n° on 
trouve : P. 602, des nouvelles littéraires (mort de W. Wackernagel; découverte 
par M. Th. Wright d'un vocabulaire anglo-saxon du viu* siècle); p. 602, une 



REVUE CRITIQ^UE 

D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

N- 10 — 5 Mars — 1870 

Sommaire : 43. Fah-Hian, Voyages, Irad. p. Beal. — 44. Aristote, Fragments 
p. p. Heitz. — 45. D'AuMALE, Histoire des princes de la maison de Condé. — 46. 
Kanngiesser, Étude sur Mendelssohn. — 47. Grœndal, Vie de Rafn. 

43. — Travels of Fah-Hian and Sung-Yun Buddhist pilgrims, translated 
from the Chmese by Samuel Beal. London, Trùbner, 1869. In-8*, lxxiij-209 p., avec 
une carte. — Prix : 13 fr, 15 c. 

Lorsque Abel Rémusat mourut en 1832, à l'âge de 44 ans, laissant dans 
l'Orientalisme et dans les lettres un vide des plus r.egrettables , il venait presque 
d'achever un grand ouvrage auquel il n'eut pas le temps de mettre la dernière 
main, et qui fut publié par les soins de Klaproth et de Landresse sous le titre de 
Foe-koue-ki « Mémoires sur les Royaumes bouddhiques ». C'était le récit du 
voyage exécuté dans l'Inde au commencement du v* siècle de notre ère par un 
pèlerin chinois, Fa-Hian, à la recherche des livres bouddhiques, — traduit sur 
l'original chinois et augmenté de notes nombreuses, souvent fort étendues: ce 
complément était indispensable ; car le récit chinois , rempli d'allusions très- 
brèves à une foule d'événements, soit de la vie du Bouddha, soit de l'histoire 
du Bouddhisme, était, sans un appendice de ce genre, une énigme perpétuelle. 
Par la traduction et le commentaire du Fo-koue-ki, Abel Rémusat rendit aux 
études bouddhiques un service signalé, directement, en publiant un ouvrage 
précieux par l'abondance et la valeur des renseignements dont il était rempli, 
indirectement, en ouvrant une voie nouvelle et de premier ordre dans laquelle 
son disciple et son successeur M. Stanislas Julien devait bientôt s'engager de la 
manière la plus brillante. C'est en effet, on peut le dire, à la féconde initiative 
d'Abel Rémusat que nous devons, en partie au moins, et la clef du système de 
transcription adopté par les Chinois pour reproduire les noms indiens (solution 
d'une difficulté essentielle qu'il fallait absolument lever avant de passer outre), 
— et cette belle traduction faite sur le texte chinois, de la Vie et de Hiouen- 
Thsang et des Mémoires sur les pays occidentaux (Si-yu-ki^ de ce même Hiouen- 
Thsang, autre pèlerin chinois bouddhiste, attiré dans l'Inde par les mêmes motifs 
que Fa-Hian, et dont l'œuvre bien plus considérable, formait une suite naturelle 
de celle de son prédécesseur. Mais, de Rémusat à M. Julien, la science avait 
marché : la connaissance du chinois d'une part, celle du bouddhisme de l'autre, 
avaient fait de grands progrès, et l'on put bientôt constater que l'œuvre d'Abel 
Rémusat, toute remarquable qu'elle flît, n'était pas exempte d'imperfections; il y 
avait dans la traduction des inexactitudes assez nombreuses, et parfois assez 
graves; il s'en fallait bien que tous les noms chinois fussent identifiés avec les 
noms indiens dont ils étaient la transcription : et l'on vint à penser qu'il pourrait 
« 10 



146 REVUE CRITIQUE 

être utile de réviser la traduction du Fo-koue-ki, en supprimant les notes, deve- 
nues moins nécessaires, depuis que tant et de si beaux travaux avaient jeté la 
lumière sur unefoule de points jusqu'alors obscurs, sauf à les remplacer peut-être par 
quelques notes nouvelles, plus brèves et mieux appropriées à l'état actuel de la 
science. Ainsi, M. Stanislas Julien lui-même avait promis de donner une nouvelle 
traduction du voyage Fa-Hian, en y ajoutant celle du voyage de Song-yun 
(Vie de Hiouen-Thsang, préface, Ixxxix). Empêché sans doute par d'autres tra- 
vaux qu'une publication récente a en partie révélés, notre illustre sinologue a 
retardé la réalisation de sa promesse; et M, Beal, un sinologue anglais connu par 
plusieurs travaux estimables (entre autres par la traduction du Praîimokcha chi» 
nois), vient de satisfaire à ce desideratum de la science de nos jours. 

Le livre commence par une préface Q-xn')), dans laquelle l'auteur fait connaître 
le but qu'il s'est proposé, et relève quelques-unes des incorrections du Fo-koue- 
ki, pour justifier l'opportunité d'une nouvelle traduction; — il se continue par 
une longue introduction (xv-lxxij), qui traite de plusieurs points. Ainsi on y 
trouve : i" une esquisse des vicissitudes par lesquelles le bouddhisme a passé en 
Chine; 2" un aperçu des causes qui ont amené la chute du bouddhisme dans 
l'Inde et son succès dans l'Empire du Milieu, ainsi que des circonstances qui ont 
provoqué le voyage de Fa-Hian; j" l'indication sommaire des renseignements 
que fournit le voyage de Fa-Hian et le résumé de son itinéraire. Dans cette 
partie l'auteur examine très-rapidement le point où en est la science sur la date 
si importante du Nirvana, et sur une autre question connexe à celle-ci, le désac- 
cord assez grave qui existe entre les bouddhistes du Nord et ceux du Sud au 
sujet des trois conciles, que les uns et les autres reconnaissent, mais sans les 
placer respectivement tous les trois ni au même lieu ni dans le même temps. 
L'auteur pense que les données fournies par les bouddhistes du Nord méritent 
plus d'attention qu'on n'a été jusqu'ici disposé à leur en accorder, et qu'il ne faut 
pas se reposer avec une confiance absolue sur celles que donnent les bouddhistes 
du Sud. 

Les quarante chapitres qiii composent la relation de Fa-Hian occupent les 
pages 1-174. Autant qu'il nous est permis d'en juger sans pouvoir comparer la 
traduction avec le texte, elle est faite avec le plus grand soin; l'auteur signale 
dans des notes toutes les divergences importantes que sa traduction présente avec 
celle de son devancier, entrant même parfois dans la discussion des passages 
les plus obscurs. Outre ces notes critiques, relativement peu nombreuses, il y a 
un grand nombre de notes explicatives, qui se rapportent, soit aux événements 
de l'histoire du bouddhisme auxquels Fa-Hian fait de si fréquentes allusions, soit 
aux comparaisons que suggère le récit poslérieuv àe Hiouen-Thsang ou l'état actuel 
des lieux. Ces notes empruntées pour la plupart, comme l'auteur l'annonce dans 
sa préface, à des ouvrages de grand mérite, tels que la traduction du Hiouen- 
Thsang par M. Julien, le Manuel du Bouddhisme, par M. Spence Hardy, et les 
rapports archéologiques du colonel Cunningham, sont tout-à-fait au niveau de la 
science. Malgré leur nombre et le développement de quelques-unes d'entre elles, 



d'histoire et de littérature. 147 

on peut dire que la mesure n'est pas dépassée; et d'un autre côté, on peut dire 
aussi qu'elle est suffisamment remplie, quoi qu'il eût été facile d'augmenter 
encore et de multiplier les notes. 

Le récit du voyage de Hwi-Seng et Sung-yun occupe les pages 175-208 : 
C'est la première fois, croyons-nous, qu'on en donne la traduction. Abel Rému- 
sat (qui transcrit Hoeï-Seng et Soung-yun-tse) s'était borné à une analyse, assez 
étendue du reste, de ce court récit, et en avait seulement traduit un passage 
(pp. 48-51 et 354-56 du Fo-koue-ki, la seconde note est de Landresse). M. Beal 
a eu l'occasion de relever une inexactitude dans le fragment de traduction inséré 
dans les notes du Fo-koue-ki. 

La carte qui accompagne le volume est petite, et néanmoins divisée en trois 
parties : elle ne peut passer pour un travail géographique important : mais elle 
est fort claire et permet de suivre le voyage de Fa-Hian : les régions du sol 
diversement élevées au-dessus du niveau de la mer y sont teintés diver- 
sement. 

L'exécution matérielle est fort soignée et fort belle, elle rend ce volume digne 
des autres ouvrages relatifs à l'Orient, qui sont sortis des presses de M. Stephen 
Austin. Les deux figures dorées, gravées dans la couverture, et qui contribuent 
à l'embellissement extérieur, ne sont pas de vains ornements : celle qui s'étale 
sur le frontispice, figure du Bouddha prêchant, reproduit la photographie d'une 
statue d'un des temples lamaïques qui avoisinent Pékin : cette statue, l'une de 
celles dont l'introduction en Chine un peu avant notre ère y aurait préparé l'éta- 
blissement du bouddhisme, serait une des représentations les plus exactes de 
Çàkyamouni, et aurait une valeur véritablement historique; l'autre figure, placée 
à l'opposite, et empruntée à un ouvrage chinois, est le portrait de Manès, le fon- 
dateur du Manichéisme, que les Chinois ne savent pas distinguer d'Avalokiteçvara 
(Kwan-yin), l'un des saints légendaires du Bouddhisme; confusion bien étrange, 
mais après tout explicable, dont la constatation doit faire tressaillir de joie 
l'ombre du bon Père Georgi, le savant et pesant auteur de VAlphabetam Tibeta- 
num, qui s'est donné tant de peine, a forgé tant d'étymologies, et hasardé tant 
de rapprochements pour retrouver, dans le bouddhisme, le Manichéisme et bien 
d'autres choses, toutes également l'œuvre du démon. 

En somme le travail de M. Beal est utile et bien fait. Ce n'est pas à vrai dire 
une nouveauté : sans doute il ne fera pas oublier le Fo-koue-ki; mais il le corrige 
à propos. L'Angleterre qui n'avait que la traduction faite sur le français par 
Laidley, en 1848, ne sera pas seule à profiter de cette nouvelle étude du texte : 
le monde savant et le public lettré ne peuvent qu'accueillir avec faveur une 
œuvre qui remet en évidence et reproduit avec plus de fidélité un des livres les 
plus curieux et les plus instructifs pour l'histoire du Bouddhisme. 

Léon Feer. 



148 REVUE CRITIQUE 

44. — Aristotelis opéra, IV, 2. Fragmenta Aristolelis collegit disposuit illustravit 
AEmilius Heitz in gymnasio Argentoratensi litt. ant. professer. Parisiis, Didot, 1869. 
Gr. in-8*. xvj-^57 p. 

M. E. Heitz, qui a obtenu une mention honorable au concours ouvert par 
l'Académie de Berlin sur les fragments des ouvrages perdus d'Aristote, s'est, 
chargé d'achever l'édition des œuvres d'Aristote commencée par feu Bussemaker 
pour la collection Didot. Le premier volume contenant l'organon, la rhétorique, 
la poétique et la politique a paru anonyme en 1848. Le second volume publié en 
i8jo contient les ethica Nicomachea, et Eudemia, les magna moralia, la physique, 
le de generatione et cormptione, la métaphysique; Bussemaker donne dans la 
préface les résultats d'un travail de critique qu'il avait fait sur les ethica Eudemia. 
Le troisième volume a paru en 1854 : il contient les ouvrages d'histoire natu- 
relle, le de anima, les p arv avatar alia, les meteorologica, les traités pseudo-aristo- 
téliques, de mundo, de coloribus, de audibilibus, de spirita, de Xenophane Melisso et 
Gorgia. Bussemaker a donné beaucoup de soins à ce volume. Il a coUationné de 
nouveau le manuscrit de la Bibliothèque impériale 185^ (E dans Bekker) et a 
tenu compte des observations des critiques. Le texte de Bekker a pu être ainsi 
amélioré en beaucoup de passages. Le quatrième volume publié en 1857 contient 
les Physiognomonica, de plantis, de insecabilibus lineis, mechanica, de mirabilibus 
auscultationibus, les problèmes. Bussemaker a publié après Meyer (Nie. Damas- 
ceni de plantis libri IL Lipsiae, 1841) la traduction latine du traité de plantis 
faite sur l'arabe et qui est l'original du texte grec que nous avons conservé. Il 
a amélioré le texte des Mechanica au moyen de l'édition de Van Capelle (Aristo- 
telis quaestiones mechanicae. Amst. 1812). Enfin il a publié le texte inédit d'un 
certain nombre de problèmes attribués à Aristote et à Alexandre d'Aphrodisias 
d'après les manuscrits de Paris et de Madrid. La publication des fragments par 
M. Heitz, qui sera prochainement suivie de celle d'un index très-complet, ter- 
mine cette grande entreprise^ qui tient une place honorable dans les travaux dont 
Aristote a été l'objet. 

M. Valentin Rose, qui avait remporté le prix dans le concours ouvert par 
l'Académie de Berlin, a publié son travail sous le titre de Arisîoteles pseudepigra- 
phus (Lips. Teubner, 1863, in-8°). Ce titre s'explique par une persuasion 
erronée, de l'avis de M. H. que nous ne pouvons que partager : M. Rose sou- 
tient mais ne réussit pas à démontrer que les seuls ouvrages authentiques d'Aris- 
tote ont été conservés dans la collection d'écrits qui nous est parvenue sous son 
nom, et que tous les autres ouvrages qui lui étaient attribués dans l'antiquité sont 
apocryphes. Cette erreur n'a pas empêché M. Rose de rendre un important 
service en recueillant dans des auteurs que personne ne lit et qui sont pour la 
plupart dépourvus des index qui faciliteraient les recherches, toutes les citations 
et indications qui se rapportent à d'autres ouvrages d'Aristote que ceux qui nous 
sont parvenus. Plusieurs de ces fragments, particulièrement ceux des dialogues, 
sont fort intéressants et expriment des pensées tout à fait dignes d'Aristote, par 



d'histoire et de littérature. 149 

exemple celle-ci (fr. 6$). « Démontrer qu'il ne faut pas cultiver la philosophie, 
» c'est encore faire de la philosophie. « M. Rose a appelé l'attention sur la tra- 
duction latine faite au xiii^ siècle sur un original grec aujourd'hui perdu et qui 
formait dans certains manuscrits le second livre des Œconomica : cet écrit qui 
traite des devoirs du mari et de la femme, a été réédité par M. Rose qui l'iden- 
tifie à bon droit avec un ouvrage sur ce même sujet qui est attribué à Aristote 
dans les catalogues de ses écrits. M. Rose non plus que M, H. n'a remarqué que 
le premier livre des Œconomica était attribué à Théophraste par Philodème (voir 
Revue critique, 1869, art. 153). M. Rose a réédité également d'après la vieille 
traduction latine le liber de inundacione Nili. Enfin il est bien peu de fragments 
qui aient échappé à son attention. 

M. Heitz a recueilli tout ce que M. Rose avait rassemblé et tout ce qui avait 
été signalé après son devancier. Il a exclu de sa collection, comme M. Rose, 
les ouvrages que le moyen-âge seul a attribués à Aristote, et qu'il passe en revue 
dans la préface (VIII et suiv.), Arisîotelis Theologia s. misticaphilosophia,de Proprie- 
tatibuselementorum, de Causis, Secretum secretorum ad Alexandrum magnum, de Porno, 
de Perfecto magisterio. On peut ajouter à cette liste une grammaire qui, au témoi- 
gnage de Roger Bacon (Charies, Roger Bacon, p. 359) était attribuée par quel- 
ques-uns à Aristote et qui se trouve, sauf la fin qui est mutilée, dans le manus- 
crit de la Bibliothèque impériale 1 1277 {Notices et extraits des manuscrits, XXII, 
2, 519). M. H. est bien au courant de toutes les publications relatives à son 
objet. La manière dont il discute les questions est judicieuse. Il persiste encore 
à penser (p. 17-18) que l'expression ÈlwTSf.y.ol Uyoi désigne les dialogues dans 
un certain nombre des passages où Aristote l'a employée. Je ne puis que persister 
de mon côté dans les objections que j'ai déjà présentés (voir Revue critique, 
1866, art. 192). Je remarque que chacun de ceux qui étudient cette question si 
controversée, se forme son opinion et la garde, et je ne vois jusqu'ici aucune des 
solutions proposées rallier la majorité des suffrages. M. H. persiste également à 
soutenir (p. 1 1 8) l'opinion que dans les passages de la rhétorique où j'ai cru 
voir des citations d'une rédaction des Topiques autre que celle qui nous est par- 
venue (Revue critique, 1866, art. 192), le mot -à Toîtixà désigne la Topique, Vart 
de trouver des arguments, et non un ouvrage où cet art soit exposé. Cette inter- 
prétation ne me paraît pas applicable au texte 1398 a 29 : â)7,o; (toko?) èx toû 
Tîoffayûc, olov £•/ toïç To^f/coî? îîEpt ToO àp6û;. Aristote ne pcut pas renvoycr à la 
Topique pour un exemple particulier. Il veut dire ce me semble : « Il y a une 
» autre source d'arguments dans les différentes acceptions dont un mot est sus- 
» ceptible, comme par exemple opôû; dans les Topiques (c'est le mot ô*v; qui 
» sert d'exemple. Top. I, i Ç). » Quant aux autres passages, on peut sans doute 
leur appliquer l'interprétation proposée par Victorius et adoptée par M. H. Mais 
on n'y gagne pas grand chose. Car comment se fait-il que des théories pour 
lesquelles Aristote renvoie son lecteur à l'art de la Topique ne se trouvent pas 
dans le traité qu'Aristote lui-même a composé sur cet art ? La difficulté subsiste 
donc. 



I 50 REVUE CRITIQUE 

Les fragments d'Aristote ne nous ont été conservés que par des auteurs d'un 
âge très-postérieur et qui ont été peu étudiés par les philologues. Aussi le texte 
est-il en général'en assez mauvais état. M, H. s'est imposé la tâche de traduire 
en latin les textes, conformément au plan de la collection. Souvent il lui a été 
impossible de traduire exactement. Cependant il n'a pas averti dans le texte soit 
en mettant un signe de doute soit en proposant une conjecture. Il ne l'a fait (et 
en général à propos) que pour les fragments sur les otaipéaci; édités par Rose 
d'après un manuscrit de Venise. 

Je vais proposer ici quelques doutes et quelques conjectures sur une partie des 
textes publiés par M. H. 

P. XV (Miller, Mélanges de litt. gr. p. 416). Il faut sans doute lire dans le 

fragment de Suétone ysYo^^'*'^"» ô? àiohc, ôpoçov èÇeXwv — Ihid. Les mots xal 

upè; Tôv apxovTK èXayxavETo semblent devoir être placés après èyévîxo. — P. 16. 

II me semble douteux que dans Cicéron (ad Fam. I, 9, 23) disputationibus désigne 
ce qu'il appelle proœm/a dans ep. ad Att. 4, 16. Dans de Or. III, 21, 80, il n'est 
pas question des dialogues, mais de l'usage que Cicéron attribue à Aristote de 
faire soutenir le pour et le contre sur une ôéan;, comme exercice oratoire. — 
P. 16. Themistius Or. XXVI, p. 319. Le sens exige que où soit supprimé devant 
TiavTàuaai et rétabli devant àTspTreç. — P. 22. Plutarque de Stoic. repugn. c. 1 5. 
M. H. n'a pas traduit dans xriv (aèv yàp 6txatoauvr;v ûu' aùTwv les deux derniers mots, 
qui sont en effet altérés. — P. 23. Stobée, Floril. XX, 65. Les mots awzxk Se 
1% iri^Ei sont inintelligibles et M. H. ne les a pas traduits. — P. 24. Athénée, 
XI, 505 B. Je ne comprends pas le mot UyovQ dans la citation d'Aristote. 
'E[ji,[X£T:pouç ne se construit pas bien. M. H. a tort de repousser la correction 
TrpoTÉpou;. Le mot Ttpwxou; ne peut se construire dans le même sens avec 
le génitif; il a un autre sens dans les textes que rapproche M. H. — P. 26. 
Macrobe, V, 18, 19. Il faut lire w eri au lieu de w;8r). — P. 35. Cicéron, 
de Fin. II, 12, 39. Madvig fait remarquer avec raison qu'il faut lire 
« ad intelligendum et ad agendum. » — P. 35. Sext. Empiricus adv. Dogm. 
III, 20-22. Il faut lire xotaù-ra [jièv xaî 6 'Apt(7T0T£).y;i;, comme traduit M. H. — P. 
^S.CïcQr.de Nat. D. II, 15. M. H. propose, à tort, ce me semble, de lire putavit 
au lieu de putant. La correspondance des temps exigerait uterere. C'était une 
opinion générale qui n'était pas particulière à Aristote et qu'il employait comme 
argument. Un peu plus bas je ne comprends pas du tout est enim plena rationis. 
En quoi est-ce contraire à la nature.'' — P. 40. Synésius, Dio : Voir Revue 
critique, 1869, art. 183. — P. 41. Diog. Laert. II, 5$. Ta (lépo; me semble 
signifier ici pro virili parte. — P. 42. Diog. Laert. VIII, 63. Il me semble qu'il 
faut lire eïprixEv, aht'av... tô ôYi[xoxtxov... — P. 43. Athénée, XV, 674 B. Peut-être 
faut-il lire &\i.a. tw cyvoeTv Toù; xpoxàço'j;. — P. 47- Alex. Aphrod'. in Top. 266 ai 5. 
La grammaire exige XajjigâvovTaç laxw. — P. 50. Plutarque, ConsoL ad Apoll. c. 
27, La correction proposée par Bernays, àptatov âpa, ne me semble pas remédier 
à ce passage; je ne vois pas comment la difficulté que j'ai soulevée (^Études sur 
Aristote, p. 242) est résolue. — P. 51. Philopon. in Arist. de anima I, 4. Le 



d'histoire et de littérature. I 5 I 
mot è/waûv est nécessaire; il s'agit de la tension des cordes et non de leur réson- 
nance. Dans la même phrase 7:p6; me paraît de trop devant cà; o'.a:6po-j;. — P. 53. 
Simplicius in Arist. de anima, III, f 62. Il faut lire et ponctuer tt.v 2à àoyixtîv 

oSffOv {yjsra&t y^P £«^'w "î wffTtsp t(Toy{i£vr, tw ôpi^oitévto) 6tà toOto xat... i-izo- 

ça(vsTat sTvat. — P. 53. Plutarque , de musica, c. 23. Il faut lire 
<jv(i6atv£i, Tô Stà T£(7rTd?6)v. — p. 54. Ibid. c. 24. Il faut lire oûrwSti et plus bas, 

c. 25, oùpavtat xai OeTai, enfin £7riça(vo'jiTiv al S'â),)aj. — P. 59. Cic. ad Att. I 3, 28, 

2. « Essem enira qui debeam. » L'usage de la langue exige debebam. — P. 60. 
Themistius, Oraî. VIII, 107 C. Il manque l'attribut à tô ôè... èvTVYX<^ïiv... — 
P. 61 . Stobée, Floril. III, 54. Il me semble qu'il y a une lacune après -dy toioutïsv 
et devant xai xôv toioûtov. — P. 65. Athénée, X, 429 C. Le style indirect Tr,v yôp 
8wa[itv... YWEffOaine s'explique pas bien ici. — P. 66. Athen.^I, 464 C. La tra- 
duction latine n'est pas en rapport avec le texte rapaxEovTMv... iisOOcrxo-jT'. qui ne se 
construit pas bien. — P. 69. Apollonius Mirab. c. 6. M. H. n'a pas traduit 
Xéyei après ito).).à {lèv xai âX).a ni ?r.<7Î, et le texte est évidemment altéré en cet 
endroit. Peut-être faut-il supprimer sr.^t après &-,. — P. 71-72. Porphyr. vit. 

Pyth. § 42. Il faut sans doute &-. 'ov Taî; twv ttoW.ûjv [if, l7:£(i6at Yvwjiai; èxElî-js, to; 

8è... _ P. 73. Martianus Capella, Vil, § 751. Je ne comprends pas « expers 
» totius elationis » en parlant de la monade. Peut-être faut-il lire «relationis. » 

— P. 75. Alexandre in Arist. metaph. p. 30, 25 (Bonitz). Je ne comprends pas 
{lèv après ircpi Gypa-zov. — P. 77. Simplicius in Arist. de cj^/o 488 a 10. La 
grammaire exige o-jtw cri au lieu de ov-w cï, et le sens w; 2e au lieu de ô>- ^âp. — 

-P. 78. Simplicius w^r/rf.^ccflc/o, 488 a 18. Ilfaut lire évidemment T6î:ovâ>J.oO-o-:î6T:(j'.v 
dbtetpov. Il donne pour lieu aux atomes un autre infini. — P. 82. Alexandre in 
Arist. metaph. p. 41, 20 (Bon.). Je ne comprends pas xaT' aùTôv après tûv -pô; 
aùTà ovTwv, et M. H. ne l'a pas traduit. Cette dernière locution montre qu'il faut 
lire un peu plus bas tûv Ttpô; a-j-b (au lieu de a-iroo) ôvtwv. — P. 83. Simplicius 
in Arist. Phys. f. 104 v°. Il faut évidemment ponctuer èv tw î^i/.ïi, iwDJ.ov 5è 
TC).£to-j; (sous-entendu r'J*^-';)» ^^ P'"^ ^^^ ^' ^^^^ ^^'"^ -'* "^ "P"*^^' '^°" àpTiou to jièv 
(au lieu de te) 5iir).à(7tov. — P. 84. ibid. Il faut lire et ponctuer xa6à yàp Syô; «nt 

... i/î'.v ècrziw èv ajT^, ir).^9o; (ir).r,8o; ... 2t7r).à(7iov), xa6o oè tô f,[i.tiTO... 

— P. 84. ibid. f. 117. Il faut lire êw>ov xai àtuEipov (au lieu de àïcsipa). 

— P. 90. Sextus Empir. adv. Mathem. III, 57. Je ne comprends 
pas ÈTTstîrîp 5'ii; twv àof.Xwv è<rrî Ta çatvôaîva et jc ne puis en tirer 
« quando quidem ex bis quae sensibus apparent licet ea quae non sunt 
» evidentia perspicere. » — P. 92. Cod. marc. 56 (p. 691 Rose). L'analogie et 
le sens exigent (l. i6 Rose) qu'on lise èv i^vx^ °î<^* ^<^" s'J"*?'-* '^''- Plus bas (1. 
2j) je lirais ita^éymai au lieu deT^îvSE lyo-jm. — P- 95- ibid. 20 (p. 682, 33). Je 
ne comprends pasaû^îTai. — P. 99. ibid. 52 (p. 690, 14). Il faut ajouter ^ vem- 

TÉpo-j; après Tipsao-jTÉpoy;; et r;^£T; m'cSt SUSpCCt; ne faut-il pas lire Oy'.eT;? — P, 

107. ibid. 31 (p. 685, 14-16). Je crois qu'il faut lire èfrzn éaTr,-xM(;, et plus bas : 

olw Tov îTEpi Osoû XÔYflv ÔTt ...Oco;, TovTov ... iifjôfi Ewai, oîov à Xéytov, ô Xô^o;... 

— P. 107. ibid. 34 (p. 686, 10). Il me semble qu'il faut lire xaî |ià)J.ov au lieu 



I 52 REVUE CRITIQUE 

de H-à^Xov Se xa£. — P. io8. ibid. 42 (p. 687, 34). Le sens exige xai 
au lieu de 7^ devant -rà TtoXtTwà, et xai râxxa. — P. 109. ibid. 43 (p. 

688, 15). XotSopowTsi; est certainement altéré. — P. 109. ibid. 47 (p. 

689, 6). Il faut xowov Sè au lieu de xotvà. — P. m. ibid. 95 (p. 694, 21). 
Le sens exige èait çOfret, to 8e... — P. 112. ibid. 68 (p. 695, 13). Il faut 
lire évidemment àyaOÛ. — Ibid. (p. 695, 22). Il faut lire w; xaxç Sè xaxàv èvavTtov 
ècTTlv ^... — P. 119. Alexandre in Top. p. 274 a 43. Je ne vois pas 
pourquoi on substituerait àpxaiôTspa à àpxi'^wTepa. — P. 120. Simplicius in Categ. 
p. 8} a 27. Le sens exigerait v:M<7vn au lieu de uàda, qui ne peut s'expliquer. 
Un peu après (28) la leçon de Brandis me semble préférable, et en outre je crois 
qu'il faut lire tô (au lieu de xoù) TtXsïaTov. — Ibid. p. 83 b 53. Le sens et la 
construction exigent (3 3) -rà [ASTéxovTa au lieu de Ta [ietéxov et (34) [xeTéxïw au lieu 
de iJieTéxei. — 122.' Simplicius in Cat. p. Sy a 10. Lisez 6 (au lieu de wç) Oyeta;. 
— P. 131. Schol. Ven. B ad II. ê, 169, p. 59 di 28. Il me semble qu'il y a ici 
une dittologie et qu'il faut supprimer (30) (Txri[x.(i Tt... (32) xi èdxi. Plus bas (34) 
il faut lire Tri; çtà/r,; (Aéxpou oûar;?. — P. 133. Schol. Ven. B ad II. 6649, 
p. 87 i> 38 II. me semble que le sens exige (88 a 5) oûtoi au lieu de oOtm. — 
P. 134. Schol. Ven. B ad II 7 441. p. 117 t 26. La grammaire et le sens 
réclament (31) ôte [ii^ exo"*^'^ ^ ço^oîjv'^a' |j^i^ è^^ (s. ent, Ix^w). — P. 135. Schol. 
Ven. A ad II. 0, 88, p. 124^1 43. Il faut ($1) ^1 èv oixw. — Schol. Ven. B. p. 133 
t 5. Il manque sans doute après (i 3) toutou; un mot comme TETàxOai. — P. 136. 
Schol. Ven. B. ad II. ^, 234, p. 187 b 39. Il faut mettre entre parenthèses 
(i88 û 6) où8èv yàp àXXotoxepov (ce dernier mot signifie ici magis praeposîerum) et 
construire ôiçTcep àv avec TzçoUto. — P. 1 37. Schol. Ven. B ad II. yj, 228. p. 209 
b 14. Il me semble qu'il manque àyaeàv après (23) xàxeîvov et quelque chose 
comme èSïjXwaEv à après (27) eIxôtw;. Peut-être faut-il supprimer eaa et joindre 
EiTcwv avec àXXà xàxEîvov. — P. 1 37. Schol. Ven. B ad II. y., 98, p. 
282 a 18. La grammaire réclame (28) âv ÈTrotEi au lieu de èvetcoîeu — P. 1 38. 
Schol. Ven. B ad II. x, 252, p. 285 b 42. Il faut lire àxpipoO; au lieu de (9) 

àxpiêwç, (17) ôâTEpov (au lieu de tô) ttXÉov, (38) Èàv T^; (aU lieu de ti?) eî? g' uXEovà- 

crav Ti (au lieu de TtXEovàaavxa). — P. 148. Schol. N ad Od. V, p. 789 (Dind.). 

II faut ponctuer et lire ... eItteïv (àSûvaTov yàp... r,(Tvxtav), irào-t 8' oùx <ï[ia ... ÈxçaivEtv 

(au lieu de èxçaîvwv)... Un peu plus bas je ne comprends pas irpô; oOôE'va Sioti v^Syi 

Tt; â/Xo; \xz\t.ibr\v.z. — P. 149. ibid. Il faut 6tà to tôv çôSov àiroXÉdOat ... Plus baS Vi 

devant Taî; éXTtbiv me semble altéré. — P. 194. Arist. Meîeorol. 363 a 25. lime 
semble qu'on pourrait lire ici twv xaT» iJL£po; en le rapportant à tûv TcaôriixcxTwv. 

Je ne comprends pas bien pourquoi M. H. a préféré éditer la traduction latine 
du second livre des Œconomica, d'après une édition donnée en 1483. La raison 
qu'il en donne (p. 1 5 3), c'est que cette « recensio, ut est obscurior, ne dicam 
» barbarior, ita tamen nonnumquam quae in Graecis legebantur magis ad ver- 
» bum exprimere nobis visa est. » Si l'on compare le texte de cette édition à 
celui que M. Rose a donné (p. 647 et suiv.) d'après des manuscrits du xiV s., 
dont l'un (Bibl. imp. de Paris, 7695 A) est le meilleur pour le premier livre, on 



d'histoire et de littérature. I 5 5 

s'aperçoit bientôt que le texte adopté par M. H. est souvent plus mauvais et 
que dans les passages assez nombreux qui sont gâtés, il n'est pas meilleur ; il 
semble ne pas reposer sur la tradition et avoir été constitué d'une manière tout 
à fait arbitraire; car il offre une rédaction toute différente des manuscrits. Ainsi 
(1. 12 et suiv. Rose) : « Talium (les choses de l'intérieur) quidem igitur ipsa se 
» inanimet raulier composite dominari : indecens enim vire videtur scire que 
« intus fiunt. » On lit dans le texte de M. H. : « Huiusmodi quidem ipsa igitur 
» se inanimet ornare viriliter dominari. Difficile enim viro scire que intus fiunt. » 
Ce texte est beaucoup plus mauvais que l'autre ; mais assurément il ne paraît 
pas plus authentique. 

En somme le travail de M. Heitz est exécuté avec soin et est le digne com- 
plément de l'édition d'Aristote qui fait partie de la collection Didot. 

Charles Thurot. 



45, — Histoire des princes de Condé pendant les XVI' et XVII' siècles, 

par M. le duc d'AuMALE, avec cartes et portraits gravés sous la direction de M. Hen- 
riquel-Dupont. Paris, Michel Lévy. T. I. 186}. In-8*, iij-580 p. II. 1864. ^88 p. — 
Prix : 1 5 fr. 

Il n'est aucun des lecteurs de la Revue qui ne sache grâce à quelles circonstances 
ces deux volumes, portant une date si reculée, ont vu le jour il y a quelques 
mois seulement. Nous n'avons point d'ailleurs à raconter leur histoire, ni à juger 
ici les mesures extraordinaires dont ils ont été l'objet. L'apparition de l'Histoire 
des princes de Condé était attendue avec impatience par ceux-là mêmes qui d'or- 
dinaire ne s'intéressent guère aux productions de la littérature sérieuse. Tout le 
bruit qui s'était fait autour de l'ouvrage, et le nom de l'écrivain comme les 
rigueurs du pouvoir, semblaient promettre une ample moisson à la curiosité 
publique. La déception a dû être grande chez tous ceux qui s'attendaient à 
trouver dans les volumes de M. le duc d'Aumale de nouvelles Lettres sur l'histoire 
de France, remplies d'allusions transparentes aux événements contemporains, ou 
de piquantes attaques contre le régime actuel. Ils se sont vus tout désorientés en 
présence d'un travail de science pure et d'érudition, où quelques lignes seules 
de la préface, écrites après coup , rappelaient les péripéties de l'ouvrage. Tous 
les esprits sérieux, au contraire, qui n'ont pas craint d'aborder une œuvre aussi 
grave et aussi complètement étrangère aux questions du jour, ont admiré déjà la 
touche sobre et ferme du récit, la modération et l'impartialité générale des juge- 
ments, la justesse et souvent la nouveauté des faits exposés par l'auteur, ainsi 
que sa généreuse sympathie pour toutes les grandeurs de la France, Qu'il nous 
soit permis, en abordant à notre tour l'examen de ces deux volumes dans un 
recueil exclusivement scientifique, d'oublier un moment le rang et le nom de 
l'auteur, d'écarter même les souvenirs d'un exil douloureux, noblement supporté, 
pour juger le livre en lui-même, au point de vue strictement scientifique ; nous 
ne croyons pouvoir lui rendre un meilleur hommage. 

Une remarque préliminaire tout d'abord. Il ne faut point oublier, en lisant 



1 54 REVUE CRITIQUE 

VHistoire des princes de Condé, que l'auteur n'a point voulu nous donner une 
histoire générale de l'époque dont il s'occupe; ce qu'il nous offre, c'est l'histoire 
d'une famille où même seulement des aînés de cette famille ; on est quelque peu 
déconcerté d'abord en rencontrant, à côté du tableau largement tracé de tel 
moment de cette période funeste, l'esquisse d'un autre fait non moins important 
de notre histoire, ébauchée en quelques lignes ; il faut bien se rappeler qu'en 
agissant ainsi, l'historien n'a fait qu'user de son droit et suivre son programme. 
Les deux volumes de M. le duc d'A. parus jusqu'ici, nous racontent l'histoire de 
cette branche de la famille de Bourbon, connue sous le nom de Condé, de 
1 5^0 à i6io, avec une inégalité de détails naturellement amenée par la valeur 
relative des personnages placés successivement au premier rang. Le premier 
livre, qui remplit le vol. I tout entier et le premier chapitre du second, est 
consacré 'à la biographie de Louis P"" de Bourbon, premier prince de Condé, 
assassiné sur le champ de bataille de Jarnac, le 1 3 mars i $69. Le second livre 
va de 1 569 à 1610 et renferme l'histoire de Henri \" de Bourbon et les com- 
mencements de celle de Henri H, troisième prince de Condé. Le récit détaillé 
ne commence guère qu'avec 1 560; ce qui précède est plutôt une introduction 
sommaire à l'histoire des Bourbons. Le morceau capital de l'ouvrage, qui fait le 
mieux ressortir les qualités de style et la méthode de l'auteur, c'est le récit de 
nos guerres civiles, de 1 560 à 1 569, parce que c'est dans cet espace de temps 
que l'histoire de la famille de Condé s'identifie plus qu'à tout autre moment avec 
l'histoire même de la France. Il ne faut point chercher, cependant, dans le livre 
de M. le duc d'A. un tableau complet de cette terrible époque. L'auteur écarte 
autant que possible de son chemin toutes les questions religieuses , soit qu'elles 
lui soient trop peu familières, soit aussi qu'il ait craint de perdre peut-être de 
son impartialité habituelle, en les serrant de plus près. Les négociations diplo- 
matiques, si nombreuses, si embrouillées et si contradictoires, n'attirent point 
non plus de préférence l'historien. Pour des pièces de ce genre, le lecteur les 
trouvera plutôt dans les riches appendices que dans le corps même de l'ouvrage. 
La partie de son récit à laquelle il a donné le plus de soins , celle dans laquelle 
il brille en maître, c'est l'histoire militaire de l'époque. On sent bien en lisant 
certains chapitres de VHistoire des princes de Condé, que l'auteur est homme du 
métier, qu'il a manœuvré lui-même des armées, qu'il a tenu haut, dans d'autres 
temps, le drapeau de son pays. Ceux mêmes qui n'affectionnent point en principe 
les descriptions de bataille (et j'avoue que je suis du nombre) seront obligés 
d'admirer la clarté des explications stratégiques, la lucidité de tous les détails, 
la chaleur communicative du récit, quand l'écrivain nous transporte sur les 
champs ensanglantés de Dreux, de Saint-Denis ou de Jarnac. On trouvera là des 
modèles de style militaire. 

Nous disions tout à l'heure que M. le duc d'A. évitait autant que possible la 
question religieuse, qui se trouve pourtant au fond de ces querelles, si bien qu'en 
lisant son ouvrage, on oublie quelquefois que c'est des guerres de religion qu'il 
s'agit. Nous n'hésitons pas à dire que c'est un défaut; il n'est pas difficile d'ail- 



d'histoire et de littérature. 155 

leurs de s'expliquer cette lacune. Son héros, Louis de Bourbon, n'a jamais été 
qu'une assez tiède recrue du protestantisme; l'auteur le dit lui-même (II, 79). 
La haine des Guise et l'ambition politique le poussèrent dans un parti où ses 
tendances naturelles ne semblaient pas précisément l'appeler. Sa position comme 
chef des huguenots fut presque une anomalie et je comprends que l'auteur n'ait 
point voulu trop appuyer sur ce point. J'avouerai d'ailleurs que son jugement 
sur le premier des Condé me parait un peu trop favorable. A côté de qualités 
séduisantes et bien faites pour impressionner le caractère français , à côté d'un 
courage à toute épreuve, Louis de Bourbon ne fut pas sans de graves défauts, 
comme homme et comme politique. On songerait moins à lui en faire un reproche, 
s'il ne les avait montrés à une époque et dans des situations ou les chefs de parti 
doivent surveiller d'autant plus leur conduite qu'on en rend leurs adhérents 
responsables. Ce n'est point théoriquement que nous parlons ainsi ; on peut voir, 
p. ex. dans les lettres de l'Électeur palatin, Frédéric III, publiées par M. Kluck- 
hohn et dont nous rendions compte ici naguère, combien les fantaisies amou- 
reuses du prince de Condé nuisaient aux protestants dans l'esprit de leurs alliés 
d'Allemagne '. Comme chef de parti, il eut toujours plus d'ambition personnelle 
que de dévouement pour la cause qu'il prétendait défendre et pour laquelle — 
nous ne l'oublions pas — il a versé son sang. Les contemporains l'ont bien 
senti, et bien que son titre de prince de sang le mit à la tête du parti huguenot, 
ils désignaient un autre homme comme son meilleur soutien. Cet anta- 
gonisme involontaire n'a point porté bonheur à Coligny, dans l'esprit de M. le 
duc d'Aumale. S'il m'était permis d'employer le mot d'injustice, sans exagérer 
ma pensée , je dirais que c'est à peu près le seul personnage historique pour 
lequel l'auteur ait peut-être oublié, dans quelques endroits, la stricte impartialité 
que nous sommes heureux de signaler dans son ouvrage*. Nous ne voulons pas 
parler ici du point de vue religieux; mais il nous parait incontestable que la 
valeur de Coligny est supérieure à celle de Condé, comme chef de parti, comme 
homme politique sans que sur le terrain militaire sa constance dans les revers, 
son habileté à réparer tous les désastres ait besoin pour cela de céder la place à 
la fougue impétueuse de Bourbon. Ses plans pour la politique extérieure de la 

1. Kluckhohn I, p. 518, 558. — Il n'est pas non plus très-exact de dire qu'il eut, 
«en toute circonstance, le sentiment élevé de sa propre dignité»; il n'aurait point accepté 
alors le don fastueux du château de Valer)- des mains de sa maîtresse (I, 267). 

2. Pour ne citer qu'un exemple, l'auteur parle quelque part (I, 227) des « écarts dé- 
» magogiques » de Coligny, puisqu'il a dit que les partisans de l'Evangile les plus fidèles 
se trouvaient parmi les habitants des villes et des campagnes et non parmi cette noblesse 
brillante qui semblait être alors le noyau des réformés. Cela lui semble de la flatterie pour 
la plèbe. N'était-ce pas au contraire la vérité, et l'histoire n'a-t-elle pas donné raison à 
Colignv? Tous ces beau.x seigneurs de la haute noblesse se sont vendus tour à tour, qui 
pour des faveurs, qui pour de l'or, qui pour des titres, quand la mode religieuse a changé. 
Les derniers ont lâchement cédé à la peur de déplaire à Louis XIV quand l'heure du 
danger a sonné. Je ne fais pas à l'auteur l'injure de croire qu'il s'imagine que ces conver- 
sions ont été sérieuses et smcères; ce sont les habitants des villes du midi, les héroïques 
paysans des Cévennes q^ui ont sauvé l'honneur du protestantisme par leur admirable con- 
sunce au milieu des odieuses persécutions de Louis le Grand. 



I $6 REVUE CRITIQUE 

France rappellent ceux de Richelieu, son caractère était inaccessible aux appas 

qui captivaient Condé, son dévouement à la cause était entier et jamais traversé 

par l'ambition personnelle. Comment s'étonner après cela que les huguenots dont 

le soulèvement religieux était en même temps une protestation morale contre la 

licence effrénée des Valois, Paient entouré de sympathies plus vives que 

« Ce petit homme tant jolly 

» Qui tousjours cause et tousjours ry 

» Et tousjours baise sa mignonne » 

et qui, comme le dit son biographe lui-même, avait « adopté la réforme sans 
» conviction religieuse bien ferme ? » Tout en reconnaissant donc les généreuses 
qualités du vaincu de Jarnac, nous ne saurions le placer aussi haut que l'a fait 
M. le duc d'Aumale, qui ne lui adresse que deux reproches, auxquels précisé- 
ment nous ne saurions souscrire. Le premier, c'est d'avoir « combattu contre le 
» Roi ; » c'est un mérite à nos yeux, plutôt qu'un défaut, quand ces rois sont 
les fous ou les monstres odieux qui s'appellent dans l'histoire Charles IX et 
Henri III; le second, c'est d'avoir eu « le malheur de quitter la religion de ses 
» pères. » Chacun ayant le droit de se faire ses idées religieuses à sa guise , on 
ne saurait blâmer le prince de Condé d'avoir trouvé peu satisfaisantes celles de 
ses pères; ce qu'on pourrait lui reprocher plutôt c'est de n'avoir jamais eu de 
principes religieux bien arrêtés, pour lui-même. 

Le second prince de Condé, Henri I", joue un rôle très-effacé dans l'histoire 
à côté de son père. Henri de Navarre, en grandissant, refoulait dans l'ombre 
cette personnalité , plus sérieuse et plus convaincue que la sienne , mais moins 
bien douée sous le rapport de l'esprit et moins sympathique aux masses. Il aurait 
pu rendre néanmoins de grands services si une mort prématurée, résultat d'un 
crime, ne l'eut enlevé de bonne heure à son cousin Henri IV qui le regretta peu, 
et au parti protestant qui le pleura beaucoup '. Avec son fils Henri II, troisième 
prince de Condé, nous sortons de ce siècle que l'auteur appelle si bien « le siècle 
» des grands caractères » sans nous trouver pour cela en face d'une « belle 
» âme. » Ce n'est que l'histoire assez insignifiante de la jeunesse de Henri II 
que nous pouvons étudier ici, le récit s'arrêtant provisoirement à la mort de 
Henri IV. Ce n'est pas Condé du reste,. c'est le roi Vert-galant lui-même qui joue 
le principal rôle — mais non pas le plus beau — dans la dernière partie du second 
volume. Nous y trouvons dans tous ses détails le récit de la passion sénile de 
Henri IV pour la princesse de Condé, passion qui fit tant de bruit en Europe et le 
couvrit d'un si grand ridicule. M. le duc d'A. malgré son admiration passionnée 
pour son grand ancêtre, n'a pas manqué en sa faveur à ses devoirs d'historien; 
il stigmatise, comme elle le mérite, « sa conduite odieuse envers Condé » et 
prononce de sévères paroles sur le libertinage invétéré du monarque et sur « le 
» vertige produit par l'exercice d'un pouvoir sans contrôle. » 

I. L'auteur ne se prononce pas très-nettement sur la culpabilité de la princesse de 
Condé, accusée d'avoir empoisonné son mari pour cacher les suites d'un adultère; il 
semble admettre pourtant la légitimité d'Henri II. 



d'histoire et de littérature. 1 57 

Il y aurait encore à relever dans le cours du récit plus d'un point de détail où 
nous ne saurions être d'accord avec le noble écrivain. Mais nous nous contente- 
rons d'indiquer en note quelques-uns de ces détails pour ne point allonger outre 
mesure notre compte-rendu'. Nous devons toutefois mentionner encore un 
dernier desideratum à l'égard de l'ouvrage et nous serions heureux de voir l'auteur 
en tenir quelque compte pour la suite. C'est le manque absolu de précision dans 
les citations, assez rares du reste. Il est regrettable que dans un travail aussi 
sérieux, ayant aussi peu à craindre le contrôle, que celui de M. le duc d'A. on 
ne se soit pas écarté de la détestable façon de procéder, malheureusement adoptée 
par la plupart de nos compatriotes. A quoi donc peuvent servir des renvois 
comme « Archives curieuses « « La Popelinière n « d'Aubigné » « Mémoires de 
» Napoléon » etc. ? C'est encore pis quand il s'agit de manuscrits. On a presque 
l'air de se moquer du lecteur — bien involontairement , j'en suis sûr — en le 
renvoyant à « Diverses lettres de Charles IX « et même une fois (II, 41) ^ ^^ 
G Bibliothèque impériale » tout court. 

Les appendices qui sont joints au deux volumes embrassent près de cinq cents 
pages de documents inédits, tirés du State-paper office, de différentes bibliothèques 
françaises et allemandes et surtout aussi des riches archives de Condé. Ce n'est 
pas la partie la moins intéressante de l'ouvrage, et l'on y trouvera surtout des 
renseignements curieux sur la politique anglaise de l'époque. En tête des deux 
volumes se trouvent de beaux portraits de Louis I" et de Henri I", gravés par 
MM. François et Daguin. A la fin du travail se trouve une Carte pour servir à 
l'histoire des princes de Condé. 

En terminant ce compte-rendu d'un ouvrage dont nous relevons sans scrupule 
les défauts pour avoir le droit d'en louer franchement tous les mérites, il ne nous 



I. I, 106. Il faudrait une bonne fois supprimer de l'histoire cette thèse du démembre- 
ment du pays, projeté par les huguenots, et ne pas dire d'un homme, comme le conné- 
table de Montmorency, « qu'il a arrêté la dissolution de la monarchie. » — P. 1 18. Il 
est plus facile de démêler la vérité sur « Vcchau§ource, appelée le massacre de Vassy » que ne 
le croit l'auteur. J'ai déjà une fois renvoyé, dans cette Revue, sur ce point, au récit cri- 
tique de M. Baum, Theodor Beza, II, ^60 ss. — P. 119. On ne comprend point pour- 
quoi l'auteur défendant Condé contre l'accusation d'avoir envoyé Poltrot de Méré assas- 
siner François de Guise, semble abandonner Coligny; l'un est au moins aussi innocent 
que l'autre. — P. 250. L'auteur, en reprochant aux protestants « l'entraînement crimi- 
» nel » qu'ils montraient à introduire des étrangers dans le pays, semble oublier momen- 
tanément que les catholiques faisaient absolument de même. On ne doit pas oublier d'ail- 
leurs qu'à cette époque l'idée de patriotisme différait encore bien de nos conceptions 
modernes plus raffinées. — II, 156. Il y a contradiction dans l'éloge donné à Henri IV : 
« toujours empressé à prévenir les divisions sans cesse renaissantes de son parti » et le 
fait rapporté immédiatement après « qu'il donna le premier le signal des quolibets » contre 
Henri de Condé, qui en fut vivement offusqué. — P. 218. Il m'est impossible de prendre 
au sérieux les préparatifs théologiques pour la conversion de Henri IV ; ce roi avait beau- 
coup de grandes qualités, mais certainement pas de convictions religieuses, protestantes 
ou catholiques, peu importe. Il n'en aurait pas changé si souvent. — P. 526. Il n'est pas 
exact de dire qu'en 1610 « la France seule » ne persécutait pas l'opinion religieuse des 
minorités; en ce moment la même tolérance se pratiquait dans le Nord de l'Allemagne et 
aux Pays Bas protestants. — « L'immortel Sedlitz » qui paraît I, 197 est sans doute le 
baron Frédéric-Guillaume de Seydlitz, le général de cavalerie de Frédéric le Grand. 



158 REVUE CRITIQUE 

reste qu'à formuler un double vœu; c'est celui de voir M. le duc d'Aumale nous 

apporter bientôt la suite d'un ouvrage qui fait honneur à son auteur en même 

temps qu'à son pays, et celui de voir le public accueillir d'aussi sérieux travaux 

avec toute l'estime et la reconnaissance qu'ils méritent. 

Rod. Reuss. 



46. — Die Stellung Moses Mendelssohn's in der Geschichte der -ffisthetik 

von D' Gustav Kanngiesser. Frankf. a. M., BoselH, 1868. In-16, viij-115. —Prix: 
I fr. 60. 

Quiconque prend intérêt aux questions d'esthétique lira non sans profit cette 
étude. Gervinus avait trop rabaissé Mendelssohn; c'est cette injustice du critique- 
historien que M. K. se propose çle réparer, du moins en ce qui concerne l'influ- 
ence exercée par Mendelssohn sur l'esthétique allemande. Si l'auteur semble ici 
trop oublier qu'il avait été devancé dans cette tâche par Danzel (G. Lessing. 
Sein Leben u. seine Werke, I, 349 et suiv.) et par Hettner {Literaturgesch. des 
xviii. Jahrhunderts III, 2, 21 5), il n'en a pas moins' le mérite d'avoir développé 
et précisé ce que ces derniers n'avaient qu'indiqué. Venu après eux , comme 
après Zimmermann et Lotze, il a pu même rectifier quelques erreurs qui leur 
étaient échappées. 

On trouvera dans ce livre des analyses assez longues et utiles des ouvrages 
esthétiques de Mendelssohn, et l'auteur n'a pas oublié de mettre en lumière 
l'influence que le juif philosophe a eue sur Lessing et Lessing sur lui. C'est à 
Danzel que M. K. est redevable de la plupart des idées qu'on trouve dans cette 
partie intéressante de son sujet; c'est à lui aussi qu'il doit presque tout ce qu'il a 
dit des emprunts faits par Mendelssohn à Shaftesburg, à Locke, à Burke, ainsi 
qu'à Home. Il n'y aurait donc eu que justice à le citer avec plus de soin qu'il n'a 
fait. Quoi qu'il en soit, cette étude complète, bien que sans grande originalité, 
fait connaître tout un côté peut-être trop négligé de l'activité littéraire de 
Mendelssohn ; c'est à ce titre qu'on peut la recommander. 

Charles Joret. 



47. — Brève fra og til Cari Christian Rafn, med en Biographi udgivet 

af Benedict Grœndal. Kjœbenhavn, Gyldendal, 1869. In-8*, 323 p. 

Rafn a eu de grands mérites comme paléographe et runologue, mais c'est sur- 
tout par son talent créateur et organisateur, employé au service d'institutions et 
de publications scientifiques, qu'il a acquis une renommée européenne. Porté 
par sa vocation vers l'étude des sciences archéologiques, il sentit de bonne 
heure ce qui leur manquait pour prospérer en Danemark, et il s'appliqua dès4ors 
à leur procurer les moyens de se développer avec ampleur. Grâce à son éton- 
nante activité, à sa persévérance, à sa valeur personnelle et à son expérience 
des hommes et des choses, il réussit à doter le Danemark et ses colonies de 
quatre bibliothèques publiques (établies à Odensé en Fionie, Reykjavik en Islande, 



\ 



d'histoire et de littérature. I 59 

Thorshavn dans l'archipel des Fsereys, Godthaab dans le Grœnland), d'un musée 
(le cabinet des antiquités américaines à Copenhague), et d'une société archéo- 
logique, la plus florissante qui existe au monde. Sous la direction de Rafh, qui 
en fut secrétaire pendant quarante ans, la Société des antiquaires du Nord, tout 
en faisant plus de 230,000 fr. d'économie, a publié cent volumes, la plupart 
accompagnés de belles planches , entre autres : six grandes collections de sagas 
(concernant l'histoire des trois États septentrionaux, particulièrement de la Nor- 
vège, les traditions fabuleuses des Scandinaves, leurs découvertes en Amérique, 
leurs établissements dans le Grœnland, et l'histoire de l'Islande); trois séries de 
recueils périodiques (la Revue, les Annales et les Mémoires de la Soc, des ant. 
du Nord), un bel atlas d'archéologie, deux dictionnaires de l'ancien norrain 
(langue poétique et langue usuelle). Les institutions créées par R. étaient douées 
d'une telle vitalité qu'elles ont déjà fourni une longue carrière et qu'elles se sont 
perpétuées même après la mort de leur fondateur. Ce puissant organisateur a su 
mener à bonne fin les grandes et nombreuses entreprises dont il s'était chargé, 
et les honneurs qui allèrent le trouver n'étaient que la juste récompense de ses 
éminents services ; il était commandeur et chevalier de huit ordres ; membre de 
105 sociétés savantes; docteur de plusieurs universités qui l'avaient spontané- 
ment promu au grade le plus élevé dont elles étaient dispensatrices ; enfin le roi 
archéologue, Frédéric VII, en le nommant Conferentsraad lui avait conféré le plus 
haut titre auquel puisse aspirer un citoyen danois qui n'est pas ministre. 

La vie d'un tel homme méritait bien d'être contée avec détail ; c'est un poète 
islandais, M. B. Grœndal, qui s'est chargé de ce pieux devoir. A part quelques 
considérations historico-philosophiques qui servent de préliminaire, l'auteur n'a 
rien dit qui ne se rattachât étroitement au sujet. La biographie comprend les 
40 premières pages du volume ; c'est de beaucoup la plus étendue qui ait été 
consacrée à R. ; elle est remplie de faits et écrite sans emphase. Vient ensuite 
une liste des sociétés dont R. était membre (p. 41-46), puis une bibliographie de 
ses principaux ouvrages (p. 47-5 5), moins complète que dans le Forfatter-Lexicon 
de Th. H. Erslew, dont elle est tirée; enfin la correspondance, précédée de 
quelques poésies et écrits de jeunesse de R. (p. 57-65), et d'un journal tenu dans 
les premiers mois de 1818, se rapportant principalement à la fondation delà 
bibliothèque militaire de l'ile de Fionie (p. 66-84). 

Les lettres écrites ou reçues par Rafn ne sont pas classées rigoureusement par 
ordre des matières , ni par ordre chronologique ; mais toutes celles qui émanent 
d'un même correspondant ou lui sont adressées, ont été placées l'une à la suite 
de l'autre. L'éditeur indique souvent la position sociale, la date de la naissance 
et de la mort de chaque correspondant; il aurait bien fait d'ajouter aussi la date 
d'envoi qui manque dans quelques lettres et d'expliquer dans des notes certaines 
allusions qui suffisaient à R. ou à ses correspondants, mais dont les lecteurs non 
initiés ont peine à comprendre toute la portée. Quelques-unes de ces lettres ont 
été déjà publiées ; il n'aurait pas été superflu de citer les ouvrages où elles ont 
paru. Le présent recueil contient 102 lettres, dont 45 en danois, 32 en anglais, 



l6o REVUE CRITIQUE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE. 

17 en allemand, 5 en français et 3 en suédois. 19 d'entre elles sont de R.; on 
ne doit pas être surpris de ce qu'elles soient en si petite proportion dans ce 
volume : comme il est naturel, on n'a trouvé dans les papiers de R. que celles 
qu'il recevait, non celles qu'il écrivait. Ces dernières sont disséminées par le 
monde, et' il n'est pas toujours possible de s'en procurer une copie. 

Les lettres de R. se rapportent presque toutes aux antiquités américaines ; les 
autres ont été écrites par 44 de ses correspondants. Il serait trop long de les 
analyser une par une ; nous devons nous borner à les grouper en plusieurs caté- 
gories, sur lesquelles nous jetterons un rapide coup-d'œil. La correspondance 
de Mùlertz, de Hoegh-Guldberg , de Nyerup, de Vedel-Simonsen, de Plum, de 
Chr. Molbech, d'Ingemann, de Thorwaldsen, de Brown, de Giesebrecht, de 
Symington et de G. P. Marsh, a un caractère intime; celle du savant lexico- 
graphe islandais Sveinbjœrn Egilsson se rapporte principalement aux travaux 
qu'il a composés pour la Soc. des ant. du Nord. Les lettres des américains Th. 
Webb, Longfellow, Bancroft, Davis, Swift, Bartlett, Weber, Hammond et 
Bennet Dowler; des islandais Beamish et Newenham; des français Brasseur de 
Bourbourg, E. Beauvois et Aubin; des allemands Al. de Humboldt, Vilhelmi, 
von Donnop et Mohnike; du slesvigois Paulsen ; des danois Lund et Abrahamson, 
concernent la découverte, l'ethnographie et l'archéologie de l'Amérique. Celles 
de Schrœter et de Hammershaimb, tous les deux pasteurs dans les Fsereys, trai- 
tent de cet archipel, de sa langue et de ses chants populaires. Il y a aussi des 
lettres de Kruse sur les antiquités russes; de La Motte Fouqué et de Graeter sur 
les sagas et la poésie septentrionale; de Holmberg, de Wetterbergh et de 
Schlyter sur les inscriptions runiques de la Suède; de Hansteen sur les blocs 
erratiques de la Norvège; de Rink sur le Groenland, et de Thejll sur les trou- 
vailles archéologiques. 

On le voit, cette correspondance traite de sujets fort variés, et, bien que la 
plupart des faits scientifiques qu'elle contient aient été utilisés dans les publica- 
tions de R. et de la Soc. des ant. du Nord, elle ne conserve pas moins une véri- 
table importance pour l'histoire des études américaines et septentrionales. Elle 
embrasse toute la carrière de R., mais elle est loin d'être complète : il manque 
beaucoup des lettres de ce savant. On a pourtant bon espoir que cette lacune 
sera remplie prochainement; car l'éditeur annonce que le produit de la vente du 
présent volume sera consacré partie à la publication d'un second recueil, partie 
à créer un fond pour encourager l'étude de l'archéologie septentrionale. 

E. Beauvois. 



Nogent-!e-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur. 



liste, avec indication du contenu, des périodiques américains; p. 604, des listes 
de livres imprimés aux États-Unis et au Mexique; p. 613, un premier essai de 
bibliographie des ouvrages relatifs aux bibliothèques publiques en Angleterre ; 
p. 615, des nouvelles littéraires relatives à l'Orient; p. 617, le catalogue (par 
A. C. Burnell) d'une collection de mss. sanscrits (suite, n°' CXI à CXXVIII); 
p. 619, une liste de publications arabes de Boulaq. 



BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE 
DES PRINCIPALES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES, 



AVIS. — On peut se procurer à la librairie A. Franck tous les ouvrages 
annoncés dans ce bulletin , ainsi que ceux qui font l'objet d'articles dans la 
Revue critique. Elle se charge en outre de fournir très-promptement et sans 
frais tous les ouvrages qui lui seront demandés et qu'elle ne posséderait pas en 
magasin. 



Armaillë (d'). Marie-Thérèse et Marie- 
Antoinette. In- 18 Jésus, ii-350 p. Paris 
(Didier et C*). 

Avezac (d'). Les navigateurs terre-neuviens 
de Jean et Sébastien Cabot, lettre au 
révérend Léonard Woods, lue en com- 
munication à la séance trimestrielle des 
cinq académies de l'Institut de France le 
6 octobre 1869. In-8*, 20 p. Paris (imp. 
Donnaud). 

Bagnenault de Puchesse (G.). Jean 
de Morviilier, évèque d'Orléans, garde 
des sceaux de France, 1 506-1 J77. In-8', 
xiv-444 p. Paris (Didier et C'). 

Baronius. Caesaris S. R. E. Cardin. 

• Baronii op. Raynaidi et J. Laderchii, 
congreg. oratorii presbyter., annales ec- 
clesiastici, denuo excusi et ad nostra us- 
que tempora perducti ab A. Theiner. 
T. 19. In-4°, vij-696p. Bar-Ie-Duc (lib. 
Guérin et C'). 16 fr. 

Briau (R.). L'assistance médicale chez les 
Romains. In-8', 1 1 • p. Paris (Masson et 

fils). 

Cavaniol (H . ). Les monuments en Chaldée, 
en Assyrie et à Babylone, d'après les ré- 
centes découvertes archéologiques, avec 
9 pi. lithog. In-8', 374 p. Paris (lib. 
Durand et Pedone-Lauriel). 7 tr. 50 

Dessailly. Histoire de Vitry-lès-Reims et 
des villages situés autrefois sur son terri- 
toire ou relevant de son église et actuel- 
lement détruits; Burigny, Marqueuse, 
Contmartin, La Mairie et La Neuville- 
lès-Burigny. In-8*, xv-334 p. Reims (lib. 
Dubois et C'). 

Du Camp (M.). Paris, ses origines, ses 
organes, ses fonctions et sa vie dans la 



seconde moitié du XIX' siècle. T. 2. In- 
8*, 479 p. (lib. Hachette et C"). -j h. 50 

Flach (J.). La Bonorum possessio sous les 
empereurs romains, depuis le commence- 
ment du II* siècle jusqu'à Justinien exclu- 
sivement. In-8*, 188 p. Paris (lib. Tho- 
rin). 

Husson (J.). Chronique de Metz 1200- 
152J, publiée d'après le manuscrit auto- 
graphe de Copenhague et celui de Paris 
par H. Michelant. In-8*, xij-384 p. Metz 
(lib. Rousseau-Pallez). 

Justin. Œuvres complètes. Abrégé de 
l'histoire universelle ae Trogue Pompée. 
Traduction française par J. Pierrot etE. 
Boitard. Édition soigneusement revue par 
M. E. Pessonneaux. In-18 jésus, XJ-420P. 
Paris (libr. Garnier frères). 3 fr. 50 

Loiseleur (J.). Monographie du château 
de Sully. In-8*, 106 p. Orléans (lib. Her- 
luison). 

Lopacinsky (B.). Charles de Saxe, duc 
de Courlande, sa vie, sa correspondance; 
documents pour servir à l'histoire de son 
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pont , son histoire , ses monuments . ses 
abbés, ses personnages célèbres, ses sé- 

ftultures, ses possessions territoriales. 
n-8', 216 p. et 5 pi. Paris (lib. Didron). 

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mystères. In-8*, 340 p. Paris (Lib. inter- 
nationale). 5 fr. 



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cripteurs moyennant la somme de 4 fr., sur le bon joint au premier volume. 



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M. Havet, élève de l'École des Hautes Études. — La Chronologie dans la for- 
mation des langues indo-germaniques, par G. Curtius, traduit par M. Bergaigne, 
répétiteur à l'École des Hautes Études. In-S" raisin. 4 fr. 

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1 



lï* 11 Cinquième année 12 Mars 1870 



REVUE CRITIQUE 

D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

RECUEIL HEBDOMADAIRE PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION ' 

DE MM. p. MEYER, CH. MOREL, G. PARIS. 



Secrétaire de la Rédaction : M. Auguste Brachet. 



Prix d'abonnement : 

Un an, Paris, 156-.— Départements, 17 fr. — Étranger, le port en sus 
suivant le pays. — Un numéro détaché, 50 cent. 

PARIS 

LIBRAIRIE A. FRANCK 

F. VIEWEG, PROPRIÉTAIRE 
67, RUE RICHELIEU, 67 



Adresser toutes les communications à M. Auguste Brachet, Secrétaire de la 
Rédartion (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu). 

ANNONCES 

En vente à la librairie A. Franck, F. Vieweg propriétaire, 
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MET A yî r\ T D T7 C ^^ ^^ Société de linguistique de Paris. Tome 
EL M U 1 IX H O i", 5* fascicule. Gr. in-80. 4 fr. 

Contenu: I. M. Bréal. Le thème pronominal da. — II, C. Ploix. Étude de 
mythologie latine. Les dieux qui proviennent de la racine div. — III. C. Thurot. 
Observations sur la place de la négation non en latin. — IV. P. Meyer. Phoné- 
tique française, an et en toniques. — V. Variétés. F. Robiou, Recherches sur 
l'étymologie du mot thalassio. M. Bréal. Necessum; 'Aviyxr,. G. Paris, Ètymolo- 
gies françaises : bouvreuil^ cahier, caserne, à Venvi, lormier, moise. 

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Contenu : I. Le Poème de Pentaour, accompagné d'une planche chromolitho- 



PÉRIODIQUES ÉTRANGERS. 

Rheinisches Muséum fur Philologie. XXIV, 3. 

UsENER, Conjectures sur Horace, p. 437-3 50. — Steup, Un chapitre (III, 
17) interpolé dans Thucydide, p. 350-62. — Wilmanns, Placide, Papias et 
autres glossaires latins, avec un appendice de Usener : le liber glossarum, p. 362- 
392 (ces glossaires forment le fonds des dictionnaires latins écrits au moyen-âge; 
il s'en trouve une foule de manuscrits. Cp. Littré, Hist. litt. delà Fr. 22, i 
suiv.). — Freudenthal, Notes critiques et exégétiques sur Aristote îrepi tûv 

xotvwv (7W[xaT0i; xal >{;ux^? ëpywv (Fin. Voy. XXIV, p. 81), p. 390-420. — KNCETEL, 

Les temps les plus reculés de l'histoire d'Egypte, p. 420-451 (troisième art. 
voy. XXII, p. 517. L'auteur cherche à démontrer que l'époque des rois 
constructeurs des pyramides est l'époque des Hyksos, qui seraient des Chaldéens 
babyloniens). — Wachsmuth, Inscription de Taormina, p. 451-474 (impor- 
tante pour la connaissance du calendrier de T. et des affaires de banque). 

Wachsmuth, L'inscription C. I. G. III, 5773. — Benndorf, Inscription des 
mines de Laurion, p. 474-478. — Helbig, Le relief du Capitole représentant 
Curtius, p. 478-482 (c'est un ouvrage de la Renaissance). — F. R(itschl), 
Curae secundae, addition aux « neue plautinische Excurse, » 482-492. — 0. K. 
verto vorto, p. 492. — L. M(ûller), Pindarus Thebanus, p. 492. — L. M., Notes 
sur Properce, p. 494. — Roscher, Remarques sur Sophocle ; Klein, surGallien; 
L. M. sur l'Antiope de Pacuvius; J. Klein, sur Cicéron de legibus, p. 494-496. 

XXIV, 4. Helbig, Pour servir à l'explication des fresques de Campanie,p. 497- 
524 (personifications de la nature; Aphrodite et Ares). — Blass, La Sticho- 
métrie des anciens, p. 524-533. — Brambach, « Questions brûlantes, » p. 533- 
547 (article sur l'orthographe latine, peu poli dans sa polémique, sans être fort 
concluant lui-même). — Wecklein, Observations sur Aristophane, p. 547-553. 

— L. Mûller, Le poète Suerus, p. 553-558. — Struve, Lettres (sur les 
fouilles) du Pont-Euxin, p. 558-570. — Dziatzko, Sur le prologue du Rudens 
de Plaute, p. 570-585. — Schneider, Sur Apollonius Dyscole, p. 585-597. 

Bender, Les mss. de Denys de compositione verborum, p. 597-601. — 
Sommerbrodt, Les mss. de Lucien de la bibl. de St.-Marc à Venise, p. 601- 
607. — Klein, Les petites poésies de Virgile, p. 607-614. — Grosse, Les 
Versus Scoîi cuiusdam de alphabeto , 614-617. — Lehrs, i^àx/,. — Roscher, 
AyiiSuvoç, <ï>atw, Twviç sur les vases peints. — P. 619-640 sont remplies par des 
conjectures et de courtes observations. 

XXV, I. Le Rh. Muséum s'imprime à partir de ce volume en caractères latins. 

— NissEN, La paix des Fourches caudines, p. 1-65 (article fort intéressant et 
important. Le récit de cet événement a été modifié par les annalistes d'après 
l'analogie de la guerre de Numance ; en général les historiens de l'époque de la 
révolution arrangent les faits et jugent les personnages d'après les tendances de 
leurs partis). — Uhlig, Les xé^vat Ypap-iJ^a'^^a' d'Apollonius et d'Hérodien, p. 66- 
7^. — Nitzsch, Analyse des sources de T. Live, II, i-IV, 8 et de Denys, V, 
i-XI, 63. Troisième article, 75-129. — 0. Ribbeck, Remarques critiques 
sur les caractères de Théophraste, p. 129-147. 

NissEN, Réponse à des objections soulevées contre son Templum par M. Jor- 
dan, p. 147-151. — Dilthey, Deux tableaux d'Aristide, p. 1 5 i-i 58. — B., Sur 
les peintures de Campanie de Helbig. — Schmitz, Sur les notes Tironiennes, 
p. 161-163. ~ P- 1^3-176. Notes critiques et exégétiques. 



REVUE CRITIQ^UE 

D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

N- 11 — 12 Mars — 1870 

Sommaire : 48. Rœdiger, les Noms de Verbes arabes. — 49. Curtius, Éléments 
de l'Étymologie grecque. — 50. De Sassenay, les Brienne de Lecce et d'Athènes. 
— 51. GoNNEViLLE, Campagne du navire VEspoir^ p, p. d'Avezac. — 52. Annuaire 
de la Gazette des Beaux- Arts. 



48. — De nominibus verborum arabicis commentationem scripsitD'Joannes 
Rœdiger. Accedunt textus arabici specimina III. Halis, in libraria orphanotrophei. 
1870. In-8*. — Prix : i fr. 

M. Guillaume Rœdiger porte un nom illustre dans la philologie sémitique, et 
c'est à son père qu'il dédie sa dissertation sur les « noms des verbes. » Les 
grammairiens arabes ont ainsi nommé toute une série de mots, incapables de 
flexion régulière, qui malgré cette infériorité, sont souvent assimilés dans la 
phrase à des impératifs et se rattachent par leur application, aux formes verbales. 
Ce groupe est uni seulement par un lien factice, il comprend des éléments peu 
homogènes, et la théorie des formes n'a rien à voir dans les rapports artificiels 
que la syntaxe a établis entre eux. 

Cette dénomination est-elle ancienne.? M. R. s'appuie sur un passage d'Aboû- 
*Alî Fârisî pour conclure qu'elle était connue de Sîbawaihi, mort en 180 de 
l'hégire (796 ap. J.-C). En effet, le « livre » de Sîbawaihi contient un chapitre 
entièrement consacré à l'emploi et à la construction des « noms, sous la forme 
» desquels le verbe se présente. » Le premier chapitre est suivi d'un second, 
qui contient une monographie sur rouwaida, un diminutif qui rentre dans cette 
catégorie. 

Ce sont en réalité des interjections verbales, et qui n'ont aucun rapport avec les 
noms. Aussi, ces interjections comme toutes les autres, peuvent-elles être divisées 
en deux classes: i " les sons naturels , réfractaires à l'étymologie , ne dérivant 
que de la nature humaine et répondant à des sensations intérieures , dont elles 
donnent la note avec puissance et vivacité; 2" les mots, nom, verbe ou particule, 
qui ont perdu leur souplesse et leur élasticité , pour être comme cristallisés sous 
une forme dès lors immuable. Lorsque certains « noms de verbes, » tels que 
haloumma, sont conjugués comme des impératifs verbaux, c'est là une erreur 
de la langue, qui confondant le sens avec la forme, a produit des mélanges hy- 
brides et monstrueux. 

M. R. a parfaitement compris que, pour expliquer les « noms de verbes » il 
faut les subdiviser et montrer comment ont été entassés pêle-mêle dans un cadre 
unique des mots d'origine diverse. Mais, dans son esprit d'analyse, peut-être 
M. R, n'a-t-il pas insisté suffisamment sur les conditions communes à tous ces 
mots, et n'a-t-il pas mis assez en relief l'idée qui les a fait juxtaposer dans un 
même chapitre de la grammaire arabe. 



IX 



II 



l62 ' REVUE CRITIQUE 

Après avoir parlé (p. 1-2 1) des « noms de verbes » en général, de leur défi- 
nition, de leurs flexions possibles et de leur usage, après avoir reconnu leur 
nature et leur influence sur les mots qui en dépendent, après avoir victorieuse- 
ment réfuté l'opinion des grammairiens indigènes qui veulent y trouver de véri- 
tables noms, M, R. dresse (p. 22-38) un catalogue raisonné, bien distribué, de 
tous les « noms de verbes » et les passe en revue à la fois au point de vue gram- 
matical et au point de vue lexicographique. Il étudie successivement les noms, 
les verbes, les prépositions et les interjections, en adoptant pour chacune de ces 
espèces l'ordre le plus propre aux recherches, l'ordre alphabétique. 

P. 22, M. R. donne la forme amîna « amen » que l'on a, dit-il, allongé en 
âmîna. Ne serait-ce pas là plutôt la forme primitive, comme semble l'indiquer la 
forme hébraïque âmen avec un long a? Seulement, la forme fâ'îl est, comme 
M. R. le fait remarquer judicieusement, une forme inusitée en arabe; dès lors, 
rien d'étonnant que l'on ait voulu assimiler âmina à la forme fa'îl qui est très- 
fréquente et qu'on ait substitué une brève à la longue du mot hébreu. 

P. 24, taouda « agir doucement avec lui, » me paraît être un aoriste condi- 
tionnel de yadâ « toucher légèrement, » un verbe, dont le rapport intime avec 
yadoun « main » n'a pas besoin d'être démontré. Qu'il faille adopter cette expli- 
cation, ou lui préférer celle qui a été proposée par M. Fleischer, Beitmge, 1863, 
p. 146, cet exemple devrait être placé dans le paragraphe consacré aux verbes. 

P. 26, fidâHn n'est cité que sur l'autorité d'un vers de Nâbiga Dhobyânî. 
Seulement, les manuscrits autorisent dans cet exemple même la lecture des trois 
cas. Cf en dehors de mon Dîwân de Nâbiga, p. 75 et 171, M. Wright, Opuscula 
arabica, p. 72, où l'on trouve le commentaire de A'iam, cité d'après le manuscrit 
d'Oxford. 

P. 27, la forme fa'âli, devenue invariable, est comme une épave de l'ancienne 
forme infmitive/a'â/ correspondant à l'hébreu pâ^ôl. Voir d'ailleurs les observa- 
tions sur l'infinitif dans les langues sémitiques , que j'ai insérées dans le Bulletin 
de la société de linguistique, 1869, p. li. 

La section des formes verbales, dans le travail de M. R., est réduite (cf. p. 28) 
à hâti, un impératif archaïque de la quatrième forme de atâ , où l'esprit rude 
s'est maintenu. Il faut y ajouter d'abord taida. Il se peut aussi que da' qui 
exprime un appel, soit un impératif de da'â « appeler »,(cf. p. 3 3). Haita semble 
être une forme secondaire de hâti; cependant M. R. l'a placé parmi ces inter- 
jections naturelles , dont la limite est très-difficile à définir, et dont le nombre 
diminuera en raison des progrès de l'étymologie sémitique. 

M. R. a joint à sa monographie trois morceaux de grammairiens indigènes sur 
les « noms de verbes. » Ce sont : i'' un extrait du « livre de la poésie » par 
Aboû-'Alî Fârisî, un ouvrage du iv" siècle de l'hégire; qui, malgré son titre, est 
entièrement consacré à des questions de grammaire ; 2" le chapitre de ce com- 
mentaire d'Ibn Ya'îsch sur le Moufassal, que j'ai déjà signalé aux lecteurs de la 
Revue critique (1868, II, 401); 3" deux pages du commentaire d'Ardabîlî sur 
VOunmoudhadj (spécimen) de Zamakhscharî. Le passage le plus intéressant de 
ces textes est celui qui se rapporte à laisa, que Aboû-'Alî voudrait ranger parmi 



d'histoire et de littérature. 165 

les noms de verbes, parce que la notion de temps n'y est nullement exprimée. 
Aussi l'auteur arabe prétend-il que laisa n'est pas plus un verbe que inna et anna 
(cf. p. 7 du texte). Il est étonnant que M. R. n'ait nullement signalé dans sa 
dissertation ce point de vue au moins curieux. 

Les textes sont publiés avec une exactitude scrupuleuse : je me demande seu- 
lement pourquoi M. R. écrit la quiescente va à la fin des vers (p. 3 et 23 du 
texte). La longue ne lui paraît-elle pas suffisamment distinguée par la position de 
la voyelle à la pause ? 

Il faut rendre pleine justice à cette dissertation, qui est bien conçue et bien 
disposée. Pourquoi est-elle écrite en latin? Les questions de grammaire, qui 
doivent être traitées dans la langue claire et sobre des mathématiques, s'accom- 
modent mal de ce langage gêné et emprunté, alors même qu'il est correct. Que 
M. R. nous donne bientôt d'autres travaux aussi distingués, mais qu'il les écrive 

dans sa langue ! 

Hartwig Derenbourg. 



49. — Grundzûge der griechischen Etymologie, von Georg CoRTias. Dritte 

Auflage. Leipzig, Teubner, 1869. Gr. in-8*, 768 p. — Prix : 24 tr. 

La seconde édition des Grundzûge a paru en 1 866. En moins de trois ans, une 
nouvelle édition est devenue nécessaire : on ne peut désirer une meilleure preuve 
de la valeur de l'ouvrage et de l'accueil qui lui a été fait. On ne pourrait se 
rendre compte d'un pareil succès, si l'on ne savait pas que le livre de M. G. ne 
s'adresse point aux seuls linguistes : il a trouvé accès auprès des philologues de 
l'école dite classique, et il forme aujourd'hui le trait d'union entre les deux camps, 
qu'il ne peut manquer de rapprocher. Grâce aux Grundzûge, les philologues de 
l'ancienne école apprennent à connaître la grammaire comparée par un de ses 
côtés les plus intéressants : et dans le même livre les linguistes possèdent une 
étude du vocabulaire grec, si non complète, du moins fort détaillée dans les 
parties traitées. Nous n'avons pas besoin d'insister sur les mérites d'un ouvrage 
qui est déjà bien connu en France : un assez grand nombre d'exemplaires des 
deux premières éditions a passé le Rhin , et nous espérons qu'une bonne partie 
de la troisième prendra la même route. 

L'auteur n'a point sensiblement grossi son ouvrage, et sur les choses essen- 
tielles, comme on pouvait s'y attendre, nous retrouvons les mêmes doctrines. 
Le point le plus important oh nous ayons constaté un changement d'opinion, 
c'est sur la caractéristique des verbes comme TàwTai, 5ây.vo[iîv. M. Curtius s'était 
longtemps refusé à admettre l'opinion de Bopp et de Kuhn, qui reconnaissent 
dans les syllabes w, vo d'anciens suffixes nominaux : contrairement à ces savants, 
M. Curtius supposait que c'était un élargissement phonétique de la racine, 
destiné à marquer la prolongation de l'action'. Aujourd'hui l'auteur renonce à 
sa doctrine pour admettre celle de Kuhn et de Bopp, qui est depuis longtemps 

1. Tempora u. Modi, p. 67. 



164 REVUE CRITIQUE 

partagée par la plupart des linguistes. En général, les premiers ouvrages de 
M. C, ne sont pas exempts d'un certain penchant aux explications symboliques: 
mais nous voyons qu'avec le temps il s'en dégage de plus en plus. 

Un autre changement, c'est que l'auteur n'admet plus en grec de racines 
commençant par une voyelle ; en d'autres termes , l'esprit doux et l'esprit rude 
sont toujours comptés pour des- consonnes (p. 50). Cette théorie nous paraît 
excessive, et si on la suivait avec rigueur, elle ne laisserait pas que de déranger 
l'ordonnance des ouvrages de grammaire comparée. Mais nous voyons que l'au- 
teur en fait abstraction quelques pages plus loin, et commence, comme autrefois, 
par la racine àyx. 

Le nombre des racines ou thèmes primitifs a été augmenté d'une vingtaine. 
La plupart de ces additions sont dues au livre de Fick , Wœrterbuch der indo- 
germanischen Grundsprache. Nous avons remarqué, entre autres, que M. C. admet 
maintenant, d'après Fick, une particule-Se signifiant «vers, » contenue dans 
oîx6v5£ = zend vaêçmen-da. Il va même jusqu'à rattacher à ce thème le -5iç de 
l'homérique âXXuSt;. Mais cela n'empêche pas M. Curtius de reproduire dans sa 
seconde partie son ancienne théorie, sur le B sorti d'un j, et d'expliquer de 
cette façon les adverbes en -Sa, -Sov, -5yiv, -Sic (p. 592), ainsi que les particules 
6É, SVi. Évidemment il y a ici une sorte de désaccord : mais nous ne voulons pas 
nous y arrêter, ayant amplement traité de cette question dans les Mémoires de 
la Société de linguistique. — M. C. reproduit (p. 221) un rapprochement déjà 
publié dans ses Studien : celui du latin dorsum avec le grec Seipiî « cou, » éolien 
SÉppa, dorien Sépora. Nous préférons l'ancienne étymologie deorsum, de-vorsum, 
car il est probable que le groupe pd aurait été représenté en latin par rr, comme 
dans terra, horror, verres. — Les mots xoùpoç « jeune garçon, » xoupn « jeune 
» fille, » qui figuraient jusqu'à présent à la racine « grandir, » ont été trans- 
portés à la racine xep « couper, » d'après l'ancien usage de couper les cheveux 
aux jeunes gens à l'âge de puberté. Nous croyons que l'auteur aurait bien fait 
de transporter du même coup au même article le latin cernere. — P. 172, on 
trouve le mot gothique ga-dikis « ouvrage »•: les corrections d'Uppstrœm nous 
ont appris qu'il faut lire ga-digis, ce qui convient bien mieux pour l'étymologie '. 
— Un index des mots sanscrits a été ajouté. La pagination marginale vise la 
seconde édition. 

A la fin d'une courte introduction, M. Curtius mentionne les derniers progrès 

de la grammaire comparée, et en même temps il signale, comme le faisait 

récemment M. Pott, cette singulière anomalie, que Berlin est aujourd'hui la 

seule grande Université d'Allemagne qui n'ait point de chaire pour l'enseignement 

de cette science. 

Michel Bréal, 



i. Aux fautes d'impression relevées dans l'errata, il faut ajouter ; p. 287, anazâtha, 
lisez : anazantha; p. 509, àii-êpoTioç, lisez: à-iiêpéatoç; p. i^S, kruorjam, Visez hruorjan. 



d'histoire et de littérature. 165 

50. — Les Brienne de Lecce et d'Athènes ( 1 200-1 3 56) , par le comte Fernand 
DE Sassenay. Paris, L. Hachette et C*. In- 12, 244 p. — Prix : 3 fr. 

Parmi les seigneurs français que le goût des aventures et des conquêtes 
emporta au xii* et au xiiie siècle vers l'Orient et le Midi, il n'en est point dont 
la destinée ait été plus extraordinaire ni plus éclatante que celle des Brienne. 
Un chevalier champenois, Gauthier III de Brienne, épouse l'héritière des Hau- 
teville de Lecce qui avaient un instant, avecTancrède et Guillaume III, occupé le 
trône des Deux-Siciles. Allié au pape, il est sur le point d'enlever le royaume 
de Naples aux Allemands. Mais vaincu et fait prisonnier à Sarno , il meurt de 
ses blessures (1205). Son frère, Jean de Brienne, roi de Jérusalem, type du 
chevalier croisé, héroïque, fanatique et brutal, devient le beau-père de Fré- 
déric II, puis lutte contre lui dans les rangs des partisans de la papauté avec 
son neveu Gauthier IV. Celui-ci, dépossédé de son héritage de Lecce, s'en va en 
Orient, où il émerveille par sa bravoure Sarrazins et Chrétiens. Fait prisonnier 
à la bataille de Joppé (1244, 18 oct.), il est ramené en 1246 sous les murs de 
la ville pour inviter les habitants à se rendre. Mais lui les encourage au contraire 
à la résistance, et après avoir -subi d'affreux traitements, il est reconduit au 
Caire où il périt massacré. Son fils Hugues ne prétendit plus conquérir la cou- 
ronne de Naples, mais il vint en 1268 se joindre aux chevaliers français qui 
accompagnaient Charies d'Anjou; il rentra en possession des biens de sa famille, 
et fut un des plus fidèles défenseurs de la nouvelle royauté sous Charles I" 
et Charles II d'Anjou, dans la mauvaise comme dans la bonne fortune, sur 
terre comme sur mer. Il mourut en 1296, probablement en combattant le parti 
sicilien. Son fils Gauthier V, après une guerre héroïque mais malheureuse en 
Sicile, devient en 1 308, par la mort de son cousin Guy de la Roche, maître du 
duché d'Athènes, un des fiefs les plus considérables de l'empire latin de Cons- 
tantinople. D'abord victorieux en Thessalie, grâce aux mercenaires de la Grande 
Compagnie, il est bientôt obligé de les combattre, et il est tué à la bataille du 
Céphise (i 5 mars 1 3 11). Gauthier VI, son fils unique, connu sous le nom de 
Duc d'Athènes, était possesseur de fiefs considérables en Champagne, en Italie, 
en Grèce et en Chypre. Grâce à ses éminentes qualités militaires, à son esprit 
audacieux et violent, il devint un instant maître absolu de la République florentine ; 
il croyait y fonder une seigneurie, quand le peuple qui l'avait acclamé comme 
un sauveur, l'expulsa comme un tyran. Fidèle aux traditions de sa famille, il 
continua de guerroyer en Italie, et enfin périt glorieusement à la bataille de Poi- 
tiers dans les rangs de l'armée française (13 $6). C'est la maison de Gauthier 
d'Enghien, mari de la sœur du Duc d'Athènes, qui hérita de la fortune et des 
possessions des Brienne. Au xv* siècle Marie d'Enghien, fille du comte Jean de 
Lecce, épousa le roi de Naples Ladislas le Victorieux (1386-1414) et posséda 
de la sone cette couronne tant enviée par ses ancêtres, les Brienne. 

Ces aventuriers héroïques dont le sort semble avoir été de vivTe et de 
mourir l'épée à la main, étaient bien dignes d'attirer l'attention d'un historiée 
qui saurait joindre au talent du narrateur la consciencieuse patience de l'érudit. 



l66 REVUE CRITIQUE 

M. de Sassenay a entrepris le premier une histoire suivie des Brienne de Lecce et 
d'Athènes. Son ouvrage a une véritable valeur littéraire en même temps qu'il 
s'appuie sur de solides recherches. M. de S. a consulté sur les événements qu'il 
avait à raconter les travaux les plus récents et les mieux faits; il a étudié les 
sources mêmes; il a fait plus, il a compulsé les Archives de Naples et y a trouvé 
des documents intéressants. C'est avec l'aide de ces documents qu'il a éclairé 
l'histoire de Hugues de Brienne (p. i ^6-164), et nous a montré en lui ce mé- 
lange de rapacité et d'héroïsme qui est le trait distinctif du caractère des Brienne 
d'Italie. — L'histoire de Gauthier IV, de Hugues et de Gauthier V, est la partie 
la plus neuve et la mieux traitée du hvre de M. de S. Ce n'est pas un mince 
mérite pour un débutant que de savoir en même temps captiver l'attention de 
ses lecteurs et apporter à la science des matériaux et des résultats 
nouveaux. 

Je ne saurais mieux prouver l'estime où je tiens l'ouvrage de M. de S. qu'en 
le critiquant avec un certain détail. Je ferai d'abord quelques observations sur 
sa méthode, puis je relèverai les faits sur lesquels il me paraît s'être trompé; je 
marquerai enfm les points où je diffère de lui dans l'appréciation des événe- 
ments historiques. 

Le défaut général de méthode que je reprocherai à M. de S., c'est d'avoir 
fait un livre qui n'est ni assez strictement scientifique pour les savants, ni suffi- 
samment clair pour les gens du monde. Il laisse inexpliqués des noms peu 
connus pourtant : les Ibelin par exemple (p. 1 18).' — Il parle de la Romanie 
(p. 200), comme si ce terme s'employait encore aujourd'hui pour parler de 
l'empire de Constantinople. Il parle de la tante de Guillaume II (p. 26) sans 
nous dire qu'il s'agit de Constance, l'héritière du royaume des Deux Siciles. Il 
nous parle du comte d'Artois comme guerroyant en Sicile (p. 159) sans nous 
avoir dit qu'à la mort de Charles F' d'Anjou et pendant la captivité deCharles II, 
Robert d'Artois, frère de Phihppe-le-Bel , avait été chargé de gouverner le 
royaume de Naples. Enfin (p. 166), il nous parle du roi Robert sans nous avoir 
d'abord averti que Charles II était mort et que Robert lui avait succédé. Ces 
distractions sont excusables dans un livre d'érudition où l'on ne s'intéresse qu'aux 
faits nouveaux ou douteux; mais elles ne le sont pas dans un livre destiné aux 
gens du monde. 

Si nous nous plaçons maintenant au point de vue de la science, nous trou- 
verons que M. de S. n'a pas su toujours conserver à son style cette allure simple 
et sévère qui donne à l'histoire un accent de sérieux et de bonne foi. Il y a par- 
fois une recherche de pittoresque exagérée ^, d'autres fois des préoccupations 
contemporaines qui donnent de fausses couleurs à l'histoire. Pourquoi comparer 
Jean de Brienne à Lamoricière (p. 116)? et pourquoi appeler les évêques de 

1. Voy. Ducange, Les grandes familles d'Outremer, p. 360. Les Ibelin étaient une 
famille de nobles français établis à Ibelin (auj. lebneh?) près Rama et Lydda, et ennemis 
acharnés de Frédéric II. 

2. Voyez surtout les descriptions de paysage du début et le passage sur la mort de 
Gauthier, III (p. 86). 



d'histoire et de littérature. 167 

Beauvais et de Clermont amenant des soldats au pape « les zouaves des temps 
passés » (p. 113).' Cet amour du pittoresque et de la phrase à effet amène 
M. de S. à altérer quelque peu la réalité. Je ne parlerai pas du passage où il 
raconte l'histoire de Sibylle (p. 29), d'après Dandolo, qui écrivait deux siècles 
après, et d'après Ferrari -dont il juge lui-même le témoignage par cette note : 
« il y a beaucoup d'invention dans ce passage»; mais comment peut-il traduire: 
« ingenio magis et industria quam corporis virtute pr£stantem » , » par « il (Tan- 
» crède) appliqua sa remarquable intelligence à l'étude des lettres, des sciences 
» et des arts, et apprit tout ce qu'on savait alors de mathématiques, d'astrono- 
» mie et de musique » ? M. de S. reproduit ici textuellement M. de Cherrier 5 
qui a brodé sur le texte. Plus loin M. de S. traduit : « a domino papa venerantur 
» est acceptas », 4 par : « il fut accueilli très-froidement », ce qui me paraît une 
traduction bien libre. 

Mais ce ne sont là que des détails secondaires. J'ai un reproche plus grave à 
adresser à M. de Sassenay. Quoiqu'il n'avance rien qu'il ne justifie par de bonnes 
autorités, quoiqu'il cite ses sources (il les cite même parfois avec excès) ^, il ne 
les a pas encore suffisamment étudiées. Il les connaît; mais il ne s'est pas rendu 
compte de leur valeur exacte, de leur autorité respective, et sa critique manque 
ainsi de base. Il y a une certaine négligence dans sa manière de citer ^, et Pon 
pourrait croire au premier abord que son érudition est plus apparente que réelle. 
En voici quelques exemples : P. 15, n. 1 : « Saint Priest, I, 50, cite Snorro 
» Sturleson, aut. suédois, et Raskant, danois. » — Snorro Sturleson est un 
islandais du xiiie s., auteur du Snorro-Edda publié en 181 8 par Rask (non Ras- 
kant) 7, érudit danois (m. en 1832); pp. p, 82 : M. de S. cite Bernard le 
Trésorier et le continuateur de Guillaume de Tyr comme deux sources distinctes, 
tandis que Bernard le Trésorier est précisément l'auteur ou l'abréviateur sup- 
posé d'une partie de la continuation de Guillaume de Tyr. s p. 53, n. i : Chro- 
nicon Uspergense. Argentoralii MDXIV; pour : Chronicon Urspergense. Argentorati. 

1. Si je critiquais M. S. au point de vue littéraire, je lui ferais plus d'une chicane. Je 
prends quelques exemples; p. 16 : « des bonnes sources » pour : de bonnes sources; 
p. ^0 : « M. d'Arbois de Jubainville, qui réalise en une vie d'homme ce que les Bénédic- 
» tins d'autrefois n'accomplissaient qu' tn plusieurs générations »; p. 89 : « il vit son 
» propre gendre s'emparer de sa personne »; p. 41 : « il eut l'habileté de persuader le 
» pape de son repentir» pour « convainquit de. . . »; p. 72 : M. S. appelle un fragment 
épique complainte, etc. 

2. P. 22; n. 3. Hugo Falcandus, Murât. VII. 28$ A. 

3 . De Cherrier, Histoire de la lutte des Papes et des Empereurs. I. 213. 

4. Robert d'Auxerre, Hist. de France. XVII. 247. 

j. Est-il bien utile, après avoir exprimé l'impression douloureuse que produisit sur 
lui la vue d'Otrante, de justifier ses sentiments en citant : Craven, Murray (Handbook!), 
Galateo, Marciano, Ughelli (p. 6, n. 3)? 

6. Je ne parle pas des fautes d'impression. Il est bien regrettable qu'un volume d'un 
aspect si agréable et si soigné soit criblé des fautes d'impression les plus grossières, dans 
les notes du moins. Ces fautes, soit pour les noms, soit pour les "chiffres, sont si nom- 
breuses que j'ai dû renoncer à les relever. 

7. Raskant doit être une faute d'impression pour Rask, aut. (auteur). 

5. Voyez sur cette question délicate et controversée la préface du t. II du Recueil des 
Historiens des Croisades, et une dissertation de M. de Mas Latrie dans la Bibliothèque de 
lEcole des Chartes, y série, t. I, p. 38-72 et 140178. 



l68 REVUE CRITIQUE 

Quant à la date, la première édition est d'Augsbourg, 1 5 1 5. Les deux éditions 
de Strasbourg sont de 1537 et 1540. P. 61, n. 1 : « J'ai adopté le nom de 
» Schirrmacher et de Winkelmann. » Cette indication est un peu vague pour 
deux ouvrages capitaux ', dont M. de S. s'est, et avec raison, beaucoup servi. 
— P. 63, n. I : Chronicon Fossaenovae. Le nom d'Annales Ceccanenses est au- 
jourd'hui adopté, car cette chronique fut écrite au monastère de Ceccano, dio- 
cèse de Ferentino ^, et son premier titre n'avait d'autre raison d'être que l'exis- 
tence d'un manuscrit au monastère de Fossanova. — ?• 99 : Godofr. Colon. — 
Il est reconnu que Godofridus Coloniensis n'a pas existé, et son ouvrage est 
appelé aujourd'hui: Annales Colonienses Maximi 5. — Ce. n'est pourtant pas que 
le sens critique fasse défaut à M. de Sassenay. Il discute avec beaucoup de 
finesse l'autorité du témoignage des Gesîa (p. 49 et passim, ch. II et III), ce 
panégyrique officieux d'Innocent III, de celui de Villani(VIII passim), représen- 
tant passionné des haines et des intérêts de la bourgeoisie florentine. Il rejette 
avec raison le récit de Florian Bustron sur la mort de Gauthier IV pour accepter 
celui du contemporain Joinville (p. 134, n. 1). Pourquoi n'a-t-il pas été aussi 
exact dans l'examen de toutes ses sources? Ce qui a manqué à M. de S., ce 
n'est pas l'intelligence critique, c'est l'habitude d'une bonne méthode de travail. 
S'il ne voulait pas surcharger son volume de notes développées, ne pouvait-il 
pas faire comme M. Winkelmann, et placer en tête ou à la fin de son volume le 
tableau des sources consultées avec quelques mots indiquant leur provenance et 
leur valeur? 

Ce défaut d'exactitude dans l'étude des sources, cette inexpérience des bonnes 
méthodes, a été la cause de la plupart des erreurs de M. de Sassenay, Voici 
une preuve curieuse de cette inexpérience. M. S. nous dit « qu'il a consulté un 
» des astronomes les plus distingués de l'Italie » pour savoir en quelle année, 
indiction XIII, le 9 mai tombait un mercredi. Il suffisait d'ouvrir VArt de vérifier 
les Dates, pour trouver l'année 1285 4^ Pour l'histoire de la lutte entre Gau- 
thier III, allié d'Innocent III, et les capitaines allemands dans le midi de l'Italie, 
de 1200 à 1206, M. de S. hésite parfois entre les divers témoignages, faute 
de les avoir d'abord classés avec soin. Il tient avec raison les Gesîa en suspicion. 
Leur partialité pour Innocent IV est évidente, et ils ne donnent pas d'exactes 
indications chronologiques. Mais M. de S. néglige constamment les Annales 
Caslnenses qui sont pour cette époque la source la plus précise et la plus voi- 
sine des événements s. Il préfère suivre le poème sur les exploits de Gauthier, 

!. Schirrmacher, Kaiser Friedrich der Zweite ^. Bde. Gœttingen 1859-1865. in-8°. — 
V^inkeimann, Geschichte Kaiser Friedrich der Zweite u. seiner Reiche. 2. Bde. 1863-1865. 
In-8*, inachevé. 

2. V. Pertz. SS. XIX, 275. 

3. V. Pertz. SS. XVII, 729, Wattenbach. D. Gschtsq. p. 499. — Qu'est-ce que 
veulent dire des notes ainsi conçues : Inveghes t. III (p. il), n. i); Bulifon, II, 78 (p. 87, 
n. 2); Nicolas Vignier, c 30 (p. 98, n. 2)} 

4. Pourquoi M. S. prend-il ensuite avec Ferrari la date du u juin 1286, quand l'ins- 
cription donne : diem veneris nono mensis Junii? Le 9 juin tombait le samedi, tandis que le 
1 1 tombait un lundi, ce qui s'éloigne davantage du texte. 

5. Elles se terminent en 121 2; les Ann. Ceccanenses en 12 17. Ryccardus de San Ger- 



d'histoire et de littérature. 169 

renfermé dans les Annales Ceccanenses, document précieux sans doute, mais d'une 
exagération toute poétique et postérieur aux A. Casinenses, et Ryccardus de San 
Germano qui écrivait 2 5 ans plus tard en se servant des Ann. Casinenses et qui, 
de l'aveu même de M. de S., a commis une erreur de chronologie pour l'an 
1201. — Je n'accepterais donc pas, comme M. de S. y semble disposé (p. 83), 
l'idée que Gauthier aurait été victime d'une trahison à Samo (1205, 1 1 juin). 
Il n'a été perdu que par sa négligence. Les Ann. Casinenses confirment le récit 
des Gesîa : « dictus cornes Gualterius apud Samum cum sociis suis decubans 
» minus caute » (A. C. ad ann. 1205) — Pour la soumission de Dipold, M. de S. 
a suivi Rich. de San Germano qui donne 1206 (p. 90). Mais Richard a déjà placé 
en 1202 les événements de 1201 (p. 70). Il y a donc chez lui une erreur d'une 
année. J'accepte la date de 120J donnée par les Ann. Casinenses. Elles nous 
disent positivement, d'accord avec les Gesta et Richard, que le pape s'allia im- 
médiatement avec Dipold vainqueur, et se hâta d'oublier son allié vaincu et 
tué '. Dans le récit des différends de Jean et de Gauthier IV de Brienne avec 
Frédéric (p. 102-103), ^^- ^^ ^- accepte sans restriction les récits romanesques 
et empreints d'une partialité évidente que le guelfe Salimbene écrivait à la fin 
du siècle, après 1283; tandis que le contemporain Rich. de S. Germano noiis 
dit simplement que l'inimitié de Gauthier et de Frédéric força le premier à s'éloi- 
gner. — Je ne saurais non plus être d'accord avec M. de S. au sujet de la mort 
d'Hugues de Brienne (p. 163-164). Il a montré dans une note excellente 
(p. 163, n. 2) que Hugues était mort entre le 4 juillet et le 27 août 1296. Mais 
il se trompe en disant que Lecce « fut livrée à toutes les horreurs d'une ville 
» prise d'assaut », et que « Hugues trouva la mort en se défendant. « Specialis, 
notre source unique pour cet événement (III, 15), nous dit: « Cuncti sinebello 
» patriam deserunt.... absque bello itaque terra capta est.» — M. de S. suit fidèle- 
ment dans le récit de la bataille de Gagliano (p. 167- 17 5), où Gauthier V fut pris par 
Blasco d'Alagona, le ch. XII du V* livre de Specialis. Mais ce chapitre est le plus 
suspect de toute l'oeuvre de ce latiniste prétentieux. Il y cite cinq fois Virgile, et 
tout le récit est formé de fragments de vers. On croirait avoir ici un poème mis 
en prose. Muntaner qui écrivait un peu avant Specialis ^, et qui avait pris part 
aux événements, fait un récit moins épique et où Blasco d'Alagona ne commet 
pas une trahison aussi honteuse. Muntaner, il est vrai, est partial pour le parti 
espagnol, et par cela même suspect; mais il fallait nous mettre en garde contre 
les amplifications poétiques de Specialis. 

On le voit, ce qui manque à M. de S., c'est l'habitude de la critique. Il se 
laisse emporter par ce qui séduit son imagination aux dépens de la scrupuleuse 
exactitude historique. La netteté et l'impartialité de ses jugements s'en ressen- 



mano se servait des Annales Casinenses vers 1 240, ou même plus tôt. Les Gesta écrits 
après 1116 sont tout à fait indépendants des Ann. Casinenses. 

1 . « Triumphans de hoste Diopuldus et se ipsum humilians, domnus papa missis nuntiis 
» fecit ipsum Diopuldum et suos ab excommunicatione absohi, credens eum ecclesia 
• profuturum. » 

2. Muntaner termine son œuvre en 1330, Specialis en 1333. 



lyO REVUE CRITIQUE 

tent parfois. Je n'en prendrai qu'un seul exemple, le plus frappant de tous ' : son 
appréciation du rôle du Duc d'Athènes à Florence. Entraîné par l'intérêt de son 
sujet et peut-être aussi par des sympathies de compatriote, M. de S. est disposé 
à toujours admirer ou du moins à excuser le plus possible les Brienne. Il dit une 
fois en parlant de Gauthier V « notre héros » (p. 144) et cela au moment où il 
raconte une spoliation commise par lui. — Pour Gauthier VI, voici quelle est sa 
théorie. Porté au pouvoir par l'enthousiasme universel dans une ville où depuis 
longtemps le parti aristocratique et le peuple étaient écrasés par une oligarchie 
bourgeoise, Gauthier VI de Brienne voulut rétablir à Florence un régime équi- 
table « en tenant la balance égale entre tous les partis. » Il dut pour cela concentrer 
tous les pouvoirs entre ses mains. Menacé par de sourdes intrigues, il s'irrita, 
devint violent, tyrannique , et fut expulsé par trois conspirations simultanées, 
aidées d'un soulèvement populaire. Sa domination avait duré du 8 septembre 1 342 
au I" août 1 343. M. de S. cherche à pallier les torts de Brienne, il affirme que 
les condamnations qu'il fit prononcer conti'e les gros bourgeois étaient justes ; il 
nie que son administration financière fut oppressive, il semble en faire un homme 
désireux du bien public et qui ne tomba que pour avoir été trop équitable 
(v. p. 238). — Je reconnais qu'il y a une part de vérité dans l'opinion de 
M. de S. Il a raison de n'accepter qu'avec défiance le témoignage de Villani, 
ennemi pour ainsi dire personnel du Duc, et membre de l'oligarchie qu'il voulait 
détruire. Il a raison de ne pas croire au traité conclu, d'après Villani, par les 
prieurs avec le Duc dans la nuit du 7 sept. 1 342 (p. 207); il a raison de beau- 
coup rabattre des cruautés que Villani prête à Gauthier VI, et de ne pas être 
trop confiant dans l'innocence des premières victimes de son tribunal. Certaine- 
ment le jugement des historiens florentins a été trop sévère pour le duc 
d'Athènes, et l'oligarchie bourgeoise qu'il a renversée était égoïste , injuste et 
tyrannique, surtout envers la plèbe (popolo minuto). Mais l'équité et les bonnes 
intentions du Duc d'Athènes ne suffiraient pas à expliquer comment, dans l'es- 
pace de dix mois, à un enthousiasme sans borne succéda chez le bas peuple lui- 
même une haine que cinq siècles écoulés n'ont pas encore éteinte. Le Duc 
d'Athènes était un ambitieux intelligent qui sut profiter des crimes de ses adver- 
saires et de la division des partis pour établir son pouvoir; il sut prendre d'abord 
le rôle d'un justicier réparateur de torts; mais l'accord de tous les témoignages 
nous le montrent enivré par sa puissance, se livrant à toutes ses passions et 
suscitant doublement la haine, comme tyran et comme tyran étranger. M. de S. 
dit avec beaucoup de justesse qu'à Florence, au xive siècle, on ne comprenait 
pas la liberté comme nous la comprenons aujourd'hui; mais on l'aimait pourtant. 

I. Je pourrais discuter avec M. S. au sujet du rôle d'Innocent III. Il a très-^ien montré 
la déloyauté de sa conduite envers son pupille Frédéric ; il a prouvé qu'il appela Gauthier 
(p, 35-37) et que celui-ci ne vint nullement à l'improviste comme le prétend de Cherrier 
(I, 397). Il va même jusqu'à croire (p. 49) qu'Innocent avait délié d'avance Gauthier de 
ses serments. Pourquoi alors parler de sa droite nature (p. 37) et dire que les voies tor- 
tueuses lui répugnaient (p. 87)? J'aurais bien à dire aussi sur Frédéric II, pour lequel M. 
S. paraît avoir une très-grande antipathie, et sur Charles d'Anjou, ce brutal fanatique, 
qu'il traite avec une faveur toute particulière. 



d'histoire et de littérature. 171 

Florence resta libre quand toutes les autres villes avaient accepté des tyrans , 
et les Médicis ne purent établir leur pouvoir qu'en conservant toutes les appar 
rences de la liberté. 

M. de S. se trompe quand il dit que Gauthier tint la balance égale entre tous 
les partis. Il s'appuya sur les nobles (grandi) et sur le peuple pour écraser les 
riches bourgeois (popolani grassC). Je lui accorde que les bourgeois frappés les 
premiers par lui pouvaient être coupables ; mais il ne les frappait pas seulement 
parce qu'ils étaient coupables, il les frappait surtout parce qu'ils faisaient panie 
du popoio grasso. Tous les historiens sont unanimes sur ce point, y compris 
l'auteur des Istorie Pistolesi que M. S. invoque pour prouver la culpabilité des 
condamnés, et qui n'a pas les passions de Villani. « Vedendo li grandi di Firenze 
» e il popoio minuio, ch'el Daca procedeva cosi aspramente contro ai popolani grassi, 
» profersono al Duca di farlo Signore di Firenze liberamente. Elli l'intese volentieri ' . » 
Mais Brienne a aussi condamné deux nobles, les Bardi, dit M. de S. — Cela est 
vrai, mais ce fut plus tard, à l'époque où il s'appuyait uniquement sur le peuple, et 
parce qu'ils avaient fait offense à des gens du peuple. Alors, dit Ammirato 
(l. IX) : « attese a strignersi con Beccai, con Vinattieri, con Scardassieri ed altri 
» artefici minuti. » — Un fait suffit à prouver la partialité qui dirigeait les juge- 
ments du duc d'Athènes. Il condamne Giovanni di Bemardino de' Medici pour 
avoir laissé échapper le prisonnier Tarlato da Pietramala, et il prend peu après celui- 
ci pour son intime conseiller. M. de S. a passé ce dernier fait sous silence. Il n'a 
rien dit non plus du tribunal exceptionnel de quatre juges étrangers établis par le 
Duc et qui décidaient de toutes les causes sommairement, en secret et sans 
appel *. Il n'a pas dit que Gauthier avait presque pour seuls conseillers des évê- 
ques étrangers, chose doublement odieuse aux Florentins», et deux laïques, deux 
nobles : Tadato da Pietramala et Ottaviano Belforti. Si M. de S. a passé sous 
silence quelques-uns des faits qui ont rendu la domination de Gauthier insuppor- 
table, il essaie de mettre les autres en doute. Il nie qu'il ait commis des exac- 
tions financières. J'admettrai avec lui, contre Villani, que Brienne a pu ne pas 
lever de taxes ni de gabelles nouvelles, ne pas commettre d'exactions légales; 
mais pour être illégales, purement arbitraires, elles n'en étaient que plus oppres- 
sives, et tous les témoignages s'accordent sur ce point. « Nul acte n'en fait foi, » 
dit M. de S. Je le crois bien; il avait supprimé toutes les magistratures munici- 
pales. A partir du 10 octobre 1242 nous n'avons plus aucun acte des conseils de 
Florence. Dans les villes voisines, il établissait des vicaires qui concentraient 
tous les pouvoirs dans leurs mains et administraient au mépris des formes légales. 
Tel ce Meliadus d'Ascoli à Pistoia dont nous parient les Istorie Pistolesi^. Toutes 
les pièces officielles écrites à l'occasion de la chute du Duc se plaignent de ses 
exactions. Ce ne sont pas en effet des taxes et des gabelles, ce sont des vols et 

1. Muratori. SS. rer. Ital. XI. 490. 

2. V. l'excellent mémoire de Paoli, Dclla signoria di Gualtieri Duca d'Atene, p. loi 
avec les pièces à l'appui. 

3. Ceux de Lecce, d'Ascesi, d'Arezzo, de Pistoia et de Volterra. 

4. Mur, XI. 492. 49J. 



17^ REVUE CRITIQUE 

des concussions : « In tantum nos gravavit per diversos ei insolitos modos sumptibus 
» et expensis, quod nemo poîerat, quod suum esset, aliquod repuîare >. M. de S. ne 
nie pas qu'il se soit porté à d'extrêmes violences, mais il trouve ridicule aux 
compatriotes de Boccace d'accuser ses mœurs. Il y a pourtant quelque différence 
entre la voluptueuse insouciance des conteurs du Décameron et les lubriques 
caprices d'un tyran. Ici encore tous les témoignages s'accordent; même Ammi- 
rato, plus indulgent pour le Duc que Villani, nous dit : « portandosi molto sconcia- 
» mente verso l'honor délie donne », et il parle avec mépris de ce Cerretieri de 
Visdomini, « segreto consigliere degli amori, dello stato e di tutti i fatti del Duca. » 
Il me paraît ressortir avec évidence de tous ces faits que le Duc d'Athènes a 
exercé un despotisme absolu, qu'il l'a exercé avec violence et injustice, qu'il n'a 
nullement cherché à tenir la balance égale entre les partis, mais qu'il s'est servi 
des rancunes de la noblesse et des haines populaires pour enlever à la bour- 
geoisie, qui avait fait la grandeur de Florence, son pouvoir et ses richesses. Je 
ne saurais voir dans la faveur accordée au bas peuple « une rare intelligence 
)) politique » (p. 239). J'y vois la politique des ambitieux de tous les 
temps , qui ont toujours flatté les haines ou les convoitises des classes 
inférieures, capables de renverser le pouvoir de l'oligarchie, mais incapables de 
se gouverner elles-mêmes et prêtes à se donner à un maître moyennant quel- 
ques avantages matériels. Nous devons nous attendre à voir bientôt représenter 
le Duc d'Athènes comme un chef de la démocratie et un réformateur socialiste; 
il n'en restera pas moins aux yeux de l'histoire un ambitieux hardi, mais sans 
grandes visées, bon capitaine et brave soldat, mais corrompu par la toute- 
puissance, et digne en définitive de la haine dont le peuple florentin a poursuivi 
sa mémoire. 

J'espère que M. de Sassenay ne verra pas dans la minutie de mes critiques 
un désir de le trouver en faute, mais au contraire mon estime pour les véritables 
qualités d'historien et d'écrivain dont il a fait preuve. S'il veut se soumettre à 
une sévère discipline scientifique, il nous donnera, j'en suis sûr, des travaux très- 
remarquables et très-utiles auxquels je serai heureux d'accorder des éloges sans 
réserves. 

G. MONOD. 

51. — Campagne du navire l'Espoir de Honfleur 1503-1505. Relation 
authentique du voyage du capitaine Gonneville es nouvelles terres des Indes publiée 
intégralement pour la première fois avec une introduction et des éclaircissements, par 
M. d'Avezac, membre de l'Institut. Paris, Challamel, 1869. In-8*, 11$ p. 

Le remarquable petit volume que vient de publier M. d'Avezac, est extrait 
des Annales de voyages, recueil que le savant géographe enrichit depuis longtemps 
de ses travaux. Je ne crains pas de prédire au livre le succès qu'ont obtenu 
déjà, en juin et juillet 1869, auprès des lecteurs des Annales, les deux articles 
dont le livre est formé. 

1 . Lettera dtl comunt di Fircnze al Rc... di Napoli.— 10 Agosto 1343 (Paoli, Docum. 
n. P3). 



d'histoire et de littérature. 175 

La Relatioriy très-intéressante, est bien courte : elle est renfermée en une tren- 
taine de pages. Heureusement que M. d'A. nous dédommage de la brièveté d'un 
tel document, par les développements considérables qu'il a cru devoir donner à 
son Introduction. Cette introduction, qui n'embrasse pas moins de 86 pages, se 
divise en deux parties, la première contenant une revue complète des notions 
acquises antérieurement à la publication actuelle, la seconde offrant un examen 
non moins complet des notions nouvellement recueillies. Les profondes connais- 
sances spéciales de l'éditeur lui ont permis de tout expliquer clairement , sûre- 
ment, et l'on peut dire avec assurance que jamais relation de voyage ne fut mieux 
commentée. 

On ne connaissait jusqu'à ce jour qu'un fragment des pages dans lesquelles 
était racontée l'expédition au Brésil (et non à Madagascar, comme beaucoup 
l'ont cru) du navigateur normand, Binot Paulmier de Gonneville, firagment 
publié, en 166?, par l'abbé Paulmier', et de nouveau par le président de Brosses, 
en 1756, puis par M. Estancelin, en 1852. M. d'A. en donne une édition com- 
plète d'après un manuscrit de la bibliothèque de l'Arsenal qui lui a été indiqué 
par M. Paul Lacroix, et qui reproduit une expédition en forme délivrée, à l'occa- 
sion d'un procès, en août 1658, de la déclaration faite au greffe de l'amirauté, à 
Rouen, par Gonneville et ses compagnons, le 19 juin 1 505. 

Le résultat le plus important de la publication du manuscrit de l'Arsenal, c'est 
la constatation désormais indiscutable de l'antériorité des voyages français au 
Brésil. M. d'A., qui depuis plusieurs années, plaide si ingénieusement cette cause, 
méritait la bonne fortune de mettre en lumière, le premier, un document qui 
donne définitivement raison à sa sagacité. Les érudits étrangers , pour lesquels 
la croyance, dont le docte académicien s'est établi le ferme et persévérant défen- 
seur, n'était qu'une patriotique illusion, devront reconnaître que nulle revendi- 
cation ne fut plus légitime. Ici je tiens à laisser la parole à M. d'A. (p. 6) : 
« Bien que le voyage qui fait le sujet de cette publication remonte à la date déjà 
suffisamment ancienne du 24 juin 1503, il contient lui-même la déclaration qu'il 
avait été précédé, aux Indes d'occident, dempuis aucunes années en ça, par d'autres 
voyages de dieppois, de malouins, et d'autres normands et bretons : il n'est pas 
sans intérêt pour l'histoire, trop insoucieusement négligée chez nous, des an- 
ciennes navigations fi-ançaises, d'annoter ici que aucunes années avant juin 1503 
supposent, à tout le moins, trois années d'antériorité, ce qui démontre que nos 
navires allaient, dès la première moitié de 1500, au plus tard, chercher au 
Brésil du bois de teinture : les découvreurs si hautement proclamés de cette 
côte, Vincent Pinçon, Diègue de Lepe, Pierre Alvares Cabrai, n'y étaient venus 
qu'en janvier et en avril de cette même année ; et Améric Vespuce, à part d'eux, 
fut plus tardif». » 

1 . Voir sur la transformation , dans le Dictionnaire historique de Chaudon , de ce Paul- 
mier ou Paulmyer en un personnage fantastique appelé Myér (Paul), une piquante note de 
M. d'A. (p. 17, 18). C'est le pendant de l'historiette du bibliothécaire cherchant dans un 
catalogue, à la vaine sueur de son front, les œuvres d'un prétendu évêque d'Ypres qui 
aurait eu le prénom de Jean et le nom de Senius. 

2. Cf. avec la p. 86. 



174 REVUE CRITIQUE 

Je n'insisterai pas surtout ce que l'introduction de M, d'A. présente de curieux 
et d'instructif, non-seulement pour l'histoire et pour la géographie, mais encore 
pour l'histoire naturelle, la philologie et la bibliographie. Parmi des renseigne- 
ments si nombreux et si variés, je n'en trouve qu'un qui me semble devoir ame- 
ner une petite observation : à la p. 19, M. d'A. croit pouvoir reconnaître dans 
« l'historiographe de Sa Majesté » mentionné par l'abbé Paulmier, « Denis 
» Godefroy, pourvu de cet office en 1640, et mort en i68i. » Ce pourrait être 
tout aussi bien Fr. Eudes de Mezeray, mort en 1683, qui, en sa qualité de 
Normand, aurait plus qu'un autre apprécié la relation de Gonneville, et qui, en 
1661, toucha, comme « historiographe du roy, 3600 livres d'appointemens, » 
ainsi qu'on peut le voir dans un manuscrit de la Bibliothèque impériale (F. F. 
14027) intitulé : Recherches sur les auteurs qui ont écrit de l'histoire de France par 
commission des princes sous le règne de qui ils vivaient, manuscrit que ne consultera 
pas inutilement M. Jules Desnoyers quand cet érudit, exauçant le vœu formé par 
M. d'A. (p. 19), publiera un travail d'ensemble sur les historiographes de France 

en titre d'office. 

T. DE L. 

52. — Annuaire publié par la Gazette des beaux-arts. Ouvrage contenant tous les 
renseignements indispensables aux artistes et aux amateurs. Année 1869. lxxxvj-294p. 
avec gravures sur bois. Paris, aux bureaux de la Gazette. — Prix : 5 fr. 

Tout un côté de l'Annuaire de la Gazette des beaux-arts échappe au contrôle de 
la Revue critique. Je veux parler du côté pratique de l'ouvrage, du côté affaires, 
si je puis m'exprimer ainsi, de la liste des artistes, bibliothécaires, archivistes, 
professeurs de dessin, etc., de l'organisation des services administratifs, des 
règlements des divers établissements artistiques, des programmes des écoles et 
cours de dessin et de beaux-arts, des notices sur les sociétés des Amis des arts, 
sur les sociétés savantes, et de tant d'autres documents et renseignements ana- 
logues. Qu'il me suffise de dire que l'exactitude des auteurs et leur désir d'être 
aussi complets que possible, donnent à cette partie de l'Annuaire le caractère et 
l'importance d'une véritable œuvre scientifique. L'énumération seule des maté- 
riaux immenses qu'ils ont réunis dans un espace si limité, serait le plus bel éloge 
qu'on pourrait faire de leur travail. 

La partie de l'Annuaire relative aux monuments soit anciens , soit modernes , 
rentre au contraire entièrement dans le cadre de la Revue, et mérite un examen 
approfondi. Elle se subdivise naturellement en deux sections, l'une comprenant 
Paris, l'autre la province. Grâce à une collaboration multiple les divers fragments 
de ce vaste programme ont pu être traités avec une égale compétence, et en plus 
d'un endroit le lecteur pourra soulever le voile de l'anonyme et reconnaître la 
main soigneuse et habile de tel ou tel savant éminent (Par exemple dans le cha- 
pitre sur le département de la Seine-Inférieure). 

Dans la première de ces deux sections nous trouvons la description plus ou 
moins sommaire des collections publiques et particulières ' de la capitale. Le 

i. Ces dernières sont au nombre de 6 à 700. 



d'histoire et de littérature. 17 j 

Louvre, le Luxembourg, l'hôtel de Cluny, les Gobelins, les Musées paléogra- 
phique, municipal, d'artillerie, etc., la Bibliothèque impériale, les bibliothèques 
Mazarine, Sainte-Geneviève, de l'Arsenal, etc., font chacun l'objet d'une notice 
particulière, de dimensions variées. De même pour les sociétés savantes. Quel- 
ques-unes de ces notices, celles sur le Louvre, la bibliothèque de l'Arsenal, 
l'hôtel de Cluny, etc., sont aussi étendues qu'elles peuvent l'être dans un 
ouvrage de ce genre. D'autres le sont moins, quant à présent, mais elles rece- 
vront plus de développements dans la suite, car VAnnuaire ira s'augmentant et 
s'améliorant d'année en année. « Bien des lacunes restent à combler, » dit la 
Préface , « et pour les faire disparaître , nous avons pensé que la voie la plus 
» prompte et la plus sûre était de publier un premier Annuaire xe\ que, en deman- 
» dant à nos lecteurs de vouloir bien redresser nos erreurs et nous instruire de 
» ce que nous avons pu ignorer. » • 

Le travail sur la province présente le plus grand intérêt, l'idée en est aussi 
heureuse que l'exécution. Pour la première fois on a réuni une pareille quantité de 
renseignements de toute nature, de documents soit inédits, soit enfouis dans des pu- 
blications locales, pour la première fois on a réussi à nous donner un guide artis- 
tique de la France. L'Annuaire a dressé, département par département, et ville 
par ville, la liste des musées, ainsi que des cabinets d'amateurs. Il nous signale 
dans un langage concis les qualités des œuvres les plus remarquables ; il nous 
apprend si les catalogues sont bien faits ou non '. Il va jusqu'à reproduire parla 
gravure les chefs-d'œuvre les plus dignes d'être connus; le paysage d'Hobberaa 
du musée de Grenoble, les Petits Pêcheurs de L. Robert, du musée de Nantes, 
le Buste de jeune fille, attribué à Raphaël (musée de Lille), le Saint Symphorien 
(cathédrale d'Autun), l'admirable Gérard David du musée du Rouen, etc., etc. 

Pour les bibliothèques il indique la date de la fondation et en général tout 
l'historique, le nombre de volumes, celui des incunables, il décrit les manuscrits 
à miniatures les plus curieux, etc. 

Par le signalement des objets d'art placés dans les églises et dans les édifices 
publics, VAnnuaire a pris l'initiative de cet inventaire artistique de la France, 
que les sociétés archéologiques et autres, auraient dû terminer depuis longtemps, 
et qu'elles n'ont pas même encore commencé*. — La réimpression de la liste 
complète des monuments historiques de la France (au nombre de 14 à 1 500) 
est également fort utile. (Les autres monuments d'architecture n'ont été cités 



1 . Dans ce dernier cas il eût été bon d'indiquer l'auteur de la notice. Pourquoi aurais- 
je plutôt foi dans l'anonyme de VAnnuaire qui conteste les attributions du catalogue, que 
dans le rédacteur connu ou inconnu du catalogue. Nommez-vous, et je saurai le degré de 
confiance que je dois avoir en vous. 

2, Comme VAnnuaire se propose de former peu à peu une vraie histoire artistique de la 
France, il devrait dès à présent ajouter aux nombreux éléments qu'il a déjà réunis dans 
ce but les deux suivants : i* la bibliographie des principaux livres et périodiques consa- 
crés aux arts de chaque province ; 2' la liste de ses principaux artistes anciens et modernes. 
Les expt-sitions annuelles serviraient de base à cette dernière ; et je promets qu'en établis- 
sant le contingent que les différentes provinces fournissent au Salon, on arriverait à des 
résultats curieux. 



176 REVUE CRITIQUE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE. 

qu'accidentellement, sans doute parce que leur description se trouve dans tous 
les guides.) 

Le tableau que VAnnuaire nous donne des écoles et cours de dessin des diffé- 
rents départements , causera une vive surprise à plus d'un lecteur , et nous 
regrettons de ne pouvoir nous y arrêter longtemps. Il contient les preuves les 
plus éloquentes de la révolution artistique ^ui s'accomplit en ce moment en pro- 
vince. Le mouvement, quoique encore à l'état latent, envahit peu à peu les villes 
et les bourgs, il engendre de nombreuses écoles (généralement dirigées par les 
frères) et les peuple de centaines d'élèves. Les chiffres qu'il a produits sont déjà 
brillants, et les résultats ne tarderont sans doute pas à l'être également. 

On a pu voir par ce qui précède que VAnnuaire, à quelque point de vue qu'on 
se place pour l'examiner, témoigne d'un zèle infatigable, et qu'il forme une source 
abondante dans laquelle les travailleurs et le public pourront puiser à pleines 
mains. Nous saluons son apparition comme celle du travail le plus complet ' qu'une 
génération ait consacré à la description objective de sa propre vie artistique, et 
nous attendons avec impatience la nouvelle édition qui est actuellement sous 
presse et qui paraîtra d'ici à peu de jours. 

En terminant, nous ferons tous nos vœux pour que VAnnuaire devienne un 
ouvrage international, et qu'il admette dans son cadre les beaux-arts de l'étran- 
ger. Après tous les services que la France a reçus de la science de ses voisins, 
elle leur doit de s'occuper d'eux à son tour : les ressources de toute nature dont 
dispose la direction de VAnnuaire, la désignent tout particulièrement à cette 
mission intéressante. 

Eug. MÙNTZ. 

LIVRES DÉPOSÉS AU BUREAU DE LA REVUE. 

Berger, die Geographischen Fragmente des Hipparchi (Leipzig, Teubner). — Bram- 
BACH, Metrische Studien zu Sophocles (Leipzig, Teubner). — Bopp, Grammaire com- 
parée des Langues indo-européennes, trad. p. Bréal (Hachette). — Buddhaghosha's 
Parables translated from burmese by Rogers, with an introduction by Max Muller 
j;London, Triibner). — Delff, Dante Alighieri (Leipzig, Teubner). — Dietz, Wœr- 
terbuch zu Martin Luthers Schriften (Leipzig, Vogel). — Fricke, Untersuchungen ùber 
d. Quellen d. Plutarchos (Leipzig, Teubner), — Fritzsche, Theokrits Idyllen (ib.). — 
Khuddâka-Pâtha translated by Childers (London, Trûbner). — Max Muller, Lecture 
on Buddhist Nihilism (ib.). — Mukhopadhyaya, Career of an Indiaa Princess (ib.). 
— Plaute, Comédies trad. p. Belloy (Michel Lévy). — Scholle, Ueber den BegrifF 
Tochtersprache (Berlin, Weber). — Schubert, De Croeso et Solone fabula (Kœnigs- 
berg, Braun). — Teuffel, Geschichte d. Rœmischen Literatur (Leipzig, Teubner). 

1. Il contient, pour ne faire qu'un rapprochement, au moins quinze ou vingt fois plus 
de renseignements que VAnnuaire publié par M. P. Lacroix (1860-1862). 



Nogent-le-Rolrou, imprimerie de A. Gouverneur. 



BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE 
DES PRINCIPALES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES. 



AVIS. — On peut se procurer à la librairie A. Franck tous les ouvrages 
annoncés dans ce bulletin , ainsi que ceux qui font l'objet d'articles dans la 
Revue critique. Elle se charge en outre de fournir très-promptement et sans 
frais tous les ouvrages qui lui seront demandés et qu'elle ne posséderait pas en 
magasin. 



Bopp (Fr.). Vergleichende Grammatik d. 
Sanskrit, Sind, Armenischen , Griechis- 
chen, Lateinischen, Litauischen, Altsla- 
vischen, Gothischen u. Deutschen. 3. 
Ausg. 2. Bd. In-8*, 570 p. Berlin 
(Dûmmler's Verl.). 16 fr. 

Jacnt'S geographisches Wœrterbuch aus 
den Handschriften zu Berlin, St Peters- 
burg, Paris, London und Oxford auf 
KIosten der deutschen morgenlaend. Ge- 
sellschaft Ausg. v. Ferd. Wiistenfeld. 4. 
Bd. 2. Haelfte. In-8*, p. 481-1040. Leip- 
zig (Brockhaus' Sort). 22 fr. 

Justiniani digesta seu pandectae. Reco- 
gnovit adsumpto in operis societatem 
Paulo Kruegero Th. Mommsen. Fasc. 
Vn. Libri 44-48. 4. (2. Bd. S. 641-816 
u. 8. S. variae iectiones). Berlin (Weid- 
mann). 6 fr. 

lia Chesnaye -Desbois et Badier. 

Dictionnaire de la noblesse, contenant les 
généalogies, l'histoire et la chronologie 
des familles nobles de France, l'explica- 
tion de leurs armes et l'état des grandes 
terres du royaume possédées à titre de 
principautés, duchés, marquisats, etc. 
3'édit. entier, refondue, réimprimée con- 
formément au texte des auteurs et aug- 
mentée d'une table générale de tous les 
noms de familles, de terres, de fiefs, d'al- 
liances, cités dans le cours de l'ouvrage, 
ainsi que d'un armoriai représentant les 
blasons de maisons dont les généalogies 
sont comprises dans cette édition. T. 15. 
i" partie. In-4*, ^48 p. Paris (lib. Schle- 
singer frères). 10 fr. 

Marot (C). Œuvres. 2* volume. In-8*, 

451 p. Lyon (lib. Scheuring). 

Mémoires de l'Académie impériale des 
sciences de St-Pétersbourg. VII. série. 
Tome XIII. N* 6. u. 7. Gr. in-4*. St- 
Pétersbourg ^Leipzig, Voss). 1 5 fr. 

Mémoires de la société des antiquaires 
de l'Ouest. T. 33. Année 1868. In-8*, 
xvj-430 p. Pari5 (lib. Derache). 

Mussafia (A.). Sul testo del Tesoro di 
Brunetto Latini. Studio. In-4% 70 p. 
Wien (Gerold's Sohn). 4 fr. 



Noël (O.). Histoire de la ville de Poissy 
de ses origines jusqu'à nos jours. Accom- 
pagnée d'eaux-fortes gravées par A. La- 
motte. In-8', 321 p. Poissy (lib. Mar- 
chand). 6 fr. 

011ivier(M.-J.-H.). Le pape Alexandre VI 
et les Borgia. 1" partie. Le cardinal de 
Llançol y Borgia. In-8*, 328 p. Paris 
(lib. Albanel). 

Patrum sanctorum, opuscula selecta ad 
usum praesertim studiosorura theologiae. 
Edidit et commentariis auxit H. Hurter. 
viij-i6 p. Innsbruck (Wagner). i fr. 

Peigfné-Delacourt. Étude nouvelle sur 
la campagne de J. César contre les Bel- 
lovaques, publiée avec la collaboration 
de M. M. Plessier. In-8*, 52 p. avecfig. 
4 pi. et 2 cartes. Senlis (imp. V* Duriez). 

Rèaame. Histoire de Jacques-Bénigne 
Bossuet et de ses œuvres. T. 3, compre- 
nant la vie de Bossuet depuis 1692 jus- 
qu'à sa mort, en 1704. Paris (lib. Vives). 

Rodier (G.). Date initiale des Manouan- 
taras ou période védique. In-8*, 20 p. 
(lib. Maisonneuve et C'). 

S. Hippolyti canonis arabice a codicibus 
Romanis cum versione latina^ annotatio- 
nibus et prolegomensis éd. D. B. de 
Haneberg. In-8*, 125 p. Mûnchen 
(Franz). 4 fr. 70 

Theiner (A.). Histoire des deux concor- 
dats de la république française et de la 
république cisalpine conclus en 1801 et 
1803, entre Napoléon Bonaparte et le 
saint-siége; suivie d'une relation de son 
couronnement comme empereur des fran- 
çais par Pie VU, d'après des documents 
inédits extraits des archives du Vatican 
et de celles de France. T. i. i" partie. 
Concordat de 1801. In-8*, xiv-j78 p. 
Paris (lib. Dentu). 

Vinson (J.). Le mot Dieu en basque et 
dans les langues dravidiennes. In-8*, 1 6 p. 
Paris (lib. Maisonneuve et C*). 



— La religion des J'âina. In-8* 
Paris (lib. Maisonneuve et C*). 



24 p. 



graphiée; par M. le vicomte de Rougé. II. L'expression Mââ-Xeru, par M. A, 
Deveria. III. Études démotiques par M. G. Maspero. IV. Préceptes de morales 
extraits d'un papyrus démotique du Musée du Louvre, accompagné de deux 
planches; par M. Pierret. 

Chaque volume de ce recueil se composera d'environ ^o feuilles de texte et de 
10 planches et paraîtra par fascicule dont le prix sera fixé suivant l'importance. 
Tout souscripteur s'engage pour un volume entier sans rien payer à l'avance. 



G A TT r? T TVT D T /^ LJ Histoire de la littérature alle- 
• A. • il LL 1 i >l tv 1 L>< ri mande. 3 forts volumes in-8°. 
Tome I. Depuis les origines jusqu'à la période classique. — Tome II. Le xviii^ 
siècle, Lessing, Wieland, Gœthe et Schiller. — Tome III. Période moderne, 
depuis le commencement du xix^ siècle jusqu'à nos jours. 

Les deux premiers volumes sont en vente au prix de 20 fr., dont 4 fr. à valoir 
sur le 3'' volume, qui paraîtra en mars prochain, et qui sera délivré aux sous- 
cripteurs moyennant la somme de 4 fr., sur le bon joint au premier volume. 



Lrp Q A TV /r /^ î î D C ^^ '^^ Aventures du jeune Ous-ol-Oud- 
4 l_j O i\ iVl kJ U rVO joud (les délices du monde) et de la fille 
de vizir El-Ouard fi-1-Akmam (le bouton de rose), conte des Mille et une Nuits 
traduit de l'arabe et publié complet pour la première fois par G. Rat. In-8°. 

I fr. 50 

BIBLIOTHÈQUE 

DE L'ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES 

publiée sous les auspices du Ministère de l'Instruction publique. 
Sciences philologiques et historiques. 

1" fascicule. La Stratification du langage, par Max Mùller, traduit par 
M. Havet, élève de l'École des Hautes Études. — La Chronologie dans la for- 
mation des langues indo-germaniques, par G. Curtius, traduit par M. Bergaigne, 
répétiteur à l'École des Hautes Études. In-80 raisin. 4 fr. 

Forme aussi le i" fascicule de la Nouvelle Série de la Collection philologique. 

2" fascicule. Études sur les Pagi de la Gaule, par A. Longnon, élève de 
l'École des Hautes Études. In-S» raisin avec 2 cartes. J fr. 

Forme aussi le i*' fascicule de la Collection historique. 



I En vente à la librairie Poussielgue frères, rue Cassette, 27. 
rr? ï T \ 7' D 17 C chrétiennes des familles royales de France recueil- 
( r. U V IV il* O lies et publiées par Paul VioUet. i vol. in-8°. 6 fr- 
Choix de fragments en partie inédits composés par plusieurs personnages des 

familles royales. 

Nogenl-le-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur. 



N* 12 Cinquième année 19 Mars 1870 

REVUE CRITIQUE 

D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

RECUEIL HEBDOMADAIRE PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION 

DE MM. P. MEYER. CH. MOREL, G. PARIS. 



Secrétaire de la Rédaction : M. Auguste Brachet. 



Prix d'abonnement : 

Un an, Paris, 1 5 fr. — Départements, 17 fir. — Étranger, le port en sus 
suivant le pays. — Un numéro détaché, 50 cent. 

PARIS 
LIBRAIRIE A. FRANCK 

F. VIEWEG, PROPRIÉTAIRE 
67, RUE RICHELIEU, 67 



Adresser toutes les communications à M. Auguste Brachet, Secrétaire de la 
Rédaction (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu). 

ANNONCES 

En vente à la librairie A. Franck, F. Vieweg propriétaire, 
67, rue Richelieu. 

MTT* \/r r\ T O ET Ç ^^ ^^ Société de linguistique de Paris. Tome 
EL M U 1 ix CL O I", 3e fascicule. Gr. in-80. 4 fr. 

Contenu: I. M. Bréal. Le thème pronominal da. — II. C. Ploix. Étude de 
mythologie latine. Les dieux qui proviennent de la racine div. — III. C. Thurot. 
Observations sur la place de la négation non en latin. — IV. P. Meyer. Phoné- 
tique française, an et en toniques. — V. Variétés. F. Robiou, Recherches sur 
l'étymologie du mot thalassio. M. Bréal. Necessum; 'AvayxTj. G. Paris, Ètymolo- 
gies françaises : bouvreuil, cahier, caserne, à l'envi, lormier, moise. 



Q n^x 7 T T TT» des langues romanes publiée par la Société pour l'étude 
r\ Cj V U LL des langues romanes. Tome i", 1= livraison. Parait par 
livraisons trimestrielles. Prix d'abonnement: 10 fr. par an. 

•pr^/^TTTT'TT de travaux relatifs à la philologie et à l'archéologie 

-tV I-< v^ LJ IL 1 L^ égyptiennes et assyriennes. Vol. I, liv. I. In-4'' avec 

î pl- lofr. 

Contenu ; I. Le Poème de Pentaour, accompagné d'une planche chromolitho- 



PÉRIODIQUES ÉTRANGERS. 

The Athenœum. 1 9 février. 

h E, Thorold Rogers, Historical Gleaning; Wiklif, Laud, Wilke, Horne, Tooke; 
Macmillan; le compte-rendu est simplement un essai sur Wilke. — Le NovelUne 
di Santo Stefano, raccolte da Angelo de Gubernatis e precedute da una Intro- 
duzione suUa parentela del Mito con la Novellina; Torino, Negro; recueil qui 
paraît très-intéressant, tant par les contes qu'il renferme que par l'essai d'inter- 
prétation mythologique qu'y a joint l'auteur. — Rev. Henry J. van Lennep, 
Travels in litile-known Parts of Asla Minor; Murray; livre sévèrement critiqué. 
— Essais : Cours de MM. Richey et Mahaffy à Trinity Collège, Dublin. — J. S. 
Brewer, Le Massacre de Rathlin (rectification importante à l'Histoire de 
M. Froude). — L'archéologie et l'art à Rome. 

The Academy. N° 5 . 12 février. 

Littérature et art. Mrs. Ch. Heaton, The History of the Life of Albrecht Durer; 
Macmillan; W. B, Scott, Albert Durer, his Life and Works, Longmans 0. A. 
Symonds; art. plus favorable au second qu'au premier de ces ouvrages). — 
Prisse d'Avennes, L'art arabe, d'après' les monuments du Kaire; Paris, Morel 
(R. St. Pôle). — Théologie. Blenkinsopp, The Doctrine of Development in the 
Bible and in the Church; Allen and C" (Oxenham). — Oracula Sibyllina, éd. altéra, 
cur. Alexandre; Didot (Hilgenfeld; art. où le critique, très-compétent comme 
on sait, s'est surtout attaché à discuter les vues de l'éditeur sur l'origine de cette 
collection). — Histoire et archéologie. Pearson, Historical Maps of England 
during the first Thirteen Centuries; Bell and Daldy (J. R. Green; art. générale- 
ment favorable). — Th. Cobbe, History of the Norman Kings of England; Long- 
mans (C. W. Boase). — Hosack, Mary Queen of Scots and her Accusers; Black- 
w^ood (G. Waring; plaidoyer chaleureux qui n'a point entraîné la conviction du 
critique). — Philologie comparée et orientale. Bleeck, On the Origin of Lan- 
^uage, translated by Davidson; New-York, Schmidt (Benfey; art. qui insiste 
principalement sur les difficultés d'un tel sujet). — Buddhaghosha's Parables, 
îranslaîed from Burmese by Capt. T. Rogers, etc. (Cowell). — Wordsworth, 
Lectures introductory to a History of the latin language and Literature ; printed for 
private circul. (W. Wagner; article favorable). — Neubauer, Commentationes 
epigraphicae ; Berlin, Calvary (Hicks). — Semmola, Sopra quattro lettere greche 
dell' Imperatore Federico H ; Napoli (W. Wagner). — Parmi les informations 
réunies sous la rubrique Intelligence, nous noterons p. 123 la publication d'un 
témoignage (13 mars i $00) relatif à Léonard de Vinci; des renseignements, 
p. 124, sur les mss. à miniature de la bibliothèque de Lambeth à Londres, et 
une note de R. Rost, p, 1 38-9, sur le progrès des études pâlies. 

Jahrbuch fur romanische und englische Literatur, hgg. von L. Lemke. 
T. X, 4^ cahier. 

P. 353. Mussafia, Sur la flexion valaque; très-bon travail qui continue heu- 
reusement des recherches publiées par le même philologue dans le bulletin de 
l'Académie de Vienne. — P. 383. Brakelmann, Sur le Chansonnier de Berne 
n" 231. Ce travail, beaucoup trop long eu égard aux résultats obtenus, a pour 
objet, outre la satisfaction de certains griefs personnels, de démontrer que 
ce ms. n° 231 de Berne, a peu de valeur, et se rapproche d'un ms. assez mé- 
diocre conservé à Paris (Bibl. imp. 1591). —P. 399. De Reinsberg-Durings- 
FELD, Le dialecte de Sassari. — P. 4M. Bibliographie. C. Witte, Dante-For- 
schungen ; art. de M. Ed. Bœhmer. — P. 414. Mélanges. Note par M. A. Wes- 
selofsky sur une allusion du roi* de Navarre à un fait de l'Histoire fabuleuse des 
Bretons. On pourrait ajouter bien d'autres références à celles qu'a réunies 
M. Wesselofsky. — P. 416. Bibliographie de l'année 1868. 



REVUE CRITIQ^UE 

D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

N* 12 — 19 Mars — 1870 

Sommaire : 53. Bladé, Études sur l'origine des Basques. — 54. Geiger, l'Étude de 
l'hébreu en Allemagne pendant la première moitié du XVI" siècle. — 55. Chartes de 
l'abbaye de Saint-Pierre de Gand, p. p. Van Lokeren. 



53. — Études sur l'origine des Basques, par M. Jean-François Bladé. Paris 
[Toulouse], A. Franck, 1869. Gr. in-8' raisin, [vjJ-iv-SSo P- — ^^^ • 1° ^^' 

Ce n'est pas d'aujourd'hui que M. Bladé fait irruption dans le domaine historique 
et littéraire des Basques : il y prenait déjà cavalièrement sa place il y a quelques 
années, dans une vive campagne, pleine de verve et de bon sens critique, à 
l'encontre de prétendus chants héroïques alors en possession de cette vogue 
mondaine si facilement acquise aux forgeries des Macpherson ou des Garay 
écossais ou basques. Ce succès de bon aloi a encouragé M. Bladé à mettre au 
jour l'œuvre plus considérable que nous avons maintenant sous les yeux. 

C'est un gros livre, un fort gros livre, plein d'érudition, de recherches, de 
controverses, de beaucoup d'érudition, beaucoup de recherches, beaucoup de 
controverses : l'érudition étendue et abondante, les recherches multiples et 
variées, les controverses vives et rudes. Tel est du moins, au premier coup- 
d'œil, l'aspect sous lequel ce travail nouveau apparaît au lecteur curieux de 
dégager de cette masse de pages un aperçu de l'économie générale du sujet, de 
la disposition mutuelle de l'ensemble et de ses parties. Cette apparence est-elle 
confirmée par la réalité.?... 

N'allons pas nous attarder en considérations préliminaires sur l'intérêt et les 
difficultés du problème que s'est posé l'écrivain, ni sur les provisions de savoir 
qu'il lui a fallu demander à des études fort diverses, avant de s'attaquer à une 
question si vaste et si complexe, à laquelle d'ailleurs il a rattaché, peut-être au- 
delà du nécessaire, quantité d'appartenances et dépendances, de tenants et abou- 
tissants, de discussions principales et accessoires, de développements digression- 
nels, d'explications incidentes, d'annotations supplémentaires et complémentaires ! 
Il y a certainement un peu de luxe dans l'accumulation et le déployement de 
tant de détails, et nous aurions lieu d'éprouver une juste appréhension en mesu- 
rant la tâche que nous osons entreprendre de nous rendre un compte raisonné 
de tant et tant de choses. Heureusement que l'humble aveu de notre insuffisance 
nous permettra de garder sur bien des points le rôle modeste de simple rappor- 
teur des doctrines professées par l'intrépide écrivain dont la thèse se pose devant 
nous. 

Un coup-d'œil sur la table des matières nous montre tout d'abord l'ouvrage 
distribué en deux parties principales, l'une d'exposition, l'autre de discussion. 
La première, intitulée Historique et position du problème, consacre quatre grands 

IX 12 



lyS REVUE CRITIQUE 

chapitres, subdivisés à leur tour par sections, à passer en revue, en autant de 
groupes successifs, i. les Vascons et les Basques transpyrénéens, 2. les Vascons et 
les Basques cispyrénéens, 3 . les Ibères dans l'antiquité, 4. les Celtibériens et les colonies 
Ibériennes. La seconde partie s'occupe, en six autres grands chapitres, d'examiner 
les questions spéciales que présentent tour à tour à résoudre, en les considérant 

à divers points de vue, i. les Basques d'après l'anthropologie, 2 d'après la 

philologie, 3 la [linguistique], 4 la toponymie et la numismatique, 5 

le droit coutumier, 6 les chants héroïques; après quoi sont résumées les 

conclusions, mais sans préjudice de trois articles additionnels, l'un traitant, i . de 
quelques opinions secondaires sur l'origine des Basques, et les deux suivants ayant 
pour objet la critique de deux publications récentes, respectivement intitulées, 
2. Origines des Basques, de France et d'Espagne, par M. Garât, et }. De l'organi- 
sation de la famille chez les Basques par M. Eugène Cordier. Puis vient enfin le 
complément essentiel, Additions et corrections, celte ressource de la dernière 
heure pour tant de choses encore à dire, même après avoir tout dit! Telle est 
l'ordonnance matérielle (plus ou moins fidèlement observée), du livre de M. Bladé. 
Nous n'oserions affirmer que cette disposition soit satisfaisante de tout point, et 
doive être considérée comme la meilleure qui se pût trouver ; mais l'auteur ne 
nous annonce que des Études et nous aurions mauvaise grâce à le quereller de 
ne nous pas donner autre chose. Toutefois, même des Études, des lecteurs plus 
sévères pourront trouver que le studieux écrivain semble les mettre sous les yeux 
du public avec bien peu de façon, et se borner en quelque sorte à les écrire à 
mesure qu'il les poursuit, de la leçon qu'il vient d'apprendre, qu'il apprend 
encore, faisant aussitôt la leçon qu'il enseigne, sans beaucoup de souci d'émettre 
une assertion hâtive et hasardée, sans doute parce qu'il aura le même empresse- 
ment à en inscrire la correction dès qu'il la reconnaîtra nécessaire. Dans de telles 
conditions, les questions chevauchent, se morcellent et s'enchevêtrent avant 
d'arriver à terme; d'inévitables retours amènent de fréquents renvois, et fatiguent 
l'attention. Or le public, si indulgent qu'il soit, peut regretter qu'on ne lui ait pas 
épargné tous ces ressauts, toutes ces fluctuations d'un travail d'enfantement, au 
lieu de ne présentera son appréciation que des résultats acquis, ou tout au moins 
une argumentation soutenue et condensée, sobre d'excursions et de développe- 
ments digressifs, discrète et courtoise dans la réfutation des opinions d'autrui, 
scrupuleuse surtout à n'alléguer que des autorités exactement puisées aux sources 
originales et soigneusement vérifiées, attentive même à éviter les négligences et 
les incorrections de langage qui sembleraient trahir une insuffisante circonspec- 
tion à l'égard du juge dont on se soumet à réclamer le suffrage. Certes , sur 
beaucoup de ces points le livre de M. Bladé n'est pas absolument irréprochable, 
et lui-même ne peut se dissimuler qu'un critique agressif qui s'inspirerait de ses 
propres exemples ne trouvât quelquefois à le piquer vivement au défaut de la 
cuirasse. Ce ne sera point en ces malices que se confinera notre rôle : il ne nous 
duit aucunement de nous arrêter à de simples peccadilles sans portée ; nous aurons 
bien assez de relever les défaillances qui se laissent apercevoir dans les procédés 
rigoureux et sincères d'une critique de bon aloi. C'est surtout le but, ce sont les 



d'histoire et de littérature. I 179 

doctrines fondamentales des Études de M. Bladé que nous avons dessein d'exa- 
miner et de combattre dans ce qu'elles nous paraissent avoir d'excessif. 

La Préface fait partie intégrante du livre, et il convient d'en tenir compte, 
car elle expose, mieux que l'ouvrage même, le but et les procédés de l'auteur : 
elle formule d'une manière plus catégorique le problème dont il a cherché la 
solution, et les voies qu'il a suivies pour tenter d'y parvenir. Hâtons-nous de 
résumer, dans une brève analyse les énonciations explicites qui se trouvent ainsi 
mises à notre portée. 

« Sur la foi de Guillaume de Humboldt (expose-t-il), le petit peuple Basque 
» est accepté généralement aujourd'hui comme l'héritier direct de la race dite 
» Ibérienne, qui aurait jadis occupé toute la péninsule espagnole, et qui se ratta- 
» cherait, par un lien assez étroit, aux anciennes populations de l'Aquitaine et 
» de la Ligurie. Mais Humboldt ne s'est pas nettement expliqué sur l'origine de 
» ces Ibères eux-mêmes , et les savants contemporains présentent à ce sujet les 
» solutions les plus divergentes ». Dans l'embarras du choix, notre ardent inves- 
tigateur résolut de reprendre à nouveau l'examen du problème, et commença 
par remonter sans hésitation, avec tous ses devanciers, des Basques actuels aux 
anciens Vascons. Mais à partir de ce point s'ouvrait pour lui le champ des incer- 
titudes : le lien commun qui aurait rattaché entre elles les anciennes populations 
de l'Espagne, l'occupation entière de la Péninsule par ces ancêtres putatifs des 
Basques, ne lui semblèrent en définitive que « des théories plus ou moinsmodemes, 
» impossibles à justifier par les documents historiques ». Il aborda alors la ques- 
tion par le côté purement anthropologique, dont les indications lui parurent consta- 
ter aussi bien que les témoignages de l'histoire, que les Basques sont un peuple très- 
mélangé : conclusion à tirer pareillement de la philologie comparée, dont le tour 
suit de près. Le système d'explication, par la langue basque, de la toponymie 
ancienne de l'Espagne, tel que l'avait proposé Guillaume de Humboldt, et tel que 
l'ont appliqué à son exemple les numismatistes qui ont déchiffré les légendes des 
médailles ibériennes, fut ensuite repris à nouveau par notre imperturbable critique 
avec sa hardiesse habituelle; puis le droit coutumier des Basques, et enfin leurs 
prétendus chants héroïques, marquèrent les dernières étapes, comme il les ap- 
pelle, de ce grand travail éversif, sans lui avoir paru jeter jusqu'à présent aucune 
lumière sur l'origine de ce peuple. En somme, l'auteur le déclare ouvertement, 
son livre est « en opposition avec les idées dominantes, et principalement dirigé 
» contre le système de Guillaume de Humboldt et de ses disciples », avec une 
pleine liberté d'esprit, et « la volonté bien arrêtée de ne jamais étendre jusqu'à 
» des théories qu'il ne peut accepter, le respect qu'il doit à la personne des 
» savants qui les professent » . 

L'auteur laisse percer en ce manifeste une ardeur juvénile, une confiance en 
sa propre force, bien faites pour éveiller dans l'esprit de ses juges, vieux ou jeunes 
(ceux-ci, comme toujours, plus sévères, ceux-là naturellement plus indulgents), 
l'appréhension d'une témérité inconsidérée, éprise trop à la légère de nouveautés 
superficiellement entrevues, insuffisamment méditées, hâtivement proclamées, et 
soutenues avec l'imprudente hardiesse d'une conviction inexpérimentée Cette 



l8o REVUE CRITIQUE 

appréhension s'accroît à mesure que l'œil plonge davantage au fond de ces mul- 
tiples Études trop pressées de se produire avant une salutaire incubation qui les 
eût mûries : nous nous persuadons volontiers que, dans sa bonne foi, l'auteur a 
déjà regretté lui-même plus d'une assertion hasardée , trop tôt échappée à sa 
plume : témoins les corrections qu'il a pris soin d'introduire dans son livre jusqu'au 
dernier moment de la mise en circulation. 

S'il eût pris le loisir de promener un regard plus lent et plus attentif sur l'an- 
tiquité classique; s'il se fût donné le temps de compléter la vérification louable- 
ment entreprise , et laissée inachevée à son grand dam , des sources originales 
où il avait à puiser ses arguments, au lieu de les accepter tels quels, de seconde 
ou troisième main, en des cas où la plus sévère exactitude était indispensable; il 
n'eût point accordé une créance tellement absolue aux suspectes élucubrations 
de l'ancien consul Graslin, dont il a si complètement adopté et si complaisamment 
transporté dans son livre de si nombreuses pages, sans avoir assez la prudente 
attention de désigner toujours l'auteur auquel en doit remonter la responsabilité 
première. 

[Ce Graslin, Louis-François, né le 25 avril 1769 à Nantes, et mort le 6 no- 
vembre 18^0 à Bourg-la-Reine, avait été consul de France à Santander pendant 
21 ans, de 1816 à 1837; ^^^^ 3U mouvement littéraire qui animait alors sur 
place divers amateurs épris de la question des origines basques, et qui cherchaient 
à vérifier par des essais sur le Pœnulus de Plaute, la parenté supposée de l'Eus- 
care et du Punique, il publia enfin lui-même à Paris, en 1838, son volume De 
Plbérie, Essai critique sur Porigine des premières populations de l'Espagne, dont 
M. Bladé a fait un si grand usage. Il était fils de l'économiste tourangeau Graslin, 
dont la mémoire est restée en grand honneur à Nantes, pour les promenades 
publiques et les édifices dont il l'avait ornée aux dépens de sa fortune person- 
nelle.] 

Même dans l'usage et l'interprétation des textes qu'il a directement contrôlés 
et transcrits d'après les recensions les plus accréditées, le nouvel écrivain ne 
s'est-il pas laissé dominer, malgré l'indépendance dont il se prise, par les idées 
que lui avait insufflées Graslin ? Voyez dès le début (p. 6) l'allégation si grave, 
si contraire en effet, comme il l'a annoncé, aux idées dominantes, et qu'il im- 
porterait par conséquent d'établir sur les bases les plus solides : l'origine celtique 
des CantabresL... Elle est introduite incidemment ainsi que voici : « Ptolémée, 
» dans sa description de l'Espagne septentrionale, place les Autrigons au couchant 
» [lisez : au levant, àvaTo),ixwT£pot] du pays des Cantabres, peuple de race celtique r>. 
Gardons-nous de croire, comme cette phrase le donnerait à supposer, que 
Ptolémée ait dit un mot de l'origine des Cantabres, ni prononcé le moins du 
monde, dans leur voisinage, le nom des Celtes : l'énonciation appartient ici exclu- 
sivement au moderne écrivain, qui y rattache aussitôt une note étendue, puisée 
tout entière dans Vlbérie de Graslin, mais avec une insistance plus grande et 
plus explicite sur un prétendu témoignage de Strabon. Dans sa préoccupation, 
M. Bladé, qui cependant a consulté directement le texte du géographe d'Amasée 
dans l'édition de Charles MùUer de la collection Didot, a fâcheusement tronqué 



d'histoire et de littérature. i8i 

le passage sur lequel il prétend s'appuyer : au lieu de transcrire intégralement 

la phrase o'.xoOffi ô'Ix [lèv tûv Trpô; âpxTov [ispôiv toï; Ks>t(^tîp«ti Brjowvîî, Kavrâ^pOK 

ôfiopoi toï; Kovïffxoïc, xaî aùTot toû Ks).Tixoy Tr6),ou yeyevôte;, — il ne Commence la 
citation qu'avec le mot Btîpwve;, cherchant à se dissimuler à lui-même que si les 
Bérons étaient eux aussi provenus de la grande migration celtique, c'est qu'ils 
étaient les frères, non des Cantabres Conisques leurs voisins, mais bien des Cel- 

tibères, que Strabon avait déjà signalés comme tels un peu plus haut d-a. 

KeJ.toî;, 0? vjv Ks)-î?r.p£; xa- By-owvï; xa)o-jvTa'.. Il est Certain que Strabon , pas plus 
que Ptolémée, n'a proféré le moindre mot d'une prétendue origine celtique des 
Cantabres. 

De fait, il n'est allégué, par Graslin même, qu'un seul texte où cette origine 
paraisse réellement affirmée : c'est un passage de Xiphilin , l'abréviateur tardif 
de Dion Cassius, et qui n'a de valeur propre que pour suppléer les livres perdus 
de l'auteur original, ce qui n'est point ici le cas. Or, ce passage, dont M. Bladé 
emprunte de Graslin la traduction, est ainsi conçu dans les éditions grecques : 

AÛYoyoTo; ôè xai "ÂdTO'jps; xal Kavraypo-j; Kt/.-ixà ëOvr; 5ià -£ Tspr/rio'j Oùàppwvo; xat TCtou 

KaptffCou lvtxr,(7E. Mais en recourant à Dion, on acquiert la preuve que le passage 
de Xiphilin est certainement altéré, car les faits ainsi résumés par l'abréviateur, 
se rapportent à la double campagne, d'une part contre les Salasses des Alpes, 
d'autre part contre les Cantabres et les Astures d'Ibérie, sous le ix^ consulat 
d'Auguste avec Silanus; et comme c'est exclusivement contre les Salasses que 
fut envoyé Varron, tandis qu'Auguste se porta de sa personne contre les Can- 
tabres et les Astures, sauf à être remplacé bientôt par Antistius, puis par Cari- 
sius, il ne peut être question pareillement de Varron, dans Xiphilin, qu'à raison 
des Salasses, qui ne sont point ici nommés, et qui doivent nécessairement dès 
lors se trouver désignés par dénonciation appellative de KsXTixà I6vi^, laquelle leur 
est précisément applicable sans conteste : si bien que le passage incorrect se 
restitue naturellement en sa légitime rectitude par l'unique insertion d'un xal 
disjonctif entre Kavraûpoyç et Ke).Ttxà lOvr;, OU mieux encore par le simple déplace- 
ment de Ks/Ttxà ï^/r„ à reporter immédiatement après A-jyo-jaTo; cï, de manière à 
rétablir chez l'abréviateur de Dion, dans l'énumération des nations vaincues, le 
même ordre qu'a observé Dion lui-même. — De ce côté-là encore, par consé- 
quent, nulle trace non plus d'une origine celtique pour les Cantabres. 

On ne peut se défendre d'un sourire, à voir notre intrépide frondeur, appuyé 
sur des autorités imaginaires, se figurant et affirmant (p. 19, 65, 1 54, 179, 208, 
239. 389, 408, 430, 526) avoir démontré que les Cantabres appartiennent à la 
race celtique, se croire en droit de régenter à ce propos des hommes dont l'éru- 
dition profonde et sincère, la critique sûre et prudente, ont marqué la place aux 
premiers rangs, tels que Fréret et Guillaume de Humboldt, pendant que lui-même 
s'attelle silencieusement avec la plus merveilleuse complaisance aux fantaisies 
paradoxales d'un esprit systématique fourvoyé. — Fréret et Humboldt ont raison- 
nablement cru à l'autorité de Sénèque déclarant, lui espagnol relégué en Corse, 
que les vestiges du costume, des mœurs et du langage des Cantabres, qu'il 
retrouve en Corse, attestent une ancienne colonisation espagnole dans cette île; 



l82 REVUE CRITIQUE 

et leur bon sens en a induit sans hésiter (le témoignage tout spécialement éclairé 
de Sénèque valait bien cela) que les Cantabres étaient des Espagnols (ou des 
Ibères, pour parler comme les Grecs). Sérieusement, il ne saurait être suffisant, 
pour y contredire, du péremptoire « nous avons changé tout cela », de Sgana- 
relle. 

L'énormité singulière du paradoxe qui nous avait tout d'abord le plus offusqué, 
surtout l'importance fondamentale qu'on y attachait avec une si imprudente con- 
fiance, et le désir de le réfuter aussitôt qu'il était signalé, nous ont fait anticiper 
sur l'ordre d'exposition des doctrines de l'auteur : hâtons-nous d'y revenir. 

Avant toutes choses, M. Bladé circonscrit le champ en dehors duquel ne doit 
point s'égarer la recherche des origines basques ; il n'admet, à l'égard de ce 
petit peuple, resté, non intact, mais distinct, au milieu de la fusion commune 
des races qui l'entourent, d'autre paternité légitime que celle des anciens Vascons, 
laquelle est, du reste, universellement reconnue. Cependant il ne veut pas res- 
treindre exclusivement cette famille aux uniques Vascons proprement dits, et il 
leur adjoint (malgré les tendances de Humboldt en sens contraire) les Vardules, 
les Caristes et les Autrigons. [Remarquons au passage qu'en désignant l'empla- 
cement géographique de ces derniers relativement aux Bérons (p. 9), il attribue 
par inadvertance à Strabon un témoignage qu'Oïhénart , qui le lui fournit , avait 
exactement allégué (p. 7) comme étant de Ptolémée : hic pour celui-ci, ille pour 
celui-là]. — La famille vasconne ainsi complétée atteignait donc à l'Ouest, sui- 
vant M. Bladé, la frontière Cantabre^ où elle s'arrêtait devant une population 
hétérogène, ou du moins arbitrairement supposée telle, malgré l'association 
intime des deux noms de Vascons et de Cantabres, si frappante dans les vers de 
Silius Italicus (V, 197. — IX, 232. — X, i j-16), et qui se continuait encore 
à cinq siècles d'intervalle, dans ceux de Fortunat (IX, xxxv, 11); bien plus, 
malgré l'assimilation complète qu'en fait Juvénal (V, xv, 93-107) pour qui ce 
sont des synonymes. — Comme des Cantabres de l'Ouest, M. Bladé veut aussi, 
des Ilergètes de l'Est, faire aux Vascons une autre frontière celte, avec tout aussi 
peu de fondement, nous semble-t-il. Il est vrai qu'il promet d'abord (p. 5) d'en 
fournir ultérieurement la preuve historique, et qu'ultérieurement (p. 208) il 
assure l'avoir faite ; mais nous n'avons pu ou su découvrir à quelle place dans 
son livre, et nous ne saurions nous résoudre, en attendant, à oublier l'argument 
contraire inhérent à la riche et prépondérante cité d'Osca que leur adjuge Pto- 
lémée (II, vj, 67), et au nom de Vescitania que Pline (III, iij, 4) donne à la 
contrée. 

La démarcation ethnologique n'était point aussi vivement tranchée au Nord, 
vis-à-vis des Aquitains de la Gaule : M. Bladé n'a pu méconnaître l'autorité du 
double passage si connu de Strabon (IV, j, i.-ij, i.) sur l'affinité d'aspect phy- 
sique et de langage des Aquitains avec les Ibères, en opposition à leur dissem- 
blance complète d'avec les Celtes ; mais il en voudrait amoindrir la portée ; il 
prétend (p. 12) qu'on a torturé ces témoignages pour en forcer la signification, 
et il ne s'aperçoit pas que lui-même les tronque arbitrairement tout en déclarant 
les citer en original, retranchant précisément dans sa traduction, et jusques dans 



d'histoire et de littérature. iS} 

le texte qu'il est censé transcrire, les termes qui gênent sa fantaisie : pourquoi 
ne pas tenir compte d'abord de ce teXéo); si absolu ? pourquoi d'autre côté mettre 
à l'écart ce à-)w; ràp èraîv si net? — La primitive Aquitaine, affirme-t-il en même 
temps, comprenait des peuples d'origine diverse, tels que les Nitiobriges, les 
Vivisques, les Boïes, qui étaient Celtes. Nous croyons bien aussi pour notre part 
que des Celtes étaient mêlés aux Ibères en Aquitaine, mais autrement amalgamés; 
et nous nous garderions de comprendre dans l'Aquitaine primitive les Nitiobriges 
ni les Vivisques ni les Boïes : ces peuples furent englobés plus tard en effet dans 
la circonscription administrative de Jules César, puis dans celle d'Auguste; mais 
ils appartenaient incontestablement à la Celtique avant que la domination romaine 
fût venue substituer l'organisation provinciale au groupement des nationalités. 
Quoi qu'il en pût être, M. Bladé considère les anciens Vascons transpyrénéens 
comme « cernés à tous les aspects par des tribus de race étrangère », comptant 
pour telles (p. 39) les Aquitains aussi bien que les autres; et il ne laisse de 
Vascons apparaître en deçà des Pyrénées, qu'à dater des incursions de l'époque 
mérovingienne. Mais alors, pourra-t-on objecter, comment explique-t-il l'exis- 
tence des Auskes et de leur capitale Eli-berri signalés en Aquitaine tout au moins 
dès le temps de Caligula (Mêla, III, ij, 4)?.... Vraiment il n'en a cure, et se 
borne à les oublier. 

Démontrer le morcellement et l'hétérogénéité multiple des populations juxta- , 
posées sur le sol ibérien, telle est une des préoccupations principales de M. Bladé, 
toujours docile répétiteur des doctrines du guide peu sûr auquel il a tacitement 
voué sa confiance : que si d'aventure il lui arrive de contrôler d'après un texte 
original quelqu'une des traductions qu'il lui emprunte, il lui délivre généreuse- 
ment un satisfecit, dont l'extrême indulgence frappe d'autant plus qu'elle est 
moins dans les allures critiques du piquant écrivain. Ainsi déclare-t-il (p. 161) 
avoir vérifié l'exactitude d'une version de Polybe (III, Iviij-lix), où nous aurions 
été tenté, sans nous croire sévère , de trouver que la liberté d'interyétation 
dépasse les bornes de Pà-peu-près; mais à quoi bon se récrier sur un détail dès 
que l'argument subsiste dans l'ensemble?.... — Ailleurs dans Polybe (III, xxxvij, 
lo-i i), ici même chez Graslin et chez M. Bladé: « La partie (de l'Europe à 
» partir des Pyrénées) qui s'étend de [lisez sur, rapà] la Méditerranée jusqu'aux 
» Colonnes d'Hercule, a reçu le nom d'Ibérie ; celle qui est située sur l'Océan 
» n'est encore désignée par aucune dénomination générale, parce qu'il n'y a 
» que peu de temps qu'elle a été explorée, et qu'elle est habitée par une grande 
» quantité de peuples barbares ». [Lisez : « par des nations barbares popu- 
» leuses »]. Là est le fondement principal de toute une théorie paradoxale sur 
la valeur exclusivement géographique du nom d'Ibérie, qui serait de pure fabri- 
cation grecque, et n'aurait même point une date bien ancienne. 

A la vérité Trogue Pompée énonce par l'organe de Justin (XLIV, j, 2) que 
cette dénomination fut la première que reçut le pays arrosé par l'Ebre, et qu'il 
prit ultérieurement celle d'Hispanie; « mais », s'écrie M. Bladé (p. 121), « que 
» d'erreurs dans ces trois lignes de Justin ! » — Voyons la preuve ! Varron, 
cité par Pline (III, j, 3, Sillig) déclare que toute l'Espagne a été peuplée par 



184 REVUE CRITIQUE 

des Ibères, des Perses, des Phéniciens, des Celtes et des Carthaginois : c'est 
l'ordre successif, à travers les siècles,- des peuples qui ont précédé , en cette 
ultime Hespérie, l'arrivée des Grecs et des Romains. Or les relations fort anciennes 
de ces derniers avec les Carthaginois induisent à conclure qu'antérieurement aux 
Grecs les Romains ont dû avoir, pour désigner la péninsule de l'extrême occi- 
dent, le nom d'Hispanie, imposé suivant toute apparence par les dominateurs 
puniques^ si non même déjà par leurs ancêtres phéniciens, au gré d'une étymo- 
logie bien connue de Bochart ÇChanaan, I, xxxv) qui trouve sa justification dans 
les vers de Catulle (XXXVII, 18-19: « Cuniculosae Celtiberiae fili-Egnati »). 
— [Dirons-nous occasionnellement à ce propos, dans une fugitive parenthèse, 
une simple idée qui nous a quelquefois traversé l'esprit : que le nom persan du 
cheval vaudrait peut-être bien le nom hébreu du lapin pour l'étymologie onomas- 
tique d'un pays renommé pour ses chevaux, dont les médailles antiques sont 
empreintes d'un type de cavalier, et sur le sol duquel les Perses avaient devancé 
les Phéniciens? Rien de plus]. — Dans les traités entre Rome et Carthage que 
nous a conservés Polybe il est stipulé une interdiction absolue aux Romains et à 
leurs alliés de naviguer au delà des comptoirs puniques de Mastia et de Tarséïon, 
d'où il résulte pour M. Bladé (p. 128), comme pour Graslin, « que les navires 
» des latins avaient souvent dépassé Tarseïum, qui touchait aux Colonnes d'Her- 
» cule; les Romains connaissaient donc ce pays dès cette époque, et ils le connais- 
» saient sous le nom d'Hispania ». Si M. Bladé eût vérifié lui-même dans 
Polybe (III, xxij, 4. — xxiv, 2-4), les traités punico-romains dont il se borne 
à emprunter de GrasHn la stipulation saillante d'après une traduction latine, il 
aurait certainement reconnu qu'il n'était nullement question de Mastia et de Tar- 
séïon à l'époque par lui désignée, du consulat de Brutus et Horace, l'an 509 
avant notre ère, date expresse du premier traité ; ce n'est que dans le second 
traité, l'an 352, que fut insérée cette stipulation toute nouvelle et spécialement 
signalé* à ce titre par Polybe. L'antériorité des Latins à l'égard des Grecs, 
quant à la dénomination de la péninsule ibérique, est donc une pure rêverie de 
l'écrivain nantais trop coraplaisamment abrité sous la toge de l'érudit lectourois. 
A côté de la tentative mal réussie de rehausser l'ancienneté des notions latines 
sur l'Espagne, se développe aussitôt l'effort en sens inverse pour rajeunir les 
connaissances des Grecs. Admirateur enthousiaste d'Homère, Strabon (III, ij, 
12-13. — iv, 3-4) pensait que le divin rhapsode avait pu faire quelque allusion 
à cette extrémité occidentale du monde, et que l'Odyssée, aussi bien que l'Iliade, 
est une simple transfiguration poétique de faits réels, dont on retrouve encore 
d'innombrables vestiges : comment se fait-il que M, Bladé, qui avait sous la main 
le Strabon de Charles Millier, et pouvait en suivre directement le texte, ait eu 
l'étourderie (p. 141 ; voir aussi p. 147, 149) de copier dans Graslin la déplo- 
rable traduction que voici, ridicule version française, faite à l'aventure d'après 
une version latine médiocrement rigoureuse, d'un texte grec incomplètement 
épuré : « Les Grecs placèrent dans l'Ibérie une ville du nom d'Ulysse, ornée 
» d'un temple de Minerve : ils comptèrent sur son territoire six cents témoignages 
» du passage de ce héros, et n^infestèrent pas moins ce pays de héros fugitifs 



d'histoire et de littérature, 185 

» après le siège de Troie, que de héros triomphateurs », Au lieu de cet amphi- 
gouri, Strabon, parlant en son propre nom, dit littéralement : « Mais dans l'Ibérie 
» aussi se montre une ville Odysséia, et un temple de Minerve, et dix mille autres 
» traces delà course errante de ce [héros] et des autres survivants de cette guerre 
» troyenne également funeste et aux expulsés et aux conquérants de Troie ». 
— Le (ivpt'a grec comme le sexcenta latin (nombre indéfini) peuvent très-bien se 
traduire en français par dix mille, mille, cent, même vingt peut-être, mais jamais 
par six cents, qui pour nous est un nombre essentiellement déterminé. D'autre 
part une heureuse émendation de Corai a fort amélioré la fin de la phrase en 
substituant au pluriel le singulier xaxtôaa'/roç; mais, dans aucun cas, même la 
version latine surannée de Xylander (le fidèle traducteur si bien cautionné, et trahi, 
par Graslin) n'était susceptible de l'interprétation à contre-sens qu'a si malheu- 
reusement acceptée notre critique, 

C^est le Périple de Scylax qui pour la première fois aurait introduit chez les 
Grecs le nom d'Ibérie, qu'auraient ensuite admis Polybe et tous les écrivains 
postérieurs. Comme M. Bladé (p. 1 3 i-i p), se séparant en cette occurence de 
Graslin, attribue au rédacteur du Périple une date voisine de l'avènement 
d'Alexandre le Grand, tandis que déjà Eschyle (Plin. XXXVII, ij, 1 1), Hérodote 
(I, clxiij) et Thucydide (VI, ij, 2) avaient parlé de l'Ibérie et des Ibères, il y 
aurait ici une contradiction flagrante si l'on ne supposait que le nouvel investi- 
gateur de l'origine des Basques a probablement maintenu au compte de l'ancien 
Scylax de Caryande la rédaction primitive de la portion ibérienne comprise dans 
la compilation ultérieure intitulée du même nom. — Ce serait donc le péripleuste 
original qui, arrivant à l'embouchure de l'Èbre, et « trouvant là des gens qui 
» n'étaient ni Phéniciens ni Grecs, crut avoir affaire à des indigènes », et les 
appela, d'après leur fleuve, des Ibères, et leur pays l'Ibérie. Le critique ne 
semble pas s'aviser en cet endroit (p. 1 3 3) de ce qu'il ne tardera point à relever 
(p. 1 36) comme une erreur : que le rédacteur du Périple, après avoir étendu 
son Ibérie et ses Ibères depuis les stèles Héracléennes jusqu'à la colonie massa- 
liote d'Emporion, navigation de sept jours et sept nuits, continue de relever sur 
la côte un mélange de Ligures et d'Ibères jusqu'au Rhône, trajet de deux jours, 
ensuite les Ligures proprement dits jusqu'à Antibes, etc. — L'archéologue 
Aviénus répète dans ses vers ces données du vieux routier : (Ora Mar. 44, 572, 
503, 562-565, 608-610). 

Il ne peut y avoir de difficulté à reconnaître que Polybe se conformait aux 
indications du Périple en bornant le nom d'Ibérie au littoral sur la Méditerranée 
(p. 136); mais c'est forcer le sens et trop aider à la lettre (p. 161) que de 
représenter l'ami de Scipion Emilien « affirmant qu'à l'arrivée des Romains cette 
» contrée ne portait point encore le nom d'Ibérie ». 

Vient le tour de Strabon, lequel déclare que dans le principe on appelait Ibérie 
tout le pays qui s'étend au delà du Rhône et de l'Isthme resserré entre les deux 
golfes gaulois ; mais que désormais on lui donnait pour limite les Pyrénées, et 
que les Romains appliquaient indifféremment à ce pays les dénominations mutuel- 
lement équivalentes d'Ibérie et d'Hispanie. Cela n'est point en harmonie, paraît- 



l86 REVUE CRITIQUE 

il, avec le courant d'idées auquel se laisse dériver M. Bladé : aussi trouve-t-il 
que Strabon « ordinairement si judicieux, si exact, etc., faiblit ici de la façon la 
» plus évidente » : d'abord // reproduit l'erreur du Périple formellement condamnée 
par Polybe; puis // proclame contre toute vérité la synonymie des dénominations 
d'Ibérie et d'Hispanie. C'est une imputation un peu bien excessive, ce nous 
semble. Polybe avait marqué aux Pyrénées la limite de l'Ibérie, comme Strabon 
énonce que cela subsistait de son temps; le Péripleuste, bien antérieure Polybe, 
avait continué à rencontrer des Ibères jusqu'au Rhône, attribué pareillement à 
l'Ibérie par Eschyle, ce qui n'implique nullement que Polybe, en s'arrêtant aux 
Pyrénées, eût condamné, même indirectement, encore moins formellement, un 
témoignage autoptique tout aussi respectable que le sien propre; et Strabon a 
rappelé purement et simplement un fait incontestable en désignant le Rhône 
comme la limite autrefois admise avant qu'elle eût été restreinte aux Pyrénées. 
[Annotons occasionnellement, au passage, qu'un lapsus typographique a introduit 
surabondamment dans le texte de Strabon rapporté en la note 2 de la p. 1 36, 
une série de sept mots en double emploi]. 

Mais il se rencontre aussi dans Strabon, qui cette fois (p. 161) «l'emporte de 
» beaucoup sur tous les autres géographes de l'antiquité », des chapitres (III, 
ij, 15. — iv, 17, etc.) où il dépeint la sauvagerie des peuples barbares de 
l'Ibérie avant leur apprivoisement aux mœurs romaines, citant parmi eux les 
Celtibères comme ayant été réputés autrefois les plus farouches de tous : or 
comment admettre (p. 163) que de pareils sauvages eussent précisément con- 
servé la mémoire de leur origine ? M. Bladé, toujours sous l'inspiration de Graslin, 
se persuade qu'un tel argument suffit pour ôter toute valeur à la simple tradition 
rapportée par Diodore de Sicile (V, xxxiij) et répétée par Appien (VI, ij), d'après 
laquelle les Celtibères seraient le produit soit d'une invasion conquérante de 
peuples Celtes au milieu des Ibères, soit plutôt d'une association politique ulté- 
rieure, naturellement exprimée par la réunion des deux noms en un seul, et dont 
le souvenir se continuait chez les poètes latins de l'Ibérie, SiHus d'Italica (III, 
540), Lucain de Cordoue (IV, 9-10), surtout Martial de Bilbilis, le celtibère 
Martial, qui disait de lui-même (IV, Iv, 8) « Nos Celtis genitos et ex Iberis », et 

encore (X, Ixv, 3-4) « ex Iberis — Et Celtis genitus » [mais point : « Iberis 

» Celtisque genitos » : laissons religieusement aux poètes leurs vers tels qu'ils 
les ont écrits]. — Cela supposerait l'existence antérieure et la persistance, dans 
le pays, d'un élément ethnique spécifiquement désigné par le nom d'Ibères; or 
l'intraitable Graslin rejette bien loin ces idées routinières, et son disciple docile 
répète après lui (p. 1 59, 163) que les histoires de Diodore sont de pures fables, 
et le dire des poètes le simple écho d'une erreur ; que les Cehibères ne sauraient 
être autre chose que des Celtes cantonnés au voisinage d'un fleuve Iber ou Ebre, 
grand ou petit, unique ou multiple, d'où ils doivent avoir pris leur surnom; et il 
cueille tour à tour, comme lui, dans Strabon (I, ij, 27. — III, ij, ii.— iv, 5), 
dans Pline (III, j, ?; etnon I, j, deux fois répété), dans Mêla (III, j, 8; et non 
I, î), dans Aviénus (ora mar. 248-2 5 5). et pour en finir,, dans Polybe (XXXV,. 
iJegat. 141), tout un cortège de preuves péremptoires auxquelles, nous en 



d'histoire et de littérature. 187 

faisons humblement l'aveu, nous ne pouvons parvenir, quelque bonne volonté 
qui nous tienne, à découvrir une telle signification; c'est, sans doute, que nous 
ne sommes point munis du prisme merveilleux à travers lequel nos deux explo- 
rateurs se sont complus à consulter les textes anciens allégués. Ceux-ci, au surplus, 
disons-le sans complaisante faiblesse, sont trop souvent indiqués avec un défaut 
de précision auquel il nous a fallu, dans tout le cours de notre examen, prendre 
le soin d'obvier par des indications complémentaires et quelquefois correctives : 
à part encore néanmoins les cas où, dans notre inéluctable ignorance, force nous 
a été de jeter notre langue aux chiens, à propos notamment d'Etienne de By- 
zance, des savants traducteurs latins de la géographie de Ptolémée, etc., cités 
comme ayant reconnu au nom de Celtibères la valeur exclusive de Celtes établis 
sur les bords de l'Ebre. — Etienne de Byzance?.... Sous quel mot? en quels 
termes? — Les traducteurs latins de Ptolémée?.... lesquels? en quel endroit? 
— Mais puisqu'il est question d'Etienne de Byzance, chez qui nous n'avons rien 
su voir de ce que Graslin a persuadé M. Bladé qu'on y devait trouver, il nous a 
semblé intéressant d'y signaler, en revanche, à l'article ipr.piat (dont Constantin 
Porphyrogénète a fait , à quatre ou cinq siècles d'intervalle , le chapitre 2 j de 
son livre sur l'Administration de l'Empire), une citation textuelle d'Hérodore de 
Pont, contemporain sinon prédécesseur d'Eratosthènes, sur laquelle M. Bladé 
(p. n6) a passé trop légèrement quand il lui est arrivé de la rencontrer dans le 
tant célèbre mémoire de Humboldt sur les étymologies basques [écourté avec 
trop peu de façons par le traducteur français] : il est malaisé d'encadrer dans la 
théorie nouvelle de la non-existence d'une race ibérienne, des expressions telles 

que celles-ci : Tô 2à 'i^r^çwôw yévo; iv ygvo; âôv xa-rà çO),a. Strabon de son côté 

(III, iv, 1 1) se sert aussi d'une expression semblable à propos des Cerrétans 
Kïppr.Tavot tow T^ripixoù çuXoù. — Une dénégation arbitraire et fugitive ne saurait 
passer pour même un semblant de réfutation. 

Lorsque Strabon (III, iv, 5) émet la pensée que si les Ibères dans leur indé- 
pendance sauvage se fussent réunis en confédération, ils n'auraient point été si 
facilement envahis par les Carthaginois, et plus anciennement par les Tyriens, 
puis par les Celtes, que l'on appelle aujourd'hui Bérons et Celtibères, M. Bladé 
s'écrie triomphalement (p. 166) que « ce texte porte le coup fatal au récit de 
» Diodore » sur la double origine ethnique des Celtibères : notre perspicacité ne 
peut aller jusque-là, et nous croyons simplement que cette conquête itérative des 
Ibères par les Celtes, comme auparavant par les Phéniciens de Tyr et comme 
plus tard par ceux de Carthage, atteste suffisamment l'existence primordiale de 
ces Ibères anciens, puis la venue des Celtes conquérants, et la réunion ultérieure 
des uns et des autres en une association politique à laquelle ne convenait plus 
le nom exclusif des nouveau-venus : il est besoin, contre les témoignages exprès 
de l'histoire sur ce point, de moins frêles arguments que ces coups de grâce 
frappés dans le vide. 

Il faut se garder aussi d'altérer la forme caractéristique des noms pour ea 
changer la portée, et ne pas transformer arbitrairement en purs Celtes les C«/- 
tiques, autres coHaiéraux» mélangés de la même façon que les Celtibères, lei 



1-88 REVUE CRITIQUE 

Bérons, peut-être les Carpétans : ce sont des Celtiques et non des Celtes que 
Mêla (III, I, 8) place au voisinage des Artabres; des Celtiques et non des 
Celtes que Pline (III, i, 2) met en Lusitanie et auxquels il rattache ceux de la 
Galice; des Celtiques pareillement et non des Celtes que Strabon (III, ij, 15.— 
iij, 5) avait établis dans les mêmes cantonnements, montrant la civilisation 
romaine pénétrant chez eux à travers les Turdétans, à la faveur du voisinage, 
ou peut-être de la parenté comme le croit Polybe. Sur ce dernier mot, M. Bladé 
de conclure que les Turdétans sont aussi des Celtes : nous considérerions comme 
plus sage le raisonnement qui, reconnaissant chez les Celtiques un double 
élément, celte et ibère, expliquerait par l'élément ibère l'affiliation des Celtiques 
aux Turdétans. 

Ces Turdétans, les plus instruits de tous les Ibères au dire de Strabon (III, i, 
6. — iv, 3) « se servaient de l'écriture et avaient consigné dans leurs livres 
» des histoires, des poèmes, des lois, auxquels ils attribuaient six mille ans 
» d'antiquité », — (ou « six mille lignes d'étendue », si au lieu de 'stûv on 
accepte la leçon 'sTtwv proposée par Paulmier de Grentemesnil, adoptée par 
Meineke, répétée par Bernhardi et vivement soutenue par Dùbner en s'appuyant 
sur l'autorité de Ritschl), — ainsi qu'on le savait par Ascléplade de Myrlée qui 
avait été maître d'école en Turdétanie et avait publié une Périégèse des peuples 
de ce pays. « Les autres Ibères aussi employaient l'écriture, sans pourtant que 
» les caractères fussent identiques, non plus que le langage ». [Déjà, un siècle 
avant Strabon, dans un passage textuellement cité par Etienne de Byzance, 
Artémidore d'Ephèse avait constaté que les Ibères du littoral faisaient usage de 
l'alphabet des peuples d'Italie]. On devine bien, sans que nous ayons à le dire, 
que M. Bladé, fort dédaigneux de l'autorité d'Asclépiade, ne veut voir (p. 238) 
dans la double assertion de Strabon, d'une part qu'une fable, de l'autre qu'une 
preuve d'hétérogénéité multiple des populations de l'Ibérie : c'est son droit, et 
il l'exerce en toute plénitude ; nous réservons le nôtre de n'accéder que dans 
une mesure fort restreinte à ce courant d'idées. 

Dans son ardeur à poursuivre partout quelque preuve de diversité mutuelle 
des populations réunies sur le sol de l'Ibérie, il se laisse entraîner à en décou- 
vrir des indices là même où le but exprès de l'argumentation est de soutenir 
précisément le contraire. Ainsi, dans ces jeux oratoires (analogues aux causes 
fictives plaidées aux conférences de nos jeunes avocats) où les rhéteurs de Rome 
exerçaient leurs élèves, Calpurnius Flaccus avait pris pour sujet d'une de ses 
Déclamations (la seconde de son recueil) une accusation d'adultère contre une 
matrone accouchée d'un enfant noir : l'argumentation devait se baser sur la 
doctrine de l'hérédité du type physique des races : « sua cuique etiam genti 

» faciès manet » « Diversa sunt mortalium gênera, nemo tamen est suo 

» generi dissimilis »; et entre ces deux phrases qui consacrent le principe 
général, est encadré un double exemple, du Germain et de l'Espagnol : malheu- 
reusement le texte est corrompu, tous les critiques le reconnaissent et s'accor- 
dent sur le sens de la correction à faire. L'édition princeps de Pithou (1 580) 
portait : « rutili sunt Germaniae vultus et flava proceritas Hispaniae, non eodem 



d'histoire et de littérature. 189 

» omnes colore tinguntur )>; le contre-sens est évident et complet; mais une 
première rectification, en coupant la phrase après proceritas, assure d'abord aux 
Germains leur teint rose, leurs cheveux blonds et leur taille haute. Il reste alors 
« Hispaniae non eodem omnes colore tinguntur», semblant déclarer le contraire 
de ce que l'on veut dire : aussi Jean Schulting proposait-il et eodem au lieu de 
non eodem; Juste-Lipse, sur la Germanie de Tacite ClV-1648) a occasionnelle- 
ment corrigé Hispaniae non en Hispani an non. Que l'on accepte le et affirmatif 
de Schulting ou le an non interrogatif de Juste-Lipse [et non de Dusaulx comme 
paraît le supposer M. Bladé], on aura, ainsi qu'il convient au sens général de 
la plaidoierie, pour tous les Espagnols un même teint : une inconcevable préoc- 
cupation seule aura pu conduire M. Bladé (p. 207-208) à la conclusion précisé- 
ment contraire. 

Tenant pour assuré, en ce qui concerne le sol continental de la péninsule 
ibérique, le triomphe de sa thèse sur la non-existence d'un peuple de race ibère, 
l'intrépide jouteur (voguant toujours de conserve avec Graslin , cela demeure 
sous-entendu) poursuit la question dans les îles qui sont vulgairement réputées 
avoir reçu des colons d'origine ibérienne ; la Corse, la Sardaigne, la Sicile. — 
Nous avons déjà vu comment on accumulait, à l'encontre de l'autorité bien 
établie de Sénèque, au sujet des colons ibères de la Corse, d'imaginaires témoi- 
gnages créés par une trop ingénieuse fantaisie. — Quant à la Sardaigne, Pau- 
sanias (X, xvij, 4) y fait arriver des Ibères sous la conduite de Norax, fils de 
Mercure et d'Eurythie, fille de Géryon; souvent, dans la bouche des Grecs, de 
telles généalogies sont purement allégoriques, et de même que le triple Géryon 
dompté par Hercule fait penser à cette ultime Hespérie, domaine triparti des 
Ibères, des Perses et des Celtes, subjugués par la puissance héracléenne de 
Tyr, ne semble-t-il pas aussi qu'il se cache, disons mieux, qu'il se révèle, dans 
le récit de Pausanias, la tradition allégorique d'une expédition enfantée par l'es- 
prit commercial, et venue des lointaines contrées d'Ibérie s'établir dans l'île où 
restent encore debout ses antiques nuraghes ? Mais, pas plus que Graslin, son 
fidèle disciple ne veut de ces interprétations qui font une part à la fiction en 
réservant le fond historique; et comme ils ne songent à d'autre Hercule qu'au fils 
d'Alcmène, ils ne reconnaissent d'autre Géryon qu'un roi épirote mentionné 
d'après Hécatée par Arrien de Nicomédie (II, 16), et cherchent dès lors vers 
les mêmes parages les Ibères attachés à la fortune de son petit-fils Norax, bien 
que Solin (IV, i) le fasse partir « ab usque Tartesso Hispaniae » : or Diodore 
(XIX, 67) a nommé en Illyrie un fleuve "E8po;, et Antonius Liberalis (IV) a compté 
des Celtes dans l'armée de l'épirote Géryon vaincu par l'Hercule grec; conclu- 
sion, les Ibères de Norax étaient des Celtes des bords de l'Ebre d'Illyrie. — 
Conjecture pour conjecture, ceci est-il mieux ? Sans être précisément nouveau, 
c'est autre chose, voilà tout. 

Venons à la Sicile et à ses colonisateurs les Sicanes d'Ibérie , prédécesseurs 
des Sicules illyriens : ce sont deux peuples très-distincts, entre lesquels il faut 
se garer de toute équivoque; et sur ce point d'abord une observation préalable : 
quelque rang que l'on se soit acquis dans le monde érudit, quelque supériorité 



190 REVUE CRITIQUE 

que l'on puisse prétendre dans les luttes de la critique historique, il est, vis-à- 
vis des maîtres de la taille de Fréret, des égards obligés, qui ne sauraient per- 
mettre de laisser à leur charge personnelle des lapsus trop évidents pour être 
imputés même à leur propre inattention ou à celle d'un abréviateur tel que 
Bougainville, et qu'il faut se hâter de corriger sans hésitation et sans bruit, 
comme une méprise de copiste au pis aller, et plus probablement comme une 
simple inadvertance typographique : lors donc que par la lecture du résumé des 
Recherches ex-professo de Fréret « sur l'origine et l'ancienne histoire des peuples 
» d'Italie », on s'est instruit des opinions raisonnées de l'illustre critique sur 
l'ensemble et les détails de celte question compliquée, et qu'on arrive à rencon- 
trer dans un mémoire d'un autre genre, « sur l'ancienneté et l'origine de l'Equi- 
» tation dans la Grèce » , une mention occasionnelle du nom des Sicules accom- 
pagné de la qualité de a nation ibérienne ou espagnole » caractéristique des 
Sicanes, on ne pourra méconnaître un instant qu'il y a là une flagrante opposi- 
tion avec les idées bien constatées de Fréret, et que le mot Sicanes doit être im- 
médiatement restitué à la place de Sicules, comme correction obligée d'une 
simple faute matérielle d'impression. On voit tout aussitôt combien il serait 
puéril et naïf de prétendre infirmer les témoignages empruntés par Fréret à 
Thucydide (VI, ij, 2, 3, etc.), à Strabon (VI, ij, 4), et à Diodore (V, 6, 54, 
55, 75) pour établir l'origine ibérienne des Sicanes, en y opposant une pure 
bévue typographique, laquelle serait solennellement recueillie comme affirmation 
sérieuse d'une diversité d'opinion qui aurait été exprimée à bon escient dans un 
autre travail!... — Est-ce sérieusement aussi que l'on gourmande Fréret 
(pp. 175-178) de n'avoir pas su (lisons tout au plus accepté) les belles imagina- 
tions de Pelloutier sur la signification appellative du mot Ibères pour désigner 
des peuples celtes placés relativement dans une situation géographique ultérieure? 
Et c'est au gré de telles fantaisies que l'on donne les plus ébouriffants démentis 
aux autorités classiques .^ . . Que parlent-elles de Sicanes « venus des bords d'un 
«fleuve Sicanus, lequel n'a jamais existé en Espagne » (p. 175); plus tard, «à 
» ce cours d'eau imaginaire elles ont voulu substituer le Sicoris, et en tirer le 
» nom des Sicanes : il est inutile d'inventer un fleuve Sicanus pour trouver 
» ensuite l'étymologie du nom des Sicanes dans celui du fleuve Sicoris », etc., 
etc. Une telle manière de discuter, en face de la grande figure de Fréret, ce 
n'est qu'une triste bouffonnerie, qui ne saurait avoir les rieurs de son côté; et 
nous ne doutons pas que le copiste de Graslin ne soit pris de regret et de confu- 
sion de l'avoir suivi dans cette étrange boutade, lorsqu'il étudiera de plus près 
les textes si cavalièrement effleurés. Nous lui recommandons VOra maritima 
d'Aviénus (462-482) pour y chercher une notion moins vague et moins superfi- 
cielle de la côte où le fleuve, la ville, et le peuple des Sicanes avaient leur posi- 
tion assise dans les temps antiques auxquels le poète archéologue avait pu 
remonter à l'aide des vieilles relations puniques et grecques : là même où la ville 
et le fleuve virent plus tard leur nom modifié en celui de Sucron , qui laisse 
aujourd'hui encore apercevoir sa trace dans celui de Xucar, avec l'initiale chuin- 
tante dont les noms populaires de Don Quichote et de Chimène nous ont trans- 



d'histoire et de littérature. 191 

mis la prononciation archaïque, toujours persistante chez les Portugais, remplacée 
dans tout le reste de l'Espagne par la rude jota gutturale. Il comprendra que le 
Sicorisàe Sersins (ad /En. VIII, 238) n'est pas le même que celui de César et de 
Pline, la Segre en Cerdagne, mais bien le Sucro de la généralité des géogra- 
phes, le Xucar au royaume de Valence. 

(La fin au prochain numéro.') 



54. — Das Stndinm der hebrseischen Sprache in Dentschland, vom Ende 
des XV. bis zur Mitte des XVI, Jahrhunderts, von Ludwig Geiger. Breslau, 1870, 
Schlettersche Buchhandlung (H. Skutsch). In-8*, viij-140 p. 

La Renaissance fut une véritable résurrection pour deux langues, négligées ou 
tout à fait ignorées dans l'Occident, pendant de longs siècles. Le grec, l'idiome 
des schismatiques, et l'hébreu, l'idiome des Juifs, étaient également frappés d'une 
sorte d'interdit', que ne purent lever ni le concile de Vienne (1312)», ni le 
concile de Bâle (1430), quelque favorables qu'ils fussent à l'enseignement de ces 
deux langues, La conquête de Constantinople par les Turcs (1453), jeta un 
grand nombre de savants grecs, fuyant leur patrie, dans toutes les parties de 
l'Europe, et^foumit ainsi une cause extérieure à l'ardeur extrême, avec laquelle 
les esprits s'élancèrent vers l'étude de la langue d'Homère. Mais quel événement 
a pu décider d'une reprise analogue pour les études hébraïques ? 

C'est qu'au commencement du xv^ siècle, il s'est fait partout dans les esprits un 
vide intolérable que la fausse science des siècles antérieurs ne saura plus remplir ; 
l'ombre d'une civilisation factice ne suffit plus aux aspirations généreuses de ceux 
qui ont soif d'instruction. Le formalisme du moyen-âge était épuisé, et on sentait 
vaguement que les stériles discussions de la scholastique n'était pas plus de la 
vraie philosophie que les Closes, enseignées dans les couvents n'étaient une véri- 
table exégèse biblique. Les trésors de l'antiquité hellénique s'ouvrirent d'abord 
aux regards étonnés et éblouis par une lumière dont on avait été sevré depuis 
longtemps; dans la seconde moitié du xv^ siècle, ou plutôt dans le dernier quart 
de ce siècle , les études hébraïques vinrent à leur tour dissiper les ténèbres 
épaisses qui avaient couvert le monde. 

M. Ludwig Geiger?, dans le mémoire, dont nous rendons compte, expose la 
marche qu'ont suivie ces études en Allemagne depuis Reuchlin, qui en fiit le 
fondateur et presque le martyr, jusqu'à la seconde moitié du xvi^ siècle. Le jeune 
auteur ne s'est aucunement proposé pour but de raconter les progrès qu'a faits 
la science grammaticale pendant ce siècle ; ils étaient à la vérité peu considé- 
rables. Les Juifs seuls lisaient la Bible dans la langue originale; ils la compre- 
naient plutôt par une certaine routine traditionnelle, qu'en se rendant compte du 



1. Histoire littéraire de la France au XIV' siècle, 2' éd. I, p, 42?, 42^. 

2. Le concile qui abolit l'ordre des Templiers, M. Geiger parait avoir pensé à Vienne, 
en Autriche! Voy. p. 102, n, 4. 

3. M. Ludwig Geiger semble se consacrer à l'étude de cette époque; il y a deux ans 
déjà, il publia : Melanthons Oratio continens historiam Capnionis, Francfort, 1868. 



192 REVUE CRITIQUE 

sens de chaque mot et de la valeur de chaque forme. Les savants mêmes étu- 
diaient bien plus le Talmud, qu'ils ne commentaient l'Écriture. Les persécutions 
qu'ils avaient endurées dans les siècles, précédant la Renaissance, les avaient 
pourchassés de pays en pays, et les avaient mis dans l'impossibilité de s'appro- 
prier convenablement aucune des langues vulgaires, parlées alors en Europe. Les 
commentaires des rabbins français vivant dans les xi^xii* et xiii" siècles, montrent 
une connaissance parfaite de la langue nationale ' , et Nicolas de Lyre, pouvait 
pour ses Postilles se faire expliquer le texte hébreu par « son Juif. » Du temps de 
Reuchlin, ce premier moyen d'une franche communication, la traduction intelli- 
gible en une autre langue faisait défaut. Les maîtres étaient donc rares, et Reuch- 
lin lui-même, malgré les efforts qu'il fit pour apprendre l'hébreu, ne put remplir 
son désir d'une manière satisfaisante que lorsque, en 1492 , une mission diplo- 
matique le conduisit à la cour de Frédéric III, et qu^il y rencontra le médecin de 
l'empereur, le juif Jacob ben lehiel Loans*, savant aussi instruit dans son art que 
versé dans la grammaire hébraïque. Il complétait plus tard en 1498 ses connais- 
sances à Rome auprès du fameux R. Obadia Sforno, de Cesène, médecin et 
philosophe connu par une grande série de publications. 

La grammaire que ces docteurs juifs enseignaient n'était plus celle de Hayyoudj 
ou d'Aboulwalid ; elle était tout à fait empirique?. On étudiait et traduisait le 
Michlôl de David Kamhi,et même le Mehallech Schebilé haddâatàe son frère Mosé 
Kamhi ; ce dernier ouvrage surtout est tout à fait insignifiant et n'a dû qu'à sa 
brièveté le bonheur d'être commenté, traduit et publié. Elias Lévita (1472-1^49), 

1. On sait que, dans leurs commentaires, ces docteurs rendent constamment les mots 
hébreux difficiles par des équivalents français, transcrits en caractères hébreux. Dans les 
manuscrits de Joseph Qara, on rencontre la traduction de versets entiers. Les rabbins de 
la Champagne, ne dédaignaient pas même de créer des mots hébreux nouveaux pour tra- 
duire des termes français dont ils ne trouvaient pas d'équivalent dans la langue sacrée. 
Voici un curieux exemple : Dans une décision juridique, remontant au XIII" siècle, et 
relative à une servante chrétienne qui insultait tous les membres de la communauté juive, 
et qu'on voulait faire renvoyer de force par son maître, on lit parmi les injures, qu'elle 
appelait une femme zona et son mari karnan. Or, le premier de ces deux mots, a en hébreu 
le sens de « prostituée; » mais le second que je n'ai jamais rencontré ailleurs, ne peut 
être qu'un dérivé formé exprès (sur le modèle de gazldn, voleur, ragzân, irascible, kap- 
dân, emporté, batlân, paresseux, fainéant, etc., toujours en mauvaise part) , de qêrcn, 
a corne, » et signifie évidemment <i cornard. » C'est bien là le pendant de l'injure lancée 
à la femme! Si nous ne nous trompons, ce serait là le plus ancien témoignage de l'exis- 
tence du mot dans notre langue. 

2. Et non pas Jacob lehiél , comme écrit M. L. Geiger (p. 26). Le nom se trouve tel 
que nous le donnons, dans la lettre hébraïque, adressée par Reuchlin à son maître, le 
I" Kislev, 5261 (nov. 1 500, et non pas 1 501, comme dit l'auteur, p. 27, note 4). La 
chose n'est pas sans importance, parce que l'habitude d'avoir deux noms, n'existait que 
parmi les juifs de l'Italie; voy. D' Zunz, Namm der Juden (1837), p. 81. L'orthographe 
du surnom Loans {lammed, waw, alef, nom, schin) paraît, au contraire, trahir une origine 
française. 

3. Voyez cette Revue ci-dessus, p. 1 16. — Je profite de cette occasion pour rectifier 
une erreur que j'ai commise à la même page, 1. 13. Le livre dont je parlais à cet endroit 
vient de paraître par les soins de M. S. Stem, à Vienne (Autriche), 1870, et renferme, 
1° la Réponse des disciples de Menahem aux attaques de Dunasch, et 2* la Réplique des 
disciples de Dunasch à la défense des disciples de Menahem. Un aperçu de ces discussions 
avait déjà été donné par Pinsker, Liqqoaté Qadmôniôt, p. 1 $7-163. 



d'histoire et de littérature. 195 

écrivain fécond et maître habile , qui traita certaines panies de la grammaire 
avec originalité, débuta lui-même par des gloses qu'il écrivit sur les ouvrages des 
frères Kamhi. Habent suafata libelli! Sulpicius Sévère le moine du v^ siècle, était 
bien pendant deux cents ans le modèle proposé à nos jeunes latinistes ' ; les fables 
de Loqman, l'œuvre difforme d'un chrétien de l'Orient ^ ouvraient l'étude de 
la littérature arabe, et n'avons-nous pas vu de nos jours canoniser la grammaire 
du bon Lhomond ? 

Il fallut encore deux siècles pour qu'un souffle nouveau ranimât les ossements 
desséchés de la grammaire hébraïque, et pour que l'exégèse biblique fût com- 
plètement débarrassée des entraves que lui imposaient une théologie étroite et 
une science routinière. Mais l'intérêt du travail de M. Geiger est dans le récit 
scrupuleux et minutieux qu'il nous donne des difficultés de toutes sortes que 
l'enseignement de l'hébreu eut à surmonter avant de se fonder et de se répandre en 
Allemagne. Déjà avant Reuchlin, Tubingen comptait parmi ses théologiens, Conrad 
Summenhart, Paul Scriptoris et Wilhelm Raymundi, dont on vantait les connais- 
sances dans la langue sacrée. Conrad Pellikan, de Ruffach en l'Alsace, publia 
déjà en 1503, trois ans avant que Reuchlin imprimât sa grammaire, un petit 
traité, intitulé : De modo legendi et intelligendi Hebrsa. Il est vraiment curieux de 
lire les artifices que Pellikan dut employer pour apprendre à connaître les lettres 
et à lire les textes; on dirait qu'il s'agit des hiéroglyphes ou des cunéiformes! 

C'est que les Juifs seuls, nous l'avons déjà dit, possédaient ce grand secret, 
et s'il était difficile de se servir d'eux comme maîtres, le préjugé du temps s'opposait 
également à ce qu'on se laissât instruire par eux». Les constitutions des conciles 
qui recommandèrent l'enseignement de l'hébreu et du chaldéen, voire même de 
l'arabe, n'avaient pas eu pour but, on peut le croire, de propager une intelligence 
plus éclairée et plus exacte de l'Écriture, mais de fournir les moyens de convertir 
les juifs et les infidèles. Comment aurait-on pensé à emprunter aux juifs mêmes 
les armes avec lesquelles on espérait les terrasser .'' Ne risquait-on pas de sucer le 
venin des rabbins en leur demandant leur instruaion ? Il faut lire toutes les 
injures, lancées contre ces pauvres docteurs, et toutes les précautions que 
recommandent ceux mêmes que leur curiosité pousse à affronter le danger. On 
l'a vu déjà, Reuchlin le brava, et sa lutte pénible avec les Dominicains de Cologne, 
ainsi que la guerre de plume qu'il eut à soutenir contre Pfefferkorn 4, juif con- 
verti qui fournit des armes à ces moines, en furent la fâcheuse conséquence. 
Pfefferkorn insista pour que tous les livres hébreux fussent retirés des mains des 
Juifs et brûlés, et il fallut toute l'autorité de Reuchlin à la cour de l'empereur 

1 . Voir l'excellent programme de M. Bemays, Ucber du Chroiùk des Sulpicius Severus, 
Breslau, 1861. 

2. Nous croyons avoir prouvé cette origine dans notre introduction à ces hhles, Fables 
de Loqman (Berlin, 1850), p. 10 et suiv. 

3. Sur la rareté et la cherté des livres hébreux à cette époque, on lira des détails cu- 
rieux chez notre auteur, p. 16-17. 

4. Littéralement : « Grain de poivre. » M. L. Geiger vient de faire paraître une bio- 
graphie de Jean Pfefferkorn, dans le journal de son père, Jùdische Zeitsckrijt, VII (1869), 
p. 293-309. 



194 REVUE CRITIQUE 

aussi bien qu'à Rome, il fallut que l'empereur fût Frédéric III, et que le pape se 
nommât Léon X, pour que les livres, déjà enlevés, fussent enfin épargnés. On 
connaît les effets déplorables de ces auto-da-fé qui n'étaient pas toujours com- 
battus avec autant de succès : la rareté de certains manuscrits de l'ancienne 
littérature rabbinique, comme, par exemple, de ceux des deux Talmuds ', des 
paraphrases de Pseudo-Jonathan et de tant d'autres, n'est que le triste résultat 
de ces exécutions ridicules. 

Il est consolant de voir le respect que tous les esprits droits de son temps 
éprouvent pour Reuchlin, de lire les témoignages d'admiration qu'on envoie de 
toute part à l'homme aussi savant qu'honnête. Les Clarorum ou Illusîrium virorum 
epistoU, — l'épithète varie selon les éditions, — sont remplies d'éloges pour 
l'auteur de la première grammaire hébraïque, écrite par un chrétien, et pour ses 
travaux d'exégèse, entrepris à la lumière du texte original et de l'histoire. Savoir 
une langue, voulait dire au commencement du xvi" siècle, non-seulement la com- 
prendre, mais encore l'écrire. Nous possédons de Reuchlin deux lettres et un 
Promemoria, composés en hébreu, et ces documents prouvent une grande habileté 
et une étonnante facilité de style, bien qu'ils trahissent par-ci, par-là un manque 
d'habitude 2. 

Les matières, dont traite le mémoire de M. Geiger sont ainsi divisées : i° Rapport 
des études hébraïques avec le mouvement intellectuel et religieux de l'époque ; 
2° les précurseurs de Reuchlin; j" Jean Reuchlin; 4° Matthaeus AdrianusetJean 
Bœschenstein ; 5° les disciples d'Elias Levita, Sébastien Munster et Paul Fagius; 
6" l'enseignement de l'hébreu dans les universités et puis 7° dans les écoles de l'Alle- 
magne. M. Geiger ne néglige rien de ce qui peut nous faire connaître la double 
activité de ces hommes, soit comme professeurs, soit comme auteurs, et il a fallu 
parcourir bien des bibliothèques et compulser bien des livres pour réunir les élé- 
ments d'un travail semblable. Ces détails qui sont donnés consciencieusement et 
où rien n'a été avancé qu'à bon escient, doivent être lus dans le livre et ne sup- 
portent pas d'extrait. 

Nous terminons cet article par une observation générale. Le mouvement, donf 
Reuchlin est le promoteur, se fait entièrement au nom de la science; on s'était 
contenté d'abord d'être in utraque lingua eruditus, on a ensuite l'ambition d'être 
trium linguamm peritus. Les humanistes de la Renaissance, et c'est là ce qui leur 
mérite surtout ce nom si honorable, n'avaient aucune arrière-pensée ihéologique ; 

1 . On ne connaît qu'un seul manuscrit complet du Talmud de Jérusalem, qui se trouve 
dans la bibliothèque de Leide (Catalog. cod. hebraeorum, Leide, 1858, p. 541), et égale- 
ment un seul exemplaire complet du Talmud de Babylone , conservé dans la bibliothèque 
de Munich. M. Raphaël Rabbinovicz a commencé la publication des Variae lectiones de ce 
manuscrit, dans un ouvrage, intitulé Dikdonké Sôferim, I"voI. Munich, 1867, II' volume, 
Munich, 1869. 

2. Sébastien Munster, qui maniait la langue avec plus d'habileté, fait néanmoins des 
solécismes et des barbarismes jusques dans les titres hébreux de ses ouvrages. Sa grammaire 
est nommée : Séfer Diqdou^ wchaccôl hattêbôt, il faut : wecôl, sans article ; pour schennim- 
seoUj il serait plus correct de dire : hanniimsaôt. Dans le titre de sa grande édition de la 
Bible, le mot atikatô n'est pas usité ; l'usage a consacré pour « version , » le mot hdatâ- 
kdh. 



d'histoire et de littérature. 195 

avec une candeur incomparable, ils se désaltèrent aux sources que leur ouvrent 
deux littératures qui ont fait les destinées du monde. En vrais savants , ils sont 
timides et réservés dans la lutte avec Rome ; Reuchlin et Erasme sont morts, 
sans avoir appartenu au parti réformé. Luther, de son côté, avant tout homme 
d'action, malgré son admirable version de la Bible, ne paraît pas avoir jamais été 
bien fort en hébreu. On peut même affirmer que la Réforme, dans le i" siècle, 
et jusqu'à la paix de 1648, absorbée par les discussions théologiques et ne voyant 
dans les textes qu'un moyen de confirmer les nouveaux dogmes, nuisait plutôt 
qu'elle ne profitait aux études hébraïques. C'est que la science a toujours et avant 

tout besoin de liberté. 

J. Derenbourg. 



55. — Chartes et documents de l'abbaye de Saint-Pierre an mont Blandin 
à Gand, depuis sa fondation jusqu'à sa suppression, avec une introduction historique, 
publiés par A. Van Lokeren. T. I, 2' partie. Gand, H. Hoste, 1869. In-4*, xv-1 et 
215-489 p. 

Ce fascicule, qui contient le texte ou l'analyse d'environ 600 aaes du xiii* s., 

fait suite à celui dont j'ai rendu compte dans la Revue critique du 27 juin 1868. 
Il n'y a donc lieu de revenir ni sur l'intérêt que présente le recueil, ni sur le plan 
suivi par M. A. van Lokeren. Je me bornerai à quelques observations de détail 
sur différentes pièces contenues dans le second fascicule. 

Le n° 409 est une convention entre l'abbaye de Saint-Pierre de Gand et 
Renier, maieur de Douchy, acte français, que l'éditeur rapporte au 20 avril 1 200. 
Il eût été bon d'avertir que cet acte n'est évidemment que la traduction relative- 
ment assez moderne d'un texte latin. De plus, il n'a pas été mis à sa place; en 
effet, il est daté « l'an de l'incarnation Nostre Seigneur MCC et vingtième du 
» mois d'apvril; » ce qui doit s'entendre non pas du 20 avril 1200, mais du 
mois d'avril 1220. L'interprétation ne serait pas douteuse, lors même que nous 
n'aurions pas un peu plus loin, sous le n" 456, le texte original, ainsi daté : 
« Anno dominice incarnationis MCCXX", mense Aprili. » 

Le n° 448 est une charte octroyée à l'abbaye de Saint-Pierre de Gand par 
Henri fils de Baudouin, comte de Flandre et de Hainaut, et de la comtesse 
Marguerite, frère du comte Baudouin, et neveu du comte Philippe. Elle est ainsi 
datée dans l'édition ; « Actum in capella de Malen, anno ab incarnatione Domini 
» MCCXVIIP, kalendis Julii , » et classée au i" juillet 12 18. Immédiatement 
après, sous le n° 449, nous avons une confirmation émanée de Baudouin, comte 
de Flandre et de Hainaut, datée comme le n° 448 et également rapportée au 
i" juillet 1218. Ces deux actes ne peuvent être attribués qu'à Henri de Flandre, 
mort en 12 16, et à son frère Baudouin IX, comte de Flandre, mort en 1206. 
Ils ne peuvent donc pas être de l'année 12 18. Bien plus, ils sont antérieurs au 
départ de ces deux princes pour la croisade de Constantinople. Je n'hésiterais 
donc pas à lire : « Anno ab incarnatione Domini MCC, xviij kalendas Julii, » et 
à classer les deux chartes, non pas au i" juillet 1218, mais au 14 juin 1200. 

Dans les n*'*47i et 472 il est question de « Willelraus Paraellus » et de 



196 REVUE CRITIQUE d'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE. 

« Fulco Pamellus. » Au lieu de Pamellus, il faut lire Painellus. Ces deux person- 
nages appartiennent à la célèbre famille anglo-normande des Painel. 

La lettre d'Innocent IV, n* 558, est du 18 mars 1245, et non pas du 18 mars 
1243. 

Le rf 5 89 est une lettre d'un Innocent pape , ainsi datée : « Datum Annone , 
» kalendis Aprilis, pontificatus nostri anno quinto. » L'éditeur l'attribue à Inno- 
cent IV et la classe au i" avril 1247. Si la pièce était émanée d'Innocent IV, elle 
serait du i*' avril 1248; mais à cette époque Innocent IV était à Lyon. Je crois 
que Annone, n'est pas Annonay, comme l'a cru M. Van L., mais une mauvaise 
leçon pour Avinione ; dans ce cas, la lettre serait d'Innocent VI, et devrait être 
rejetée au i*' avril 1357. 

Le n" 626 est une curieuse requête, écrite en français et adressée au bailli 
d'Amiens par le procureur des religieux de Gand. Je suis porté à croire qu'elle 
n'est pas du milieu, mais plutôt de la fin du xiii^ siècle. Dans tous les cas, le 
texte aurait grand besoin d'être revisé. Ainsi, à la col. i de la p. 301, ligne 33, 
au lieu de : « en laquelle il a tous jours acoustumé adeviener les esplois de sa 
» court souveraine, » il faut à démener; à la col. 2 , ligne 14, au lieu de : « et 
j) misent jour as y, » il faut « et misent jour as II (deux); » même colonne, 
ligne 24, au lieu de : « et mist jour abiaucaisue, » il faut à Biaucaisne. 

La charte des coutumes de Saffelaere, n° 707, doit être du mois de février 
1264 (V. S,), et non pas du 4 février 1260. 

A la fin du second fascicule, M. Van L. nous a fait l'honneur de reproduire 
l'article que la Revue critique a publié le 27 juin 1868 sur la première partie des 
Chartes de Saint-Pierre de Gand. Il a bien voulu accepter la plupart des rectifi- 
cations que nous avions proposées. Un pareil procédé montre que l'éditeur 
accomplit avec la conscience la plus scrupuleuse la tâche qu'il s'est imposée. 
Nous espérons donc qu'il ne prendra pas en mauvaise part les nouvelles remarques 
que nous soumettons à son appréciation. Nous voudrions encore que, dans la 
suite de son travail, il ne se bornât pas à donner, comme il l'a fait jusqu'à pré- 
sent, un relevé des noms topographiques. Une table des noms d'hommes est l'in- 
dispensable complément d'un recueil qui renferme tant de documents précieux 
non-seulement pour la Flandre, mais encore pour différentes provinces de la 
France, pour l'Angleterre et même pour l'histoire générale du moyen-âge. 

L. Delisle. 



ERRATUM. 
N° 1 1, p. i68, 1. 32 : t( Innocent IV >>, lisez : « Innocent III ». 



Nogent-le-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur. 



BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE 
DES PRINCIPALES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES. 



AVIS. — On peut se procurer à la librairie A. Franck tous les ouvrages 
annoncés dans ce bulletin , ainsi que ceux qui font l'objet d'articles dans la 
Revue critique. Elle se charge en outre de fournir très-promptement et sans 
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chichte der Philosophie. II. Bd. Philoso- 
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Stark (F.). Keltische Forschungen. IL 
Keitische Personennamen, nachgeweisen 
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schichte d. Buddhismus in Indien, deutsch- 
mitgetheilt von A. Schiefner. Nachtrag 
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tha's. In-8*, 32 p. Leipzig (Voss). 

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Preussen. Historisch-statist. Darstellung, 
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graphiée; par M. le vicomte de Rougé. II. L'expression Mââ-Xeru, par M. A. 
Deveria, III. Études démotiques par M. G. Maspero. IV. Préceptes de morales 
extraits d'un papyrus démotique du Musée du Louvre, accompagné de deux 
planches; par M. Pierret. 

Chaque volume de ce recueil se composera d'environ ^o feuilles de texte et de 
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Nogent-le-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur. 



N' 13 Cinquième année 26 Mars 1870 



REVUE CRITIQUE 

D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

RECUEIL HEBDOMADAIRE PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION 

DE MM. P. MEYER. CH. MOREL, G. PARIS. 



Secrétaire de la Rédaction : M. Auguste Brachet. 



Prix d'abonnement : 

Un an, Paris, 1 5 fr. — Départements, 17 fir. — Etranger, le port en sus 
suivant le pays. — Un numéro détaché, 50 cent. 

PARIS 
LIBRAIRIE A. FRANCK 

F. VIEWEG, PROPRIÉTAIRE 
67, RUE RICHELIEU, 67 



Adresser toutes les communications à M. Auguste Brachet, Secrétaire de la 
Rédaction (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu). 

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nouvelle Amazone du musée de Berlin, 5 j-37 (l'auteur critique avec raison, ce 
semble, les restaurations faites à cette statue). — Philippi, Priam chez Achille, 
dessin de Carstens, 38-41. — Max Lohde, Relations de voyage en Italie, 42- 
46. — L. Urlichs, Aspirationsartistiquesetcollectionsdel'empereur Rodolphe II, 
47-53, 81-8$. — Albert Bierstadt, 67-74. — W, Helbig, La restauration de 
l'Amazone du Musée de Berlin, 74-77 (M. Helbig, sans avoir eu connaissance 
de l'article de M. Engelmann, cherche à justifier les restaurations qu'il a lui- 
même indiquées en grande partie au sculpteur Steinhaeuser , et il demande à 
MM. Bœtticher, Curtius et Friederichs de donner leur avis sur la question). — 
C. DE LuTzow, Hille Bobbe de Harlem (avec l'eau-forte de Flameng), 78-80. 
— 0. MuNDLER, Correspondance de Paris, 85-89. — Correspondance d'Alsace, 
89-94. — Bibliographie. Kekule, Die antiken Bildv^erke im Theseion zu 
Athen, die Balustrade des Tempels der Athena Nike in Athem. (compte-rendu 
par Pervansglu) 27-32. — Wanderer, Akam Krafft und seine Schule (p. Lùbke), 
56-58. — G^dertz, Adrien van Ostade (Bode), 59-60. — Helbig, Wandge- 
maelde der an Vesuv... (Schœne), 61-63. — Mommsen, Athenae christianae 
(Bursian), 63-64. — Crowe et Cavalcaselle, Geschichte der italienischen 
Malerei, édition allem. par Max Jordan, 94-96. 

Kunstchronik. 5* année, n^M à 5. 

Le Musée Rietschel à Dresde. — La galerie Lacaze à Paris. — Les concours 
pour l'hôtel de ville de Vienne. — La galerie Schack à Munich. — La sacristie 
de la cathédrale de Cologne. — Vente de la galerie Landauer à Stuttgard. — 
Correspondances de Dresde, de Dantzig, Carlsruhe, etc. Nouvelles diverses. 
Comptes-rendus de livres, etc. 



BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE 
DES PRINCIPALES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES. 



AVIS. — On peut se procurer à la librairie A. Franck tous les ouvrages 
annoncés dans ce bulletin , ainsi que ceux qui font l'objet d'articles dans la 
Revue critique. Elle se charge en outre de fournir très-promptement et sans 
frais tous les ouvrages qui lui seront demandés et qu'elle ne posséderait pas en 
magasin. 



Anselme (le P.). Histoire généalogique et 
chronologique de la maison royale de 
France, des pairs, grands officiers de la 
maison du roy et des anciens barons du 
royaume; le tout dressé sur titres origi- 
naux ; continuée par M. du Pourny, revue 
corrigée et augmentée par les soins du P. 
Ange et du P. Simplicien. 4' édit. corri- 
gée, annotée et complétée par M. Potier 
de Courcy. T. 4. 3" livr. in-4*, p. 545- 



856. 
C-). 



Paris (libr. F. Didot frères, fils et 



Aristote. La Rhétorique, traduite en 
français et accompagnée de notes perpé- 
tuelles, avec la Rhétorique à Alexandre 
(apocryphe) et un appendice sur l'Enthy- 
même, par J. Barthélémy Saint-Hilaire. 
2 vol. in-S", cxj-844 p. Paris (libr. La- 
drange). 



REVUE CRITIQUE 

D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

N- 13 — 26 Mars — 1870 

Sommaire : 56. Bladé, Études sur l'origine des Basques (2* article). — 57. De 
LiEBENAU, Histoire de l'abbaye de KœRigsfelden. — 58. Entretiens de Gathe avec Fré- 
déric de Mûller, p. p. Burkhardt. — J9. Tozer, Voyage dans la Turquie d'Eu- 
rope. 



56, — Études sur l'origine des Basques, par M. Jean-François Bladé. Paris 
[Toulouse], A. Franck, 1869. Gr. in-8* raisin, [vj]-iv-55o p. — Prix : 10 fr. 

2* ARTICLE. 

Nous venons de parcourir jusqu'au bout, et même quelque peu par delà, la 
partie du travail de M. Bladé qu'il a spécialement intitulée Historique : celle qui 
puise ses matériaux aux sources de l'érudition classique, demandant exclusive- 
ment aux annales écrites de l'Antiquité les vestiges qu'il est possible d'y recueillir 
touchant l'ancienne existence des peuples dont on prétend scruter les origines. 
Là est l'unique foyer de lumières sérieuses que l'histoire proprement dite ait à 
enregistrer; sans doute quelques autres clartés peuvent être obtenues par d'au- 
tres voies, mais plus vagues et plus incertaines à mesure qu'elles se trouvent 
moins immédiatement subordonnées aux enseignements de l'érudition positive. 

Nous l'avons dit dès l'abord, il y a une sorte de luxe aux vastes dimensions 
du cadre dans lequel M. Bladé s'est complu à étendre la question qu'il se pro- 
posait d'étudier, et il a mis une espèce de coquetterie à se montrer capable de 
disserter (avec plus de hardiesse peut-être que de prudence) à l'exemple de 

cenain seigneur italien bien connu, de toutes choses et de quelques autres 

encore ! Nous ne nous sentons pas, quant à nous, de force à nous élever à ce 
niveau si gaillardement atteint par une verve juvénile et chaleureuse qui trouvera 
•dans l'étude même son plus sûr correctif; nous voulons borner à peu de 
mots, ainsi qu'il convient à la mesure de nos facultés, ce que nous nous hasar- 
derons à dire des autres matières si intrépidement abordées par notre vigoureux 
critique. 

Jaloux de restreindre à ses moindres limites le champ sur lequel il nous reste 
,à jeter encore un regard, que notre insuffisance doit rendre hésitant et modeste, 
hâtons-nous de rappeler que ce dont il s'agit ici est en définitive la recherche de 
l'origine, unique ou multiple, d'un peuple, et qu'une telle questionne se présente 
guère que sous deux aspects principaux, l'un purement historique, auquel nous 
nous sommes tenu jusqu'ici, l'autre préhistorique, pour lequel sont aujourd'hui 
les sympathies de la mode. Serait-ce à dire que la porte y est moins fermée à la 
fantaisie .?. . . 

Laissant à l'écart quelques points accessoires plus rapprochés de nous, et dont 
nous n'avons que faire dans une recherche d'origines, c'est à l'archéologie his- 

IX ,j 



198 REVUE CRITIQUE 

torique, — non encore émancipée à l'égal de sa compagne, — que nous devons 
rattacher la numismatique et la toponymie, deux phases très-rapprochées d'une 
étude de détail dont le côté pratique et utile, dans la question actuelle, se résout, 
pour la première, en un déchiffrement paléographique des noms inscrits sur les 
monnaies antiques en caractères plus ou moins incertains; de manière à les faire, 
par suite, rentrer sous une forme vulgaire dans les listes toponymiques, sur les- 
quelles vient à son tour s'exercer un examen étymologique comparatif, dans le 
double but de classer par catégories d'affinité mutuelle les noms ainsi rassemblés, 
et de déterminer, avec plus ou moins d'assurance et de probabilité, par leur 
rapprochement des similaires connus, la nationalité présumable de chacune des 
catégories : la toponymie appelle à son aide , pour cette investigation délicate, 
les secours de la linguistique. — Plus loin dans le passé, l'histoire se raréfie, et 
disparaît graduellement dans les brumes de la conjecture; de nouveaux éléments 
à étudier, des modes d'appréciation tout autres, se substituent aux témoignages 
narratifs; l'archéologie préhistorique interroge les restes matériels de l'homme 
et les traces de sa vie sociale antérieure à toute chronologie; elle demande 
aux langues elles-mêmes le secret de leur filiation, aux diverses conformations 
du squelette humain leur coordination ethnologique et leurs généalogies. 

Sur chacune de ces matières, le livre de M. Bladé nous présente un contin- 
gent de pages assez considérable, où l'on serait heureux de trouver enregistrés 
les progrès acquis par ses efforts en chacune des branches sur lesquelles il aurait 
successivement concentré une vigueur féconde. Malheureusement, le soin d'édi- 
fier n'est pas celui auquel il semble vouloir consacrer son ardeur exubérante. 
Tour à tour numismate, linguiste, anthropologue, au gré des notions qu'il demande 
à ceux-là mêmes dont il se constitue le juge, notre rude critique se montre sur- 
tout le sévère censeur des œuvres d'autrui, et d'une inclémence extrême vis- 
à vis de ces laborieux pionniers qui, gardant pour eux la part difficile, ont 
abandonné à d'autres celle qui est proverbialement réputée la part aisée. 

Nous ne reculerons point à exprimer un regret très-vif des formes âpres et 
agressives qu'en divers endroits emploie sans ménagements l'auteur du volume 
qui est sous nos yeux. Elles sont certainement répudiées à la fois par le goût et • 
par la justice, en ce qui touche un estimable et modeste numismatiste de 
Béziers, M. Boudard, venu après tant d'autres dont M. Bladé lui a emprunté la 
liste; humble chercheur dont le livre, mis au jour entre celui de M. de Saulcy 
qui date de trente ans, et celui de M. Aloys Heiss dont l'impression s'achève, 
a marqué sa place par quelques progrès de détail, que les spécialistes ont 
acceptés. M. Bladé a reconnu lui-même le mal-jugé d'un gros reproche qu'en 
son inconsciente incompétence il avait étourdiment lancé contre un des résultats 
les plus ingénieux de M. Boudard, et il n'a point hésité, pour le faire disparaître, 
à recourir à une réimpression de huit pages, expressément signalée par une note 
spéciale (p. 406); il aurait été bien inspiré d'en profiter pour une modification 
beaucoup plus profonde, — Il n'eût pas été hors de propos non plus d'utiliser 
en outre cette réimpression pour faire disparaître du même coup une incorrec- 
tion grammaticale [emploi tout à fait insolite du verbe neutre réfléchir dans le 



d'histoire et de littérature. 199 

sens de rejaillir] qui a été trop religieusement conservée ici (p. 408), et qui 
s'était déjà pareillement montrée plus haut (p. 344). 

La linguistique tient une grande place dans le livre de M. Bladé, et fournit 
un élément abondant à son esprit de recherche. Déjà il avait introduit dans la 
première partie de nombreuses pages à ce sujet, sans qu'il nous soit aisé d'aper- 
cevoir un juste motif à ce morcellement d'une matière à laquelle devait être 
consacré tout un ensemble de chapitres dans la suite du volume. Cette espèce 
d'excursus anticipé dans le domaine de la linguistique, donné comme une simple 
revue des divers systèmes tour à tour proposés touchant l'origine des Basques, 
est fort étendu, fort inégalement réparti, mais pourtant incomplet : il entame 
des discussions dont la suite est renvoyée plus loin, et néglige de recenser plus 
d'une hypothèse ayant eu son heure, dont il a fallu faire l'objet d'un supplément 
spécial à la fin de l'ouvrage. Le rôle qui écheoit à l'élément linguistique dans ce 
double faisceau de notices restées à l'écart de leur place naturelle, les ramène 
forcément et les rattache à la série des chapitres expressément consacrés à cet 
objet, lequel s'y trouve spécialement considéré, d'abord au point de vue de la 
langue basque elle-même, soit quant à sa trace historique, soit quant à l'étendue 
géographique de son domaine, soit quant à sa constitution grammaticale ; puis 
au point de vue des rapprochements comparatifs qui en peuvent être faits avec 
les grandes familles de langues où l'on s'est mis en peine de lui découvrir une 
parenté; et enfin au point de vue de l'application des éléments basques subsis- 
tant aujourd'hui à l'interprétation des anciennes nomenclatures géographiques 
dont Guillaume de Huraboldt a cru retrouver ainsi la clef naturelle. 

Nous ne pouvons songer à donner le moins du mojide une analyse quelconque 
de tant de curieuses questions amoncelées dans ces divers chapitres ; tout au 
plus nous est-il possible de signaler en courant quelques points où l'attention 
de l'écrivain est restée en défaut. — A propos des affinités conjecturalement soup- 
çonnées par quelques ethnologues entre les Basques et les populations africaines 
(pp. 60-65), peut-être n'eût-il pas été sans quelque intérêt de rappeler que des 
^noms ethniques d'une certaine importance en Ibérie, tels que les Cynésiens, les 
Cantabres, les Astures, les Ausétans [on y pourrait joindre le fleuve Magrada], 
avaient précisément leurs similaires sur la côte libyenne. Mais passons: nous en avons 
plus gros à dire. — La trop grande facilité de notre auteur à accepter de seconde 
main, sans s'astreindre toujours à les vérifier rigoureusement aux sources origi- 
nales, des citations toutes formulées, quelquefois en un style abréviatif dont le 
secret lui échappe, l'expose à commettre de singuliers quiproquos : ainsi, quelque 
écrivain, inutile à mettre en relief, aura relevé un passage bon à reproduire et y 
aura joint l'indication : Solin, in Polyhist., etc.; au lieu d'y reconnaître une 
allégation de Solin en son Polyhistor, le copiste étourdi transcrit (p. 59) Solin, 
In Polyb. Hist., etc., et lisant sans défiance In Polybii Hisîoriam (contre l'Histoire 
de Polybe) il se laisse emporter par sa verve à faire du singe de Pline « un 
commentateur de Polybe ». — Et rencontrant presque aussitôt une citation à 
utiliser, de trois vers latins sous le nom d'un Dionysius Afer qu'il ne reconnaît 
pas sous ce déguisement, il transcrit (p. 60) les trois vers et leur suspecte signa- 



200 REVUE CRITIQUE 

ture, sans paraître se douter qu'ils appartiennent au poème latin du traducteur 
Priscien (679-681), qui lésa calqués sur trois vers grecs de la Périégèse de 
Denys de Charax (697-699). — Ailleurs (p. 67) la confusion est plus grave : 
diverses autorités étaient alléguées par Diez sur une question, et l'on en voulait 
profiter; on inscrit dans le texte les noms des auteurs cités, et l'on place dans 
des notes la désignation de leurs ouvrages, mais il advient que pour un des 
auteurs le texte introduit le nom de Mariana, tandis que la note correspondante 
garde celui de Marina, avec renvoi, pour son œuvre, au tome XIV des Mémoires 
de l'Académie Espagnole de l'Histoire, dont cependant le recueil ne contient en 
réalité que huit volumes; puis une rectification consignée aux Additions et Correc- 
tions (p. 5 3 2) vient encore compliquer tout cela en déclarant qu'au lieu de Marina 
c'est Mariana qu'il faut lire!... Voire pourtant, c'est au contraire Marina, le 
chanoine académicien Francisco Martinez Marina, siégeant en i8oj, et non le 
célèbre historien Jean de Mariana, antérieur de deux siècles, que Diez avait 
entendu citer, et le mémoire auquel le savant romaniste a voulu faire allusion 
est bien contenu dans le recueil indiqué : seulement, au lieu de copier le chiffre 
IV qui appartient à ce volume, M. Bladé avait reproduit par inadvertance le 
chiffre voisin XIV afférent à un volume de l'Académie impériale de Vienne qui 
contient un mémoire de Hammer cité à son tour deux lignes au dessous. — 
Plus d'un quiproquo analogue a été commis, d'une manière moins vivement 
accusée, en des emprunts de citations où le regard a chevauché de même entre 
des indications placées dans un périlleux voisinage. 

Nous n'avons, certes, nul besoin d'insister auprès de M. Bladé sur le danger 
de ces emprunts de seconde main, écueils perfides sur lesquels viennent sombrer 
la plus perspicace habileté aussi bien que la plus téméraire hardiesse : lui-même 
est le premier à honnir et à proscrire sévèrement de la composition des œuvres 
sérieuses ces procédés faciles et abusifs, et il en fait reproche, dès qu'il les 
soupçonne, même à de simp'les articles de revues : témoin celui de M. Elisée 
Reclus sur « Les Basques », dans la Revue des Deux-Mondes du i $ Mars 1867, 
que notre inexorable critique traitç, fort à la légère ce nous semble, de « travail ^ 
de seconde main » (p, 229), indépendamment d'autres griefs qu'il lui impute, 
soit pour, quelque allusion aux rêveries mystiques de Chaho, ou pour quelque 
peinture imagée des enthousiastes extravagances de certains vascomanes, sans 
que l'exigent Aristarque, prenant le tout au pied de la lettre, ait voulu s'aperce- 
voir que ce n'étaient là, de la part d'un esprit élégant et fin, que d'inoffensives 
moqueries. M. Bladé appelle cela des bévues : c'est un reproche dont il est 
prodigue, qu'il applique trop souvent à des vétilles parfois moindres que celles 
dont fourmille son propre volume, et qu'il faut avoir l'indulgence (qui n'est en 
réalité que justice) de considérer comme la part inévitable des lapsus matériels 
d'écriture, de copie ou de composition typographique. 

Il se peut qu'il n'y ait même pas de bévues du tout en certaines occurrences 
où elles sont si pointilleusement relevées, non-seulement comme nous venons 
de le dire à propos d'Elisée Reclus, et comme nous l'avions déjà dit plus haut à 
propos de M. Boudard, mais en outre pour des cas où l'interprétation du critique 



d'histoire et de littérature. 201 

se substitue peut-être à l'énonciation intentionnelle de l'auteur : ainsi en est-il 
à l'égard du professeur Charles Vogt, de Genève, par exemple, lequel avait 
très-licitement énoncé ce fait, que d'après une communication du docteur Paul 
Broca, les crânes provenant des cavernes à ossements des Pyrénées « ressem- 
» bleraient pour la pluspart à ceux des Basques actuels qui habitent encore les 
» contrées où se trouvent les cavernes »; ce que M. Bladé lui impute rudement 
à bévue, et même bien pis, à erreur grossière et inexcusable (p. 98). Eh quoi? les 
cavernes de l'Ariége et le pays des Basques ne se rencontrent-ils pas ensemble 
dans les Pyrénées ? Et y a-t-il erreur de géographie ou erreur de langage à les 
dire situés dans les mêmes contrées ? 

C'est de même à la charge de M. Bladé que pourraient bien retomber les 
grosses imputations qu'il jette du haut de son dédain sur des hommes envers 
lesquels il a le double tort d'oublier toute courtoisie et de gourmander peut-être 
à faux! N'est-il pas imprudent à lui (p. 482) de taxer d'abominable solécisme, 
quand il la rencontre sous la plume de M. Cénac-Moncaut, une locution offrant 
un exemple de simple apposition syntaxique dont, après tout, les analogues ne 
sont pas introuvables en basque : pourquoi Altabizcar Canîua serait-il plus 
incorrect que Ezpata dantza (p. 2? 3)?... Il semble pareillement bien risqué de 
traiter de si haut (p. 265, 389, 409) les secours étymologiques humblement 
cherchés par de plus modestes auprès de M. Léonce Goyetche, de Saint-Jean- 
de-Luz, lequel sans doute aurait pu donner à M. Bladé lui-même l'explication 
qui parait lui avoir échappé (p. 264) du nom basque de Lor[atu] Urhersigarria, 
voile transparent sous lequel ne prétendait pas autrement se cacher le malin 
professeur Fleury Lécluse, à qui l'on ne peut non plus, sans sourire quelque 
peu, voir notre imperturbable critique attribuer magistralement « beaucoup plus 
» d'audace que de sens critique et philologique », à propos de l'explication des 
quelques phrases basques mises par Rabelais dans la bouche de Panurge. La 
compétence du juge est-elle bien certaine ? 

Nous laissons aux philologues à qui la langue basque est familière, le droit 
exclusif d'examiner la portion des Etudes de M. Bladé spécialement consacrée à 
la grammaire de cet idiome singulier. Certes, il a pu y insérer, grâce au capi- 
taine Duvoisin et grâce à l'abbé Inchauspe, d'excellentes choses quant à la 
déclinaison et à la conjugaison ; mais nous nous proclamons, quant à nous, fort 
inhabile à hasarder un jugement en ces matières. Et pourtant (qu'on daigne 
nous pardonner cette timide hardiesse !) nous nous permettons de risquer ici, 
à l'adresse de ceux qui ont acquis autorité suffisante pour en deviser, une obser- 
vation, dont nous ne voulons en aucun cas exagérer la portée : Il nous semble 
incontestable que la culture du basque par les grammairiens, depuis un siècle, 
surtout en la moitié qui se rapproche de nous, a exercé sur cette langue une 
influence dont on ne peut se dispenser de tenir grand compte au point de vue 
de l'histoire philologique, principalement en ce qui concerne le verbe : certaines 
formes sont des additions évidemment modernes, et par contre, des locutions 
autrefois plus usuelles tendent à s'effacer. N'y aurait-il pas un intérêt réel dans 
les travaux d'érudition, à reprendre la langue basque dans ses monuments 



202 REVUE CRITIQUE 

littéraires les moins suspects de perfectionnements cherchés, pour en déterminer 
sincèrement non les richesses grammaticales possibles, mais seulement les formes 
et les analogies véritables, telles que nous les donneraient, par exemple, la 
version du Nouveau Testament de Jean de Liçarrague, et quelques autres publi- 
cations antérieures aux élucubrations de Larramendi ? 

Nous n'avons garde de nous départir d'une réserve égale en ce qui concerne 
la philologie comparée, disons plutôt la linguistique; c'est un terrain sur lequel 
M. Bladé semble se mouvoir comme dans son propre domaine, et nous ne sau- 
rions qu'admirer l'aisance avec laquelle son heureuse faculté d'assimilation se 
joue au milieu de tant de langues diverses dont il scrute tour à tour les caractères 
constitutifs et les analogies, aussi bien que les vocabulaires, pour en établir le 
parallèle avec le basque, discuter les opinions d'autrui sur les affinités et les 
divergences, et formuler ses appréciations personnelles avec la fermeté résolue 
d'un linguiste consommé. C'est à de plus expérimentés que nous à porter leur 
contrôle au fond de ces questions controversées, d'entre lesquelles il, ne paraît 
se dégager encore que des négations certaines à côté d'affirmations dubitatives. 

Nous voici arrivés en face de la grave question de la toponymie ibérienne et 
des lumières que l'analyse étymologique y peut chercher pour l'éclaircissement 
des origines. Au temps où l'on ne demandait d'étymologies qu'aux langues 
classiques, les hébraïsants et les hellénistes avaient seuls tenté cette voie, qui 
devait leur offrir quelques succès assurés au regard des colonies phéniciennes et 
puniques d'une part et des colonies grecques de l'autre : le reste ne pouvait être 
que pure fantaisie. La langue basque eut son tour, et les vascomanes, qui 
prétendaient tenir en elle la clef universelle de toutes les étymologies, ne man- 
quèrent pas d'en faire aussi l'application à la nomenclature géographique de 
l'Espagne : après Larramendi qui ouvrit la marche, Astarloa, Erro, et quelques 
autres se livrèrent au plus fol enthousiasme pour l'incomparable mérite étymo- 
logique du basque, et c'est alors que l'aîné des Humboldt entra comme modé- 
rateur dans la lice : il s'y était préparé par une étude sérieuse ; après avoir 
appris le basque dans les livres, il était venu, au cœur même du pays, se fami- 
liariser avec la langue parlée, en reconnaître les dialectes, et dans un second 
voyage en éclaircir quelques difficultés spéciales ; il continua de s'en occuper 
pendant plusieurs années, et publia en 1817, dans les suppléments de Vater, 
des « Corrections et Additions » à la notice de la langue basque donnée en 
1809 par Adelung dans son « Mithridates » ; et quatre ans après, au bout de 
vingt ans et plus d'une incubation laborieuse, il fit paraître son fameux mémoire 
dont on n'a pas assez remarqué le véritable titre : Priifung der Untersuchiingen, 
« Examen des recherches sur les habitants primitifs de l'Espagne au moyen de 
» la langue basque ». C'était une sorte de contrôle, plein d'égards et de cour- 
toisie, ainsi qu'il convenait de la part d'un hôte et d'un ami, pour les travaux 
étymologiques de la pléiade basque dont Astarloa était le chef. [Ce titre et le 
mémoire lui-même ont été regrettablement écourtés dans la version française de 
1866, laquelle a malheureusement l'inconvénient plus grave encore de se 
méprendre du tout au tout en des cas d'une grande importance, et d'intervertir 



d'histoire et de littérature. 205 

complètement le sens en traduisant par exemple ost par ouest et west par est, 
jener par celui-ci et dieser par celui-là, sans parler d'autres inadvertances moins 
radicales, et d'une liberté générale d'allures parfois bien voisine de l'inexac- 
titude]. 

Après avoir au préalable étudié la physionomie et les habitudes de la langue 
basque dans ses applications vivantes à la nomenclature géographique actuelle 
des pays où elle est parlée, Guillaume de Humboldt avait interrogé, avec la 
sagacité qui lui était propre, la nomenclature ancienne de l'Ibérie telle qu'elle 
nous a été plus ou moins incorrectement transmise par les écrivains grecs et 
latins, et il avait reconnu qu'en effet une partie notable de celle-ci répondait 
aux conditions qu'il avait d'avance déterminées; d'où se tirait cette première 
conclusion que l'euscare n'est point un idiome modernement implanté dans les 
vallées occidentales des Pyrénées, mais le dernier reste d'un langage antique 
appartenant à une population antérieure aux immigrations consignées dans 
l'histoire. La diffusion générale de la nomenclature ainsi caractérisée, sur toutes 
les parties du sol ibérien sans distinction, amenait cette deuxième conséquence, 
que le langage dont elle était l'empreinte manifeste, avait régné sur tout cet 
espace, et par une suite nécessaire, que le peuple qui parlait cette langue, occu- 
pant tout le pays, avait naturellement reçu comme désignation ethnique com- 
mune, chez les étrangers, le nom d'Ibères, emprunté de l'appellation d'abord 
purement géographique du sol occupé. Mais des éléments toponymiques étran- 
gers se mêlaient à la nomenclature ibérienne fondamentale : or les noms intro- 
duits en dernier lieu par la conquête romaine étaient clairsemés ; les noms 
grecs, puniques, phéniciens, imposés par les colonies antérieures, étaient 
généralement confinés sur les côtes; seuls les noms à physionomie celtique 
étaient répandus dans le nord-ouest sur un grand espace délimité par une ligne 
qui aurait contourné par leur frontière orientale les Autrigons, les Celtibères, 
les Orétans, pour longer ensuite le Bétis jusqu'à l'Océan ; la région de l'est et 
du sud, confinant à la chaîne pyrénaïque et à la Méditerranée, était seule 
exempte de cette immixtion celtique. Sur le vaste territoire occidental où avaient 
pénétré les Celtes, ils avaient fini par prendre pied et se fondre dans la popu- 
lation ibérienne précédemment maîtresse exclusive du sol, et la dénomination 
de Celtibères désignait la population nouvelle résultant de leur mélange. — Une 
investigation analogue, poursuivie sur le midi des Gaules entre l'Océan et le 
Rhône, sur les trois grandes îles de la Méditerranée occidentale, puis encore 
sur l'Italie, et même sur la Thrace, était venue confirmer pareillement les récits 
de l'histoire écrite. 

Le monde des lettres sérieuses, de l'érudition vraie, de la critique approfondie, 
adopta ces résultats comme la base, solidement assise désormais, de l'histoire 
des populations primitives de l'Espagne. Des lacunes importantes ne peuvent 
manquer sans doute de rester à combler, et les Ligures de Thucydide, non plus 
que les Perses de Varron, ni les Mèdes et Perses de Hiemsal, (sans parler des 
Llœgwyr des Triades galloises, identifiés aux Ligures océaniens d'Aviénus,) n'ont 
encore leur place définitivement marquée dans ces premières annales de la 



204 REVUE CRITIQUE 

- péninsule ibérique; mais les deux éléments fondamentaux étaient suffisamment 
définis, leurs rôles respectifs convenablement déterminés, et l'assentiment des 

savants fut universel, sauf toutefois le nantais Graslin dont nous savons que 

M. Bladé est un partisan résolu : hâtons-nous d'ajouter que, tout en embrassant 
la même cause, le disciple se montre ici fort supérieur au maître. Néanmoins, 
son argumentation, tout habile qu'elle soit, ne nous a ému qu'à l'égal d'une 
plaidoirie spécieuse, qui ne résiste point à un examen froidement attentif : chaque 
objection qu'elle propose nous semble trouver sa réfutation la plus sûre dans 
une simple lecture itérative du travail contre lequel elle est dirigée. Humboldt 
a expliqué avec une telle netteté la mesure dans laquelle il a voulu maintenir 
sa thèse, que toute méprise, soit par exagération de sa pensée ou par déplace- 
ment de la question, devient aussitôt manifeste. Que' vaut alors le superbe 
cortège de raisonnements aboutissant à une semonce doctorale (p. 241) contre 
« le savant prussien qui, avec des devaient et des ont bien pu, prétend infirmer 
» le témoignage formel et positif du plus illustre géographe de l'antiquité, d'un 
» écrivain dont la science et la critique n'ont jamais été révoquées en doute », 
etc. M. Bladé perd de vue qu'il ne s'agit nullement à^nfimer un témoignage 
formel et positif de Strabon, mais bien d'en déterminer le sens exact en tenant 
compte de nuances délicates révélées par la comparaison de divers textes, et 
que c'est un helléniste consommé (le <;u|i?aoXoYûv du célèbre homériste Wolt) 
qui propose, avec des formes dubitatives d'une exquise modestie, le seps qu'il 
juge devoir être préféré. — M. Bladé n'hésite pas ainsi, lui, et sa vivacité méri- 
dionale l'entraîne à des formes absolues et tranchantes qui ne réussissent peut- 
être pas toujours à inspirer une confiance entière, surtout en ses appréciations 
des mérites d'autrui, ni en la légitimité de ses prétentions à s'en constituer le 
juge : le voici (p. 385) qui ne balance point à signaler la faiblesse des études 
philologiques de Humboldt à l'égard du vocabulaire basque, pour avoir admis 
comme un radical réellement euscare le mot bi signifiant deux qui, suivant le 
nouveau maître, serait évidemment emprunté du latin!... Humboldt croyait sans 
doute que les Basques, ayant leur série numérale propre, devaient naturelle- 
ment posséder aussi en toute propriété le second terme de cette série non moins 
légitimement que les autres, et que la ressemblance du bi basque avec le bis 
latin (lequel ne signifie pas tout à fait deux et constitue au surplus une forme 
relativement nouvelle qui a remplacé le dvis archaïque, seulement après le temps 
des Scipions) pouvait être fortuite, aussi bien qu'avec le bi du Zend, celui du 
Sindy ou celui du Goujaraty ; et nous sommes bien tenté de nous ranger à cet 
avis. — Sans considérer comme mieux fondées diverses autres critiques dirigées 
contre telle ou telle conjecture étymologique de Humboldt, nous nous abstien- 
drons de les discuter comme d'un soin superflu, attendu que le savant allemand 
a répondu d'avance à toute impugnation de ce genre, en établissant sa formule 
dans de telles conditions qu'elle demeure applicable aux cas mêmes où l'étymo- 
logie ne pourrait être trouvée. Mais, sans plus chercher si ce n'est point affaire 
de Gros-Jean et son curé, sans nous ingérer surtout de renvoyer de notre chef 
au critique lectourois le reproche de préparation philologique tout à fait insuffisante 



d'histoire et de littérature. 205 

qu'il a inconsidérément hasardé (p. ?88) contre un des plus savants linguistes ^ 
de notre temps, nous remettons humblement à de plus compétents que nous 
la tâche de porter à ce sujet un jugement motivé. 

Nous n'avons point encore abordé la partie anthropologique des Études de 
M. Bladé : ce côté de la question des origines basques nous paraît tellement 
indépendant de tout le reste, que nous ne faisons nulle difficulté de le considérer 
comme placé en dehors de l'examen dont quelques exigences amies nous avaient 
imposé la rude tâche, et dont nous atteignons le terme : il nous suffira de dire 
que l'écrivain y a résumé, sous l'influence dominante de l'infatigable docteur 
Pruner-Bey, une question qui s'est singulièrement compliquée à mesure que 
des constatations multipliées sont venues démentir, au moins dans sa simplicité 
absolue, la formule si commode de Retzius. Une fiévreuse ardeur s'est emparée 
des chefs d'école et de leurs disciples, et le progrès s'élabore sous la double 
impulsion des observations qui se recueillent et des théories qui les synthétisent : 
M. Paul Broca, en apportant des masses de faits craniologiques nouveaux, sans 
se préoccuper des systèmes où ils ne trouvaient point à s'encadrer, a montré 
que bien des études sont à faire encore avant que le dernier mot puisse être 
dit sur les conditions spéciales par lesquelles la science permettra peut-être un 
jour de définir, entre les divers types qui se trouvent associés aujour'hui dans 
la nationalité basque, celui qui paraîtra représenter le mieux le possesseur initial 
de la langue antique dont le basque seul a conservé les traits caractéristiques. 
Le crâne brachycéphale à tendances mongoloïdes, pour lequel M. Pruner-Bey 
ne cache point ses préférences, n'a encore acquis, dans l'état actuel de la con- 
troverse, que la valeur d'une hypothèse prématurée, tenue d'ailleurs en échec 
par la question des Ligures compétiteurs des Ibères, sur laquelle le baron de 
Belloguet a su éveiller une sérieuse attention. 

En fermant le livre de M. Bladé, nous embrassons d'un regard rétrospectif 
l'ensemble de ce gros travail, et résumant en notre esprit les appréciations de 
détail que nous en avons successivement faites, nous essayons de définir l'impres- 
sion générale que doit garder notre pensée des Études sur rorigine des Basques, 
et des' résultats qui s'y trouvent consignés. Le livre est gros, ainsi que nous le 
disions au début ; trop gros en vérité de toutes les critiques agressives dont le > 
lecteur le mieux disposé ne peut manquer de regretter la fréquence et de 
réprouver la forme ; trop gros aussi de tout le luxe d'une érudition empruntée 
sans contrôle ailleurs qu'aux sources originales ; trop gros enfin peut-être de 
longueurs abusives sur des points médiocrement essentiels pour l'éclaircissement 
de la question. Débarrassé de ces impédiments, l'ouvrage y gagnerait un carac- 
tère de calme, de sincérité, de réserve, auquel on ne pourrait qu'applaudir. — 
Quant au fond, les conclusions partielles résumées successivement à la fin de 
chaque section de chapitre, et les conclusions générales récapitulées à la fin 
de l'oeuvre, se présentent avec une apparence d'ordre logique et de déduction 
raisonnée, exempte des aspérités et des écarts de la discussion dont elles offrent 
les résultats définitifs ; mais il s'y rencontre plus d'un paradoxe, plus d'une 
erreur incontestable, surtout plus d'une équivoque dans la portée des termes, 



206 REVUE CRITIQUE 

qui rendent nécessaire un examen très-sérieux, te! que nous nous sommei 
efforcé de le faire en cette Revue. 

Dans la vaste étendue qu'embrassent ces Etudes, trois points de vue divers 
doivent être soigneusement distingués, qui ne sauraient être confondus sans 
inconvénient : les phases historique, linguistique, anthropologique, sous les- 
quelles veut tour à tour être étudié le problème des origines basques, peuvent 
fournir trois solutions complètement discordantes, car l'histoire, qui raconte les 
migrations et les vicissitudes politiques des nations, n'offre souvent sur leur 
ethnogénie que des lueurs incertaines ; la langue, de son côté, peut, dans ses 
formes caractéristiques persistant à travers les âges historiques et les mélanges 
ethniques, trahir le secret de ses affinités originelles et de ses modifications 
séculaires, sans révéler celui des peuples usagers ; et l'homme physique, pour sa 
part, donne à deviner, entre divers types entremêlés aujourd'hui dans une 
fusion commune, l'énigme du type primordial auquel appartenait la paternité 
légitime. Chacun de ces ordres de faits conduit à une solution indépendante, et 
la question suprême est de déterminer le lien qui pourra les rattacher entre 
elles, si, par un admirable hasard, le type, la langue et la nationalité historique 
ont gardé, dans une mesure quelconque, la trace d'une primitive coexistence. 
— Pas plus que ses devanciers M. Bladé n'a résolu ces questions, et peut- 
être n'a-t-il point eu la perception assez complète de l'indépendance mutuelle 
des trois routes distinctes par lesquelles on remonte parallèlement vers le but 
cherché, car, sans y prendre garde, il lui arrive d'argumenter de Tune à 
l'autre. 

En somme, et quelques précautions qu'il faille prendre dans la lecture de 
ces Études, trop hâtivement échappées du portefeuille de l'auteur, on ne pourrait 
sans injustice refuser de tenir compte à celui-ci de son ardeur à rassembler dans 
un cadre unique un nombre si considérable de notions diverses gravitant autour 
d'un même sujet, à l'égard duquel il n'avait encore, que nous sachions, été fait 
rien de semblable; il y déploie une remarquable aptitude d'assimilation des 
travaux d'autrui, malheureusement aussi une confiance irréfléchie en un guide 
peu sûr, à la suite duquel il se fourvoie en imprudentes dénégations vis-à-vis de 
deux maîtres reconnus du solide savoir, Fréret et Guillaume de Humboldt : 
mieux inspiré, il les eût pris pour ses modèles. 



jy. — Geschîchte des Klosters Kœnigsfelden , von Theodor von Liebenau. 
Luzern, in Kommission von Gebr. Raeber, 1868. In-8*, 192 p. 

On sait qu'à l'endroit où le roi des Romains, Albert I", succomba sous les 
coups de ses assassins, le i'^'' mai 1508, sa veuve et sa fille érigèrent, pour le 
repos de son âme, l'abbaye de Kœnigsfelden : M. Th. de Liebenau, le jeune et 
laborieux archiviste de Lucerne, avantageusement connu par des études sur l'his- 
toire des Attinghausen et des chevaliers de Baldegg, a consacré à cet établisse- 
ment, il y a quelque temps déjà, une bonne monographie. 



d'histoire et de littérature. 207 

Rien de vivace et de spontané dans cette fondation, à laquelle le souffle puis- 
sant de l'ère héroïque des ordres religieux semble avoir fait défaut dès le début : 
les sacrifices et l'effort de volonté de la reine Elisabeth et de ses enfants n'y 
suppléèrent que momentanément. Le lieu manquait d'eau : on s'en pourvut au 
moyen d'une conduite qui avait servi précédemment aux besoins de l'antique 
Vindonissa. A la communauté de Clarisses que les fondatrices appelèrent à desser- 
vir la maison, elles adjoignirent un petit collège de Franciscains que, par un 
royal caprice de femmes, elles subordonnèrent aux religieuses. Après avoir pour- 
suivi de tout son pouvoir et selon la rigueur des lois du temps la punition des 
assassins de son père, la reine Agnès de Hongrie ajouta à tous les anniversaires 
institués pour sa famille la commémoration des coupables. Il est vrai qu'il y 
avait d'un autre côté une aumône annuelle en faveur de la fille de joie -qui ouvrait 
la danse aux foires de la ville voisine de Brugg, dans l'intention de lui donner 
par là moins sujet de pécher. Cependant Kœnigsfelden, que cette princesse com- 
bla de biens et qu'elle gouverna elle-même jusqu'à sa mort, en 1 564, avec une 
prévoyance, une sollicitude et une fermeté remarquables, se trouve en pleine 
décadence dès qu'elle a les yeux fermés. L'esprit ne réagit plus sur la chair, la 
règle fléchit et en 1398, Léopold le Superbe, duc d'Autriche, est obligé de 
prendre des mesures sévères contre le relâchement des mœurs. La défaite de 
Sempach ajouta de nouveaux morts à la Hste de ceux pour lesquels on priait. En 
141^, la conquête de l'Argovie par les Suisses soumit l'abbaye à Berne, qui 
tint pieusement la main à l'exact accomplissement des voeux de l'institution pri- 
mitive. La Réforme mit fin aux bonnes comme aux mauvaises œuvres : gagnés à 
l'avance aux idées d'émancipation, Clarisses et Franciscains n'eurent pas de cesse 
qu'ils n'eussent obtenu de Berne la permission de rentrer dans le monde, où la 
plupart se marièrent. 

L'histoire de cette abbaye éclose comme en serre chaude des bienfaits des 
Habsbourg ne manque pas d'intérêt. Les patientes recherches de M. de L. per- 
mettent de se rendre compte des conditions à remplir pour assurer l'existence 
économique, civile et religieuse d'un établissement monastique au xiv* siècle. 
Mais peut-être l'auteur vivant familièrement avec ces princes de la maison d'Au- 
triche, fondateurs et protecteurs de ce Saint-Denys au petit pied , où se repor- 
taient avec une vraie piété pour leurs ancêtres leurs meilleurs sentiments de 
famille, s'est-il laissé gagner à son insu par la sympathie que les plus mauvais 
princes peuvent inspirer en dehors de la politique. Nous n'ignorons pas que 
depuis quelque temps il se forme en Suisse un courant plus favorable aux Habs- 
bourg. On ne les craint plus, et cependant il n'y a pas trente ans que les portes 
des archives de la Confédération se fermaient systématiquement, disait-on, aux 
savants d'Allemagne, de peur de fournir à l'Autriche des moyens de revendiquer 
ses vieux droits. Ce n'est pas ici le Heu d'examiner si cette réaction est fondée 
au point de vue de la logique de l'histoire et de l'analogie des faits : nous aurons 
sans doute occasion d'y revenir. 

M. de L. a ajouté à sa monographie un relevé des donations dont Kœnigsfelden 
s'est enrichi de 1 309 à 1456, un autre relevé de ses acquisitions de i } 1 1 à 1 524, 



J08 REVUE CRITIQUE 

et un troisième état de ses aliénations de 1368 à 1525. En même temps il a 
reconstitué le livre terrier de l'abbaye , dont les possessions s'étendaient de la 
Suisse (cantons d'Argovie, de Bâie, de Lucerne, de Soleure et de Zurich) au 
grand-duché de Bade et en Alsace. Dans le dénombrement des biens situés en 
France, l'auteur a commis quelques erreurs. Ammerswyl (p. 186) n'est pas Am- 
merzwiller, canton de Dannemarie, mais Ammerschwihr, canton de Kaysersberg. 
Il confond Kiensheim, Cunonis villa, même canton, avec Kinzheim, Régis villa, 
canton et arrondissement de Sélestadt. MorschM^eiller en compagnie de Nieder- 
herkheim et de Hattstadt, ne peut être qu'Obermorschwihr, canton de Winzen- 
heim. Quant au prieuré de Saint-Pierre de Colmar, que M. de L. appelle, nous 
ne savons pourquoi, zu Rottenberg (p. 188), et que la ville de Berne a vendu, 
en 1 575, à celle de Colmar pour la somme de 27,000 florins, après la séculari- 
sation du prieuré de Payerne (canton de Vaud), auquel il était incorporé, si les 
rares documents que l'auteur de ces lignes a entre les mains méritent quelque 
créance, l'abbaye de Kœnigsfelden lui aurait vendu en 1 526, par l'entremise de 
Payerne, non des domaines pour une somme de 62,200 florins, mais des rentes 
en nature et en argent pour une somme de 2,100 florins. 

Il est regrettable que, pour la facilité des recherches, M. deL. n'ait pas jugé à 
propos de nous donner une table. Dans sa préface il parle des divers degrés de 
dépendance des vassaux de Kœnigsfelden , dont plusieurs étaient de condition 
libre, d'autres lui étaient assujettis à titre de clients, ayant droit à sa protection 
(schutzpflichîige ou mieux schirmsverwandîé), la plupart lui devaient le cens comme 
tenanciers, le moindre nombre étaient réellement serfs de corps. Nous aurions 
été heureux si l'auteur avait donné quelques développements à cette thèse, ainsi 
que le lecteur était en droit de s'y attendre. 

X. MOSSMANN. 



58. — Gœthe's Unterhaltungen mit dem Kanzier Friedrich von Mûller. Heraus- 
gegeben von C. A. H. Burkhardt. Stuttgart, Cotta, 1870. i vol. in-8*, xij-170 p. 
— Prix : 2 fr. jo. 

Frédéric de Mûller vint jeune encore à Weimar oîi Charles-Auguste, très- 
content d'un procès que le jeune avocat avait conduit pour lui, l'appela en 1801 
en lui confiant une position importante dans l'administration centrale du duché. 
Il rendit de grands services au souverain et à son petit pays et il en fut digne- 
ment récompensé. Il mourut à Weimar en 1849 à l'âge de soixante-dix ans; 
et après un séjour de quarante-huit ans dans la petite ville dont la duchesse 
Amélie et Charies-Auguste avaient fait pendant un temps « la capitale intellec- 
» tuelle de l'Allemagne. » 

Mûller fut très-intimement lié avec Gœthe, qu'il admirait sincèrement. Il fut 
l'exécuteur testamentaire du poète. Il a publié divers travaux de biographie et 
de caractéristique sur son illustre ami et ces travaux mériteraient d'être réunis. 
On peut espérer que M. Burkhardt se chargera de ce soin et qu'il réunira dans 
la même publication tout ce que les papiers du chancelier renferment de pré- 
cieux documents. Il en fait le commencement aujourd'hui. Dans ces papiers se 



d'histoire et de littérature. 209 

trouvait en effet un petit volume manuscrit contenant les entretiens de Goethe 
avec MûUer, notés au jour le jour dans le journal de ce dernier et réunis ici par 
extrait. M. Burkhardt a eu l'excellente idée de ne pas se contenter de publier 
simplement ce volume, mais d'y ajouter tous les autres passages du journal de 
MùUer, relatifs à Goethe. Il nous olïre ainsi une sorte de complément à Eckermann, 
Riemer, Falck, etc. ; et ce qu'il nous offre a , sur les Entretiens d' Eckermann au 
moins, la supériorité incontestable d'émaner d'un homme mieux fait pour com- 
prendre le vieux Faust que ne l'était cet excellent Wagner. 

On comprend que nous ne pouvons pas donner un compte-rendu de ce pré- 
cieux volume qui échappe à toute analyse. Trois index (de lieux, de personnes 
et de choses) permettent facilement au lecteur pressé de trouver les passages les 
plus intéressants. Mais quel est le lecteur assez pressé pour ne pas lire d'un bout 
à l'autre ces cent cinquante pages dès qu'il aura commencé à lire la première ? 
C'est du Goethe — c'est tout dire — et du meilleur Goethe. On y trouve des 
vues profondes et nouvelles partout et sur tout, sur l'art, la philosophie, les 
sciences naturelles, la politique, la littérature ; on trouve aussi des détails inté- 
ressants sur sa vie (entre autres quelques éclaircissements sur sa dernière passion, 
pour M""* Szymanowska, p. 70 à 73). Goethe ressemble à ces beaux temples 
grecs dont les fouilles mettent sans cesse à jour des fragments encore inconnus : ■ 
chaque trouvaille ne fait qu'augmenter notre admiration pour la perfection 
et l'harmonie de l'ensemble, pour la solidité et la grâce, pour le fini surtout des 
parties même les plus infimes. 

Ces entretiens commencent en 1808 et vont jusqu'à la mort du poète en i8j2. 
Les dix premières années ils ne furent que rares ; à partir de 1 8 1 8 ils deviennent 
plus fréquents. Les années 1823 et 1824 sont les plus remplies. L'éditeur a 
accompagné le texte de notes explicatives qui nous ont semblé suffisantes et 
exactes. Tous les admirateurs du poète, mais surtout les admirateurs de l'homme, 
si supérieur encore au poète, devront de la reconnaissance à M. Burkhardt; 
car il leur procure par sa publication une jouissance sans mélange. 

K. H. 



S9. — Researches in theHighlands of Turkey, including visits to mounts Ida, 
Athos, Olympus, and Pelion, to the Mirdite Aibanians, and other remote tribes, with 
notes on the ballads, taies, and classical superstitions of the modem Greeks, by the 
Rev. Henry Fanshowe Tozer, M. A. F. R. G. S., etc. 2 vol. in-8' de xl-397 et 
vij-390 p. (avec cartes et illustrations). London, Murray, 1869. — Prix : 30 fr. 

Le titre de ces deux volumes, le nom et les qualités de l'auteur disent claire- 
ment qu'il ne s'agit point ici d'un de ces voyages superficiels, simples récits de 
touriste, bons tout au plus à charmer les loisirs de quelques oisifs. M. Tozer n'a 
point traversé la Turquie à vol d'oiseau, il a donné pour but à ses voyages de 
sérieuses études d'histoire, d'archéologie, d'observation historique et politique. 
lia visité à trois reprises l'empire ottoman, en 1853, 186 1 et 1865. « J'ai tâché, 
» dit-il, dans sa préface, de résumer brièvement les traits généraux de la vie 
» orientale, et les incidents quotidiens du voyage. — J'ai aussi discuté autant 



210 REVUE CRITIQUE 

3» que je le pouvais les diverses questions historiques, archéologiques et topogra- 
» phiques qu'un tel voyage soulève naturellement et je les ai éclaircies par les 
» informations que j'ai pu me procurer. La Turquie est à présent le moins connu 
» de tous les pays de l'Europe et pourtant il en est peu qui récompensent aussi 
» largement l'explorateur. Je serais heureux si je pouvais persuader à quelques 
» touristes qu'un voyage dans l'intérieur n'oflfre pas de difficultés insurmontables, 
» même durant les mois d'été. » Tout dans le livre de M. T. concourt à ce but, 
l'agrément de la narration, la solidité de la science et même l'exécution maté- 
rielle de ces deux volumes. Plusieurs cartes les accompagnent (nous citerons 
notamment celle de la plaine de Troie, du mont Athos, du mont Olympe). Men- 
tionnons aussi les gravures en taille-douce, malheureusement trop rares et dont 
quelques-unes (par exemple les gorges de l'Achéron) sont d'une excellente exé- 
cution. 

Il y a dans l'ouvrage de M. T. une partie qui intéressera surtout le Classical 
scholar, l'humaniste : ce sont les recherches sur les contrées célèbres dans l'an- 
tiquité. Assurément dix mois passés dans la poudre des bibliothèques ne valent 
pas huit jours bien employés sur le terrain par un homme intelligent. Aussi nous 
donnerons simplement les résultats obtenus par M. T., sans avoir la prétention 
de les contrôler. D'après la description homérique et la physionomie actuelle du 
terrain, l'auteur retrouve l'emplacement de Troie à Bunarbachi. — Il a déter- 
miné la ligne de la Via Egnatia avec beaucoup plus de précision que n'avait pu 
le faire Tafel écrivant dans son cabinet sa dissertation De via militari Romana 
Ëgnatia. Une route ne peut se déterminer qu'en suivant exactement les vallées, 
les cours d'eaux, les passages des montagnes et il est naturel que même sur les 
meilleures cartes beaucoup de détails aient manqué à l'érudit allemand. Les trois 
points principaux que signale M. T. sont Thessalonique, Vodena et Manastir. — 
Notons encore comme d'un intérêt tout particulier les excursions aux monastères 
du mont Athos, au Pélion, à l'Olympe et à la vallée de Tempe. L'auteur possède 
non-seulement les auteurs classiques; mais il connaît et discute avec autorité 
tout ce qui a été écrit sur ces régions, en France, en Allemagne et en Angle- 
terre. Les notes de son livre et les excursus qui l'accompagnent n'en sont pas le 
moindre attrait. 

Mais il est impossible de voyager en Turquie, en s'absorbant uniquement dans 
le passé. Les divers peuples qui habitent l'empire ottoman offrent une ample 
matière aux observations scientifiques et politiques et M. T. n'a eu garde de les 
négliger. Les Grecs modernes notamment ont appelé son attention, et d'excellents 
chapitres sont consacrés à leur poésie et à leurs contes populaires. M. T. a éga- 
lement étudié autant qu'il était en lui, les Albanais, les Bulgares et les Monténé- 
grins. Ses renseignements paraissent généralement puisés à bonne source. 
Cependant en ce qui concerne les choses slaves ils se ressentent un peu de 
l'ignorance où les savants occidentaux restent encore aujourd'hui, sauf quelques 
rares exceptions. Nous n'en faisons pas un crime à l'auteur. Non omnia possumus 
omnes. Il serait difficile de trouver dans les littératures anglaise, française ou 
allemande, les éléments pour une étude raisonnée des Slaves de Turquie. Les 



d'histoire et de littérature. 211 

voyages en Turquie pèchent généralement de ce côté. Quels résultats n'obtien- 
drait pas une expédition scientifique à laquelle prendraient part un orientaliste^ 
un archéologue et un slaviste ; malheureusement rien de semblable n'a été encore 
tenté. — Comme il serait fort possible que le livre de M. T. parvînt à une 
seconde édition , nous lui signalerons quelques erreurs qu'il ne sera pas très- 
difficile de corriger. 

Vol. I. Ch. VIII, p. i88 s. q. M. T. retrouve en Bulgarie le souvenir des 
apôtres slaves Cyrille et Méthode, il retrace rapidement leur vie d'après les 
bollandistes et adopte la tradition évidemment légendaire qui fait de Méthode un 
peintre célèbre. Il rappelle la prétendue conversion de Boris, roi des Bulgares, 
à la vue d'un tableau représentant le jugement dernier. Il regrette qu'il n'y ait 
dans la littérature anglaise aucun travail suffisant sur cet épisode de l'histoire 
ecclésiastique. Il renvoie aux travaux de Dobrowsky. — L'histoire de l'apostolat 
slave s'est enrichie depuis Dobrowsky de bien des documents nouveaux. M. T. 
me permettra de lui signaler : VÉtude sur Cyrille et Méthode et la Conversion des 
Slaves au christianisme, par l'auteur de cet article (Paris, Franck, 1 868) ' , livre 
qui n'a d'autre mérite que de résumer d'après les travaux slaves et allemands 
l'état actuel de la question. 

Vol. I. Ch. XIV, p. 309. M. T. signale l'usage des fraternités d'adoption 
(fi"atemal friendships) comme commun chez les Mirdites. Le nom que prennent 
les frères d' adopùon pobratimi n'est pas, comme parait le croire M. T. un mot 
albanais, mais bien un mot slave. L'institution doit avoir été empruntée par les 
Albanais aux Serbes. (C'est ce qui résulte du dictionnaire serbe de Vouk au mot 
pobraîim et du beau travail de M. Bogisic sur le droit coutumier des Slaves (Agram, 
1867, en Croate). 

Vol. II. Ch. XVIII, p. 7. M. T. raconte son arrivée au mont Olympe par 
mer. Ils arrivent d'abord à un petit port appelé Scala près du village de Katrin . 
Il est évident qu'ici Scala est le mot italien employé dans tout le Levant pour 
désigner un port, un lieu de débarquement. Puis M. Tozer rencontre sur la 
montagne deux couvents accompagnés du mot Scala qu'il a quelque peine à 
s'expliquer en de si hautes régions. Je crois qu'ici il s'agit du mot slave skala 
signifiant rocher, mot qui a d'ailleurs passé en grec moderne. M. T. signale 
d'autres noms slaves en ces régions, par exemple celui du lac Neuro (si. eieto, 
lac). 

Ib. p. 80 sq. Tout le chapitre XXI est consacré à une étude sur le Vrykoloka 
ou Vampire oriental, superstition que M. T. a eu l'occasion de constater pen- 
dant son séjour à Aghia en Thessalie. 



I. Un compatriote de M. T., M. MuUooly prêtre catholique, vient de publier à Rome 
une monographie intéressante : Saint Clément and his Basilic in Rome. Il s'agit de la basi- 
lique de Saint-Clément où fut enterré Cyrille, où l'on a récemment découvert des fresques 
curieuses dont l'une représente sans doute les apôtres slaves. M. Mullooly raconte leur vie 
d'après les bollandistes. Tant qu'on s'en tiendra à cette source défectueuse il sera impos- 
sible d'écrire la monographie que réclame M. T. « It would be a most interestmg subject 
» for a monograph from an experienced hand. » Nous reviendrons peut-être sur le travail 
de M. Mullooly. 



212 REVUE CRITIQUE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE. 

Malheureusement dans ce chapitre M. T. a négligé absolument l'élément slave 
qui est peut-être le plus important. Il croit que le mot Vrykolaka peut bien venir 
du serbe voukodlak; mais dit-il la forme grecque moderne est en réalité plus 
ancienne que la forme serbe ; car vrykoloka est plus près que le serbe du sanscrit 
vrka (loup); sans doute, mais la forme vouk est récente et l'ancienne forme en 
serbe était vlk (velk). On trouve encore en bulgare vrkolak; le dictionnaire pa- 
léoslave de Miklosich et le dictionnaire serbe de Karadjich donnent sur ce mot 
de longs détails dans lesquels je ne puis entrer ici. Ce serait vouloir ajouter un 
chapitre au livre de M. T. 

J'avais quelques observations de détail à présenter; mais elles ne portent que 

sur des infiniment petits : il y aurait mauvaise grâce à chicaner sur des vétilles 

un livre qui témoigne d'une grande persévérance, d'un savoir profond, et d'un 

véritable talent d'écrivain. 

Louis Léger. 



LIVRES DÉPOSÉS AU BUREAU DE LA REVUE. 

Baguenault de Puchesse, De Venatione apud Romanos (Durand); — Jean de 
Morvillier (Didier). — Chaucer Society : A six-text print of Chaucer's Canterbury Taies 
(London, Trùbner). — Ellendt, Lexicon Sophocleum, fascic. II et III (Berlin, Born- 
traeger). — Ellis, On early English Pronunciation (London, Trùbner). — The modem 
Buddhist translated by Alabaster (ib.). — Tobler, Grundzûge d. evangelischen 
Geschichte (Zurich, Herzog). 



ERRATA. 



N° 12. P. 178, 1. 12 : « Origine des Basques, de France et d'Espagne » lisez 
« Origine des Basques de France et d'Espagne ». 
P. 180, 1. 5 : « témoins » lisez « témoin «. 
P. 190, 1. 28 : « classiques? » lisez « classiques : ». 



Nogent-le-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur. 



Avezac (d'). Une digression géographique 
à propos d'un beau manuscrit à figures 
de la bibliothèque d'Altamira. In-8*, 8 p. 
Paris (lib. Bachelin-Deflorenne). 

Champagny (de). Les Césars du III* siè- 
cle. 3 vol. in-i8 Jésus, 1415 p. Paris 
(lib. Bray et Retaux). 

Charras. Histoire de la guerre de 18 13 
en Allemagne. Derniers jours de la retraite 
de Russie. Insurrection de l'Allemagne. 
Armements. Diplomatie. Entrée en cam- 
pagne. 2' édition (r* édition publiée en 
France). Avec cartes spéciales. In-8*, iv- 
527 p. Paris (lib. Le Chevalier), yfr. 50 

Correspondance de Napoléon I", publiée 
par ordre de l'empereur Napoléon IIL 
T. 30*. Œuvres de Napoléon I" à Sainte- 
Hélène. In-8°, J79 p. Paris (lib. Pion). 

Desmasures (A.). Histoire de la révolu- 
tion dans le département de l'Aisne. 
1789. In-8*, 311p. Vervins (imp. Flem). 

3 fr. 90 

Fameuse (la) Comédienne, ou histoire de 
la Guérin, auparavant femme et veuve de 
Molière. Réimpression conforme à l'édi- 
tion de Francfort 1688, suivie des va- 
riantes des autres éditions et accompagnée 
d'une préface et de notes par Jules Bon- 
nassies. In- 18, xxviij-73 p. Paris (libr. 
Barraud). 

Fisqnet (H.). La France pontificale (Gal- 
lia Christiana). Histoire chronologique et 
biographique des archevêques et évêques 
de tous les diocèses de France depuis 
l'établissement du christianisme jusqu'à 
nos jours, divisée en 18 provinces ecclé- 
siastiques. Métropole d'Avignon. Mont- 
pellier, 2* partie, contenant Beziers, Lo- 
dève, Saint-Pons de Tonnères. In-8*, 65 5 
p. Paris (lib. Repos). 

Gouverneur (A.). Un coin du vieux 
Nogent : l'Hôtel-Dieu. Esquisse histori- 
que. In-8*, 115p. Nogent-le Rotrou limp. 
Gouverneur). 

Hamel (E.). Précis de l'histoire de la ré- 
volution française. In-8*, iv-563 p. Paris 
(lib. Pagnerre). 6 fr. 

Inventaire-Sommaire des Archives 
communales antérieures à 1790, publié 
par M. L. Duhamel. Villes de la Bresse. 
In-4', 85 p. Epinal (lib. V' Gley). 

La Rochefoucauld. Réflexions ou Sen- 
tences et Maximes morales. Textes de 
1665 et de 1678 revus par C. Royer. 
Petit in- 12, xxij-244 P- Paris (libr. Le- 
merre). 



Littré (E.). Dictionnaire de la langue 
française. 24' livr. (1 1' du t. II). In-4% 
p. 1 537-1696. Paris (libr. Hachette et 

C-). 5 fr- 50 

Meaume (G. E.). Histoire de. l'ancienne 
chevalerie lorraine. Chapitre I", \" pé- 
riode, 1048-143 1. In-8*, xvj-117 pages. 
Nancy (lib. Wiener). 

Naudé (G.). Mémoire confidentiel adressé 
à Mazarin après la mort de Richelieu, 
publié d'après le manuscrit autographe et 
médit par A. Franklin. In- 16, xxxij-107 
p. Paris (lib. Willem). 

Nicaise. Epernay et l'abbaye St-Martîn 
de cette ville. Histoire et documents iné- 
dits. 2 vol. in-8', xxv)-47i p. Chalons- 
sur-Marne (lib. Le Roy;. 

Ramée (D.), Le grand perturbateur 
romain César. Avec un portrait de César 
tiré du Musée britannique. In-8*, viij-65 
p. Paris (lib. Maillet). 

Recueil des historiens des Gaules et de la 
France. Nouvelle édition, publiée sous la 
direction de M. L. Delisle. T. 4. In-foL, 
xxxiv-775 p. Paris (lib. Palmé). 

Revon (L.). Inscriptions antiques de la 
Haute-Savoie, épigraphie gauloise, ro- 
maine et burgonde. Gr. in-4*, 52 pages. 
Annecy (imp. Thesio). 

Rodier (G.). Date initiale des Manouan- 
taras, ou période védique. In-8*, 20 p. 
Paris (lib, Maisonneuve). 

Stapfer (P.). Laurence Sterne, sa per- 
sonne et ses ouvrages. Étude précédée 
d'un fragment inédit de Sterne. In-8*, lij- 
306 p. Paris (lib. Thorin). 

Vivien de Saint-Martin. L'année 
géographique, revue annuelle des voyages 
de terre et de mer, des explorations, 
missions, relations et publications diverses 
relatives aux sciences géographiques et 
ethnographiques. 8* année. 1869. In- 18 
Jésus, 592 p. Paris (lib. Hachette et C'). 

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"Waddington (C). Dieu et la conscience. 
In-8*, xij-406 p. Paris (lib. Didier et C'). 

Wiese (L.). Das hœhere Schuhvesen in 
Preussen. Historisch-statist. Darstellung, 
im Auftrage d. Ministers der geistl., 
Unterrichts- u. Médicinal- Angelegenhei- 
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graphiée; par M. le vicomte de Rougé. IL L'expression Mââ-Xeru, par M. A. 
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extraits d'un papyrus démotique. du Musée du Louvre, accompagné de deux 
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N* 14 Cinquième année 2 Avril 1870 

REVUE CRITIQUE 

D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

RECUEIL HEBDOMADAIRE PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION 

DE MM. P. MEYER. CH. MOREL, G. PARIS. 



Secrétaire de la Rédaction : M. Auguste Brachèt. 



Prix d'abonnement : 

Un an, Paris, 156". — - Dépanements, 17 fr. — Etranger, le port en sus 
suivant le pays. — Un numéro détaché, 50 cent. 



PARIS 

LIBRAIRIE A. FRANCK 

F. VIEWEG, PROPRIÉTAIRE 

67, RUE RICHELIEU, 67 



Adresser toutes les communications à M. Auguste Brachet, Secrétaire de la 
Rédaction (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu). 

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K. WiTTE, Danîe-Forschungen ; Halle, Barthel. — Quérard, Les supercheries 
littéraires dévoilées, 2^ éd. (Edm. Scherer; cf. Rev. crit., 1869, art. I02). — 
Souvenirs de Madame Vigée Le Brun (Mrs. Paliser; cf. Rev. crit., 1870, art. 31). 
— British Muséum, a Guide to the second Vase Room; London (Frohner). — The 
Book of Deer, edited for the Spalding Club by John Stuart (Westcott; le Livre 
de Deer est un évangéliaire incomplet du ix* siècle provenant d'une abbaye 
d'Ecosse, et sur les blancs duquel ont été transcrites plusieurs chartes au xi^ et 
au xii'^ siècle). — Semper, Die Philippen und ihre Bewohner (Bâtes; cf. Rev. crit., 
1869, art. 249). — Ranke, Geschichte Wallensteins ; Leipzig (Pearson). — Are's 
IsUnderhuch... hgg. von Th. Mœbius; Leipzig, Teubner (Vigfusson). — Probst, 
Geschichte d. Universitczt zu Innsbruck; Innsbruck, Wagner (Pattison). — Holm, 
Geschichte Siciliens im Akerthum; Leipzig, Engelmann (Boase). — Krause, Die 
Byzantiner d. Mittelalters in ihrem Staats-Hof- u. Privatleben; Halle, Schwetschke 
(Waring). — Benfey, Geschichte d. Sprachwissenschaft (Farrar; judicieuse ana- 
lyse, cf. Rev. crit., 1869, art. 2jo). — Praetorius, Das (Zthiopische Briefbuch; 
Id., Fabula de regina Sabaea apud AEthiopes (W. Wright). — Le Dîwân de Nâ- 
biga Dhobyânî, p. p. H. Derenbourg; Paris, Impr. impér. (W. Wright; art. 
favorable). — Aristoxenus, Die harmonische Fragmente, hgg, von Marquard; 
Berlin, Weidmann (Munro; art. très-compétent). — Juvenal's Satires, with a 
commentary by Mayor, 2. éd.; Macmillan (King). — M. Hertz, De Scaevo 
Memore poeta îragico; Breslau (R. Ellis), — Schweizer-Sidler, Elemcntar- und 
Formenlehre d. lat. Sprache; Halle (Nettleship; art, très-favorable). — Glossae 
Hibernicae veteres cod. Taurinensis, éd. Nigra (Hennessy; cf. Rev. crit., 1869, 
art. 122. 



BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE 

DES PRINCIPALES PUBLICATIONS FRANÇAISES ET ÉTRANGÈRES. 

AVIS. — On peut se procurer à la librairie A. Franck tous les ouvrages 
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Revue critique. Elle se charge en outre de fournir très-promptement et sans 
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même, par J. Barthélémy Saint-Hilaire. 
2 vol. in-S", cxj-844 p. Paris (libr. La- 
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chronologique de la maison royale de 
France, des pairs, grands officiers de la 
maison du roy et des anciens barons du 
royaume; le tout dressé sur titres origi- 
naux ; continuée par M. du Pourny, revue 
corrigée et augmentée par les soins du P. 
Ange et du P. Simplicien. 4* édit. corri- 
gée, annotée et complétée par M. Potier 
de Courcy. T. 4. 3<= livr. In-4% p. 545- 
856. Paris (libr. F. Didot frères, fils et 
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Aristote. La Rhétorique, traduite en 
français et accompagnée de notes perpé- 
tuelles, avec la Rhétorique à Alexandre 
(apocryphe) et un appendice sur l'Enthy- 



Berlioz (H.). Mémoires comprenant ses 
voyages en Italie, en Allemagne, en Rus- 
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res). 12 fr. 

Ghasies (E.). Histoire nationale de la 
littérature française. Origines. In-8'', viij- 
453 p. Paris (lib. Ducrocq). 

Daremberg (C). Histoire des sciences 
médicales^ comprenant l'anatomie, la 
physiologie, la médecine, la chirurgie et 



REVUE CRITIQUE 

D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

N- 14 — 2 Avril — 1870 

Sommaire : 6o. Rabbinowicz, Grammaire de la langue latine. — 6i. Thurot, 
Extraits de divers manuscrits latins pour servir à l'histoire des doctrines grammaticales 
au moyen-âge. — (>i. Halberg, Wieland. 



6o. — Grammaire de la langue latine raisonnée et simplifiée d'après de nouveaux 
principes expliquant le latin par les règles de la langue française, renfermant cinq nou- 
velles tables alphabétiques des verbes irréguliers, des prépositions des verbes composés, 
etc., etc. par le D' J.-M. Rabbinowicz. Ouvrage honoré de la souscription du minis- 
tère de l'instruction publique. Paris, Delagrave, 1869. In 8*, xxiij-4oop. — Prix: 6fr. 

L'auteur de cette grammaire n'est pas philologue de profession ; toutefois il 
est évident qu'il s'est mis à l'œuvre avec les meilleures intentions du monde et 
avec un vif désir de faire mieux que ses prédécesseurs. Il a consulté les meilleures 
grammaires latines et françaises actuellement en usage tant en France qu'en 
Allemagne et en Angleterre, il en a même tiré parfois de judicieuses observations; 
mais nous regrettons qu'avant de rédiger son ouvrage, M. Rabbinowicz n'ait 
pas éprouvé le besoin d'arriver à des vues d'ensemble plus nettes et plus solides. 
L'effort qu'il a fait pour sortir de la routine est resté impuissant à le préserver 
d'erreurs trop communes encore et à l'élever jusqu'à la saine conception des données 
de la linguistique et du génie propre de la langue latine. Nous craignons que sa 
grammaire, tout en restant au-dessous du niveau actuel de la science, ne soit pas 
disposée d'une manière assez pratique pour des commençants et qu'ainsi elle ne 
puisse en réalité profiter à personne. 

M. R. a voulu faire une grammaire raisonnée en ce sens que, supposant chez 
son lecteur la connaissance de la grammaire française, il passe légèrement sur les 
règles et les expressions grammaticales communes au français et au latin pour 
insister davantage sur celles qui sont particulières à la langue latine. Ce point de 
vue qui est au fond celui de toute grammaire élémentaire, puisqu'il s'agit d'in- 
diquer le rapport d'une langue avec une autre, a été cependant poussé beaucoup 
trop loin. Le désir de trouver des analogies entre le français et le latin a fait en 
découvrir de tout à fait nouvelles, de l'existence desquelles nous ne nous doutions 
même pas. 

Ainsi par exemple : « on marque en latin la longueur des voyelles comme en 
» français; ainsi la longueur est marquée par - ou \ la brièveté par " » (p. xxj), 
ou encore : « Outre le nominatif, le génitif, le datif et l'accusatif, qui ont leur 
» analogue en français, il y a encore en latin un cas appelé ablatif » (p. xxiij). 
L'existence des déclinaisons en latin méritait au contraire d'être plutôt signalée 
comme une des différences fondamentales entre cette langue et le français. M. R. 
a cru en outre devoir supprimer le vocatif dans ses tableaux des déclinaisons, sous 
prétexte que dans toutes, sauf une, il est semblable au nominatif. Cette simpii- 
IX 14 



214 REVUE CRITIQUE 

fication n'est ni heureuse ni pratique, puisqu'à la page 3 l'auteur est obligé de 
parler tout à coup du vocatif. Un commençant ne comprendra rien à cette appa- 
rition subite qui n'est pas expliquée par l'auteur. Nulle part non plus on ne nous 
apprend ce que c'est qu'un radical et cependant M. R. est forcé d'en parler 
comme d'une chose connue à propos de la 2^ et de la 3^ déclinaison. Il suppose 
sans doute qu'on explique cela au chapitre des déclinaisons dans la grammaire 
française. 

L'explication de la fameuse règle du que retranché est l'une des innovations de 
M. R. qu'il croit des plus heureuses. Nous pensons que rien n'est moins raison- 
nable que cette manière de faire raisonner les enfants. Sans doute ce n'est pas le 
terme même de que retranché que M. R. a inventé : il se trouve malheureusement 
dans nos grammaires classiques et il faut absolument qu'il en disparaisse. Les 
allemands désignent cette tournure sous le nom d'accusatif avec l'infinitif qui n'est 
pas très-satisfaisante non plus, mais qui du moins n'est pas absurde. On a pro- 
posé la désignation de proposition infmitive, ce qui ne veut pas dire grand chose; 
le vrai terme serait proposition régime pour l'accusatif avec l'infmitif et proposition 
attribut pour la tournure passive. Mais pour introduire ces termes il faut des vues 
très-claires sur la syntaxe, vues qui semblent faire défaut à M. R. à en juger par 
maint passage de son livre. Ainsi p. 349, note 3 : a Zumpt établit lui-même que 
» les verbes dicunt, tradunt admettent la transformation dans la voix passive, où 
» l'accusatif devient nominatif; ainsi pour dicunt me virum prohum esse on peut 
» dire dicor vir probus esse. Il en résulte que lorsque le que retranché est le sujet, 
» on le met au nominatif (vir probus). » Mais ici il est évident que vir probus 
n'est pas sujet, c'est l'attribut; le sujet de la phrase est contenu dans dicor. Et 
puis comme c'est bien raisonné! Comment quelque chose qui n'existe pas, puis- 
qu'on l'a retranché, peut-il être au nominatif? Tout ce chapitre est du même aloi. 
M. R. pouvait d'autant mieux aboHr cette expression de que retranché qu'elle n'a 
été inventée que pour ceux qui font des thèmes latins, exercice que l'auteur 
déclare inutile dans sa préface. Nous ne nous arrêterons pas sur des négligences 
secondaires, comme par exemple celle qui consiste à traduire « j'ai vu l'eau 
» diminuer » par « j'ai vu que l'eau avait diminué. « — Toute la théorie des 
modes laisse fort à désirer comme raisonnement. Il y a aussi bien des idées 
fausses dans l'exposé des conjugaisons. 

Bien des innovations malheureuses seraient encore à signaler, comme par 
exemple la classification des déclinaisons, l'invention d'une décHnaison des noms 
de nombre : 

Nom, Sex, six. 

Gén. Sextus, sixième. 

Dat. Seni, six à chacun. 

Ace. Sextuplex, six fois. 

Ablatif. Sextuplus, six fois autant. 

Mais à côté de ces bizarreries regrettables on trouve mainte trace des efforts 
tentés par M. R. pour se mettre au courant des résultats récents de la science 
et pour réellement simplifier l'étude de la grammaire. Citons l'indication soigneuse 



d'histoire et de littérature. 215 

de la quantité des mots, la liste en 81 colonnes des deux temps primitifs qui changent 

le radical du présent, et surtout les renvois à des ouvrages sérieux qui, dans le 

courant même de la rédaction du livre, ont modifié parfois les idées de l'auteur. 

Nous aimons à voir dans ce fait la preuve que M. Rabbinowicz pourra plus tard 

faire un travail plus achevé et plus circonspect. 

Ch. M. 



61. — Extraits de divers manuscrits latins pour servir à Thistoire des 
doctrines grammaticales au moyen-âge, par Ch. Thurot. Paris, Impr. 
imp. 1869. In-4*, 592 p.' 

Sous ce titre modeste M. Thurot nous fait connaître l'ensemble de doctrines 
qui forment la science grammaticale du moyen-âge depuis le temps de Charle- 
magne jusqu'à la Renaissance. Il a accompli sa tâche non pas en nous présentant 
le résumé de ses lectures, mais, d'une manière à la fois plus impersonnelle et plus 
sûre, en réunissant sous un certain nombre de chefs des extraits textuels des 
grammairiens qu'il a lus. 

Dans une première partie intitulée Notice des manuscrits examinés (p. 3-58) et 
qui est une étude très-complète des sources auxquelles il a puisé, il passe en 
revue siècle par siècle les traités eux-mêmes, classant en premier lieu, dans 
chaque siècle, ceux dont l'auteur est connu , puis les anonymes. Pour chacun 
d'eux M. Th. indique succinctement les mss., transcrit la rubrique du traité, en 
fait connaître sommairement l'objet et donne sur l'auteur de rapides indications 
biographiques avec renvoi, lorsqu'il y a lieu, aux ouvrages où un supplément 
d'information pourra être cherché. Cette première partie, bien que composée 
avec une concision dont l'auteur ne se départ à aucun endroit de son livre, n'a 
pas seulement l'intérêt d'une bibliographie bien faite : elle corrige diverses erreurs 
échappées aux récents biographes de plusieurs des grammairiens du moyen-âge. 
Ajoutons enfin qu'elle embrasse tous les traités grammaticaux du moyen-âge 
conservés dans les bibliothèques de Paris, d'Orléans et de Montpellier^, 

Dans la seconde partie qui est proprement l'ouvrage lui-même — la première 
pouvant être considérée comme l'introduction — M. Th., après avoir divisé l'his- 
toire des doctrines grammaticales au moyen-âge en deux périodes, dont la pre- 
mière s'étend du ix^au xi^ siècle inclusivement, et la seconde du xii* au xv^, 
entre en matière, disposant selon l'ordre généralement adopté au moyen-âge, 
et qui n'est pas très-éloigné de celui des grammaires scientifiques de nos jours, 
les passages les plus caractéristiques des auteurs qu'il a étudiés, 

La première période offre peu d'intérêt. Les grammairiens anciens et particu- 
lièrement Donat et Priscien font tous les fi-ais de l'enseignement grammatical de 
cette époque, et des commentaires plus ou moins faibles de leurs œuvres en sont 
l'unique résultat. 



1 . Ce volume forme la deuxième partie du t. XXII des Notices et extraits des mss. publiés 
par l'Académie des inscriptions. Vingt-cinq exemplaires seulement en ont été tirés à part. 

2. Dans les Additions et corrections M. Th. fait aussi usage d'un ms, de Troyes; il a 
de plus, comme il était juste, utilisé le peu qui a été imprimé sur son sujet. 



2l6 REVUE CRITIQUE 

Pendant la seconde période, les études grammaticales se multiplient et entrent 
dans une nouvelle voie. Le point de départ est toujours fourni par les grammai- 
riens anciens, mais la méthode est empruntée à la scolastique. Au xiii* siècle 
surtout, l'étude d'Aristote influe sur la grammaire comme sur toutes les autres 
sciences. « L'autorité d'Aristote est invoquée à l'appui des propositions les plus 
» simples, par exemple pour dire qu'on ne peut donner à autrui ce qu'on n'a pas. 
» Les formes mêmes de l'exposition qui, dans leur aride prolixité, étaient encore 
» assez libres chez Pierre Hélie, Abélard et leurs contemporains, sont désormais 
» assujetties rigoureusement à celles de la dispute. Tout est mis en question, et 
» on discute la négative des propositions les plus évidentes. On donne les raisons 
» pour, les raisons contre, puis on propose sa solution et l'on réfute les raisons 
» contraires » (p. 1 18-9). De là une originalité plus apparente que réelle, une 
fécondité plus lamentable que la pauvreté de l'époque précédente. C'est pour 
Cette époque surtout que se manifestent les avantages de la méthode adoptée par 
M. Thurot. Il eût été intolérable de voir recommencer pour chaque auteur le 
défilé des mêmes théories. Après un long chapitre nourri de faits et de textes 
sur l'enseignement grammatical du xii'^au xv^ siècle (p. 89-121), l'auteur passe 
en revue les idées qui régnaient à cette époque sur la grammaire en général 
(2'' partie, ch. I, p. 121); sur l'orthographe (ch. II, p. 135); sur l'étymologie 
(ch. III, p. 146) dans laquelle on faisait rentrer tout ce qui concerne la flexion 
et la formation des mots; sur la syntaxe (ch. IV, p. 212); sur la prosodie 
(ch. V, p. 391), qui comprenait non point les règles de la quantité, mais celles 
de l'accentuation et du débit oratoire; sur la versification (ch. VI, p. 417); sur 
les vices et les figures (ch. VII, p. 458). 

La troisième partie, qui est fort courte (p. 485-506) nous fait assister à la 
réaction qui se produisit au xv^ siècle contre les méthodes du moyen-âge, et 
contient la conclusion de l'auteur. Suivent un assez grand nombre d'additions 
(p. 507-540) et enfin une table des matières et quatre index fort bien entendus 
(i" table des rass. ; 2" table des incipit; 3° table des noms d'auteurs et des titres 
d'ouvrages; 4" table des matières et des mots). 

On ne rendrait point justice à l'ouvrage dont nous venons d'esquisser la dis- 
position en le présentant comme une contribution importante à la connaissance 
des doctrines grammaticales du moyen-âge; la vérité est que M. Th. abordant 
un terrain jusqu'à ce jour inexploré l'a fouillé de manière à laisser peu de décou- 
vertes à faire à ses successeurs, et qu'il a ordonné les résultats de ses recherches 
de façon à rendre toute vérification facile, et à présenter un cadre prêt à toute 
insertion nouvelle. Quelle que soit la valeur de la matière sur laquelle il s'est 
exercé, M. Th. en a tiré tout le parti possible. 

Cette valeur, M. Th. n'est point porté à l'exagérer. Bien au contraire, il la 
diminuerait, s'il était possible. « L'histoire de la grammaire au moyen-âge », 
dit-il en terminant, « montre par un exemple frappant qu'en cultivant une 
:» science, comme en traitant une question particulière, les hommes peuvent 
» s'engager dans une voie qui les écarte de plus en plus de la vérité, et s'en 
» trouver plus éloignés, au bout de plusieurs siècles de travail, que ceux qui les 



d'histoire et de littérature. 217 

» avaient précédés » (p. 506). Et il faut bien le dire, le développement de la 
science grammaticale se fait pendant le moyen-âge au rebours de ce que nous 
appelons aujourd'hui le bon sens. Prenant encore pour point de départ les 
données fournies par les grammairiens de l'antiquité qui, eux du moins obser- 
vaient de leur mieux et déduisaient de l'observation leurs explications, les sco- 
lastiques en arrivent promptement à présenter des explications métaphysiques 
qui sont absolument sans rapport avec l'objet auquel on les applique; et ce qu'il 
y a de plus caractéristique dans ces aberrations, c'est l'imperturbable assurance 
avec laquelle les plus audacieuses assertions sont présentées. Sait-on pourquoi les 
noms d'arbres sHer et oleaster sont masculins ? c'est parce que ce sont des arbres 
qui ne portent pas de fruits. — Et dumus, rubus? A cause de la rudesse avec 
laquelle ils déchirent les vêtements (p. 203). — Pourquoi dies est-il du genre 
douteux {dnhu generis) ? C'est qu'à l'origine quelques-uns l'avaient fait masculin, 
considérant qu'il est actif en ce qu'il chasse la nuit, et d'autres féminin, consi- 
dérant qu'il est passif, étant chassé par la nuit. Puis d'autres, pour tout accorder, 
le firent du genre douteux (p. 202). — Il y a bon nombre d'explications de cette 
force qu'on pourrait citer, sans parler des étymologies, parmi lesquelles on ne 
retrouve pas sans plaisir le célèbre caro data vermibiis, d'où cadaver (p. 147). 
Assurément, les gens du moyen-âge considéraient les langues comme une créa- 
tion réfléchie et toute artificielle (p. 1 24), idée qui n'est pas assez loin de nous 
pour que nous ayons le droit de la trouver ridicule au xiii^ siècle; mais cela 
même admis, leurs explications n'en attestent pas moins un manque absolu de 
ce que nous appelons le sens commun, et qui n'est que le résultat accumulé de 
l'expérience des siècles passés. Assurément les mêmes vices de raisonnement se 
retrouvent dans toutes les sciences du moyen-âge, mais il est parfois délicat de les 
signaler. Sur le terrain neutre de la grammaire personne ne songera à les con- 
tester ni à les dissimuler. 

Le travail dont nous rendons compte, n'eût-il point d'autre résultat que de 
rendre possible la comparaison entre les idées acceptées sur le même sujet à 
deux époques distantes, qu'il serait pourtant utile. Mais il nous apporte à d'autres 
égards des résultats que M. Th. n'a peut-être pas assez mis en lumière. 

Et d'abord le développement presque subit que prit l'étude de la grammaire 
au XII* siècle, est un fait considérable qui jusqu'ici n'avait pas été suffisamment 
observé. On a du reste des textes qui constatent la rareté des professeurs de 
grammaire à la fin du xi* siècle'. Les méthodes d'enseignement de la même 
science, jusqu'ici fort peu connues, se déduisent assez bien des-divers traités 



I. Celui-ci par exemple, où Guibert deNogent, écrivant vers 1 120, parle des études de 
sa jeunesse : « Erat paulo ante id temporis, et adhuc partira sub meo tempore, tanta gram- 
» maticorum caritas, ut in oppidis pêne nullus, in urbibus vix aliquis reperiri potuisset; 
» et quos inveniri contigerat, eorum scientia tenuis erat, nec etiam modemi temporis cle- 
» riculis vagantibus comparari poterat. Is itague cui mei operara mater mandare decre- 
> verat, addiscere grammaticam grandaevus inceperat, tantoque circa eamdem artem 
» magis rudis extitit quanto eam a tenere minus ebiberat » (De vita sua, I, v ; éd. d'Achery, 
p. 460; cf. les notes de l'éditeur, p. 579). 



2l8 REVUE CRITIQUE 

extraits par M. Thurot. Nous pouvons même discerner ce qu'était cet enseigne- 
ment à ses différents degrés. Ainsi nous voyons que les éléments étaient enseignés 
aux enfants par l'intermédiaire de la langue vulgaire, et pour leur usage disposés 
par demandes et réponses, méthode qui s'est conservée dans certaines parties de 
l'enseignement et qui est assurément bien faite pour oblitérer l'exercice du rai- 
sonnement. M. Th. utilisé deux exemplaires d'une grammaire de ce genre com- 
posée au xiv'' siècle, et qui mériterait peut-être d'être publiée en entier'. Notons 
en passant qu'une grammaire française du même genre, peut-être la même, se 
trouve à la fm d'un important glossaire du xiv^ siècle acquis par M. Didot à la 
vente du marquis Le Ver. 

Un autre genre d'intérêt que présentent les textes rassemblés par M. Th. consiste 
en ce qu'ils nous donnent les règles de la latinité du moyen-âge, au moins pour le 
XII* et le xiii'^ siècle. Ici un mot d'explication est nécessaire. L'immense travail de Du 
Gange que l'on est porté à considérer comme le répertoire complet de la latinité 
du moyen-âge, est le dictionnaire des choses plutôt que des mots : il laisse sans 
secours celui qui éditant un texte hésite entre deux formes ; et nulle part on n'a 
pris le soin de proposer des règles pour la constitution des textes latins du moyen- 
âge. Il en est résulté que les méthodes les plus divergentes régnent parmi les 
éditeurs. Les uns rétablissent systématiquement l'orthographe antique, ou du 
moins celle qui a dominé généralement dans les éditions des classiques depuis la 
Renaissance jusqu'aux études dont l'orthographe latine est actuellement l'objet 
en Allemagne ; les autres suivent jusque dans ses dernières excentricités la leçon 
de leur principal ms.; d'autres enfin, ceux-là les plus nombreux, adoptent un 
système mixte où l'arbitraire a naturellement beaucoup de part. L'un des résultats 
de la publication de M. Th. est de limiter considérablement le champ de ces 
incertitudes. Tout d'abord elle met hors de contestation le principe sur lequel 
jusqu'ici on ne paraît point s'être entendu : l'existence d'une orthographe parti- 
culière au latin du moyen-âge, c'est-à-dire de certains usages généralement 
adoptés et érigés en règles, puisque c'est précisément à l'exposé de ces règles 
que sont consacrés une bonne partie des textes produits par M. Thurot. La 
légitimité de cette orthographe n'est d'ailleurs pas contestable : comme le dit 
justement l'éditeur, le latin était au moyen-âge , pour le clergé , pour tous ceux 
qui s'occupaient d'études, une langue vivante, et comme tejle soumise à la loi du 
changement 2. Sans chercher à expliquer ni à justifier toutes les particularités par- 
lesquelles l'orthographe du moyen-âge se distingue de l'orthographe classique, 
on doit à tout le moins reconnaître qu'elles correspondent dans la grammaire 
aux modifications plus considérables encore que la langue latine éprouvait dans 
son vocabulaire. On respecte celles-ci, on doit respecter celles-là. 

A la vérité, on ne peut guère respecter que ce qu'on connaît, et jusqu'ici les 

1. Voir les extraits qu'en donne M. Th. p. 168-70, 175-6, 191, 193-4, 203, 272-3. 
A la page 272 M. Th. lit ainsi : « Qui gouverne le vocatif? — Il n'est mie gouverné, 
» mes il est commun et [excite] les pensées tant seulement. » Il n'y avait pas lieu de resti- 
tuer excite, car il faut probablement lire non est commun et, mais escommuvet. 

2. Voy. le § intitule Appréciation de la latinité du moyen-âge, p. 500. 



d'histoire et de littérature. 219 

règles de l'orthographe latine des xii® et xui* siècles ne se trouvant formulées dans 
aucun texte facilement accessible , on eût été obligé de les déduire , non sans 
risque d'erreur, de la comparaison des mss. Actuellement les faits essentiels sont 
mis à notre portée, et il est du devoir de tout éditeur de textes latins du moyen- 
âge, de les prendre en considération. 

Du reste, les particularités qui distinguent l'orthographe du moyen-âge de 
celle de l'antiquité, se réduisent à assez peu de chose. Dès le commencement du 
xiH^ siècle on substituait « à la diphthongue ae, depuis longtemps marquée par 
un e pourvu d'une sorte de cédille. On écrivait hii le plur. de hic, quoi- 
qu'on prononçât hi (p. 1 39); on écrivait michi, nichil, marquant ainsi fortement 
l'aspiration. On suivait aussi quelques règles particulières pour l'emploi de Vh (p. 
5 ? 3), de l'y (p. 5 j 5), des doubles lettres (p. $ 36). Tous ces faits sont plus ou moins 
connus de ceux qui ont l'habitude des textes latins du moyen-âge, mais il est 
intéressant de voir qu'ils étaient passés à l'état de règles, qu'on ne peut consé- 
quemment les ranger au nombre de ces bizarreries propres à certains copistes 
qu'un éditeur a toujours le droit de corriger. Remarquons qu'en ces matières les 
grammairiens étaient conservateurs plutôt que novateurs. C'est ainsi que nous 
les voyons maintenir l'obligation d'écrire deux / consécutifs dans les composés 
de jacio (/eiicio, obiicio) alors que l'usage le plus constant était de n'en écrire 
qu'un (p. 534), ou condamner l'introduction du p dans autummus, alumnus, 
calumnioTj hiems, etc. (p. 535), encore que la plupart des copistes écrivent 
alumpnus, calumpnior, etc. 

A côté des variations orthographiques peut prendre place ce qui concerne les 
variations de la quantité. Acet^gard, les poètes latins du moyen-âge, s'écartent 
assez fréquemment de la tradition antique. Leur manière de traiter la quantité 
latine n'est point du tout indifférente : s'il est vrai que leurs décisions soient 
parfois arbitraires, principalement en ce qui concerne les mots peu usités, il n'est 
pas contestable que dans un grand nombre de cas ils n'ont abandonné la tradition 
classique que pour suivre une tradition populaire qu'il est très-intéressant de 
connaître. Une modification de la quantité peut amener le déplacement de 
l'accent. Dans tous les cas, l'accent et la quantité du latin déterminant pour une 
grande part la forme que les mots reçoivent dans les langues romanes, il est 
essentiel de connaître leurs variations depuis les temps classiques. On saura donc 
gré à M. Th. d'avoir classé par ordre alphabétique (p. 427-440) tous les mots 
qui au moyen-âge ont reçu une quantité autre que dans l'antiquité ' . 

Les publications de textes offrent cet attrait qu'on ne peut jamais prévoir toute 

I . Quelques remarques sur cette liste, où M. Th. a eu soin de marquer d'une croix les 
mots qui lui peraissaient corrompus. Asenech ne devrait-il pas être \u.Asmcth (le héros 
d'un apocryphe de l'Ancien Testament)? — Cambices doit être le roi Cambyse. — Icro- 
continus est sans doute pour Ihericontinus (de Jéricho). ^/fumj</d, p.-ê. Numida? — « Zedo- 
ara, gallice citonaus », 1. citouaus; voy. Roquefort au mot citoal. — P. 535 un gram- 
mairien dit que le tilulus, c'est-à-dire la barre (la tilde espagnole), ne doit servir comme 
signe d'abréviation aue pour Ym. Il ajoute que ce signe a été inventé parce que lorsqu'on 
avait par exemple bonum aurum habeo, on ne savait si l'auteur avait Voulu dire « de 
Mauritania aurum aut de métallo aurum. » Le premier aurum doit évidemment être cor- 
rigé en Maurum. 



220 REVUE CRITIQUE 

l'utilité que la science en pourra retirer. Le présent ouvrage, qui ne se propose 
point d'autre objet que de faire connaître par des extraits des traités du 
temps les doctrines grammaticales du moyen-âge, jette pourtant des lumières sur 
bien d'autres points. Le dictionnaire historique de notre langue y recueillera 
l'origine de plusieurs termes grammaticaux qui ne nous sont pas venus de l'anti- 
quité : crémenîy par exemple, crementum étant employé dès le xw^ siècle comme 
terme de prosodie (p. 421-2); construire, dans le sens « faire la construction 
d'une phrase » (p. 342), cas absolu (ablatif absolu), sont encore des termes 
qui nous sont restés de l'enseignement grammatical du moyen-âge. — 
L'histoire littéraire puisera dans ce livre non-seulement des notions précises 
sur les auteurs qui en ont fourni la matière, mais encore des témoignages nou- 
veaux sur divers auteurs souvent allégués dans les traités grammaticaux du 
moyen-âge. L'un même, un certain Lisorius, auteur d'un poème de Cornu ou de 
Cornicio, bien qu'assez fréquemment cité, était demeuré jusqu'à ce jour entière- 
ment ignoré (p. 435, note 6). La critique enfin trouvera un secours inattendu 
dans une particularité notée par plusieurs grammairiens et qui demanderait une 
étude toute spéciale. Je veux parler du cursus. A partir du xiii" siècle on donne 
ce nom à un arrangement des mots calculé de façon à produire une série harmo- 
nique de toniques et d'atones. La fin des phrases était seule soumise à cette dis- 
position qui comportait diverses combinaisons (p. 480). Les grammairiens qui 
donnent les renseignements les plus précis sur cette curieuse recherche, Bon- 
compagnus et Pons, vivaient tous deux au xiii^ siècle, l'un à Bologne, où il était 
professeur, l'autre en Provence. Mais il n'y a pas de doute que le cursus, sinon 
les combinaisons qu'ils décrivent, du moins d'autres analogues, était en usage 
dans toute la France, et dès le commencement du xii" siècle au moins. On com- 
prend maintenant de quel instrument précieux la critique sera pourvu lorsqu'on 
aura déterminé l'époque où le cursus se montre pour la première fois et les com- 
binaisons employées par chaque auteur. 

Je ne voudrais pas quitter le livre de M. Th. sans montrer par un exemple de 
quelle utilité il peut être à des études auxquelles il ne paraît toucher par aucun 
côté. Certes on ne supposerait point qu'un tel recueil pût contribuer en quelque 
chose à perfectionner notre connaissance de la littérature provençale : cela est 
cependant. 

On sait que nous possédons en provençal trois traités grammaticaux, de nature 
très-différente, mais d'importance égale, autant qu'il est permis d'évaluer l'im- 
portance relative d'écrits qui, bien qu'ayant un même objet, se ressemblent 
pourtant aussi peu que possible. Le plus ancien paraît être celui du troubadour 
Raimon Vidal de Besalu (miHeu du xiii^ siècle environ), oeuvre d'un caractère 
tout littéraire, et dont la conception dépasse de beaucoup celle des travaux 
grammaticaux de la même époque. Si original qu'il soit dans sa composition 
comme par les idées qu'il exprime, il est de son temps et ne peut être resté 
entièrement étranger aux doctrines grammaticales du moyen-âge. Et en effet 
nous voyons que Raimon Vidal ' classe les mots en substantifs (paraulas substan- 

I. Grammaires provençales, p. p. Guessard, 2' éd. p. 72. 



d'histoire et de littérature. 22 1 

tivas) et adjectifs (paraulas adjectivas)^ Parmi les premiers il fait entrer non- 
seulement ce qui dans notre nomenclature grammaticale est appelé substantif, 
mais encore les deux verbes soi et estau. Parmi les seconds il range outre les 
adjectifs certains verbes (yau, grasisc, engresisc), « et on les appelle adjectifs, » 
dit-il, « parce qu'on ne les peut porter à entendement si on ne les joint à des 
» substantifs. » C'est la division en usage chez les grammairiens latins du 
XIII'' siècle, et Evrard de Béthune, par exemple, range précisément parmi les 
verbes substantifs les verbes qui correspondent le mieux au provençal sui, estau; 
les autres il les qualifie d'adjectifs (à l'exception de trois qu'il appelle vocatifs 
parce qu'ils servent à appeler) : 

Ars substantiva tria fert tantummodo verba: 
Sum, simul exista, fio; nil amplius addo. 



Ast adjectiva fore dicas cetera verba. 

(Thurot, p. i8$.) 

La grammaire d'Hugues Faidit, entièrement consacrée à l'exposé des formes 
grammaticales du provençal, et d'autant plus précieuse pour nous, n'avait guère 
occasion de s'inspirer des théories familières aux scolastiques contemporains, 
mais il en est autrement de la grande œuvre de l'école de Toulouse, les Leys 
d'amors. Les Leys d'amors définissent l'accent : «v une mélodie régulière ou une 
» inflexion de la voix qui se fait sentir principalement en une syllabe. » » Elles 
ajoutent que la mélodie dont il s'agit ici est celle qui se produit quand on lit ou 
quand on parle, non point dans la mélodie musicale, car « le chant musical n'observe 
» pas régulièrement l'accent, comme on le voit dans le répons Benedicta et vene- 
» rabilis où ta est plus fortement noté que be ou die, bien que l'accent principal 
» soit SUT die. » Ce passage intéressant, qui constate une faute bien ordinaire 
chez les musiciens, a son pendant, et peut-être sa source, chez Pierre Hélie 
(xii^ siècle) qui est seulement moins explicite : « Accentiis est modulatio vocis in 
» communi sermone usuque loquendi. Hoc autem dicitur propter cantilenas ubi 
» accentus non servatur » (Thurot, p. 393). En général, tout ce qui concerne 
l'accent latin dans les Leys d'amors (I, 58 a 88) doit être comparé aux extraits 
rapportés par M. Th. (p. 393-407); les textes toulousains et latins s'éclairent 
mutuellement. Les auteurs des Leys suivent Priscien, et ils le disent, mais ils 
tiennent compte des différences qui se manifestaient dans l'usage contemporain, 
et les discutent avec bon sens. Ils admettent, conformément à la règle posée par 
Priscien (XIV, 20), qu'il faut accentuer la première syllabe dans les composés 
de inde (exinde, perinde, etc.), mais ils se refusent avec raison à étendre cet usage 
à des mots tels que deintus, delonge deorsum, deineeps (I, 84-6). La même ques- 
tion occupait les grammairiens latins du moyen-âge (Thurot, p. 403). Un point 
sur lesquels les uns et les autres sont d'accord, c'est qu'en ces matières il faut se 

1 . Il ajoute une troisième catégorie qui contient les mots invariables (adverbes, prépo- 
sitions, etc.). 

2. « Accens es regulars melodia tempramens de votz lequals estay principalmens en 
» una sitlaba, » I, 58. 



222 REVUE CRITIQUE 

conformer à l'usage, « nam si penultimam hujus dictionis Lombardia, litanie, 
)) nigromancia, brevi accentu proferres, reputareris fatuus » (Thurot, 407), et 
dans les Leys : « Si l'usage d'une église est d'accentuer quis putas comme deux 
» mots, et saîis dure, et usa capis, etc., il convient de suivre ce mauvais usage, 
» à moins qu'on soit en situation de corriger d'autorité les autres, car vouloir 
» faire le sage parmi les fous et le savant parmi les idiots, c'est une branche 
« d'orgueil et de folie. » 

Nous ne pouvons introduire à cette place une dissertation sur les Leys d'amors. 
Ce qui précède suffit néanmoins à montrer que le présent ouvrage peut rendre 
des services même à des études en vue desquelles il n'a aucunement été composé. 
Quant au choix des textes et à leur correction, quant au soin avec lequel 
M. Thurot s'est acquitté d'une tâche souvent ingrate, ce n'est point dans cette 
Revue qu'il est permis de les louer. 

P. M. 



62. — "Wieland. Étude littéraire, suivie d'analyses et de morceaux choisis de cet au- 
teur, traduits pour la première fois en français, par L.-V. Halberg, docteur ès-Iettres. 
Paris, E."^horin, 1869. In-8*, xiij-455 P- ~ P"x : 6 fr. 

On ne peut que féliciter M. /Halberg du choix qu'il a fait pour sa thèse de 
docteur ès-lettres. La littérature allemande offre, en effet, peu de sujets 
d'un intérêt aussi grand que celui auquel cette étude est consacrée. Poète dès 
son enfance, et déjà célèbre à dix-sept ans, recherché comme un sauveur par les 
Suisses en détresse, et bientôt chef d'école à son tour, si Wieland a eu, comme 
plus d'un écrivain célèbre, le malheur de se survivre, il n'en a pas moins exercé 
sur la littérature de son pays une influence considérable, et pendant plus de 
cinquante ans il a trouvé des lecteurs assidus et des admirateurs. M. H. est-il 
parvenu à nous rendre cette grande figure littéraire, plus séduisante peut-être 
qu'originale, cette nature mobile et accessible à toutes les idées, cet écrivain in- 
fatigable et facile, qui s'est exercé successivement dans presque tous les genres? 
Il est permis d'en douter, et on peut même lui reprocher de n'avoir pas fait ce qui 
était nécessaire pour atteindre ce but. 

Il n'était possible de porter sur Wieland, je ne dirai pas un jugement définitif 
mais fondé, qu'en le replaçant dans le milieu où il a vécu ; en recherchant les 
influences diverses qu'il a subies; M. H. lui-même l'a compris, mais ne voulant 
pas faire « une étude sur Wieland et son époque, qui l'aurait entraîné beaucoup 
» trop loin » (préf. xj), il a renoncé à entreprendre cette tâche intéressante, 
mais pénible. C'est là peut-être un procédé par trop expéditif ; encore si l'auteur 
était resté fidèle à sa résolution ! Il se fût alors dispensé d'écrire les deux cha- 
pitres qu'il a placés en tête de son étude, et n'aurait point ainsi pris soin lui- 
même de mettre ses lecteurs en garde contre sa douteuse érudition. Cette intro- 
duction est, dans la pensée de l'auteur, destinée à présenter le résumé de l'his- 
toire de la littérature allemande avant Wieland et pendant la vie du célèbre 
écrivain. Nous avouerons, qu'il nous a été impossible de deviner où M. H. a pu 



d'histoire et de littérature. 22 î 

étudier cette littérature pour en faire le tableau fantastique qu'il présente. On 
éprouve plus que de l'étonnement quand on lit que « la Renaissance n'est repré- 
)) sentée en Allemagne que par des réformateurs en philosophie et en religion, 
w par des savants, des humanistes, » que « si Luther a créé la langue moderne, 
» il n'a pas fait pour cela œuvre de littérateur, » que « pendant le xvii® siècle on 
» remarque une tendance des écrivains à traiter des sujets de métaphysique et 
» d'érudition. » Ainsi M. H. ne connaît ni Hans Sachs, ni Fischart, ni la poésie 
satirique et religieuse qui fleurit alors, ni la première et la seconde école silésienne, 
ni Simplicissimus et les romans héroïques et historiques du temps, ni Canitz et l'école 
classique, dont il fut le chef. Mais passons. «La première moitié du xviii* siècle, 
» continue M. H. (p. 4), a vu des essais réellement heureux, des inspirations vrai- 
» ment originales. » Lesquels ? « Nous voyons, répond-il, la philosophie avec WolfiF 
» chercher à devenir moderne, sinon populaire. » On pourrait désirer plus de préci- 
sion, mais à coup sûr on ne s'attendait pas à voir Wolff érigé en restaurateur de la 
littérature allemande. « Puis viennent deux poètes. » Il s'agit de Haller et de Hage- 
dom ; avec eux nous sortons du domaine de la fantaisie , mais non pas de celui 
de l'erreur et de la banalité. On se demande ce que M, H. a pu entendre quand 
il dit, par exemple, de Gottsched « que la Silésie l'a formé, » qu'il fait opposer 
par l'école suisse « au culte de la forme la recherche de l'idée, » et qu'il nous 
parle « des tendances éclectiques et libérales » (7) de la Revue de Brème. C'est 
avec tout aussi peu de soin de la vérité historique que M. H. place Weisse dans 
la première moitié du xviii^ siècle, bien que presque tous ses écrits soient de la 
seconde, et qu'il nous donne simplement pour auteur comique ce précurseur de 
Ducis, qui, bien avant le poète français, avait essayé déjà de naturaliser Shaks- 
peare sur le continent. M. H. connaît un peu mieux les contemporains de 
Wieland; je doute cependant qu'on souscrive au jugement qu'il a porté sur 
Klopstock ; on trouvera aussi bien erroné le rapprochement qu'il fait entre les 
écrits des critiques de Berlin et les débuts de Wieland. Quant au mouvement 
révolutionnaire célèbre, connu sous le nom de Sturm- und Drangperiode, il n'y 
est pas même fait allusion, quoi qu'il ait été en partie dirigé contre Wieland et 
les idées qu'il représentait; M. H. ne mentionne pas davantage l'école roman- 
tique, si hostile cependant au poète voltairien; mais il parle de la Jeune Allemagne 
(p. 27) qu'il paraît croire contemporaine de Wieland, erreur explicable de la part 
d'un auteur qui fait écrire les Xenien en plein xix* siècle (id.). 

Mais il est temps d'arriver au sujet même qu'a plus spécialement traité M. H. 
Les documents à consulter pour faire une étude sur Wieland sont assez nom- 
breux; l'auteur indique quelques-uns des plus anciens, mais il n'a connu ni 
l'excellent livre que Lœbell a publié en 1858 sur ce sujet {Die Entwickelung der 
deutschen Poésie. Zw. Band. Wieland), ni l'article remarquable que Hettner a con- 
sacré à Wieland dans son Histoire de la littérature au xviii'" siècle; M. H. a du 
reste fort peu utilisé les ouvrages qu'il indique, et parait n'avoir connu de quelques- 
uns que le titre ; le plus souvent même il semble affecter de négliger tout secours 
étranger, prétention au moins singulière, quand on trahit à chaque page une 
aussi grande inexpérience littéraire. 



224 REVUE CRITIQUE 

M. H. a divisé son travail en trois parties. La première renferme « l'histoire 
» de la vie et des œuvres de Wieland; » la seconde est consacrée à son appré- 
ciation littéraire et philosophique; la troisième traite de son influence. Sans parler 
de la correspondance si étendue du poète, Gruber {Wieland geschildert von J. 
ce. i8i8, 2 vol. in-i8) offrait à M. H. une abondance de renseignements où 
il pouvait largement puiser, mais dont il a le plus souvent dédaigné de se servir. 
Bien que « l'histoire des œuvres de Wieland se rattache étroitement à celle de 
» sa vie, » la biographie du célèbre écrivain est à peine indiquée ; et Gruber, 
que. l'auteur a dû <( rectifier, » n'est cité que trois ou quatre fois. Au lieu de faire 
sortir en quelque sorte les divers ouvrages de Wieland des événements de sa vie et 
de les rattacher aux influences diverses qu'il a subies, M, H. se borne à en donner 
successivement l'analyse. Nous ne le suivrons pas dans cette longue énumération, à 
laquelle il n'a pas consacré moins de 1 6 5 pages, et qui n'est cependant pas complète. 
Si quelques-unes de ces analyses, comme celle d'Agathon, sont faites avec soin 
et talent, on peut reprocher trop souvent à M. H. un parti pris de tout admirer 
dans son auteur, et le défaut de proportion qui lui fait insister sur les premières 
œuvres de Wieland, si profondément oubliées et délaissées en Allemagne, pres- 
.que autant que sur celles de son âge mûr. Les premiers essais de Wieland 
n'eurent d'autre mérite que de faire connaître son nom ; les œuvres mêmes qu'il 
écrivit à Zurich, bien que M. H. accorde à quelques-unes « un mérite réel, » 
ne trouvèrent guère d'admirateurs que dans le camp des Suisses. Cependant 
Wieland, comme on sait, se fatigua du mysticisme dans lequel il était tombé à 
cette époque ; il eût été intéressant de rechercher comment le futur voltairien 
avait un instant dépassé en orthodoxie tout ce qu'avait pu souhaiter Bodmer ; 
M. H. passe trop légèrement sur cette partie de son sujet, ainsi que sur la période 
de transformation que Wieland traversa, après avoir quitté Bodmer. Cette étude 
psychologique eût mieux valu pourtant que l'analyse d'ouvrages oubliés, et dont 
personne autre que M. H. n'a pu croire qu'ils suffiraient à eux seuls pour que 
leur auteur dût « compter parmi les réformateurs des lettres germaniques au 
» xviii'' siècle » (p. 51). 

Avec son départ de Zurich, la transformation de Wieland s'achève; malgré les 
tendances morales qu'il conserve encore, «il daigne enfin», suivant l'expression 
de Lessing, « quitter les sphères éthérées pour redescendre parmi les hommes; » 
c'est alors qu'il s'essaie au théâtre : comment devint-il auteur dramatique et qui 
le porta à vouloir marcher sur les pas de Lessing.? M. H. ne nous le dit pas et 
il ne reprend la biographie du poète qu'au moment où revenu à Biberach, il fait 
dans la société du comte de Stradion son apprentissage de libre penseur. Désor- 
mais la transformation est complète, et c'est comme témoignant des nouvelles 
tendances de Wieland que Don Sylvio de Rosalva mérite de fixer l'attention ; mais 
M. H. a tort d'accorder à cette faible imitation du Don Quichotte une importance 
philosophique qu'elle n'a pas. On peut en dire autant des Récits comiques. Avec 
Agathon tout change; M. H. a donné une assez longue analyse de cette œuvre 
originale, véritable autobiographie de Wieland, et qui comme telle occupe une 
place considérable dans l'histoire de ses idées aussi bien que dans celle de la 



d'histoire et de littérature. 225 

littérature allemande ; mais peut-être aurait-il fallu plus qu'une analyse pour faire 
comprendre ce roman et quelques autres écrits de cette époque, tels que Musarion 
et Combabus. Non-seulement Wieland a renoncé complètement aux opinions de 
sa jeunesse, mais emporté par son zèle de converti ou d'apostat, il a parfois 
poussé jusqu'à l'extrême la satire qu'il en a faite et jusqu'au cynisme la volupté 
de ses descriptions et de ses tableaux ; pourquoi ne pas convenir d'un tort que 
le poète sembla, en s'en corrigeant, reconnaître lui-même, et s'efforcer, comme 
le fait M. H., d'excuser une erreur, plus condamnable peut-être chez l'auteur 
des Sympathies et des Sentiments d'un chrétien que chez tout autre écrivain ? 

Nous ne poursuivrons pas l'énumération des ouvrages de cette époque ; nous 
préférons renvoyer le lecteur aux analyses assez uniformes qu'en a faites M/H., 
pour arriver à Oberon. Oberon est l'œuvre principale de Wieland ; mais cette 
œuvre n'est pas isolée au milieu de ses écrits, elle se rattache à un ensemble 
d'études et d'essais poétiques, commencées dès 1768 avec « Idris, » et dans les- 
quels cet imitateur de Platon et de Xénophon, renonçant à ces premiers modèles, 
s'inspire désormais de la poésie romantique du moyen-âge. Il eût été instructif 
de suivre Wieland dans cette nouvelle voie, et en particulier de comparer Oberon 
au poème de Huon de Bordeaux, d'où il est en partie tiré. Cette comparaison, que 
M. Saint-Marc Girardin avait déjà faite dans son cours de littérature dramatique, 
M. H. a dédaigné de la tenter; c'eût été cependant le moyen de jeter un peu de 
variété dans son livre, et de juger en connaissance de cause l'œuvre de 
Wieland ' . 

Oberon parut en 1780; on peut être surpris dès lors de voir l'auteur de 
l'étude sur Wieland, après avoir parlé de ce poème, revenir à la biographie de 
Wieland qu'il avait oubliée depuis longtemps, et nous raconter la fondation du 
<i Mercure ï) (1775) et les querelles littéraires, qui divisèrent le poète et les 
auteurs des « Annonces savantes de Frankfort. » Mais bientôt M. H. reprend la 
suite de Ses analyses. Celles qu'il a données des œuvres politiques de Wieland : 
« le Miroir d'or» ou uLes rois de Scheschian,i> « Danischmend » et « l'Histoire des 
)) Abdéritains, y) sont une des parties les mieux traitées de son ouvrage ; mais 
l'intérêt languit ensuite dans l'indication d'œuvres, qui, si l'on excepte « Aris- 
» tippe, » sont peu connues, et qui ne peuvent présenter quelque intérêt que si 
on recherche l'influence sous laquelle elles ont pris naissance. 

Quoi qu'il en soit, cette première partie de l'étude de M. H,, quoique sans 
grande originalité, et malgré les lacunes que j'y ai signalées, témoigne d'un 
travail personnel, et se recommande par une assez grande exactitude. On peut 
en dire autant de la seconde partie ; mais l'inexpérience de l'auteur s'y fait 
peut-être sentir davantage. Pour apprécier le rôle littéraire et philosophique 

I. Dans son u Histoire de la littérature allemande » (in -8*. Paris, Vieweg, 1870, I, 
II), dont la Revue rendra prochainement compte, M. Heinrich a insisté avec raison sur ce 
rapprochement. Je saisis cette occasion pour appeler l'attention sur cet excellent ouvrage 
qui répond à un besoin trop généralement senti pour que la publication n'en soit pas 
accueillie avec faveur. Les deux premiers volumes, qui vont jusqu'à la fin du XVIII' siècle, 
sont déjà publiés ; le troisième , en ce moment sous presse, doit paraître au mois d'avril. 



226 REVUE CRITIQUE 

de Wieland, M. H. l'étudié successivement comme « poète et littérateur, » 
comme « philosophe et moraliste, » comme « historien et politique, » enfin 
comme « traducteur et imitateur. » 

Wieland a depuis longtemps été estimé à sa juste valeur, et tous les efforts 
de M. H. ne pourront réformer le jugement qu'on en a porté. Ce qu'il importait 
de faire, c'était de préciser, mieux qu'il ne l'a fait, la place que le poète occupe 
et le rôle qu'il a joué dans la littérature de son pays. En s'aidant de Gruber et 
peut-être aussi de Koberstein qu'il ne cite pas, M. H. a essayé de le faire à la 
fin de son livre; ce qu'il dit ici des prétendus efforts de son héros a pour améliorer 
» chez les Allemands la langue, le style, la composition et le goût, » paraîtra 
pour le moins un peu vague. Wieland a-t-il influé sur la littérature allemande .'' 
Cela est incontestable. Comment y a-t-il influé.'' Pour le savoir, M. H, n'avait 
qu'à consulter et à relever les témoignages des contemporains : ils lui auraient 
donné la juste mesure de la valeur poétique et littéraire de Wieland ; je crains 
que, pour ne pas l'avoir fait, il ne soit arrivé à une appréciation erronée, ou 
tout au moins incomplète de son auteur. A-t-il été plus heureux en le jugeant 
comme philosophe et moraliste? On en peut douter; du moins il n'a pu arriver 
à caractériser Wieland d'une manière nette et précise. Rien n'était plus facile 
cependant. Si M. H. s'était donné la peine de lire avec plus de soin Gruber, même 
sans le corriger, il aurait trouvé une réponse à la question qu'il a posée sans la 
résoudre. «Wieland, dit son biographe (II, 177), prit sans cesse parti pour les 
7) AufkUrer (c'est-à-dire les écrivains du parti philosophique), il regardait VAuf- 
y> kUrung (la diffusion des lumières) comme quelque chose de bon, de désirable 
» et de nécessaire. » 

« Celui-là seul qui ne craint pas la lumière est mon frère, * » 
avait-il dit lui-même dans Oberon. Ainsi Wieland n'est, comme le veut M. H., 
ni « sceptique, » ni « spiritualiste, » ni « psychologue, » c'est tout simplement 
un des représentants de ce mouvement philosophique célèbre connu sous le nom 
de AnfkUrung; il en a été le poète en Allemagne, comme Voltaire l'avait été en 
France; et, comme l'écrivain français, il appartient à la première des trois 
périodes que Kuno Fischer a distinguée avec tant de sagacité dans ce grand 
mouvement des esprits au xvm* siècle ; c'est un esprit railleur, l'adversaire des 
préjugés régnants, un rationaliste ennemi des traditions ^religieuses du passé. 
C'est là même ce qui explique son hostilité contre Rousseau, qui par son enthou- 
siasme spiritualiste réagit contre le principe négatif des premiers AujkUrer; c'est 
là auss* ce qui explique comment il devint un objet d'horreur pour les disciples 
de Klopstock, et fut en butte aux attaques des Romantiques, adversaires décidés 
du parti philosophique auquel il appartenait. Quant à la morale de Wieland, 
Lœbell l'a caractérisée d'un mot, en en trouvant l'origine ou le principe dans 
l'Eudémonisme de Shaftesbury, cet écrivain qui, suivant l'expression de Gœthe, 
fut pour le poète allemand « moins un prédécesseur qu'un frère par l'esprit. » 
C'est dans Shaftesbury aussi, que M. H. nomme à peine, et qui méritait tant 



1. « Nur wer das Licht nicht scheut, der ist mir verbrùdert. » 



d'histoire et de littérature. 227 

d'être signalé par l'influence qu'il a exercée sur tous les hommes de cette géné- 
ration, qu'il fallait, encore plus que dans Platon, trouver l'origine des opinions 
esthétiques de Wieland. Cette identification du beau et du bien, de la morale et 
de l'esthétique, c'est Shaftesbury qui le premier parmi les modernes l'a essayée, 
comme c'est dans ses écrits qu'on trouve le germe de cette pensée, érigée en sys- 
tème par Gœthe dans son Wilhelm Meister, à savoir que la vie aussi est un art, que 
chacun a le droit et le devoir d'exercer. Je crois inutile de parier de la religion 
de Wieland ; comme presque tous les écrivains du parti philosophique il est 
déiste; c'est là la formule à laquelle il fallait arriver, tandis que M. H. passe en 
revue toutes les opinions du mobile écrivain, sans nous montrer à laquelle il a 
fini par s'arrêter. Je renverrai au livre de M. H. les lecteurs désireux de savoir ce 
que Wieland a pensé des philosophes contemporains ou qui l'ont précédé ; mais 
mieux valait, je crois, nous dire ce qu'il leur avait emprunté; et c'était en pariant 
de ses ouvrages qu'il convenait de le faire. C'est par cet examen que se termine 
le second chapitre de la seconde partie, un des meilleurs et des plus riches en 
faits de cette étude. On n'en peut dire autant du suivant. 

Wieland eût peut-être été surpris de se voir regarder comme historien ; et il 
semble qu'il ne suffit pas pour l'appeler de ce nom qu'il ait donné un fond histo- 
rique à quelques-uns de ses romans. Quant à ses opinions politiques, il convenait 
peut-être mieux d'en parler, en faisant l'analyse des romans où l'auteur les a 
exposées; elles n'ont d'ailleurs rien de bien original; ce sont celles de presque 
tous les écrivains de VAufkkrung, de Voltaire en paniculier; la tolérance, l'amour 
de l'humanité en sont le fond commun, et ce n'est pas, je crois, pour quelques 
réflexions sur la révolution fi-ançaise, sur la faiblesse de l'Allemagne, ou pour sa 
polémique contre Rousseau qu'on peut en faire un politique de profession. 

Il semble aussi que ce qui fait l'objet du dernier chapitre de cette seconde 
partie devrait se trouver dans la première. C'est en parlant des œuvres de 
Wieland qu'il fallait parler de ses traductions, qui méritent d'ailleurs assez peu qu'on 
s'y arrête. Ce qu'on peut dire de plus de sa traduction de Shakspeare, c'est 
qu'elle a servi à appeler l'attention sur le poète anglais encore presque inconnu 
en Allemagne; et quant aux traductions des auteurs anciens, elles ont si peu 
d'importance littéraire que Lœbell n'a pas même cru devoir en parler. Les imi- 
tations si nombreuses et l'étude attentive que Wieland a faite des écrivains 
anciens et modernes servent à expliquer ses œuvres ; c'est donc après avoir suc- 
cessivement examiné les écrits du poète romancier que M. H. aurait dû nous 
montrer comment ils sont nés de ses lectures de chaque jour, et comment il a fait 
revivre ou cru faire revivre tour à tour pour ses contemporains^ le monde grec 
et oriental et la poésie romantique du moyen-âge. C'est parce que M. H. a omis 
de le faire, que la première partie de son étude offre si peu d'intérêt, et qu'il n'a 
pas su faire voir dans la seconde quelle influence Wieland a au juste exercée sur le 
développement de la littérature allemande. 

J'arrive enfin à la troisième et dernière partie. M, H. y passe d'abord en revue 
les jugements portés sur son auteur. Il me semble que ces jugements devaient ou 
être rejetés dans un appendice, comme l'a fait Lœbell, ou être fondus dans le 



2 28 REVUE CRITIQUE D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE. 

corps de l'ouvrage. N'était-ce pas le moyen le plus simple et le plus naturel de 
prouver et d'appuyer les appréciations que M. H. a faites des œuvres de Wieland ? 
Réunir dans deux chapitres ces jugements si disparates, c'est mettre en présence 
des opinions qui souvent se contredisent, et ne jettent par suite que peu ou point 
de lumière sur le sujet. N'est-ce pas aussi dans la biographie de Wieland que 
devait trouver place ce que M. H. nous dit des amis du poète? Restent ses 
« disciples « dont il est question à la fin de l'avant-dernier chapitre, et l'examen 
du rôle qu'il a joué dans la littérature allemande, examen qui remplit tout le 
dernier. Ce double sujet est intéressant ; mais pour le traiter il fallait une con- 
naissance générale de la littérature allemande, qui manque, comme nous l'avons 
vu, complètement à M. H. ; aussi retrouve-t-on ici accumulées les mêmes erreurs 
qu'au commencement de son livre. On peut être surpris que M. H. donne des 
disciples à Wieland, quand il a déclaré dans sa préface (ij) « que Wieland n'a 
» pas eu d'école ; « on ne l'est pas moins de lui en voir attribuer qui ne lui 
appartiennent pas. Que font (p. 375), par exemple, Denis « le barde Sined » 
et Mastalier, ces disciples de Klopstock et ces admirateurs d'Ossian, à côté 
d'Alxinger et de Blumauer, qui ont plus ou moins imité Wieland ? et comment 
M. H. a-t-il pu confondre (p. J74) le libraire de Berlin, Nicolaï, avec le poète 
de Strasbourg, von Nicolay ? Un écrivain capable de faire de pareilles confusions, 
n'est pas autorisé à porter un jugement général sur une époque littéraire 
qu'il connaît si peu. Ce que contient de vrai et de juste l'appréciation 
d'ailleurs si incomplète faite par M. H. du rôle de Wieland dans la 
littérature allemande, il le doit à Gruber, qu'il a daigné au moins consulter sur 
ce point, et à Gœthe; mais quand il prétend que Wieland et Gœthe ont compris 
« le génie grec de la même manière, » et qu'il suppose que sans la traduction 
de Shakspeare du premier « la Dramaturgie de Lessing n'aurait pas eu de raison 
» d'être, » M. H. se trompe doublement, comme il a tort d'accuser « d'ingra- 
» titude » les critiques qui ont refusé à Wieland le titre de « poète national. » 

C'est par ce jugement que se termine l'étude de M. H. Il l'a fait suivre d'un 
« appendice contenant des analyses et extraits des œuvres de Wieland. » Je 
me bornerai à dire que si M. H. s'y montre parfois traducteur habile, sa préten- 
tion de faire lire en France des œuvres (il s'agit ici des premiers écrits du poète) 
inconnues aujourd'hui ou négligées en Allemagne, est pour le moins exagérée et 
étrange. 

Je n'ajouterai qu'un mot pour finir. Cet article peut-être paraîtra long; 
mais j'ai cru devoir insister sur un ouvrage auquel il n'a manqué pour 
être vraiment intéressant que d'être fait avec plus de compétence. S'il est dési- 
rable, en effet, de voir se multiplier les études de littérature étrangère, ce n'est 
qu'à la condition que les auteurs ne se feront pas de l'ignorance où ils supposent 
que l'on peut être de leur sujet un moyen de ne pas l'approfondir, et de ne pas 
le traiter avec le soin que réclame toute œuvre destinée à jeter quelque 
lumière sur un point peu connu de l'histoire littéraire. 

Charles Joret. 

Nogent-le-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur. 



les doctrines de pathologie générale. In- 
8*, xxviij-1303 p. Paris (lib. J. B. Bail- 
lière). 20 fr. 

Davillier (de). Le Cabinet du duc d'Au- 
mont et les amateurs de son temps. 
Catalogue de sa vente avec les prix, les 
noms des acquéreurs et 32 pi. d'après 
Gouthière, accompagné de notes et d une 
notice sur P. Gouthière, sculpteur, cise- 
leur et doreur du roi, et sur les princi- 
Êaux ciseleurs du temps de Louis XVL 
documents inédits. In-8', xxxij-207 pag. 
Paris (lib. Aubry). 

Desbassyns de Richemont. Archéologie 
chrétienne. Les nouvelles études sur les 
catacombes romaines. Histoire, peintures, 
symboles. In-8% xxviij-507 p. Paris (lib. 
Poussielgue). 

Desmasures (A.). Histoire de la révolu- 
tion dans le département de l'Aisne. 
1 789. In-8% 311p. Vervins (imp. Flem). 

3 fr. 90 

Fameuse fia) Comédienne, ou histoire de 
la Guérin, auparavant femme et veuve de 
Molière. Réimpression conforme à l'édi- 
tion de Francfort 1688, suivie des va- 
riantes des autres éditions et accompagnée 
d'une préface et de notes par Jules Bon- 
nassies. In- 18, xxviij-73 p. Paris (libr. 
Barraud). 

Fisquet (H.). La France pontificale (Gal- 
lia Christiana). Histoire chronologique et 
biographique des archevêques et évêques 
de tous les diocèses de France depuis 
l'établissement du christianisme jusqu'à 
nos jours, divisée en 18 provinces ecclé- 
siastiques. Métropole d'Avignon. Mont- 
pellier, 2« partie, contenant Beziers, Lo- 
dève, Saint-Pons de Tonnères. In-8', 6< < 
p. Paris (lib. Repos). 

Gouverneur (A.). Un coin du vieux 
Nogent : l'Hôtel-Dieu. Esquisse histori- 
que. In-8-, Il 5 p. Nogent-le-Rotrou (imp. 
Gouverneur). 

Hamel (E.). Précis de l'histoire de la ré- 
volution française. In-8*, iv-563 p. Paris 
(lib. Pagnerre). 6 fr. 

Inventaire-Sommaire des Archives 
communales antérieures à 1790, publié 
par M. L. Duhamel. Villes de la'Bresse 
ln-4*, 85 p. Epinal (lib. V Gley). 

La Rochefoucauld. Réflexions ou Sen- 
tences et Maximes morales. Textes de 
1665 et de 1678 revus par C. Royer. 
Petit m-i2, xxij-244 p. Paris (libr. Le- 
merre). 

lâttpé (E.), Dictionnaire de la langue 



française. 24' livr. (i i* du t. II). In-4*, 
p. 1537-1696. Paris (libr. Hachette et 
C"). 3 fr. 50 

Malino^vski (J.). Une province de Cluny 
en Pologne, ou description de six abbayes 
de cet ordre qui existaient au moyen-âge 
dans ce royaume. Mémoire faisant suite 
à celui de Casimir I", roi de Pologne et 
moine de Cluny vers le milieu du XI' s. 
In-8°, 47 p. Mâcon (imp. Protat). 

Meaume (G. E.). Histoire de l'ancienne 
chevalerie lorraine. Chapitre I", i" pé- 
riode, 1048-143 1. In-S", xvj-117 pages. 
Nancy (lib. Wiener). 

Mérimée (P.). Etudes sur l'histoire ro- 
maine. Guerre , sociale. Conjuration de 
Catilina. Nouv. édit. In-i8 jésus, 434 p 
Paris (lib. Michel Lévy frères). 3 fr 

Mouravit (G.). Le livre et la petite bi 
bliothèque d'amateur. Essai de critique^ 
d'histoire et de philosophie morale sur 
l'amour des livres. In-8% xxij-447 pages 
Paris (lib. Aubry). 10 fr 

Naudé (G.). Mémoire confidentiel adressé 
à Mazarin après la mort de Richelieu 
publié d'après le manuscrit autographe et 
inédit par A. F'rankiin. In- 16, xxxij-107 
p. Paris (lib. Willem). 

Nicaise. Epernay et l'abbaye St-Martin 
de cette ville. Histoire et documents iné- 
dits. 2 vol. in-8*, xxvj-471 p. Chalons- 
sur-Marne (lib. Le Royi. 

Ramée (D.). Le grand perturbateur 
romain César. Avec un portrait de César 
tiré du Musée britannique. In-8*, viij-65 
p. Paris (lib. Maillet). 

Recueil des historiens des Gaules et de la 
France. Nouvelle édition, publiée sous la 
direction de M. L. Delisle. T. 4. In-fol., 
xxxiv-775 P- P^^^^ (lib. Palmé). 

Revon (L.). Inscriptions antiques de la 
Haute-Savoie, épigraphie gauloise, ro- 
maine et burgonde. Gr. in-4% 52 pages. 
Annecy (imp. Thesio). 

Sachot (O.). Les Français dans l'Inde. 
Le major général Claude Martin, de 
Lyon. In-8*, 24 p. Paris (Revue britan- 
nique). 

Stapfer (P.). Laurence Sterne, sa per- 
sonne et ses ouvrages. Étude précédée 
d'un fragment inédit de Sterne. In-8", lij- 
306 p. Paris (lib. Thorin). 

Travers (E.). Deux pèlerinages en Terre- 
Sainte au XV' s. (les Princes d'Orange, 
Louis et Guillaume de Châlon. In-8% 7 
p. Paris (lib. Dumoulin). 



graphiée; par M. le vicomte de Rougé. IL L'expression Mââ-Xeru, par M. A. 
Deveria. IIL Études démotiques par M. G. Maspero. IV. Préceptes de morales 
extraits d'un papyrus démotique du Musée du Louvre, accompagné de deux 
planches; par M. Pierret. 

Chaque volume de ce recueil se composera d'environ ^o feuilles de texte et de 
10 planches et paraîtra par fascicule dont le prix sera fixé suivant l'importance. 
Tout souscripteur s'engage pour un volume entier sans rien payer à l'avance. 

G A T_T r-^ T TV T D T /^ LJ Histoire de la littérature alle- 
• -i^» riLLliMrvlv^ Il mande. 3 forts volumes in-S". 
Tome I. Depuis les origines jusqu'à la période classique. — Tome IL Lexviii^ 
siècle, Lessing, Wieland, Gœthe et Schiller, — Tome IIL Période moderne, 
depuis le commencement du xix*^ siècle jusqu'à nos jours. 

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cripteurs moyennant la somme de 4 fr., sur le bon joint au premier volume. 



LT7« ç A 1\ yT r^ î î D C ^^^^^ Aventures du jeune Ous-ol-Oud- 
i-^^ J\ iVl \J U r\ O joud (les délices du monde) et de la fille 
de vizir El-Ouard fi-1-Akmara (le bouton de rose), conte des Mille et une Nuits 
traduit de l'arabe et publié complet pour la première fois par G. Rat. In-8°. 

I fr. 50 

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DE L'ÉCOLE DES HAUTES ETUDES 

publiée sous les auspices du Ministère de l'Instruction publique. 
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M. Havet, élève de l'École des Hautes Études. — La Chronologie dans la for- 
mation des langues indo-germaniques, par G. Curtius, traduit par M. Bergaigne, 
répétiteur à l'École des Hautes Études. In-80 raisin. 4 fr. 

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Choix de fragments en partie inédits composés par plusieurs personnages des 
familles royales. 

Nogent-le-Rotrou, imprimerie de A. Gouverneur. 



N* 15 Cinquième année 9 Avril 1870 



REVUE CRITIQUE 

D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

RECUEIL HEBDOMADAIRE PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION 

DE MM. P. MEYER. CH. MOREL, G. PARIS. 



Secrétaire de la Rédaction : M. Auguste Brachet. 



Prix d'abonnement : 

Un an, Paris, 156-. — Départements, 17 fr. — Etranger, le port en sus 
suivant le pays. — Un numéro détaché, 50 cent. 

PARIS 
LIBRAIRIE A. FRANCK 

F. VIEWEG, propriétaire 
67, rue RICHELIEU, 67 



Adresser toutes les communications à M. Auguste Brachet, Secrétaire de la 
Rédaction (au bureau de la Revue : 67, rue Richelieu). 

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ANNONCES 

En vente à la librairie A. Franck, F. Vieweg propriétaire, 
67, rue Richelieu. 

M 17 TV /T r\ T D 17 C ^^^^ Société de linguistique de Paris. Tome 
t. M U 1 rv EL O I", 3* fascicule. Gr. in-80. 4 fr. 

Contenu: I. M. Bréal. Le thème pronominal da. — II. C. Ploix. Étude de 
mythologie latine. Les dieux qui proviennent de la racine div. — III. C. Thurot. 
Observations sur la place de la négation non en latin. — IV. P. Meyer. Phoné- 
tique fi-ançaise, an et en toniques. — V. Variétés. F. Robiou, Recherches sur 
l'étymologie du mot thalassio. M. Bréal. Necessum; 'Avây/ir,. G. Paris, Etymolo- 
gies françaises : bouvreuil, cahier, caserne, à l'envi, lormier, moise. 

T^ rr\T 1 ] 17 ^^^ langues romanes publiée par la Société pour l'étude 
Iv Cj V LJ lL des langues romanes. Tome i", i® livraison. Parait par 
livraisons trimestrielles. Prix d'abonnement: 10 fr. par an. 

LE BARON DE HUBNERJ:; 

d'après des correspondances diplomatiques inédites tirées des archives d'État du 
Vatican, de Simancas, Venise, Paris, Vienne et Florence. 3 vol. in-8°. 22 fr. 50 



PERIODIQUES ETRANGERS. 

The Athenaeum. 26 février. 

Cansick, a collection of curions and interesting Epitaphs copied from îhe monu- 
ments in îhe Ancient Church of S. Paneras; J.-R. Smith. — Librorum Levitici 

et Numerorum Versio antiqua Itala, e codice perantiquo in Bihliotheca Ashburnha- 
miensi conservaîo nunc primum édita; Londini Cprivately printed); nous rendrons 
compte très-prochainement de cette importante publication. — Latham, A 
Dictionary of the English Language, founded on that of S. Johnson; Longmans and 
C"; compilation méritoire, mais d'un caractère peu scientifique. — Essais. 
Froude, Le massacre de Rathlin; réponse à la critique de M. Brewer insérée dans 
le précédent n°. — Urlin, Récentes publications sur Wesley. — Sur les Archives 
de la Corporation de Londres, — Vols de livres en Russie (note qui contient des 
renseignements tout à fait inexacts sur la salle de lecture de la Bibl. imp.). — 
P. 302 on propose sangre real comme étymologie de Saint Graal! Encore une 
fois graal, prov. grazal, veut dire vase, et vient d'une forme latine cratalis dérivée 
de crater, voy. Diez, Wœrt. II, 317. 

12 mars. 

Markham, A Life of the Great Lord Fairfax, Commander in chief of the Army of 
the Parliament of England; Macmillan. — Cervantes, The Voyage to Parnassus, 
Numantia and îhe Commerce of Algier s, translated by Gyll; Murray; compte- 
rendu très-défavorable. — St. Julien, Syntaxe nouvelle de la langue chinoise; 
Maisonneuve; article plein d'éloges. — Essais divers, entre lesquels une lettre, 
en français, de M. Ganneau sur la pierre de Zoeleth (I, Rois, i, 9) que l'auteur 
pense avoir retrouvée. 

19 mars. 

Nous ne trouvons à mentionner dans ce numéro qu'un article sur deux des 
publications de l'Early English Text Society, The Vision of William, concerning 
Piers the Plowman... by W. Langland, part. II, Text B, edited by the Rev. 
W. Skeat; The « Gest Hystoriale » of the Destruction of Troy, an alliterative 
Romance from Guido de Colonna's « Historia Trojana », edited by Panton and 
DoNALDSON, part. I. 

26 mars. 

Letters of the Righî Hon. Sir George Cornewall Lewis, Bart, to varions Friends. 
Edited by his brother; Longmans. — The Modem Buddhist; being the View^s of 
a Siamese Minister of State on his own and other Religions, translated by H. 
Alabaster; Trùbner. Nous rendrons prochainement compte de ce curieux 
ouvrage. — History of England, comprising the Reign of Quenn Anne untii the 
Peace of Utrecht, 1701-171 3, by Earl Stanhope; Murray. 



[En rendant compte de l'avant-dernier numéro du Jahrbuch de Lemcke, la 
Revue critique a donné d'un de mes articles une appréciation contre laquelle je 
crois devoir protester. 1° Je n'ai aucun grief personnel contre M. R. et n'en ai 
par conséquent pas à satisfaire; 2° je n'ai pas fait de travail sur le fragm. n" 23 1 
de la bibl. de Berne, mais j'ai présenté, à propos d'une édition de ce ms., une 
série d'observations critiques, paléographiques et philologiques. J'en appelle 
sur ce point au jugement de ceux qui m'ont lu ou qui me liront. 

J. Brakelmann. 

Je persiste dans mon appréciation. — P. M.] 



REVUE CRITIQ^UE 

p D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE 

N- 15 — 9 Avril — 1870 



Sommaire : 63. Gaffarel, Étude sur les rapports de l'Amérique et de l'ancien con- 
tinent avant Colomb. — 64. Marchant, Notice sur Rome. — 65. V'iollet, Œuvres 
chrétiennes des familles royales de France. — 66. Gindely, Histoire de la guerre de 
Trente-Ans. — 67. La Conspiration de Compessicres, p. p. Plan. — 68. Baumgar- 
TEN, Glossaire des idiomes populaires du nord et du centre de la France. 

63. — Étude sur les Rapports de l'Amérique et de l'ancien continent 
avant Christophe Colomb, par Paul Gaffarel. Paris, Ernest Thorin, 1869. — 
Prix : 6 fr. 

« J'ai réussi, disait Christophe Colomb, à toucher un but où nulle force 
» humaine n'avait atteint avant moi ; car, si quelques-uns ont écrit ou parié de 
» ces lies, c'a toujours été indirectement et par conjecture, et sans que personne 
» ait jamais affirmé les avoir vues, si bien que cela passait presque pour fable. » 
Ce sont les relations peu connues de l'Amérique et de l'ancien monde que 
M. Gaffarel a étudiées « non pour soutenir un paradoxe, ou pour déposséder de 
» sa gloire le navigateur génois, » mais pour établir, au moyen de documents 
indiscutables, que « bien avant 1492, les rives de l'Atlantique avaient été visitées 
» et étaient connues par les différents peuples qui les bordent. » 

Le livre de M. Gaffarel se divise en trois parties : Le Mythe, la Tradition, 
l'Histoire. La première est consacrée aux temps anté-historiques de l'ancien 
monde et aux relations que les peuples dont on ne sait pas l'histoire ont dû entre- 
tenir avec le continent américain. Sans rien affirmer, car il ne veut passer « ni 
» pour un croyant ni pour un visionnaire, » M. Gaffarel admet que les commu- 
nications entre les deux grandes sections du globe étaient alors rendues faciles 
par l'existence d'une ile aujourd'hui disparue, l'Atlantide. Au dire de Platon, 
les enfants de Neptune, dont l'ainé Atlas, donna son nom au pays, y régnèrent 
pendant plusieurs siècles. * Leur empire s'étendait sur beaucoup d'autres îles, 
» et même en deçà du détroit, jusqu'à l'Egypte et la Tyrrhénie. » Toutefois, 
avec le temps, le désordre se mit dans l'état, la corruption s'introduisit dans les 
mœurs, et les crimes se muhiplièrent à ce point que Jupiter et les dieux anéan- 
tirent cette terre maudite. Seules, les parties montagneuses échappèrent à l'in- 
vasion des eaux et donnèrent asile aux débris de la population primitive qui, 
sous le nom de Guanches, se maintint presque jusqu'à nos jours dans les îles 
Canaries. 

Mais, au temps de leur grandeur, les Atlantes n'étaient pas restés étroitement 

enfermés chez eux. Placés à mi-chemin entre l'Europe, l'Afrique et l'Amérique, 

ils s'étaient répandus sur les trois continents et les avaient couverts de leurs 

colonies. « Alors que l'Europe était encore plongée dans les ténèbres de la bar- 

IX 15 



230 REVUE CRITIQUE 

» barie, que l'Asie, sauf l'Inde, et l'Afrique, sauf l'fîgypte, n'étaient pas mieux 
» civilisées, » ils avaient déjà élevé en Amérique de florissants empires, et des 
palais ou des villes dont les débris excitent encore notre admiration. Palenqué, 
Copan, Uxmal sont très-probablement leurs œuvres et doivent avoir été construites 
à une époque dont la date précise échappe à toute évaluation. En Afrique^ ils 
ont donné naissance aux tribus berbères et mieux encore à la race égyptienne : 
Ce qui le prouve, ce sont les traits de ressemblance qu'on peut remarquer entre 
les anciens Égyptiens et les populations du nouveau monde. Les Indiens du 
Mexique et du Pérou, ne sont-ils pas, au témoignage de MM. de Castelnau et 
Brasseur de Bourbourg, en tous points semblables aux Égyptiens ? Ne tendent- 
ils pas l'arc de la même manière que les soldats de Sésostris ? Les Guatémaliennes, 
ne portent-elles pas encore, aux jours de fêtes, la robe jaune et le jupon serré 
au corps qui distinguait les dames thébaines.? N'y a-t-il pas au Mexique 
et au Pérou des années de trois cent soixante-cinq jours, comme en Egypte ? des 
momies, comme en Egypte? des pyramides, comme en Egypte? M. de Waldeck 
a même trouvé à Téotihuacan un sphynx qui m'a tout l'air d'être proche parent 
du sphynx de Gizeh. Enfin, les dogmes religieux des hiérogrammates présentent 
des analogies étonnantes avec les dogmes religieux des Peaux-Rouges. Si l'Horus 
égyptien a pour symbole un épervier, Urakan a pour symbole un ara , ce qui 
revient à peu près au même. L'enfer égyptien,, cet Occident Ament, 
où se rendaient les âmes après la mort, n'était autre que l'Atlantide, premier 
séjour des tribus nilotiques et de leurs descendants. En Europe, les Atlantes 
eurent des destinées plus brillantes encore. Etrusques , Ibères , tous les peuples 
mystérieux dont la science recherche encore l'origine « sont peut-être les derniers 
» débris établis dans l'ancien monde de la grande nation atlante, ou, si l'on 
» préfère de la race rouge, avec laquelle nos ancêtres de la race blanche ont 
» engagé, à une époque inconnue, un duel continué à travers les siècles, et qui 
» ne s'est décidé à notre avantage que récemment. « 

Après quelques mots sur la Méropide et le continent Cronien, l'auteur quitte 
« ces temps fabuleux o\i le symbole couvre la réalité d'un voile épais » et pénètre 
dans les régions mieux connues de l'antiquité et du moyen-âge, où il sent « le 
» sol s'affermir sous ses pas, et la vraisemblance grandir de moment en moment. » 
Et en effet, il nous fait assister au défilé de tous les peuples antiques et au spec- 
tacle de leurs navigations. Les Juifs ouvrent la marche. On sait que les Juifs 
étaient voyageurs infatigables et matelots des plus hardis; ils allaient à Ophir et 
à Tharsis, pourquoi ne seraient-ils pas allés en Amérique ? Aussi bien, ils y 
allèrent; c'est lord Kingsborough qui l'assure et qui pousse la complaisance 
jusqu'à nous tracer leur itinéraire à travers l'Asie et le détroit de Behring. Landa, 
Lizana, Torquemada, «le froid et consciencieux Herrera, » témoignent à l'appui, 
et qui plus est, Adair, marchand anglais du xviii' siècle raconte que les Indiens 
du Nord, portent sur la poitrine une coquille blanche oîi est gravé le mot hébreu 
Urim, crient parfois « Aylo, Aylo, ce qui signifie Dieu en hébreu, » et infligent 
aux criminels le sobriquet de « Haksit Canaha, c'est-à-dire pêcheurs de Canaan. » 



d'histoire et de littérature. 2J1 

Ce sont là des preuves. M. Gaffarel en déduit la vraisemblance d'une émigration 
juive en Amérique. « Un nombre plus ou moins considérable d'Hébreux, réduits 
» par la nécessité ou bien poussés par leur génie aventureux, abordèrent ce 
» continent et s'y établirent. L'histoire n'a pas conservé leur souvenir, mais 
» nous retrouvons encore aujourd'hui chez certaines peuplades américaines la 
» trace et la preuve de leur séjour dans ce continent. » 

« Les voyages des Juifs en Amérique ne sont que vraisemblables ; ceux des 
» Phéniciens sont à peu près certains. » Il est vrai que les Phéniciens, « en vrais 
» commerçants qui n'ignorent pas le prix de la discrétion, se taisaient pour 
)v mieux assurer leur monopole commercial. « Les Romains, par haine pour 
Carthage, ont fait de même; mais les Grecs et les Américains, qui n'avaient aucune 
raison de garder leur silence, nous ont transmis la mémoire de ces expéditions 
lointaines. D'ailleurs, à défaut de leur témoignage, il y a entre les Phéniciens et 
certaines tribus indiennes des ressemblances qui ne peuvent être fortuites. Ainsi 
les Phéniciens étaient dans l'antiquité « les seuls à se servir de plumes d'oiseaux 
» pour divers ornements ; » les Américains ont poussé cet art à un si haut degré 
de perfection « que leurs ouvrages étonnent encore nos plus habiles artistes. » 
Les Phéniciens étaient grands mineurs et travaillaient admirablement les métaux; 
ainsi faisaient les Américains. Enfin, si le monument de Taunston-River est 
d'origine douteuse, l'inscription de Grave-Creek sur l'Ohio et le bas-relief de l'ile 
de Pedra sur le Rio-Negro sont de provenance phénicienne. 

L'énumération des peuples qui ont découvert l'Amérique avant Colomb ne 
s'arrête pas là ; toutes les nations de l'antiquité vont, bon gré mal gré, visiter la 
mer des Antilles. Je pourrais les voir l'une après l'autre, avec exactitude, comme 
Petit-Jean; mais à quoi bon pousser plus loin cette analyse? Le lecteur trouve- 
rait partout le même système de démonstration et la même force de raisonnement 
qu'il a pu remarquer dans les pages précédentes. M. Gaffarel a composé son 
livre à grands renforts d'emprunts et de citations reliés par des transitions de 
rhétorique. Lorsqu'il veut prouver, il procède par accumulation. « Les uns, se 
» fondant sur la version des Septante qui rend Ophir par Sophir, se prononcent 
» pour l'Inde, attendu que Sophir est le nom cophte de l'Inde, et à cette opi- 
» nion se rangent Josèphe, Lipénius et Champollion. Calmet au contraire place 
y* Ophir en Arménie, de Hardt en Phrygie, et Oldermann en Ibérie. Tous ces 
» commentateurs luttent d'ingéniosité et d'érudition pour soutenir leurs hypo- 
» thèses. Mais leurs arguments ne peuvent détruire ceux de Bochard, Michaëlis, 
» Vincent, Tychsen, Seetzen, Niebuhr et Gosselin qui cherchent l'emplacement 
» d'Ophir dans une région de l'Arabie. La Martinière, d'Anville, Bruce, Delisle 
» de Sales, de Quatremère et Humboldt le trouvent sur la côte orientale de 
» l'Afrique. D'autres enfin plus hardis, se déclarent pour l'Amérique et même 
» pour le Pérou. Ce sont Arias Montanus, Robert Etienne, Jean Becan, Eugu- 
» binus, Genebrard, Vatable, Possevinus et Momœus. » L'énumération continue 
pendant deux pages avec une variété toujours croissante et un intérêt des mieux 
soutenus. Notez d'ailleurs qu'elle n'est pas la plus longue et que je l'ai prise au 



232 REVUE CRITIQUE 

hasard parmi une vingtaine d'autres. Aussi, est-il à regretter que M. Gaffarel 

n'ait pas cru devoir ajouter à la suite de son ouvrage , une table alphabétique 

des auteurs qu'il a nommés : c'eut été un témoignage rendu à la conscience avec 

laquelle travaillaient Humboldt, Rafn et les quelques autres savants auxquels il a 

emprunté la plupart des citations qu'il fait. 

Je pourrais encore relever dans la partie linguistique de Pœuvre quelques éty- 

mologies qui réjouiraient le cœur des philologues de profession. Le mot Pœnus, 

se retrouverait suivant lui chez les Pinoles du Guatemala, et dans le nom de 

Panama. « Le préfixe car que les Phéniciens mettaient avant le nom de leurs 

» villes, Carchedon, Carchemish, Carteia, Cartuja, etc., nous le retrouvons dans 

» le nom indigène du Venezuela, Caro, dans un affluent du Para, le Caranaca 

n etc. et dans près de trois cents noms de peuples et de localités américaines... 

j) Il ne faudrait pas, ajoute l'auteur, exagérer la portée de ces étymologies 

» souvent très-contestables. » Mais, quelques hypothèses absurdes, ne doivent 

cependant pas nous faire oublier qu'il « en est d'autres beaucoup plus vraisem- 

)> blables. Ainsi deux des anciens rois d'Haïti, Magimeche et Magerich rappellent 

» le nom de Magon. Les Barca seraient représentés par deux grandes familles 

» indigènes de Guadalaxara, les Baschuza et les Barcimeca. Enfin les Bogud ou 

)) Bocchus, semi-Phéniciens, semi-Mauritaniens, se retrouveraient dans le nom 

» de Bogota, la capitale de la Nouvelle-Grenade. » De pareils rapprochements 

nous ramènent bien loin en arrière et reportent la science à peu près au point 

où elle en était à l'époque où M. Gaffarel arrête son ouvrage, c'est-à-dire, au 

moment où Christophe Colomb, sorti du port de Palos, voguait vers les terres 

inconnues dont il avait deviné l'existence. 

G. Maspero. 



64, — Notice sur Rome, les noms romains et les dignités mentionnées dans les lé- 
gendes des monnaies impériales romaines, par l'abbé J. Marchant, membre de la 
société française de numismatique et d'archéologie, Paris, Rollin et Feuardent, 1869. 
Gr. in-8*, 668 p. — Prix : 10 fr. 

M. l'abbé Marchant a eu une assez bonne idée en voulant faire, à l'usage 
spécial des numismatistes, un livre expliquant ce que veulent dire les légendes 
des monnaies et surtout les titres qu'elles donnent aux personnages dont elles 
portent le nom. Parmi ceux qui se disent numismatistes on en trouve beaucoup 
qui ne sont que de simples collectionneurs, et la plupart des autres se préoc- 
cupent plutôt de questions chronologiques que de l'histoire et de la civilisation 
anciennes. Les institutions romaines sont peu étudiées en France-, et comme il 
existe des collectionneurs assez nombreux, on aurait pu faire pénétrer dans un 
certain milieu, sous le couvert de la numismatique, des notions précises sur les 
magistratures, les noms, etc. et répandre le goût de l'étude historique des monu- 
ments antiques. 

Malheureusement la préparation nécessaire fait défaut à l'auteur de ce gros 
volume qui entasse des faits innombrables, accumule les citations textuelles, mais 



d'histoire et de littérature. 2}J 

qui donne en même temps une foule de notions fausses sur les questions les plus 
élémentaires. La disposition adoptée est des plus singulières : que les en-têtes 
de chaque chapitre soient en latin quoique le livre soit en français, nous n'y 
voyons aucun inconvénient. Mais au-dessous de chaque titre est reproduite une 
légende de médaille qui la plupart du temps n'a aucune relation plus immédiate 
avec le sujet du chapitre et qui ne sert pas de point de départ à l'exposé que va 
faire l'auteur. 

M. l'abbé M. a jugé bon de reproduire au bas du texte les citations textuelles 
des auteurs anciens auxquels il renvoie ' , « des écrivains sans pudeur, dit-il, 
» appartenant aux sociétés les plus savantes, ont si indignement abusé de la 
» faculté de faire de simples renvois en note, pour mieux surprendre la naïveté 
» de certains lecteurs, que nous voulons nous soustraire au soupçon d'une si 
» odieuse conduite. » — Il est fort heureux que M. M. ait eu assez d'argent ou 
un éditeur assez complaisant pour s'accorder un luxe que bien des savants se 
doivent refuser, d'autant plus heureux que sans le latin qui se lit au bas des pages, 
on serait souvent fort en peine pour comprendre le texte. Ainsi, p. 41, on ne 
saurait ce que sont devenues les malheureuses trente-quatre tribus livrées au trésor 
par M. Livius, au dire de M. M., si l'on ne trouvait dans le texte latin aerarios 
reliquit (c'est-à-dire il en fit des aerariî). Ainsi encore, aux pages 213 et 219, 
nous trouvons des indications qui pourraient induire le lecteur en erreur : l'élec- 
tion du grand pontife n'a pas toujours été faite dans les comices par tribus; 
M. M. nous cite en note un passage de Denys où il croit trouver la mention des 
tribus ; dans ce passage on lit Ouô tûv çpa-:pîwv, c'est-à-dire par les curies. Ainsi 
encore, p. 553, on conclut d'un passage mal compris de Tite-Live que les ques- 
teurs étaient nommés par les comices par tribus. A ces inadvertances s'en joignent 
une foule d'autres, il serait difficile d'ouvrir le volume sans tomber sur quelque 
bévue plus ou moins grave. — A l'article princeps juventutis nous lisons que Ves- 
pasien commença à dater son principat du jour oi!i il fut proclamé empereur par 
les légions. Ceci peut donner lieu à des confusions, attendu que le titre de prin- 
ceps n'est jamais suivi d'un chiffre. Il fallait éviter de parler de cela au chapitre 
en question. — Les textes grecs sont horriblement mal imprimés, les accents 
et esprits y sont placés arbitrairement et le plus souvent omis. 

Ces défauts ne sont pas précisément rachetés par les qualités du style. L'auteur 
semble s'être souvent imaginé qu'il écrivait des sermons et il s'abandonne à chaque 
instant à des tirades d'une rhétorique bizarre, et d'un parfum par trop ecclé- 
siastique, renfermant des idées d'une banalité que leur moralité ne rend 
pas plus supportables. Nous ■donne-t-il la liste des noms de femmes 
romaines, il ajoute aussitôt : « On pourrait grossir ce catalogue par les noms des 
» saintes des premiers siècles, mentionnées dans le Martyrologe et dans les écrits 



I. M. M. croit cependant devoir faire une exception pour Plutarque, qu'il cite toujours 
d'après la traduction d'Amyot, parce que « son autorité, son style naît; son français d'une 
» autre époque, paraissent justifier une exception, qui offre l'avantage de faire une heu- 
» reuse diversion à la monotonie de son travail. » 



2 34 REVUE CRITIQUE 

)> des Pères de l'Église, mais cet emprunt n'éluciderait en rien la question. 
» D'ailleurs nous professons un trop profond respect envers nos vénérées et généreuses 
» martyres, pour nous permettre d'accoler leurs noms à ceux des matrones romaines. » 

A propos des noms romains encore on nous fait remarquer qu'il y en a peu qui 
expriment des idées de piété, que la religion romaine était inférieure au christia- 
nisme, enfin que les miracles payens sont bien inférieurs aux miracles chrétiens : 
« Aussi le prétendu critique, se disant modestement esprit fort, libre penseur, 
» bien qu'il se batte sans cesse les flancs pour obscurcir les vérités dont l'éclat 
» le gêne ou l'éblouit, ne perdit-il jamais une seconde de son sommeil agité, 
» pour réfuter les miracles de Julien Obsequens et de Valère Maxime. » 

Nous ne dirons cependant pas que ce livre soit absolument inutile à tout le 
monde; il contient beaucoup de détails exacts que de prétendus archéologues 
ignorent. On pourra y apprendre par exemple que ce n'étaient point les édiles qui 
étaient spécialement chargés de diriger les travaux publics à Rome, mais bien 
les censeurs , et l'ori ne pourra plus écrire qu'après avoir été consul , Agrippa 
était redevenu édile. . X. 

65. — OEuvres chrétiennes des familles royales de France, recueillies et 
publiées par Paul Viollet, ancien élève de l'École des Chartes. Paris, Poussielgue 
frères, 1070. 1 vol. in-8*, viij-472 p. 

A la page ij d'une Préface où des sentiment élevés sont très-heureusement 
rendus, M. Viollet nous dit : « La tâche que nous nous sommes imposée consis- 
tait à rechercher de tous côtés, et à recueillir dans ce volume, les prières ou plus 
généralement les pensées inspirées par le sentiment religieux aux membres des 
trois grandes familles qui ont régné sur la France, la famille de Clovis, celle de 
Charlemagne et celle de Hugues Capet, Un intérêt tout particulier s'attache à 
ces Œuvres chrétiennes; elles émanent de personnages illustres dont l'histoire se 
confond avec l'histoire même de notre pays, et elles présentent, pour la plupart, 
un frappant cachet de spontanéité et d'originalité. La célébrité de leurs auteurs 
a préservé de la destruction ces pages intimes et -vraies; on jugera sans doute 
qu'elles méritaient d'échapper à l'oubli. » 

Le premier des morceaux choisis rassemblés dans ce volume est la- prière que, 
d'après Grégoire de Tours, Clovis adressa au Christ, sur le champ de bataille de 
Tolbiac • , en 496 ; le dernier est le testament rédigé par l'auguste fille de Louis XVI , 
en 1 85 1 . Entre ces dates extrêmes viennent se placer, en un ordre chronologique," 
diverses pièces de sainte Radégonde; de Dagobert; de Charlemagne; de Gisla 
et Rictrude (la première sœur S la seconde fille peut-être? de Charlemagne); de 

1. La critique d'Outre-Rhin, on le sait, a démontré que ce ne fut pas à Tolbiac que 
Clovis battit les Allemands. 

2. M. V. déclare (note i de la p. 38) contre D. d'Achéry, D. Mabillon et D. Bou- 
quet, que cette Gisla était bien la sœur et non la fille de Charlemagne. Le jeune érudit 
a eu le mérite de mettre hors de doute ce que les auteurs de VHistoire littéraire de la 
France (t. IV, p. 306, 307), n'avaient avance qu'avec hésitation. 

3. Les auteurs du Galtia Christiana ont confondu (t. VIII, col. 1702) cette Rictrude 
avec Rothilde, autre fille de Charlemagne. 



d'histoire et de littérature. 255 

Louis le Débonnaire; de Robert le Pieux; de Louis VII; de Pierre Mauclerc, 
duc de Bretagne; de saint Louis; de Philippe le Hardi; de Charles V; de Jean 
d'Orléans, comte d'Angoulême; du bon roi René; delà bienheureuse Jeanne de 
Valois; de Gabrielle de Bourbon; de Marguerite d'Angoulême, s